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Schattra

[40K/WHB][VO] Hammer and Bolter

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Bonjour tout le monde et bienvenue dans la revue du 21ème numéro de Hammer & Bolter ! Au menu de ce copieux épisode, le retour de Laurie Goulding, cette fois-ci aux commandes du chapitre Space Marines le plus faux-rmidable (ceci n’est pas un jeu de mots terrible) de l’Imperium, une preview d’un bouquin de l’Hérésie d’Horus sorti il y a à peine quatre ans (une paille), la dernière aventure de Gérard Lambert Erkhart Dubnitz, la sempiternelle malédiction mensuelle du pauvre Gilead, et et et… la première nouvelle potable de Sarah Cawkwell. Non, vous ne rêvez pas, et, oui, c’est incroyable. Comme quoi, tout arrive à qui sait attendre. Tous en piste.

 

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The Shadow of the Beast – Goulding :

 

Deux mois après ses débuts dans Hammer & Bolter, Laurie Goulding est de nouveau mis à contribution, cette fois-ci dans une nouvelle illustrant les dangers de la plongée sous-marine dans un banc de méduses. Notre propos se plaçant dans le primesautier 41ème millénaire, les méduses ont découvert le voyage spatial, légèrement cru en proportions et explosent au moindre contact (ce n’est pas bien pire que ce qui se fait à l’heure actuelle en Australie, notez), mais la logique reste fondamentalement la même, à savoir : too bad you’re dead.

 

Le récit s’ouvre sur la description de notre héros, le Réclusiarque Hornindal (que je ne vois aucune raison valable de ne pas désigner sous le nom d’Horny à partir de maintenant), plongé dans la contemplation du Warp sur le pont d’observation du Xenophon. Le romantique indéniable de cette scène se retrouve toutefois rapidement battu en brèche par l’auteur lui-même, les velux du fier destroyer impérial étant obstrué par la couche protectrice d’adamantium réglementaire et le bon Chapelain ayant de toute manière les yeux fermés. Dans la même veine de dialectique épique/réaliste, Goulding révèle qu’Horny s’est rendu sur place pour être le témoin de l’avancée du vaisseau.... sauf que les voyages dans le Warp ne sont pas régis par les mêmes lois que ceux prenant place dans le monde réel, et qu’il est donc aussi probable que notre héros ait l’impression que son pousse-pousse pédale dans la choucroute (peut-être au sens littéral, tout est possible dans l’Immatérium) ou fasse marche arrière qu’il le contemple filer à travers… heu… la choucroute, comme il l’espérait. Et cela sans prendre en compte qu’il n’y a rien à voir, et qu’il ne regarde même pas en fait. Cette scène d’exposition, un peu étrange au vu des standards de la BL en matière, se termine par le décès inopiné du Navigateur du Xenophon, forçant ce dernier à réaliser une transition Warp en catastrophe, qui le fait se matérialiser au beau milieu d’une vrille de la flotte ruche Kraken. Oups.

 

La suite de la nouvelle verra le Xenophon engager une partie de Flappy Bird en mode hardcore contre les myriades d’organismes tyranides zonant dans les parages, la perdre sur le score honorable 53 et devoir organiser une pyjama party avec quelques centaines de gaunts et au moins un Carnifex en punition. Mauvais joueurs, les Scythes préfèreront toutefois passer du côté obscur du champ de force gravitationnel du planétoïde le plus proche plutôt que de laisser leurs nouveaux potes dévaliser leur frigo et ruiner leurs toilettes (ou peut-être est-ce l’inverse, c’est dur à dire avec les xenos). La nouvelle se termine donc sur 1) le crash du Xenophon sur la très justement nommée planète Tumbus (s’écraser comme une grosse bouse en Haut Gothique) et 2) un constat d’échec pour Horny, dont l’avertissement émis à l’attention du reste de l’Imperium quant à la présence d’une flotte ruche dans un secteur non défendu de ce dernier n’a visiblement pas percé les terra watts de dubstep crachés par le vaisseau mère tyty1. On ne peut pas gagner à tous les coups.

 

Si The Shadow of the Beast marque clairement une progression de Laurie Goulding par rapport à sa première, et assez peu concluante, soumission (The Oberwald Ripper), le propos reste encore perfectible, tant sur le fond que sur la forme.

 

Pour commencer par la « remontrance » la plus légère, je n’ai pas perçu chez l’auteur une grande maîtrise des archétypes utilisés dans sa nouvelle, à savoir l’histoire de Marines d’une part et le combat spatial d’autre part. Côté casting, Goulding pêche étonnamment plus sur les caractéristiques générales d’un SM que sur les particularismes du chapitre qu’il met sur le devant de la scène (dont le background n’était, il faut dire, pas aussi strictement défini que celui d’autres confréries de surhommes génétiquement modifiés). Sans sombrer dans des errements comparables à ceux de Jonathan Green dans son édifiant Salvation, Goulding arrive tout de même à donner à ses héros des faiblesses trop humaines, qu’il s’agisse du besoin d’Horny de constater la vitesse de progression du Xenophon dans l’Immaterium (bien que l’auteur reconnaisse lui-même que cela va à l’encontre de toute logique) ou encore des effets débilitants du manque de sommeil sur ce dernier (et le nodule cataleptique, c’est pour les kroots ?). Citons aussi les réflexions no-brain de l’autre Chapelain de l’histoire, une sombre brute dénommée Demetrios, qui ne trouve rien de plus intelligent que de proposer d’ouvrir le feu sur les organismes « minés » qui entourent la flotte ruche alors que le Xenophon fait du pare-chocs à pare-chocs avec les méduses de l’espace. Une agressivité débordante et un zèle sans faille ont beau faire partie des qualités recherchées pour ce type de poste, j’ai du mal à imaginer un des meilleurs de l’Empereur faire une suggestion aussi débile2 à l’aube de la seconde guerre tyranique.

 

Côté action, et sans prétendre être un expert dans le domaine, j’ai trouvé assez peu crédible la manière dont l’auteur dépeignait l’affrontement entre le vaisseau impérial et ses innombrables adversaires. Là encore, ce n’est pas du côté des spécificités tactiques, techniques ou physiques de chaque camp que le bât blesse, mais bien au niveau de la mise en scène du combat. Goulding ne sépare ainsi ses belligérants que de quelques centaines de mètres (trois cent mètres pour être exact), ce qui correspond littéralement à un corps à corps à l’échelle d’une bataille spatiale, où la bordée tirée à une dizaine de milliers de kilomètres de sa cible est la norme (merci à Gavin Thorpe d’avoir crédibilisé cet aspect important de l’univers de 40K grâce à Battlefleet Gothic et ses propres textes de fiction). On va dire que je pinaille, mais Laurie Goulding est depuis passé éditeur au sein de la BL, ce qui fait de lui le garant du fluff de GW, surtout depuis la disparition du poste de « Maître du Savoir » il y a quelques années. Partant, il n’est guère rassurant de constater qu’un poste aussi important au sein de la BL lui ait été confié malgré ces lacunes assez sévères… J’espère qu’il les a comblées depuis.

 

Cependant, le point le plus litigieux de The Shadow of the Beast reste pour moi sa construction, qui l’apparente davantage à un chapitre de roman qu’à une nouvelle one-shot. Qu’il s’agisse de l’important travail de contextualisation du retour du Xenophon vers la planète chapitrale des SotE effectué par Goulding au début du texte, du nombre relativement important de protagonistes (6) au vu de la longueur de ce dernier, ou de la conclusion qui laisse planer un vieux doute quant à l’envoi de la mixtape d’Hornindal au reste de l’Imperium, tout laisse à penser que les évènements couverts dans The Shadow… s’inscrivent dans un axe narratif bien plus important (au hasard, la lutte des Scythes of the Emperor contre la flotte ruche Kraken), ce qui, après vérification de la part de votre serviteur, ne semble pas être le cas3. Même si je suis le premier à apprécier les nouvelles dans lesquelles les héroïques Space Marines se font botter les fesses, le positionnement maladroit de celle-ci est venu gâcher le plaisir de lecture, et relègue donc The Shadow… loin derrière The Long Games at Carcharias de Rob Sanders, qui reste à mes yeux la soumission la plus intéressante dans la catégorie « et à la fin, les méchants gagnent » de Hammer & Bolter.

 

1 : Quand on sait que les symptômes de l’Ombre dans le Warp sont un malaise persistant, des cauchemars répétés, de fortes migraines, des crises de hurlements, des saignements oculaires et, dans les cas les plus extrêmes, des épisodes de coma profond pour les individus les plus sensibles, je me dis que ça colle parfaitement avec une exposition prolongée avec ce genre de musique.

2: Le faquin se fait d’ailleurs remettre à sa place fissa par le commandant du Xenophon, peu enclin à démontrer par l’exemple qu’il vaut mieux ne pas shooter dans un paquet de claque-doigts au milieu d’une colonie de grands crapauds aboyeurs de Catachan.

3 : Les passionnés noteront tout de même que le triste destin des Faux de Pépé est partiellement couvert dans une série de nouvelles, dont trois signées du même Goulding. La plus récente du lot (Reclamation) ayant été publiée dans une anthologie consacrée aux chapitres SM renégats et chaotiques (Renegades of the Dark Millennium – 2014), il serait logique d’en conclure que les Scythes sont définitivement passés du côté obscur.

 

Fear to Tread (extrait) – Swallow :

 

Il ne surprendra personne d’apprendre que le troisième roman écrit par James « Simply Red » Swallow pour l’Hérésie d’Horus, Fear to Tread, ait été consacré en grande partie à son chapitre fétiche, les Blood Angels. Publié en 2012, cette humble brique dans l’imposante muraille que constitue la franchise 30K de la Black Library fut l’occasion de faire vivre aux vampires énergétiques et à leur Primarque emplumé leurs propres aventures, après quelques apparitions en tant que seconds rôles dans diverses publications antérieures.

 

L’extrait1 présenté dans le 21ème numéro de Hammer & Bolter est tiré du prologue du roman, qui voit les Space Marines des IXème  et XVIème Légions gambader gaiement gantelet dans le gantelet à travers les riantes plaines de Melchior et piétiner la gueule des infâmes nephilim (différents de ceux de Lion’El Jonson, à chacun ses délires) dans la joie et la bonne humeur. Tout irait pour le mieux dans la meilleure des dystopies totalitaires et militaristes si certains Blood Angels ne pétaient pas les plombs à intervalles réguliers et ne se mettaient à développer soudainement un amour aussi immodéré qu’indiscriminé pour l’hémoglobine. Bien gêné par la sanglante incontinence affligeant ses fistons, Sanguinius fait de son mieux pour garder le secret intact, secondé dans cette tâche ingrate par Azkaellon, chef de la Garde Sanguinienne, et Raldoron, un médicament générique efficace contre les symptômes du rhume chez le cochon d’inde adulte le Capitaine de la première compagnie des BA. Pas de chance pour 100 Guinness, le triomphe de Melchior se retrouve terni par un nouveau cas de boudinophilie aigue, dont la victime (Alain Otton Rosalie de la Mortecuisse, surnommé Alotros par ses copains de la 111ème compagnie) a heureusement été discrètement2 confinée dans une ruine quelconque du champ de bataille. Tout aussi discrètement3 prévenu du problème alors qu’il était sur le point de conclure sa bromance avec Horus, Sangui’ file à l’anglaise sur le lieu du drame, où il tente vainement de ramener Alotros à la raison avec des arguments aussi percutants que « allez quoi, guéris, fais pas ta pute », avant d’être contraint de décoller les cervicales du faquin d’une pichenette de l’annulaire gauche, afin d’abréger les souffrances du pauvre Al.

 

Sur ces entrefaites, Horus se téléporte sur place4 et commence la psychanalyse de son frérot afin de comprendre pourquoi ce dernier a commis l’impensable et buté un de ses propres Space Marines. Rapidement briefé par Sanguinius sur l’existence de la soif rouge, le Maître de Guerre jure de garder le préserver le secret des Blood Angels et d’aider ces derniers à se libérer de cette malédiction. L’extrait se termine par le prélèvement des glandes progénoïdes de feu Alotros, opération effectuée à but scientifique par un Apothicaire stagiaire pas vraiment conscient de l’enjeu sous la supervision directe de Raldoron. Ce dernier profite de l’occasion pour passer un coup de Baalish (c’est comme du polish, sauf que c’est noir et ça vient de Baal) sur l’armure du défunt avant l’arrivée de la voiture balai, rituel lourd de sens puisqu’il fait passer Alotros dans la compagnie de la mort5. If you want blood (Angels fluff), you got it.

 

La fin de la lecture de cet extrait m’a trouvé partagé. D’un côté, son niveau est tout à fait convenable, surtout en prenant en compte le pedigree de Swallow, et l’alternance entre combats, discussions entre Primarques (passages jamais anodins pour le fanboy, même si assez délicats à mettre en scène de manière convaincante par certains auteurs de la BL, bien en peine de retranscrire la pensée surhumaine de leurs personnages sans partir en cacahuète), péripéties intra-Légion et éléments fluff fournit un échantillon ma foi fort représentatif de ce qu’est un bouquin de l’Hérésie d’Horus.

 

De l’autre, je me suis rendu compte que rien n’était révélé de la véritable intrigue de Fear to Tread dans cet extrait, les évènements couverts au cours de ce dernier n’ayant pour but que de permettre à Swallow de justifier l’envoi des Blood Angels sur Signus Prime, à la recherche du remède à la soif rouge promis par un Horus déjà corrompu à son naïf de frérot. Même si cette lacune n’est pas impardonnable, en ce qu’elle ne nuit pas au confort de lecture, elle étonne de la part de la BL, dont le but premier reste (comme toute maison d’édition qui se respecte) de vendre des livres. Dans ce cas précis, l’extrait se termine de façon tellement nette que l’on aurait légitimement pu croire que le bouquin s’arrêtait là, tous les arcs narratifs esquissés au cours de ces quelques pages ayant trouvé une conclusion satisfaisante à la tombée du rideau : les nephilim sont annihilés, Alotros est mort et Horus a juré de garder le secret de Sanguinius. Au final, seuls les lecteurs subjugués par le style de Swallow (qu’ils se dénoncent) et/ou fans transis de la Légion de l’homme-pélican ressentiront le besoin d’acheter Fear to Tread suite à la lecture de cet extrait, alors qu’un petit cliffhanger des familles6 aurait pu donner envie à d’autres de donner sa chance au bouquin. Il faut apprendre à vous vendre les gars !

 

1 : Qui est lui-même un extrait de l’extrait gratuit disponible sur le site de la Black Library, qui donne un peu plus d’éléments sur la bataille finale de la campagne de Melchior, dépeinte par Swallow comme un chef d’œuvre tactique alors qu’elle ne se révèle être qu’une bête prise à revers. Et dire qu’il a fallu deux des plus grands stratèges de l’Imperium pour mettre au point cette offensive…

2 : Il faudra m’expliquer comment un bâtiment entouré par, au bas mot, un millier d’armoires à glace en armure rouge sang regardant tous fixement vers l’extérieur n’attirerait pas immédiatement l’attention d’un être humain normalement constitué, et à plus forte raison, d’un Primarque raisonnablement intelligent.

3 : « … et la fois où j’ai échangé l’après-shampoing de Fulgrim avec la lotion anti-puces de Leman Russ, tu t’en souviens ? »

« Excelleeeeeent ! Mais ça ne battra jamais Konrad Curze complètement torché qui poursuit Vulkan dans les coursives du Vengeful Spirit en gueulant - noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir - »

« Je suis navré de vous interrompre messeigneurs, mais je suis porteur de graves et confidentielles nouvelles. »

« Rha, Raldo, tu fais ch*** ! Pour une fois qu’Horus et moi avions le temps de nous remémorer le bon vieux temps. Qu’est-ce que c’est encore ? »

« C’est-à-dire que nous avons un nouveau cas, honoré Primarque. »

« Deux semaines sous antibiotiques et pas d’exercice prolongé jusqu’à nouvel ordre, et ce sera rapidement terminé. »

« Je veux dire que nous avons… perdu un de nos frères. »

« Faîtes une annonce au micro et attendez le à l’accueil du champ de batail- Wait. Perdu… comme dans perdu ? »

« Malheureusement. »

« Saperlipopette ! Horus mon grand, je te prie de m’excuser, j’ai une affaire des plus pressantes à régler avec ma Légion. Ah, et si tu pouvais ignorer tous les sous-entendus à peine dissimulés que Raldoron et moi-même venons d’échanger à propos d’un mal mystérieux frappant les Blood Angels, ni utiliser tes super capacités de ninjarque pour nous filer en douce, ce serait sympa de ta part. »

« J’aimerais bien mais l’intrigue du roman repose sur ma connaissance de cette affliction et l’utilisation de ce savoir pour envoyer ta Légion à la pêche au dahut. C’est donc non. »

« Crotte. »

4 : Comprendre qu’il apparaît comme par magie derrière Sanguinus, qui venait pourtant d’effectuer le trajet en land speeder et était gardé par deux piquets de Blood Angels aux aguets, sans autre justification qu’un Ta Gueule, C’est un Primarque assené par un James Swallow bien décidé à ne pas se compliquer la vie avec ce genre de détails insignifiants.

5 : On notera au passage que Raldoron passe les plates d’Alotros au cirage sous les yeux de l’Apothicaire réquisitionné pour l’occasion, juste après lui avoir fait jurer de ne parler à quiconque de cet épisode, ce qui est assez stupide de sa part puisque le retrait des glades progénoïdes sur un cadavre de SM à la fin d’une bataille est en soi un non-évènement. L’Apothicaire, Meros de son petit nom et futur Red Angel, repartira donc avec deux motifs de gamberge de ce théâtre d’opération, alors que Raldoron aurait très bien pu faire passer Alotros pour une victime lambda de l’affrontement contre les nephilim et attendre le départ de Meros pour sortir son marqueur. Pas étonnant que les BA se frittent contre un Gardien des Secrets sur Signus Prime, leur incapacité manifeste à conserver un secret ayant dû grandement taper sur les nerfs de Slaanesh.

6: Abnett pousse le concept dans ses derniers retranchements en commençant ses bouquins en bombardant ses lecteurs de références sibyllines et/ou de contresens apparents, qui ne deviendront logiques qu’une fois mis en contexte, souvent bien des chapitres plus tard. Et ça marche !

 

Gilead’s Curse (ch. 8) – Vincent & Abnett:

 

Ayant exterminé à eux quatre la meilleure partie de la race skaven, notre trio d’elfes flanqué du vampire suicidaire de service se mettent en route vers la surface et vers l’acte II de Gilead’s Curse, que ce huitième chapitre est censé introduire de la façon la plus naturelle possible. N’ayant récupéré que la fameuse amulette du Roi des Rats de ses péripéties dans le sous-monde, Gilou se retrouve en effet fort embêté au moment de poursuivre son enquête (car oui, on aurait tendance à l’oublier – moi le premier –  mais le fil conducteur du roman est la recherche par Gilead des causes de la sinistrose ambiante qui semble frapper le Vieux Monde au moment où se déroule le récit), sa piste la plus prometteuse reposant désormais en deux parties distinctes sous quelques quintaux de roche et de terre, sans qu’il n’ait pu rien en tirer de très concluant1. Fort heureusement pour tout le monde, sauf pour le lecteur, qui aurait à ce stade apprécié que Vincent et Abnett tirent la conclusion logique de cette nième maladresse littéraire et concluent la piteuse résurrection de leur héros par un « il se rendit compte qu’il ne pouvait pas aller plus loin et décida en conséquence de repartir pour Ulthuan afin de compléter la formation de Laban et ouvrir un restaurant La Patatière en tant que franchisé », le Comte Vampire se révèle être un expert en matière d’amulette, et en sa qualité de sommité mondialement reconnue dans ce domaine, est capable d’aiguiller ses nouveaux amis vers les vrais responsables de toute cette chienlit, j’ai nommé… les Rois des Tombes. Ba-dum-tss.

 

Ayant depuis longtemps dépassé le stade de l’indignation volubile face aux énormités que le duo d’auteurs est capable de commettre sans sourciller, je ne m’étendrai donc pas sur le caractère totalement artificiel de cette relance narrative, pondue ex nihilo par le fantasque binôme et jeté en pâture aux lecteurs avec une désinvolture relevant du pathologique. Telle la créature de Frankenstein, l’intrigue de Gilead’s Curse n’est qu’un ramassis d’éléments plus ou moins fonctionnels mais très loin d’être assortis les uns aux autres, assemblés en un tout « cohérent » à grand renfort de sutures grossières, et dont l’existence constitue un affront à la logique et aux bonnes mœurs. À titre personnel, je soupçonne que l’inclusion des Nehekhariens dans l’intrigue découle de la volonté de la BL de supporter la sortie du nouveau Livre d’Armée Rois des Tombes (Mai 2011) en donnant aux fanboys un peu de contenu romancé à se mettre sous la dent. Difficile sinon d’imaginer ce qui aurait pu pousser Vincent et Abnett à porter leur dévolu sur cette faction, que rien ne destinait a priori à jouer un rôle dans la saga de Gilead2.

 

D’un point de vue purement factuel maintenant, ce huitième chapitre est principalement dévolu à l’affrontement final entre Gilead et le Comte Vampire, combat épique dont le dénouement ne fait évidemment pas un pli. Les tentatives de solenniser un tant soit peu ce duel au sommet entre deux bretteurs d’exception méritant l’un et l’autre le statut de protagoniste, pour louables et légitimes qu’elles soient, ne débouchent cependant sur rien de bien concluant, marginalisées qu’elles sont par les nombreux éléments what the fuck-esques parsemant le récit de cette ultime passe d’arme, comme autant grumeaux dans le kouglof narratif commis par nos deux larrons (comprendre que, comme cette fameuse spécialité alsacienne, la prose des Vabnett est sèche et insipide). Des caractéristiques physiques des artères fémorales elfiques aux leçons de vie inculquées à coup de patates brûlantes, en passant par la chemise irrémédiablement tachée de Gilead, le festival des incongruités continue à battre son plein, et promet même de redoubler au cours des chapitres à venir si l’on en juge par l’influence désinhibante que l’inclusion de Laban et Fithvael au récit semble avoir sur les auteurs. La tabula rasa décrétée par Nik et Dan permettra-t-elle à Gilead’s Curse de redorer quelque peu son blason avant que le récit ne se termine ? Je ne me bercerais pas d’illusions si j’étais vous, mais vous donne rendez-vous au prochain épisode pour juger sur pièce.

 

1 : En même temps, ce n’est pas en improvisant un (mauvais) café-philo avec le méchant sensé fournir les réponses à tes questions que tu remonteras à la cause du problème.

2 : On notera au passage que notre elfe déprimé est le second personnage du fluff de Warhammer Fantasy à faire le lien entre Skavens et Rois des Tombes, le premier n’étant autre qu’un obscur nécromancien à la petite semaine répondant au nom de Nagash.

 

Dead Man’s Party – Reynolds :

 

Toutes les bonnes choses ayant une fin, c’est avec une certaine tristesse que je chronique ici la dernière aventure d’Erkhart Dubnitz, mascotte du très saint et très awesome Ordre de Manann, publiée dans Hammer & Bolter. Avec quatre soumissions en l’espace de neuf mois, la série consacrée par Josh Reynolds aux aventures du chevalier le moins chevaleresque du Vieux Monde a constitué l’un des jalons les plus marquants de l’année 2 du webzine de la BL, prenant de fait la place précédemment occupée par les ennuyeux Silver Skulls de Miss Cawkwell. N’eut été la malencontreuse oblitération du monde Warhammer au cours de la Fin des Temps (dont le déroulé a été, ironie de l’histoire, en grande partie rédigé par le même Reynolds), Dubnitz aurait sans doute fini par obtenir son propre roman, rejoignant ainsi le cercle très restreint des personnages second degré de la Black Library assumés par cette dernière (Ciaphas Cain… et c’est à peu près tout). Destin cruel.

 

Comme indiqué par son titre, Dead Man’s Party met en scène une petite sauterie, organisée par le Grand Maître Ogg pour un potentiel généreux donateur, Bernard Lomax. Ce dernier, incarnation vivante (au début du récit en tout cas) du marchand Marienburger aussi fabuleusement riche qu’incroyablement pingre, est en effet prêt à tout pour flouer sa famille de l’héritage que son grand âge lui fait espérer sous les plus brefs délais. Si l’histoire ne dit pas pourquoi Bernie a porté son choix sur le très saint et très humble Ordre de Manann, ce dernier a toutefois sauté sur l’occasion et accepté sans rechigner l’unique condition que le Lorax a formulé à la modification de son testament en sa faveur, à savoir participer à la plus grosse teuf imaginable. That’s right punks, Nanard wants to party hard. Chaperonné par Dubnitz et un autre chevalier dénommé Piet Van Taal1, Lomax descend donc dans les bas-fonds de Marienburg comme la vérole sur le bas clergé pour un one night stand homérique, bien décidé à rattraper ses décennies de sobriété et d’abstinence en se mettant absolument minable.

 

Malheureusement pour notre trio, les réjouissances sont brutalement interrompues en plein before par un carreau d’arbalète, qui vient clouer la chope de Bernie à son occiput, avec des conséquences évidemment fatales pour le pauvre bougre. Mise au courant du coup de p*** ourdi par le patriarche, la descendance Lomax a en effet cassée sa tirelire pour se payer les services d’un assassin et ainsi empêcher le nouveau testament de prendre effet. Anticipant le déplaisir d’Ogg s’il venait à apprendre la disparition précoce de son futur mécène, Dubnitz décide de continuer la fête comme si de rien n’était, quitte à trimballer le cadavre de Bernard de taverne en taverne en faisant passer le macchabée pour simplement torché, le but de la manœuvre étant de faire « survivre » Lomax jusqu’au chant du coq et ainsi empocher le magot tant convoité. Plan brillant s’il en est, mais dont l’exécution se trouve légèrement compliquée par le fait que l’aimante famille de Herr Bernard a littéralement mis tous les assassins de Marienburg sur le coup, ce qui transforme rapidement la fiesta en battle royale entre coupe-gorges. Dubnitz réussira-t-il à sauver les apparences assez longtemps pour remplir les coffres du très saint et très fauché Ordre de Manann ?

 

Après un Lords of the Marsh en demi-teinte, Reynolds revient en grande forme et offre à son personnage fétiche un tomber de rideau digne de ce nom, avec une aventure aussi rythmée que drolatique. Difficile de voir dans l’argument de Dead Man’s Party autre chose qu’un prétexte pour confronter Erkhart Dubnitz à la faune la plus pittoresque qui soit2, dans une débauche d’action frénétique dont l’impeccable chorégraphie constitue la principale raison d’être. Cependant, le côté second degré de l’objet est totalement assumé par un Josh Reynolds ayant le bon goût de s’amuser avec le fluff et l’esprit de Warhammer Fantasy plutôt que de le tourner en dérision, comme certains auteurs l’ont parfois fait (se référer aux Grunsonn’s Marauders d’Andy Jones), ce qui permet à son propos de ne pas sombrer dans la facilité et la complaisance.

 

Ajoutez à cela quelques références savamment instillées dans le récit, qu’il s’agisse d’un simple clin d’œil adressé à Sam Warble et Zavant Konninger, deux figures historiques de la Black Library (et à travers eux, aux fidèles lecteurs de cette dernière), ou bien d’un pastiche en bonne et due forme de la fameuse série Blackadder3, joyau d’humour british revisitant avec bonheur la turbulente histoire du Royaume Uni entre le Moyen-Âge et la Première Guerre Mondiale, et vous aurez une image assez fidèle de l’objet du délit, dont la lecture est très vivement conseillée à tous ceux qui voudraient expérimenter autre chose que la traditionnelle nouvelle med-fan grimdark qui constitue le mètre étalon de la BL depuis maintenant une décennie. Dead Man’s Party est une histoire comme la maison d’édition de Nottingham n’en publie(ra) plus, et il est à mettre au crédit de Josh Reynolds d’avoir convaincu ses patrons de faire figurer cette curiosité au sommaire du webzine littéraire officiel de GW en 2012.

 

Même s’il est toujours triste de voir un personnage attachant comme Erkhart Dubnitz tirer sa révérence, le panache avec lequel Reynolds a orchestré la sortie de scène de son héros donne cependant à espérer pour les publications à venir de la BL, ce qui est toujours ça de pris en cette époque incertaine.

 

1 : Je sais ce que vous vous dîtes : comment un type avec un blaze pareil a pu finir templier de Manann ? C’est à peu près aussi crédible qu’un évêque s’appelant Mustapha Islam ou un imam nommé Salomon Blumstein. À croire que le monde de Warhammer est plus ouvert que le nôtre sur certains aspects.

2: Jugez plutôt : arbalétrier tiléen, hashashin arabien, pistolero cathayen, disciples de Khaine, rôdeur halfling, bretonnien maître de la danse de guerre des elfes sylvains, clowns homicidaires et cracheurs de feu, cowboy Middenheimer, pigeons grenadiers… Il y en a pour tous les goûts !

3 : Reynolds vend la mèche assez tôt dans la nouvelle en mettant dans la bouche de son héros la catchphrase la plus célèbre de la série (I’ve got a cunning plan), mais l’intrigue de Dead Man’s Party reprend également des éléments des épisodes The Archbishop et Head des saisons I et II.

 

Born of Blood – Cawkwell :

 

Sarah Cawkwell n’est certes pas une débutante en termes de publications dans Hammer & Bolter. Du haut de ses 5 nouvelles (sans oublier l’extrait du roman The Gildar Rift), elle est, à date,  la contributrice la plus prolifique du webzine de la BL, à égalité avec un certain Josh Reynolds. Entre les deux hot new talents, la répartition des tâches était jusqu’ici d’une simplicité élégante, étant entendu que Madame faisait sienne les ténèbres du lointain futur tandis que Monsieur donnait vie au Vieux Monde et à ses habitants1. Ce 21ème numéro de Hammer & Bolter voit cependant ce statu quo être remis en question par la première nouvelle med-fan de Cawkwell, consacrée à l’enfance de Valkia la Sanglante, princesse démone (oui, ça sonne bizarre) de Khorne et favorite du Dieu du Sang. Comme pour Bitter End (Hammer & Bolter #12), récit de la période emo rock de Huronsombrecoeur la quête d’une batterie Warp pour l’Hamadrya du Tyran de Badab, il y a fort à parier que ce court format ait été rédigé par Cawkwell dans le but de « prendre en main » le personnage, avant de se lancer dans l’écriture d’un roman lui étant consacré (The Gildar Rift pour Joe l’Indien et Valkia the Bloody pour la Khorne Khorne Girl).

 

Born of Blood met en scène une Valkia de 10 ans, fille unique du chef de la tribu des Schwarzvolf, Merroc. Orpheline de mère, victime collatérale de l’affrontement entre les « gentils » Loups Noirs et les méchants de-chez-Smith-en-face (tellement bestiaux et malpolis qu’ils n’ont même pas de nom en fait), Valkia tanne son papounet pour participer à la bataille finale contre les ennemis susnommés, venant ruiner du même coup la séance d’aurore boréale (bah oui, il y a pas de cinéma en Norsca) familiale organisé par Merroc. La garce. Peu emballé par l’idée, et c’est compréhensible, Merroc noie le poisson en promettant à Valkia de soumettre cette demande au Cercle, instance dirigeante des Schwarzvolf et apparemment compétente sur le sujet de l’utilisation d’enfants-soldats (un UNICEF chaotique en quelque sorte). Après quelques palabres de circonstances, les sages de la tribu acceptent de laisser l’intrépide enfant prendre sa place dans la ligne de bataille des Schwarzvolf, mais en qualité de skjaldmö (shield maiden en anglais), c’est-à-dire porte-bouclier. Il n’y a pas à dire, les Norscans ont des super idées d’activités périscolaires pour leurs bambins. Quel dommage qu’ils n’aient pas d’écoles.

 

La suite de la nouvelle est logiquement consacrée au récit de la première bataille de Valkia, qui s’en sort, comme chacun peut l’imaginer, très honorablement. Protégée par son statut de personnage nommé, elle émerge sans une égratignure d’un combat que l’on pouvait pourtant supposer d’une brutalité peu commune au vu du pedigree des forces en présence. Mieux, elle trouve le moyen de trancher le jarret du hersir adverse d’un coup de surin bien placé2, ce qui lui vaut l’honneur de porter le coup de grâce au ruffian en question à la fin de la bataille. La légende est en marche…

 

Au risque de surprendre certains lecteurs, je dois avouer que j’ai apprécié Born of Blood. Il ne s’agit certes pas de la meilleure nouvelle estampillée Warhammer Fantasy Battle que j’ai jamais lue, ni même de la meilleure nouvelle de ce numéro de Hammer & Bolter, mais il s’agit très certainement de la meilleure nouvelle de Sarah Cawkwell, et la preuve que cette dernière est capable de produire des textes porteurs de valeur ajoutée, ce qui n’avait jusqu’ici pas été le cas. L’exemple le plus parlant de cette amélioration manifeste est l’inclusion par l’auteur de la figure de la skaldmö dans son récit, choix à la fois pertinent compte tenu de l’inspiration scandinave des Nordiques de Games Workshop (les Schwarzvolf semblent d’ailleurs parler bokmål – un des deux dialectes majeurs norvégiens – entre eux) et « surprenant », dans le bon sens du terme, pour le lecteur, surtout celui habitué aux platitudes des récits SM de Sarah Cawkwell (merci de ne pas sortir cette phrase de son contexte). Premier bon point. Elle a également la bonne idée de développer son point au cours de la nouvelle, en informant le lecteur de l’intérêt tactique, pas évident de prime abord pour le néophyte, de cette caste guerrière, et en la faisant évoluer sur le champ de bataille de manière assez crédible. Deuxième bon point. M’attendant à titre personnel à voir la Valkia de Cawkwell déboîter ses ennemis comme qui rigole en dépit de son jeune âge, de sa frêle constitution et de son manque d’expérience, bref en dépit de toute logique, pour la simple raison qu’il s’agit d’une future élue de Khorne et qu’elle se doit donc d’être un monstre de corps à corps (oui, j’en étais rendu à ce stade de cynisme envers les écrits de Miss Cawkwell, je l’avoue), je reconnais volontiers que le traitement (assez) réaliste du personnage par l’auteur m’a agréablement surpris. Tout arrive dans ce bas monde.

 

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans Blood Born, à commencer par son intrigue, qui se révèle être inexistante (Martine Valkia participe à sa première bataille), et lorgne plus vers le chapitre de roman que la nouvelle à proprement parler. Les personnages manquent cruellement de personnalité, à commencer par notre héroïne, dont la farouche détermination constitue le seul trait de caractère marquant. Cawkwell sort encore trop peu des sentiers battus et rebattus de la BL (et de la littérature med-fan classique en général) dans ses partis pris de mise en scène et ses dialogues. Certaines péripéties sont marquées du sceau du TGCM (voir plus haut), et un beau gros faux-raccord (au moins) a subsisté dans la version finale de la nouvelle. Ceci dit, le résultat reste tout de même bien supérieur aux précédentes soumissions de l’intéressée, qui signe avec Blood Born son plot twist le plus convaincant à date : Madame Silver Skulls était en fait un auteur d’heroic-fantasy.

 

1 : Une autre ligne de partage, moins politiquement correcte et totalement subjective, pourrait également être tirée au niveau de la qualité des écrits de nos deux auteurs, Sarah Cawkwell s’étant « spécialisée » dans le médiocre et Josh Reynolds dans le lisible.

2: Episode non relaté dans le cours du récit, et c’est bien dommage car j’aurais aimé lire comment une fillette de quarante kilos, équipée d’un bouclier trop grand pour elle et d’un canif, et totalement inexpérimentée dans le maniement des armes, arrive à prendre le dessus sur un chef de guerre nordique. De manière réaliste, s’entend.

 

Au final, ce 21ème numéro n’est peut-être pas le plus impressionnant en terme de qualité intrinsèque, même si la nouvelle de Josh Reynolds vaut certainement le détour, mais il représente un excellent mètre-étalon de ce que Hammer & Bolter aurait dû être, et ce à tout niveau (diversité des formats, égale couverture des deux univers de GW, nombre et longueur des soumissions). Gilead’s Curse mis à part, le contenu de cet opus est plutôt honnête, Goulding, Swallow et Cawkwell signant tous des textes significativement supérieurs à leurs précédentes contributions. Bref, un excellent moyen de découvrir le webzine de la BL… si ce dernier n’était pas passé en pertes et profits depuis, et si ce numéro, comme tous les autres d’ailleurs, était encore proposé à la vente sur le site de la Black Library (pour des raisons que j’ignore, l’intégralité des Hammer & Bolter reste cependant disponible sur l’iStore). Zut. Il va falloir me croire sur parole du coup. À la prochaine !

 

Schattra, "il en reste un peu, je vous le mets quand même?"

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"il en reste un peu, je vous le mets quand même?"

 

 

Je ne dis jamais non à du rab! Je pense même me sortir de chroniques sur du bon vieux papier afin de les relire lors de mes vieux jours^^

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Toujours un plaisir de voir encore vivre cette partie du warfo surtout avec des post comme ceux là !

 

Juste un petit renseignement complémentaire à ta critique de l'immense Dead man party de Reynolds :

 


Toutes les bonnes choses ayant une fin, c’est avec une certaine tristesse que je chronique ici la dernière aventure d’Erkhart Dubnitz, mascotte du très saint et très awesome Ordre de Manann

 

Pas exactement la dernière aventure de ce brave Dubnitz puisqu'il a droit à un dernier baroud pour l'honneur au début du dernier tome de The End Times (comme par hasard rédigé par Josh) lors de la chute de Middenheim au côté de nombres de personnages de la BL (dont ce brave Brunner le chasseur de prime)

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@XAW: Merci pour ton commentaire et ton soutien, camarade! Je me suis toujours dit que j'arriverais au bout de ce petit exercice, commencé il y a déjà quelques années, mais j'étais incertain sur le temps qu'il me faudrait pour boucler la boucle. Au rythme actuel, j'espère avoir fini avant 2017. 
 
@JutRed: Merci également pour ton post, tes critiques des bouquins Age of Sigmar (qui m'ont beaucoup plu et m'ont bien fait rire), et ce complément d'info bienvenu sur le destin de ce bon vieux Erkhart Dubnitz! Je m'étais mis en retrait du hobby au moment de la Fin des Temps, et n'ai donc suivi que de loin les conséquences fluffiques de l'évènement. Savoir que l'Ordre de Manann a eu le droit à sa petite heure de gloire au cours du baroud d'honneur de Warhammer me satisfait profondément, et me donne une nouvelle raison de considérer l'achat des bouquins publiés pour l'occasion.
 


***


Bonjour à tous et bienvenue dans la chronique du 22ème numéro de Hammer & Bolter ! Au programme ce mois-ci, le retour de Chris Dows (In the Shadow of the Emperor, H&B #14) et de Frank Cavallo (The Talon of Khorne, H&B #20), dans des adaptations « warhammerisées » d’Un pont trop loin pour le premier et de Contagion pour le second. Saluons également les grands débuts de Jordan Ellinger (une nouvelle de 27 pages) et les petits débuts de C Z Dunn (un extrait audio de trois minutes et une seconde) dans le webzine de la BL. Ce bon vieux Nick Kyme vient compléter le roster du numéro en signant un copieux court-format joignant l’horrible (une histoire de Salamanders1…) à l’insoutenable (…initialement publiée sous la forme d’un audio book2), mais chaque chose en son temps. Et Gilead’s Curse, me direz-vous ? Bien que cette question, sous des abords innocents, dissimule probablement un goût prononcé pour la souffrance humaine de la part de celui ou celle l’ayant formulée, je me dois d’y répondre et indique donc à ceux que ça intéresserait qu’aucun chapitre du surréaliste opus d’Abnett et Vincent ne figure au sommaire de ce numéro. La cause de ce hiatus (le 2ème en 6 mois tout de même) est peut-être à chercher dans la date de publication du présent objet d’étude (Juillet 2012), tout le monde ayant le droit de prendre des vacances. De mon côté, je dois avouer qu’un bref sursis avant de me replonger dans la prose débilitante du duo infernal n’est pas de refus non plus. Bref, tout le monde est content et c’est bien là l’essentiel.
 
1: Remember The Burning – H&B #14
2: Remember Thunder from Fenris – H&B #19
 


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The Mouth of Chaos – Dows:
 
Après un premier effort, très Rogue Trader-esque dans l’esprit, et assez moyen dans la réalisation, Chris Dows a opté pour une approche plus conventionnelle pour sa deuxième publication dans Hammer & Bolter.
 
Alors qu’une insurrection chaotique est sur le point de faire sortir le monde de Rysgah de l’ample giron de l’Imperium, la Garde Impériale lance une contre-attaque sur la capitale planétaire (éponyme) afin de calmer les velléités sécessionnistes de la milice locale. La topographie du théâtre d’action empêchant le Marteau de l’Empereur d’utiliser ses tactiques favorites (assaut massif de bidasses totalement sacrifiables et/ou bombardement à outrance de la position ennemie), le haut commandement impérial décide de la jouer fine et charge le 158ème régiment de parachutistes Elyséens de sécuriser une tête de pont dans la cité rebelle.
 
La nouvelle commence donc par une séance de chute libre synchronisée, qui voit nos skydivers de combat dessiner des symboles insultants envers les Rysgahans et les mères de ces derniers dans le ciel nocturne, déclenchant en représailles la mise en batterie d’une Hydre et la désintégration tragique d’une partie non négligeables de nos hardis paras. Fort heureusement pour les Elyséens, l’escouade de troupes de choc du Sergent Zachariah était inscrite sur la feuille de match, et ce dernier se fait une joie de descendre les trois servants du char ennemi, et ce alors qu’il n’a même pas encore touché terre. Vous avez bien lu, Zach’ snipe les faquins en pleine chute, de nuit et à une distance que l’on peut estimer à quelques centaines de mètres, si on en juge par le temps qui lui est nécessaire pour toucher terre après son triple headshot. C’est ce qu’on appelle une entrée en matière supercalifragilisticexpidélilicieuse (d’ailleurs le terme lui-même a été inventé par l’Empereur pendant la Grande Croisade après qu’il ait eu une vision de Zachariah réussir à décapsuler une bière depuis l’orbite haute avec un macro canon), qui a le mérite de camper d’emblée le personnage et donne au lecteur un avant-goût des capacités martiales du personnage principal et de sa fine équipe. Avec des gardes impériaux aussi balaises, qui a encore besoin de Space Marines ?
 
Ayant regagné le plancher des grox sans plus de péripéties, les Elyséens se mettent à creuser un tunnel à travers la paroi du cratère volcanique dans lequel Rysgah est bâtie afin de pouvoir apprendre la vie aux hérétiques faisant régner la terreur dans la cité. Il y a certainement une explication logique au fait que nos héros n’aient pas simplement opté pour atterrir directement sur zone (et donc du bon côté du cratère), au lieu de perdre du temps en de laborieux travaux d’excavation, mais Dows ne se donne pas la peine de la fournir, entamant sensiblement la crédibilité de son récit se faisant. Par chance, les ingénieurs Elyséens se révèlent avoir du sang squat dans les veines et ont vite fait de dégager un accès convenable pour le gros de la troupe, qui doit cependant essuyer un feu nourri de la part des sécessionnistes dès la sortie du tunnel. Soit exactement le genre de situation que des troupes aéroportées ne devraient pas rencontrer. L’officier en charge de cette opération doit être le beau-frère du Commandant Chenkov, ce n’est pas possible autrement.
 
Encore une fois, il revient à Zachariah et à ses spécialistes de sauver les miches de leurs petits camarades, ce qu’ils font avec un professionnalisme et une efficacité admirables, en bons Gardes Impériaux de film d’action qu’ils sont. L’épisode permet également à Dows d’introduire la fameuse Bouche du Chaos ayant donné son nom à la nouvelle, et qui se révèle être un vulgaire Difool chaotique dont les élucubrations prosélytes sont rapidement interrompues par un tir millimétré de lance-grenades venant détruire le haut-parleur relayant sa vile propagande (mais si, c’est possible). Même si le lascar reviendra taper sur les nerfs de nos héros à plusieurs reprises dans la suite de la nouvelle en lisant les dédicaces des auditeurs à l’antenne tentant de les faire basculer du côté obscur, son rôle dans l’intrigue restera très mineur, ce qui pose la question du choix effectué par Chris Dows au moment de nommer son travail1. Tant d’interrogations, et si peu de réponses, on se croirait dans Qui saura de Mike Brant.
 
De démonstration martiale en démonstration martiale, on comprend finalement que le but de Zach’ & Cie est de détruire un des trois ponts reliant le quartier où ils se trouvent avec le reste de la cité, ce qui permettrait aux forces impériales de sécuriser leur tête de pont et d’entamer la reconquête de Rysgah dans des conditions optimales. Secondées dans cette dangereuse mission par une escouade de gardes lambda, dont la seule utilité est de mourir sous les tirs ennemis à intervalles réguliers afin de montrer au lecteur que le risque est bien présent, les troupes de choc du 158ème réussiront bien sûr à dynamiter leur objectif malgré la présence du traditionnel boss-de-fin-que-le-briefing-tactique-n’avait-pas-prévu (tous des planqués au Strategium !), qui se trouve être ici une paire de tanks décatis, pour ceux que ça intéresse. Je laisse les lecteurs curieux découvrir la manière dont nos héros réussissent à se tirer de ce mauvais pas, la méthode utilisée étant trop absurde/épatante (c’est selon) pour être spoilée ici.
 
Dows marche très clairement sur les traces de Dan Abnett et des Fantômes de Gaunt avec ce The Mouth of Chaos. Au-delà des ressemblances évidentes entre les protagonistes de ces deux auteurs (une bande de Gardes Impériaux vétérans surclassant outrageusement tout ce qui a le malheur de croiser leur chemin), on peut également noter une certaine similarité de style, particulièrement dans les scènes d’action, décrites dans les deux cas à hauteur d’homme et parvenant de ce fait à rendre de manière convaincante l’intensité d’un affrontement en environnement urbain.
 
Si l’on peut tiquer devant la facilité avec laquelle les Elyséens de Chris Dows roulent sur les pauvres renégats leur faisant face, et déplorer la tendance de l’auteur à sortir ses héros du pétrin en leur permettant de réaliser des faits d’armes dignes d’un Primarque au pic de sa forme, on doit en revanche lui reconnaître un certain talent dans la description d’une opération des forces spéciales de la Garde Impériale, et plus particulièrement des paras Elyséens, dont le mode de déploiement par grav-chute est mis en scène de manière assez satisfaisante en ouverture de la nouvelle. Un autre bon point peut être attribué à Dows pour le soin qu’il a mis à doter chacun des six membres de l’escouade de Zachariah d’une (ébauche de) personnalité, permettant au lecteur de différencier les personnages sans trop de difficultés au bout de quelques pages. Mine de rien, un tel résultat nécessite un niveau certain en matière de character development, dont peu de contributeurs de Hammer & Bolter peuvent se targuer (d’ailleurs, In the Shadow of the Emperor pêchait dans ce domaine).
 
De façon plus marginale, on peut également reprocher à The Mouth of Chaos quelques incongruités scénaristiques (voir ci-dessus), ainsi qu’une entorse manifeste (et assez surprenante de la part d’un auteur apparemment au fait sur la question2) au background canon, l’un des hommes de Zachariah se déclarant en effet impatient de retourner sur Elysea pour chasser du pirate, ce qui n’arrivera selon toute probabilité jamais. Cette innocente remarque est d’ailleurs toute proche de déclencher une crise d’apoplexie chez Hawkeye, légitimement contrarié du manque de culture de son sous-fifre3, ce qui semble laisser la porte ouvert  à une possible sérialisation des aventures des cadors du 158ème dans le futur (futur pas encore réalisé à l’heure actuelle, si on croit la bibliographie du bonhomme), histoire de permettre à Dows de faire toute la lumière sur les causes profondes de cet incident.
 
Le solde final reste cependant assez largement positif, cette deuxième contribution à Hammer & Bolter s’avérant être de bien meilleure facture que la précédente, ce qui m’autorise à répondre de manière positive à la question posée en conclusion de la critique de In the Shadow of the Emperor quelques mois plus tôt. J’adore les histoires qui se terminent bien.
 
1 : Personnellement, je penche pour un titre suggéré par un éditeur pas franchement emballé par celui proposé initialement par Dows : Hey Chaos, Suck My Airborne Dick.
2 : Dows va même jusqu’à citer le nom d’un obscur Inquisiteur martyrisé par le Chaos (De Haan), créé par Graham McNeill dans Killing Ground.
3 : La vraie raison de la réaction épidermique de Zachariah à la bourde du première classe Beor n’est pas donnée, et cette relation apparemment compliquée avec la notion de retour au foyer est un autre point commun entre les Elyséens de Dows et les Tanith d’Abnett.
 
The Butcher’s Beast – Ellinger:
 
Jordan Ellinger n’a semble-t-il pas fait carrière comme contributeur de la Black Library, la présente nouvelle représentant un quart de sa production pour la maison d’édition de Nottingham, si l’on en croit le site internet de cette dernière. Spécialisé dans l’univers de Warhammer Battle, Ellinger a ainsi signé trois courts formats mettant en scène Gotrek & Felix : The Contest, Kineater et The Reckoning.
 
La vie d’un Joueur d’Epée n’est pas de tout repos, comme Anton Erhardt, lieutenant au sein du glorieux régiment de Carroburg et accessoirement héros de The Butcher’s Beast, pourrait en témoigner. Incorporés à l’armée du général Schalbourg, les Carroburg commencent en effet leur journée par un sauvetage en règle des forces impériales, embusquées par un ost de Skaelings et d’Hommes-Bêtes pendant qu’elles traversaient la rivière Schilder. Bien loin de céder à la panique devant la brutalité de l’assaut des nordiques, les Joueurs d’Epée parviennent à tenir les hordes du Chaos en respect assez longtemps pour permettre à la cavalerie lourde impériale de prendre ces dernières à revers et les mettre en déroute. Leur commandant ayant été sévèrement blessé au cours de l’accrochage par une collision avec un Rhinox circulant sans permis, il revient à Anton de gérer les affaires courantes du régiment jusqu’au rétablissement (ou plus probablement, le décès rapide suivi du remplacement) de son supérieur.
 
Célébrés comme les héros qu’ils sont à leur retour au camp impérial, les Carroburg ont toutefois à peine le temps de s’en jeter un petit qu’ils doivent faire face aux ravages causées par une bête chaotique semblant se matérialiser comme par magie au milieu du campement à intervalles réguliers, avant de disparaître de façon tout aussi mystérieuse après avoir provoqué un boxon monstre dans le bivouac. L’affaire ayant logiquement attiré l’attention du Chasseur de Sorcières rattaché à l’armée du général Schalbourg, dont le départ en reconnaissance des forces ennemies empêche fort logiquement de garder sous contrôle les pulsions tortionnaires de l’implacable zélote, Anton décide de mener sa propre enquête afin de limiter les dégâts collatéraux autant que faire se peut. Parviendra-t-il à élucider l’énigme de la Bête du Boucher avant que cette dernière, ou les méthodes d’investigations radicales de l’Inquisition sigmarite, ne déciment l’armée impériale ?
 
Pourtant l’une des factions de Warhammer Fantasy dont le background a été le plus exploré, tant par les publications liées au jeu (Livres de Règles et d’Armée, Suppléments divers et variés) que par les romans et nouvelles de la BL, l’Empire n’a jamais été particulièrement gâté au niveau de la description de ce qui peut être considéré comme le socle de la littérature de wargame : la mise en scène de batailles rangées. Ce paradoxe repose en partie sur l’utilisation par les auteurs de la BL de héros impériaux opérant seuls (Gotrek & Felix, Brunner, Mathias Thulmann, la bande de Badenov) et/ou peu intéressés par la chose militaire (Zavant Konniger, Sam Warble), faisant en conséquence d’un affrontement de grande ampleur entre les forces impériales et un de leurs nombreux ennemis un évènement assez rare. Même si les dernières années ont vu cette tendance s’inverser avec la sortie de romans centrés sur les armées de l’Empereur (série des Sword of…, Iron Company, Grimblades, Warrior Priest, Reiksguard…), les courts formats de la BL n’ont pas été particulièrement impactés par ce changement de ligne éditoriale, ce qui fait de The Butcher’s Beast une nouvelle à part dans le « corpus impérial ».
 
La scène d’introduction de la nouvelle est à ce titre particulièrement intéressante, en ce qu’elle permet à Ellinger de confronter les fameux Joueurs d’Epée de Carroburg (sans doute le régiment nommé le plus fameux de tout l’Empire) à une horde de maraudeurs et d’Hommes-Bêtes dans un dernier carré héroïque. C’est typiquement le genre de scène que tous les joueurs impériaux se sont imaginés à la lecture du background de cette unité d’élite, et ont probablement essayé de recréer lors de leurs parties, avec plus ou moins de succès1. Il est également probable que ces mêmes joueurs se soient demandés comment diable de simples soldats humains, fussent-ils des vétérans couturés et équipés des meilleures armes et armures disponibles, puissent faire jeu égal avec, et même vaincre (parfois), des adversaires plus forts, plus rapides ou plus doués qu’eux au maniement des armes, ce qui est malheureusement (c’est le joueur de l’Empire qui parle) assez fréquent dans le monde de Warhammer. Coup de chance, Jordan Ellinger était apparemment taraudé par la même question, et y fournit une réponse somme toute assez logique : c’est leur discipline et leur capacité à se battre de manière coordonnée (couplées bien entendue avec leur moral supérieur, leur adresse au combat, leur armure de plates naine et leur zweihander de six pieds de long) qui permettent aux Joueurs d’Epée de tenir la ligne en toutes circonstances. Pour illustrer son point, l’auteur met d’ailleurs en scène les conséquences désastreuses de l’insubordination d’un des camarades d’Anton Erhardt, qui abandonne son poste pour tenter d’arracher son commandant aux griffes de l’ennemi et permet en conséquence à ce dernier de briser la cohésion de la formation des Joueurs d’Epée, ce qui conduit à leur quasi-annihilation. Ce souci de donner à l’univers fantastique de Warhammer des assises les plus crédibles et réalistes possibles est indubitablement l’une des forces d’Ellinger, et une des raisons principales de lire The Butcher’s Beast.
 
Une autre réussite à mettre au crédit de cette nouvelle est sa galerie de personnages, qui se révèlent être assez mémorables, en particulier le Chasseur de Sorcières et Templier de Sigmar Keller, un fanatique de premier ordre doublé d’un sadique dénué de tout scrupules, autant de « qualités » lui permettant de s’imposer sans problèmes parmi les antagonistes les plus haïssables de Hammer & Bolter. Sans être aussi marquants, le héros et son side-kick forment un duo à la Astérix & Obélix (comprendre que le petit réfléchit et le grand tabasse) assez efficace et tout à fait supportable, ce qui est déjà appréciable.
 
Cependant, tout n’est pas parfait non plus dans The Butcher’s Beast, le principal point faible du travail d’Ellinger étant son développement parfois artificiel, certaines décisions prises par les personnages et péripéties inclues dans le récit ne pouvant être justifiées autrement que par un bon gros « c’est le script qui veut ça » des familles. Résultat : des déductions un peu trop rapides pendant l’enquête menée par nos héros et un affrontement final avec la bête qui aurait vraisemblablement pu être évité avec une once de bon sens. D’ailleurs, cette fameuse bête n’est pas non plus au-dessus de tout reproche, les conditions de sa « création » étant assez capillotractées, ce qui est d’autant plus dommage que l’idée sous-jacente2 était encore une fois des plus crédibles. Rien de trop rédhibitoire donc, et des débuts incontestablement réussis pour Jordan Ellinger dans Hammer & Bolter.
 
1 : Surtout avant la V7 et l’arrivée d’une ténacité « inconditionnelle », mais je m’égare.
2 : Lors d’un affrontement contre des adversaires humains, il arrive que les médecins de campagne rattachés aux armées impériales soignent par erreur des combattants adverses, le chaos du champ de bataille ayant vite fait d’abolir tous les signes distinctifs permettant d’identifier l’allégeance des participants.  
 
Malediction (extrait audio) – Dunn:
 
Christian Zoidberg Dunn, aka C Z Dunn, est généralement plus connu pour son rôle d’éditeur que d’auteur au sein de la BL. Si sa première casquette l’a conduit à être crédité sur de nombreux recueils de nouvelles (Way of the Dead, Swords of the Empire, Fear the Alien, Tales from the Dark Millenium, et plus récemment Age of Darkness  et Architect of Fate), sa seconde l’a mené à signer un certain nombre de courts formats, dont le script de l’audio book Malediction.
 
Les trois minutes et une seconde que durent l’extrait audio de Malediction n’apportant pas vraiment d’éléments propres à expliquer l’intrigue de l’histoire (pour faire court, c’est une description d’un assaut de cultistes et de mutants du Chaos sur la tranchée tenue par le héros et un de ses potes), j’ai complété l’écoute en récupérant l’extrait gratuit proposé sur le site de la BL (ici, pour ceux que ça intéresse). Dans ce qui doit être la scène d’introduction du récit, le Capitaine de la 6ème Compagnie des Dark Angels (Tigrane) interrompt le discours de remerciements donné par le Colonel Regan Antigone lors de la cérémonie d’hommage lui étant consacré en sa qualité de Héros de l’Imperium et seul survivant du régiment de Gardes Impériaux ayant contribué à stopper l’invasion du monde  de Procel par les forces du Chaos quelques décennies plus tôt. Titi a fait le déplacement pour honorer lui aussi Antigone, ayant combattu à ses côtés lors de cette fameuse campagne, mais également et surtout pour comprendre comment trois malheureux Gardes s’y sont pris pour repousser à eux seuls une offensive massive de soldats ennemis sur leur position, permettant ainsi aux défenseurs impériaux de se réorganiser et précipitant la défaite de l’Archennemi. Car on ne la fait pas au Capitaine Tigrane, que diantre (même s’il a mis un peu de temps pour se rendre compte que quelque chose clochait dans la version officielle). Antigone, visiblement fébrile devant la demande insistante de l’Ange de la Mort qui lui sert de voisin de table, se prépare donc à relater une fois de plus le récit de la journée la plus importante de sa vie, qui pourrait bien au final dissimuler quelque chose de pas très catholique ministoresque… Qui a dit Déchu ?
 
Difficile de se faire une religion sur la valeur de ce Malediction avec les quelques éléments mis à disposition par la BL et Hammer & Bolter. L’extrait audio couvre un passage d’action pure, et même si les bruitages sont assez sympas, le ton détaché avec lequel le narrateur raconte la lutte désespérée d’une nouvelle recrue de la Garde face à un mutant pas vraiment avenant empêche de se plonger dans le récit. L’extrait littéraire est plus intéressant, mais ne piquera sans doute que la curiosité des membres du Cercle Intérieur des Impardonnés, tant il s’avère évident que la miraculeuse survie d’Antigone a quelque chose à voir avec la présence de DA renégats (des renéDA quoi). D’ailleurs, quelle nouvelle mettant en scène des Dark Angels ne tourne pas autour de ce sujet ? À croire qu’ils n’ont fait que ça pendant 10.000 ans. Pour le lol, on retiendra la réplique pleine de bon sens de Maître Tigrane, un Space Marine ayant de la suite dans les idées.
 
Fireborn – Kyme:
 
Trois mois après avoir commis le très dispensable, si assez rigolo, Thunder from Fenris, Nick Kyme revient hanter les pages de Hammer & Bolter, tel l’assassin de retour sur les lieux de son crime. Cette fois-ci aux commandes de son chapitre de prédilection, j’ai nommé les Salamanders, on était en droit de s’attendre à un contenu (ne serait-ce qu’un peu) supérieur aux pataudes déambulations d’une poignée de cavaliers tonnerre dans la toundra pestiférée de Skorbad. Et, croyez-moi sur parole (vous pouvez aussi lire la suite de la chronique, hein), le bon Mr Kyme a fait précisément cela, en livrant une nouvelle bien supérieure à tout ce qu’il avait publié auparavant dans Hammer & Bolter… en matière de conneries. Quelle légende.
 
Notre histoire se déroule sur la planète Sepulchre IV, qui se trouve être un monde cardinal et en tant que tel, accueille bon nombre d’ordres de l’Ecclesiarchie, dont celui du Voile Ardent. Une des novices (Evangeline, et sa belle robe en crinoline) dudit ordre ayant reçu la vision d’un futur sanguinolent, elle fait part de cette épiphanie à sa hiérarchie, et se retrouve catapultée relique vivante pour sa peine (oui, la relation de causalité entre les deux évènements peut être discutée, et non, Kyme n’explique pas comment les bonnes sœurs sont parvenues à cette décision). On apprendra bien plus tard que le chtiote a reçu un grand pouvoir, celui d’apprendre instinctivement le nom véritable de tous les démons se situant dans sa périphérie immédiate, ce qui lui permettrait de les bannir dans le Warp sans faire un pli. J’utilise le subjonctif car, l’Empereur étant un troll (c’est connu), il a cru bon d’accorder ce don à une personne ayant fait vœu de silence (d’ailleurs, tous les membres de l’Ordre du Voile Ardent sont logés à la même enseigne), ce qui réduit drastiquement l’utilité de ce cadeau divin1. En l’état, les nouvelles facultés de sœur Evangeline sont à peu près aussi utiles que les moulages de tétons sur les cuirasses des Blood Angels, mais Kyme a bien évidemment un plan pour contourner le problème.
 
Les prévisions météo de la pythie silencieuse s’étant promptement réalisées (tellement promptement d’ailleurs – 20 minutes – qu’il est possible que la vision prophétique n’ait été induite que par un simple regard par le velux de l’abbatiale), Sepulchre IV doit faire face à une invasion en règle de la part de la Rage Rouge (Red Rage), armée chaotique très logiquement inféodée au Dieu du Sang et menée par Hagtah Dreghgor, seigneur de guerre semble-t-il plus intéressé par les travaux de terrassement (il a façonné une arène gladiatoriale de ses mains) que par la conduite de son armée. Sa seule utilité dans la nouvelle sera de présider à la création d’une machine démoniaque, que je ne peux décrire que comme un Goldorak de Khorne (appelons le Khornorak), possédant la particularité de se nourrir de la rage ambiante pour devenir plus gros et plus méchant, et de l’envoyer chercher sœur Evangeline, qui n’a semble-t-il pas daigner répondre aux centaines de textos enflammés qu’il lui a envoyé depuis son arrivée sur la planète. Le Khornorak étant bien entendu insensible à tout ce que les défenseurs impériaux peuvent lui envoyer sur le coin du museau, transformant les sœurs de bataille ayant le malheur de croiser sa route en pâté de foie et s’amusant à faire des jongles avec les Immolators chargés de le stopper, rien ne semble être en mesure d’empêcher la Rage Rouge de capturer la mascotte adverse, sauf peut-être… une escouade de Firedrakes Salamanders. Ça tombe bien dis-donc, il y en a justement une qui passait dans le coin, quel morceau de chance (ironie inside)2. Loué soit Pépé.
 
Le cadre étant planté, faisons donc connaissance avec nos héros. Question : qu’est-ce qui est très gros, très très vert et très très très énervé ? Tous ceux qui ont répondu Hulk ont gagné une séance d’initiation aux joies de l’arco-flagellation, ce qui leur permettra je l’espère de méditer sur l’importance de ne pas mélanger deux univers distincts. Les autres auront bien entendu pensé à Tsu’gan, le Salamanders le plus haineux, arrogant et indiscipliné ayant jamais existé, et rival habituel du « gentil » Da’kir (voir The Burning, Hammer & Bolter #14), personnage principal de la saga consacré par Nick Kyme aux descendants de Daddy Cool, alias Vulkan. Intégré à la prestigieuse Première Compagnie des (sur)hommes en vert depuis peu, Tsu’gan est décrit par Kyme comme pas encore totalement familiarisé avec sa nouvelle armure terminator, ce qui n’aura pas d’autre effet que de le faire marcher un peu plus lentement que ses comparses plus expérimentés, ce qui n’est pas la mort non plus. Ayant reçu l’email de détresse envoyé par l’Ordre du Voile Ardent, les Salamanders acceptent de venir au secours des bonnes sœurs, ou plutôt de sécuriser la relique convoitée par le Chaos en l’embarquant sur leur vaisseau avant de retourner sur Nocturne en laissant les sistas repousser la Rage Rouge toutes seules, ce qui, pour un Chapitre notablement décrit comme altruiste et protecteur envers les populations civiles dans le fluff, est un peu raide (même si assez logique au final).
 
C’est précisément à ce moment de l’histoire que Nick Kyme décide d’introduire un genre jusque-là non abordé par la Black Library (à raison), à savoir le vaudeville. Comment ? Eh bien, en mettant en place un savoureux quiproquo, les Salamanders se rendant à la surface de la planète en pensant devoir récupérer une relique des plus classiques (les rognures d’ongles de Ste Analgésine, le bong du Cardinal Aquarium, une liste de course manuscrite de Sebastian Thor du temps où il était étudiant en deuxième année de licence de mercatique sur Dimmamar…), et non pas une personne de chair et de sang. En conséquence, le plan du sergent Firedrake, l’illustre Herculon (silence dans les rangs ! Il ne l’a pas choisi) Praetor ne peut être mis en application, une téléportation directe sur le vaisseau des Salamanders ne pouvant avoir qu’une issue fatale pour un être humain non protégé par une armure terminator. Ho ho ho, comme c’est ballot. On ne saura jamais qui est coupable dans cette affaire, mais le ridicule engendré par cette réalisation tardive colle assez mal avec le professionnalisme à toute épreuve qui est normalement les marques de fabrique des Space Marines et des sœurs de bataille.
 
Au-delà de cette péripétie rocambolesque, c’est toute l’intervention des Salamanders sur Sepulchre IV qui se retrouve discréditée par un Nick Kyme en très grande forme. Les Firedrakes débarquent ainsi à la surface de la planète à 10 kilomètres de leur cible, distance qu’ils effectueront à pied. Raison de cette insertion « chirurgicale » : la supériorité aérienne dont dispose la Rage Rouge à ce moment de la campagne, et qui rend trop dangereux un déploiement sur zone en Thunderhawk. Soit. C’est vraiment dommage que les Space Marines n’aient pas à leur disposition une sorte de navette blindée qui « tomberait » littéralement à l’endroit désiré, avec une vélocité suffisante pour déjouer toute tentative d’interception ou de destruction par la DCA ennemie… Ou que les armures terminator ne soient pas fournies avec un équipement permettant une téléportation instantanée sur zone… Rappelle-nous comment les Firedrakes prévoyaient de quitter le couvent de l’Ordre du Voile Ardent déjà, Nick ?
 
Un peu plus tard, après que les Firedrakes survivants aient réalisés qu’ils se sont fait trollés par les sistas, et alors que le Khornorak frappe doucement à la porte du cloître où la fine équipe s’est réfugiée, Praetor met au point un plan de bataille aussi retors que stupide. Bien conscient que le plus important est d’empêcher le Chaos de s’emparer de sœur Evangéline, et prêt à la tuer de ses mains si nécessaire, l’astucieux sergent va décider de sacrifier la moitié de son escouade pour « ralentir » l’invincible machine-démon de la Rage Rouge (je mets des guillemets parce que ça n’a pas vraiment marché), afin de gagner du temps pour… ne rien faire du tout. Comme prévu, le Khornorak atomise l’arrière-garde des Salamanders et se rue sur les derniers défenseurs de la relique, mais pas avant que Praetor ait eu le temps de donner une dernière instruction à Tsu’gan : « si je n’arrive pas à coucher le Deceptikhorne en un contre un, arrange-toi pour buter la fille avant qu’il ne la chope, et on se téléportera peinard sur notre vaisseau ». Se pose alors la question de savoir pourquoi les Sala’ n’ont pas collé un bolt dans le crâne d’Evangeline quand il est clairement apparu qu’ils n’avaient aucune chance de stopper le Gundam de Dreghgor et activé leurs balises avec le sentiment du devoir accompli alors qu’ils n’avaient encore subi que des pertes mineures. Ou, quitte à la jouer plus chevaleresque, aient tenté de téléporter la novice avec eux, en comptant sur le fait qu’elle était visiblement une élue de l’Empereur et avait donc une petite chance de survivre au voyage. Au pire, elle serait morte pendant la translation, ce qui aurait été regrettable mais aurait tout de même compté comme une victoire de l’Imperium. Au lieu de ça, Praetor a préféré sacrifier la totalité d’une escouade de Space Marines d’élite, pour obtenir exactement le même résultat. C’est ce qui s’appelle une gestion fine des ressources.
 
Enfin, je ne peux résister à vous relater la manière dont notre imbuvable héros s’y prend pour défaire le mâââl alors que celui-ci était sur le point de l’emporter. En position de dernier défenseur suite à la transformation de l’insondable Herculon en bas-relief du sanctum après une pichenette amicale du Khornorak, Tsu’gan est sur le point de tordre le coup de sa protégée lorsqu’une illumination le frappe. Faisant fi du sacrifice de tous ses collègues de bureau ainsi que de celui de milliers de troupes de l’Ecclesiarchie afin d’empêcher la Rage Rouge de mettre les mains sur la relique vivante, il  jette  cette dernière dans les pattes du mécadémon et s’en va en loucedé en priant très fort pour que sa vague intuition3 se révèle être fondée (ce qui est évidemment le cas, il faut que ça se termine bien tout de même). Heureusement que son sergent lui avait spécifiquement ordonné d’empêcher cette situation de se produire à tout prix trente seconde plus tôt, hein. Je t’enverrais tout ça en conseil de guerre pour insubordination aggravée, moi. Toujours est-il que la petiote prononce le mot magique et renvoie le ressortissant du Warp dans sa contrée natale, perdant son pouvoir pour la peine (fallait pas briser ton vœu de silence cocotte) mais permettant à la nouvelle de se terminer sur un happy end. Enfin, c’est pas comme si la Rage Rouge était sur le point de balayer les dernières poches de résistance impériale, et n’avait invoqué le Khornorak que pour accélérer un peu les choses. Il faut savoir profiter des petits bonheurs de la vie.
 
Vous l’aurez compris à la lecture de la première partie de cette chronique, Fireborn peut être légitimement considérée comme la pire (ou la meilleure, c’est selon) contribution de Nick Kyme à Hammer & Bolter. Là où le bonhomme est fort, c’est qu’il arrive à se surpasser de soumission en soumission et à progresser dans le n’importe quoi à un rythme exponentiel. Si j’ai généralement tendance à passer assez facilement l’éponge sur les incohérences dans le scénario des nouvelles que je lis (un faux-raccord narratif est si rapidement arrivé), c’est ici impossible tant ces dernières sont nombreuses et centrales dans le déroulement de l’histoire. C’est bien simple, rien ne tient debout dans ce texte, mise à part la fine couche de fluff et de character development que Kyme a réussi à incorporer dans son récit. Il est ainsi possible de glaner quelques informations relatives au background des Salamanders à la lecture de Fireborn, ainsi que de suivre la quête de Tsu’gan pour tenter de contrôler la raaaaage qui semble menacer de l’engloutir à chaque instant4, ce qui est très loin de compenser toutes les absurdités, contre-sens et autres inanités que l’auteur débite à tour de plume au cours des 30 pages que compte la nouvelle. Je ne sais pas dans quelles conditions Nick Kyme a rédigé cette dernière, mais il paraît évident à la lecture qu’il n’a pas accordé à la relecture de son manuscrit le temps nécessaire, ce qui lui aurait permis de corriger les bévues les plus évidentes de son script, à commencer par les entorses faites au fluff canon (la randonnée des Firedrakes jusqu’au couvent, pour ne donner qu’un exemple) dont la présence est d’autant plus surprenante que le bonhomme est de fait responsable du développement de l’historique des Salamanders depuis qu’il a commencé à écrire The Tome of Fire.
 
Pour ma part, j’attribue l’échec patent qu’est Fireborn à la décision de Kyme de mettre en scène des scènes d’action les plus cinégéniques possible, sans prendre le soin de les intégrer de manière « intelligente » dans son schéma narratif. Pour reprendre l’exemple du trek de l’escouade de Praetor, cette marche d’approche n’avait pour but que de permettre une première rencontre entre les Firedrakes et le Khornorak, afin de faire ressortir toute la dangerosité de cet ennemi (un des terminators y laissera d’ailleurs sa peau ses écailles). Même logique pour le gag de l’uberisation non prévue dans le briefing de mission (forcer les Salamanders à se battre contre un adversaire apparemment impossible à vaincre) et l’approche du « chacun son tour » lors de l’affrontement final avec le T-888 (souligner l’héroïsme des géants verts et permettre à Praetor et à Tsu’gan de s’illustrer en un contre un). Cette primauté de l’épique sur la logique se retrouvait déjà dans Thunder from Fenris, autre audio book guère avare en situations assez peu crédibles dès lors qu’on y réfléchissait à deux fois. J’avais espéré que l’inclusion de ses chers urodèles de l’espace à l’intrigue pousserait Mr Kyme à donner le meilleur de lui-même, mais cela n’a malheureusement pas été le cas. Ou peut-être que si, allez savoir.
 
1 : C’est d’ailleurs ce que fera remarquer le sergent Salamanders au père supérieur en charge de la protection de la novice, lequel lui renverra un magnifique Ta Gueule, C’est l’Empereur dans les dents en retour. Tu sais que tu as des gros problèmes de cohérence quand même tes personnages les remarquent.
: Comme pour Thunder from Fenris, Kyme catapulte la crème de la crème d’un Chapitre Space Marines dans un conflit de grande échelle, sans aucun support, ce qui va à l’encontre de toute logique et laisse envisager que les Space Marines accomplissent leur mission de protection de l’Imperium comme une patrouille de police faisant des rondes dans son quartier. Manquerait plus qu’ils aient une ligne directe que les citoyens impériaux en détresse puissent appeler.
3 : Evangeline est techniquement capable de bannir le démon animant le Khornorak, si elle arrive à s’en rapprocher assez pour hacker son nom véritable. Dans l’esprit, cela ressemble assez fortement à la décision prise par le Colonel Straken dans Waiting Death (Hammer & Bolter #4), là aussi sur la base d’un obscur pressentiment qui avait toutes les chances de ne pas être fondé. Pourquoi s’embêter à mettre en scène des dénouements logiques et sensés lorsque l’on peut tout régler à coup d’illuminations géniales ?
4 : Sérieusement mec, prend un Sédatif PC et mets-toi au yoga, ou claque la porte du Chapitre et envoie une candidature spontanée à Angron, et arrête de faire perdre du temps à tout le monde.
 
Leechlord – Cavallo:
 
Frank Cavallo, qui s’était déjà distingué lors de son baptême hammeretbolterien en mettant en scène un personnage nommé issu du bestiaire des Guerriers du Chaos (Assis là j’m’enfile des Grim’, Hammer and Bolter # 20), tape à nouveau dans l’escarcelle des Dieux Noirs pour sa deuxième tentative et s’essaie cette fois-ci au bon docteur Mamour de Warhammer, Festus la Sangsue1.
 
Chargée par le comte de l’Ostland, Valmir von Raukov, de trouver et d’annihiler l’armée responsable de la destruction du village de Salkalten, une petite force de soldats impériaux est embusquée et massacrée par une horde de skavens en maraude. Seul survivant de la catastrophe, le chevalier Jürgen von Sturm se réveille au milieu des cadavres de ses frères d’armes, sérieusement blessé et à moitié délirant de fièvre, conséquence de l’estafilade récoltée de la patte d’un skaven au cours d’une précédente ratonnade (c’est le cas de le dire). Malheureusement pour notre héros, son calvaire n’est pas passé inaperçu, et Festus en personne débarque afin de prodiguer ses bon soins au guerrier agonisant. Il serait en effet dommage de laisser se perdre l’immense potentiel de von Sturm, dont la résistance à la maladie fait un incubateur rêvé pour la dernière création de l’onctueux oncologue.
 
Retrouvé en train d’errer dans la Forêt des Ombres après avoir été vacciné contre la leptospirose par son nouveau médecin de famille (Hey, lui demande même comment vont ses enfants ! Dommage qu’ils soient morts), Jurgen parviendra-t-il à prévenir ses sauveteurs du terrible danger qu’ils courent à le ramener chez eux, ou se noiera-t-il dans ses glaires avant de parvenir à bon port ?
 
Cavallo signe avec Leechlord une petite nouvelle sympa, mais moins aboutie à mes yeux que sa précédente soumission pour Hammer & Bolter (The Talon of Khorne). En cause, l’absence de plus-value fluffique du texte, qui se « contente » de décrire le Mengele Nordlander faire mumuse avec les humeurs d’un brave chevalier impérial qui aurait bien aimé qu’on le laisse râler en paix. Là où The Talon of Khorne brillait par sa description de la vie et de la mentalité propres aux habitants de Norsca, toujours prêts à défendre leur place dans la queue à la boulangerie jusqu’à la mort, même (surtout) si un Ogre du Chaos décide de leur griller la politesse et de prendre la dernière Tradition pas trop cuite de la fournée du matin, Leechlord n’apporte pas grand-chose de comparable, se contentant de nommer un ordre de chevalerie impérial (encore un) et un neveu de von Raukov.
 
Le personnage de Festus pâtit également du service minimum effectué par Frank Cavallo, l’affable praticien collant parfaitement à l’image donnée de lui dans le Livre d’Armée Guerriers du Chaos, mais ne gagnant pas en profondeur pour autant. En bon personnage de Nurgle qui se respecte, Herr Egel se montre jovial et prolixe, mais il lui manque un petit quelque chose pour se démarquer du stéréotype du savant fou duquel il n’est que la déclinaison dans le monde de Warhammer. À titre personnel, j’aurais trouvé opportun de le doter d’une compassion dévoyée (c’est d’ailleurs son altruisme qui l’a damné en premier lieu), option que Cavallo semble d’ailleurs jauger à un moment du récit, lorsque von Sturm espère encore qu’en dépit de son apparence peu engageante et de sa réputation de croquemitaine, Festus va vraiment le remettre sur pied2 ; aurait apporté un supplément de personnalité au petit nouveau de la Chaos Academy. Ca et/ou forcer sur son approche résolument anti-spéciste de la création. Aymeric Caron, sort de ce corps.
Bref, une soumission passe-partout et loin d’être honteuse de l’ami Cavallo, mais qui aurait sans doute pu (et donc du) être supérieure. C’est pas beau se reposer sur ses acquis Frank.
 
1 : À ne pas confondre avec Fistus le Suçon, aspirant champion Slaaneshi dont la glorieuse carrière s’est arrêtée après une tentative malavisée d’initier un Maraudeur Skaeling peu compréhensif aux joies du bondage.
2 : Ce qu’il fait au final d’ailleurs, et c’est d’autant plus remarquable que son patient souffrait alors d’une double fracture du fémur, conséquence d’une roulade à cheval mal négociée.
 
Au final, un numéro assez robuste à défaut d’être totalement sexy, l’absence de Gilead’s Blood faisant logiquement remonter le niveau global et venant souligner l’assez grande homogénéité des styles des différents contributeurs, dans le plus pur esprit BL. Dows et Cavallo passent tous deux leur deuxième galop, sans génie particulier mais sans démériter non plus. Ellinger remporte facilement la palme avec un premier travail très bon sur certains aspects, mais perfectibles sur d’autres (dommage qu’il n’ait pas eu l’occasion de retenter sa chance avant le dépôt de bilan de Hammer & Bolter). Kyme… continue de construire sa légende noire (rien à voir avec la pigmentation des Salamanders) avec une application aussi admirable que suicidaire. Pour finir, Dunn, en bon éditeur de la Black Library qu’il est, réussi à placer son extrait dans l’exacte moyenne de la littérature produite par la maison d’édition de Nottingham : ni pour ni contre, bien au contraire. À la prochaine !

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