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[WHB][VO] Critiques Nouvelles Warhammer Fantasy Battle

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Salut à tous! Le sujet que j'ouvre à présent est un peu particulier, dans le sens qu'il ne sera pas dédié à la revue d'un ouvrage particulier de la Black Library, mais bien à un format de récit: la nouvelle.

Pourquoi un tel choix? Pour plusieurs raisons, la première étant ma récente acquisition d'une douzaine de recueils de nouvelles estampillés BL, traitant à la fois des univers de Fantasy (Lords of Valour, Way of the Dead, Realm of Chaos, The Cold Hand of Betrayal, Death & Dishonour, Tales of the Old World, Les Épées de l'Empire) et de 40K (Crucible of War, Into the Maelstrom, What Price Victory, Shadows of Treachery, Let the Galaxy Burn). Étant finalement venu à bout de tous ces ouvrages (pour certains avec difficulté), je me suis dit que créer un sujet par livre n'aurait que peu d'intérêt, les liens entre les différentes histoires regroupées dans un volume spécifique étant inexistants. Démarrer un seul sujet, ou plutôt trois (un pour chaque univers, l'Hérésie d'Horus étant considéré comme un univers distinct), m'a semblé être un choix plus pertinent.

Une autre raison est que la nouvelle a un statut particulier pour la BL: il s'agit en effet de « l'antichambre » du roman, l'étape que tout écrivain a à franchir avant de se voir confier la responsabilité de la rédaction d'un récit de 100.000 mots. Même les auteurs les plus établis de la maison (Abnett, McNeill. Werner, King, Mitchell...) ont fait vivre, combattre et mourir leurs premiers personnages dans ce format. Mais si certains ont été jugés dignes par les éditeurs de la BL de se frotter à l'écriture d'un roman (une confiance pas toujours récompensée à sa juste mesure), d'autres n'ont pas eu cette chance: beaucoup d'appelés... peu d'élus.

De ces candidats malheureux, malchanceux ou tout simplement peu tentés par la perspective de travailler pour la BL, ne restent que les nouvelles publiées par cette dernière pour prouver qu'ils ont un jour collaborés à l'enrichissement des univers de GW, avec des résultats plus ou moins probants. Se pencher sur les nouvelles de la BL, c'est donc parcourir en filigrane l'histoire de cette dernière, une entreprise que je trouve (à titre personnel) assez intéressante.

Enfin, ces nouvelles, parce qu'elles ont été écrites par des auteurs aux parcours professionnels, aux intérêts, à la maîtrise du fluff et aux styles très différents, permettent d'envisager le background de Fantasy et de 40K sous des angles très variés: si les romans de la BL, particulièrement depuis quelques années, sont assez uniformes dans le style et le fond, les nouvelles, surtout les plus anciennes, ont en revanche bien plus de chances de surprendre et de dépayser leur lecteur.

Comment est organisé ce sujet:

Les nouvelles sont classées par ordre alphabétique d'auteur (prénom nom: les écrits d'Anthony Reynolds apparaissent donc avant ceux de Dan Abnett). La critique en elle-même est précédée de quelques informations qui pourront être utiles (ou pas) au lecteur: le titre de la nouvelle, le nombre de pages, le recueil ou le magazine dans lequel elle a été publiée et l'année de la première publication.

Le sujet promettant d'être assez long, je fais usage de balises spoiler afin de faciliter la navigation. Cliquer sur la première balise suivant le nom de chaque auteur vous permettra d'accéder à une liste des titres de ses nouvelles chroniquées. Chaque chronique dispose en outre de sa propre balise spoiler. Enfin, et si la nouvelle s'y prête (en cas de twist final particulièrement réussi, par exemple), la sous-partie Intrigue pourra être partiellement ou totalement dissimulée.

Les nouvelles récemment chroniquées sont signalées par l'emploi de la couleur rouge (Auteur + Nom de la nouvelle). Les mises à jour (s'il y en a eu) sont signalées par un message récapitulatif une fois par semaine.

J'essaierai aussi de relever les éléments les plus utiles pour le fluffiste assidu (cela peut aller d'une pratique digne d'être notée: « les Orques se brossent les dents après chaque repas », jusqu'à un lieu/bâtiment important pour toute une race: « le plus grand casino d'Altdorf s'appelle Ranaldland », en passant par des anecdotes savoureuses sur la vie de personnages bien connus: « Tyrion a eu de l'acné jusqu'à ses 70 ans »)1.

1 : Certains auteurs à la connaissance des canons du background plutôt limitée ne s'étant pas gênés pour faire progresser ce dernier de manière plus ou moins anarchique, certains ajouts fluffiques sont à prendre avec une pince hydraulique.


Ouvrages critiqués:
 

year-one.jpg.Year Two ignorant-armies-2.png realm-of-chaos.jpg.the-cold-hand-of-betrayal.jpg.death-dishonour.jpg
Cliquez sur une couverture pour accéder au sommaire du livre.


Nouvelles critiquées (79):

Adam Troke (1)

Révélation


In the Service of Sigmar

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/19 pages

Comme un certain nombre de ses collègues concepteurs de jeu, Adam Troke s'est prêté au jeu de la rédaction de nouvelles pour le compte de la Black Library, sans que cette parenthèse littéraire ne débouche sur quelque chose de plus sérieux. In the Service of Sigmar est ainsi l'un des seuls (voire le seul) textes de Troke publiés par la BL, ce qui constitue son principal intérêt.

Intrigue:
Chargé par un chasseur de sorcières de l'infiltration d'une cellule hérétique à fins de collecte de preuves des odieux agissements des cultistes, l'écuyer Lukas Atzwig (auquel le Maître de l'Ordre du Marteau a promis l'adoubement auquel ses basses extractions l'ont empêché de prétendre jusqu'ici en cas de succès) réussira-t-il à mener à bien sa mission sans se faire repérer par ses nouveaux acolytes ?

Avis:
Disons-le tout net : Adam Troke est bien meilleur comme rédacteur de livres d'armées que comme auteur de nouvelles de fantasy. À l'image de son héros, le pataud et naïf Lukas, dont la tentative de se faire passer pour un cultiste est à peu près aussi convaincante que la mort de Marion Cotillard dans le dernier Batman1 (et réussit uniquement parce que les séides du grand méchant se partagent un neurone d'oursin dégénéré et alcoolique), In the Service of Sigmar essaie de se faire passer pour un récit de suspense et d'aventures dans l'univers gothique de Warhammer, mais brille plutôt par son absence de rythme et de vraisemblance, ainsi que par sa conclusion totalement téléphonée (reprise par Tom Foster dans son Lesser Evils, autre nouvelle d'un niveau assez faible).


1 : « Oh, mais ce sont des enfants que vous retenez prisonniers dans ces cages ! »
« Bah oui, c'est le seul moyen de paiement accepté par nos partenaires. On a bien essayé de leur faire un chèque, mais ils n'ont p-»
« C'est intolérable, je vous ordonne de les libérer sur le champ ! »
« Euh, comment te dire? Va te faire mettre. »
« Mais mais mais... Vous êtes méchants ! »
« Bah oui. Pas toi ? »
« Bien sûr que n- oui ! Héhé. Où avais-je la tête ? Je suis un méchant très méchant. Graou graou. »


Fluff:
Rien à signaler.

 


Andy Hoare (2)

Révélation


Manbane

Révélation

Hammer & Bolter #7/2011/17 pages


Une nouvelle d'un des grands noms de Games Workshop, période 2000's, j'ai nommé Andy Hoare. Responsable de l'écriture de plusieurs Codex, collaborateur régulier du White Dwarf, et continuellement affublé de coiffures aussi improbables tant dans leur volume que dans leur couleur, voilà un homme que l'on n'oublie pas facilement. Suivant l'exemple de nombre de ses petits copains (McNeill, Thorpe, Kyme...), Andy a donc choisi d'emprunter la voie périlleuse de l'écrivain, délaissant le douillet statut de concepteur de jeu pour se lancer dans le grand bain de la littérature med-fan (c'est ce qu'aurait voulu faire Archaon s'il avait pu). Principaux faits d'armes du blondinet, les deux dyptiques consacré aux bikers du 40ème millénaire (born to be Whiiiiiiiiiiite Scars!): The Hunt for Voldorius et Savage Scars, et auparavant, aux tribulations d'un Rogue Trader dans l'Ultima Segmentum, Rogue Star et Star of Damocles.

Intrigue:
Point d'Hell's Angels en armure énergétique ni de voyages jusqu'aux tréfonds de l'espace connu dans cette nouvelle, puisque Hoare choisit de mettre en scène Benedikt Duerr, apprenti sorcier impérial au sein du Collège Améthyste.

Tout commence plutôt mal pour le pauvre Ben, puisqu'on s'aperçoit rapidement qu'il se balade seul (première erreur) et de nuit (deuxième erreur) au milieu de la Drakwald (troisième erreur). Comme si ça ne suffisait pas, la bande d'Hommes Bêtes du coin a définitivement décidé de le bizuter, à coups de flèches dans le ventre et de hache dans la tête. Mais qu'allait-il faire dans cette galère, vous entends-je demander? Eh bien, à ce que j'en ai compris, les mages formés dans ce Collège doivent apparemment rapporter le fameux « Fléau des Hommes » (Manbane en VO, ça me rappelle un poison Elfe Noir), qui ne pousse que dans ces bois lugubres, afin de prouver qu'ils sont bien dignes de poursuivre leurs études. Mouais. C'est un peu comme si les Maîtres du Collège d'Ambre demandaient à leurs élèves de leur rapporter une dent de Ghorgon, ou que les internes du Collège Céleste devaient se balader avec un paratonnerre sur le dos un jour d'orage: l'écrémage doit être vachement sévère1.

Mais coup de chance, la fuite éperdue de Benedikt le mène au pied d'une tour trotro dark et mystérieuse, que même les méchants hommes-bêtes n'osent pas le suivre jusque-là. Et à partir de là, Hoare se fait plaisir avec tous les clichés qu'on est en droit d'attendre: voix sépulcrale qui invite le jeunot à venir le rejoindre au sommet de la tour, intérieur décrépit, épaisse couche de poussière, reliques immémoriales et tomes légendaires, et, bien sûr, le petit vieux qui squatte les lieux, et qui se révèle être un mage de la mort de niveau 1032, comme de juste. On apprendra qu'il a toujours été là, et qu'il n'est rien de moins que le plus puissant mage améthyste de l'Empire... Sauf que comme son truc à lui, c'est de rester enfermé dans sa tour pour compter jusqu'à l'infini (deux fois), on se rend rapidement compte qu'il ne sert absolument à rien. Hoare n'explique en outre pas comment il a fait pour se procurer tous ses incunables, étant donné que le pépé de Shalott n'a pas quitté sa tour depuis l'origine du monde (le pervers)... Et avec tous les hommes-bêtes en maraude dans les parages, pas sûr que les coursiers de Chronopost acceptent de venir livrer dans le coin.

Toujours est-il que Ben, sans doute allergique à la poussière, décide rapidement de se faire la malle, et réussit à extorquer au vioque le sort qu'il lui faut pour cela. Je m'arrêterai là pour le résumé, pour que ceux qui veulent lire Manbane aient la surprise du dénouement, mais pour les autres, sachez que ce dernier implique une bande de squelettes affectés par l'animosité (et peut-être la stupidité aussi, c'est à débattre) et, ô miracle, ô jour béni, la première golden shower de l'histoire de la BL. Si si.


1 : À moins que les gus de la Purple Academy ne considèrent qu'on ne sert jamais mieux Morr que quand on l'est soit même complètement (mort, pour ceux qui ne suivent pas).
2 : Oui, j'édite le chiffre à chaque mise à jour de WOW. Hum.


Avis:
Au final, une gentille petite nouvelle qui ne casse pas le tibia d'un garde des cryptes, mais qui se laisse lire avec bonhommie. Comme amuse-bouche, et si on est de bonne humeur, ça passe assez facilement.

Fluff:

  • Les étudiants du Collège Améthyste doivent rapporter du « Fléau des Hommes » (Manbane) à leur tuteur afin de pouvoir obtenir leur charte de praticien des arts occultes. Le maître de Herr Duerr est un certain Seigneur Mhalkon, adepte du 7ème Cercle.
  • Les plénipotentiaires du culte de Morr se réunissentt une fois par décennie à Lucinni afin d'établir la ligne directrice du dogme. Cette congrégation regroupant à la fois des prêtres et des sorciers, les frictions entre ses membres sont assez fréquentes
  • Hoare s'est fait plaisir avec les tomes de pouvoir, dont certains ont des noms pas possibles (Mroggdok KThings Testimony ? Sérieux ?). On retrouve également les plus célèbres Diatribes de Drivot le Dément et le Paradoxe de Trakall.
  • La caverne d'Ali Baba qui sert d'antre à l'über sorcier chez qui Benedikt Duerr échoue recèle également d'objets magiques inédits (la Laisse d'Elbereth, les Miroirs de Mergith, le Chat de Calisthène, la Torche de Niobé ou encore les Bottes de Rathnugg).


The Last Charge

Révélation

Hammer & Bolter #10/2011/20 pages


Après avoir fait ses premières armes dans Hammer & Bolter (Manbane, dans la tranche haute du lisible), Andy Hoare nous revient avec une nouvelle beaucoup plus ambitieuse, et malheureusement, bien moins réussie que la précédente. Autopsie d'un fiasco littéraire.

Intrigue:
Le lecteur se retrouve dans la cité bretonnienne de Brionne, à l'aube de la page la plus sanglante de son histoire, c'est à dire le siège mené par le Maître des Bêtes Rakarth en 19741.
Histoire de montrer à quel point sa nouvelle est chiadée, Hoare la fait précéder d'un petit paragraphe chargé d'introduire son propos avec toute la classe et le mystère que quelques lignes écrites à la manière d'un chroniqueur du XIIIème siècle2 (et en italiques, parce que plus c'est penché, plus c'est classe et mystérieux, c'est bien connu) peuvent apporter à une nouvelle d'heroic-fantasy. Et voici donc l'histoire de la cité de Brionne, bien-aimée du Duc Corentin... (traduction littérale de la dernière phrase de ce mini-prologue si tu ne frétilles pas d'anticipation sur ton siège ami lecteur, tu es un nécron avec la gueule de bois).

Bref, comme vous l'avez compris, c'est Corentin le citéphile qui endosse la défroque du héros dans ce compte-rendu bancal de la chute de Brionne. Visiblement inspiré par le personnage de Reinhardt Metzger, chevalier grabataire et cardiaque se découvrant une vocation de chasseur de vampires à la veille de la retraite (Curse Of The Necrarch), Corentin est une relique ambulante ayant tout vu, tout combattu et tout exterminu au cours de sa longue carrière martiale. Arrivé au point de quasi péremption pour ce qui concerne les choses de la guerre (et pour les bretonniens, ça passe systématiquement par des rhumatismes aux genoux3), notre paladin grisonnant se rend dans la chapelle du Graal de son château pour demander à la Dame du Lac de lui accorder une dernière bataille digne de ce nom avant qu'il ne commence à sucrer les fraises.

Magnanime, cette dernière consent, par demoiselle interposée, à sa requête. Mais un peu troll dans l'âme, elle ne se contente pas d'envoyer à son champion une petite manticore constipée ou quelques centaines d'orques en maraude, préférant plutôt le confronter à l'armada de Rakarth (que j'ai plutôt du mal à considérer comme un instrument de la Dame du Lac, mais les voies divines sont impénétrables). Sympa pour les pécores de Brionne, qui auraient sans doute préférés être laissés en dehors de ce dernier tour de piste. Mais bon, il s'agissait (d'après la manière dont Hoare présente son histoire) pour la déesse de donner une petite leçon d'humilité à Corentin, un noble dessein qui vaut bien qu'on lui sacrifie quelques milliers de manants.

La suite et le gros de la nouvelle sont consacrés à la préparation narrative de la bataille entre hommes et elfes, climax guerrier qui demande pas mal d'espace et passe par plusieurs étapes. Le débarquement des druchiis d'abord, qui donne à Hoare l'occasion de détailler la puissance de l'ost de Rakarth, puis la mobilisation des défenseurs de Brionne, afin d'équilibrer les descriptions. Vient ensuite l'entrevue entre les deux généraux, le Maître des Bêtes exposant ses conditions à son adversaire, qui s'empresse évidemment de les refuser avec toute la morgue chevaleresque dont il est capable, condamnant de fait les défenseurs à l'annihilation en cas de défaite (ce qui n'empêchera pas Brionne de se relever après le départ des pillards comme quoi les elfes noirs ont une grande gueule et peu de patience - ). Après une nuit passée en prières sur les remparts, malgré son grand âge, ses articulations douloureuses et les suppliques de ses conseillers, Corentin se réveille juste à temps pour le début de l'assaut druchii, qui a vite fait de déborder les défenseurs.

On note au passage que le héros de Hoare est un curieux mélange d'impétuosité suicidaire et de résignation désespérée: empêché par ses propres chevaliers de mener la glorieuse sortie qui apparemment constituait sa seule stratégie, sous prétexte de préserver la vie du général dont Brionne a besoin pour espérer triompher, Corentin sombre dans une apathie évidemment peu productive, et contemple d'un air détaché son élite se faire décapsuler par les hydres de Rakarth, puis ses miliciens déserter les murs au premier monstre venu. Conclusion: ne mettez jamais un cyclothymique à la tête de votre garnison les enfants, c'est contre-productif.

Arrivé à ce stade de déroute avancé, notre malheureux duc enfourche sa monture et part seul à la rencontre des assaillants. Enfin. Il se dirige lentement vers les portes défoncées de sa cité, sourd au tumulte de la bataille et aux cris d'agonie de ses sujets, tandis que défilent devant ses yeux les souvenirs d'une vie de batailles au service de la Dame et du Royaume. Ça va chier sévère. On tourne la page pour lire la suite, et... Fin de l'histoire. Oh. Retour en arrière pour voir si on n'a pas sauté la conclusion dans notre impatience... Ce sont des choses qui arrivent. Mais non, il faut bien se rendre à l'évidence, The Last Charge se termine bien sur ce plan du vieux héros chevauchant vers son destin. Au lecteur d'imaginer la suite. Andy, t'est vraiment gonflé.


1 : Siège qui se terminera par une victoire nette des visiteurs après que les hydres druchii aient fracassé les portes de la ville (LA Elfes Noirs V7).


2 : Les lecteurs ayant joué à Medieval II Total War sont appelés à se référer au baratin grandiloquent débité par le moine chauve pendant la cinématique d'introduction.


3: Je suis sûr que ça a quelque chose à voir avec cette manie de tomber à genoux pour prier au début de chaque bataille. À force, ça doit bousiller les rotules.

Avis:
Avec le recul, ce parti-pris de favoriser la dimension philosophique (grosso modo: le héros a compris qu'il aurait mieux fait de demander une retraite paisible qu'une dernière bataille glorieuse, et son sort passé cette réalisation n'est pas important) sur la dimension narrative (et voici quelle fut la fin du duc Corentin, finalement occis par l'ennemi après avoir décapité 28 corsaires, éventré 12 furies, empalé 3 hydres de guerre, tabassé à mains nues une sorcière suprême et craché dans l’œil de Rakarth), traditionnellement privilégiée par les auteurs de la BL, se défend.
Il aurait pu faire mouche si Hoare avait mieux mené sa barque, et laissé des indices aux lecteurs quant à son intention de conclure sa nouvelle de manière plus « détachée » que la moyenne. Malheureusement, tout indiquait au contraire un dénouement classique, avec un héros se frayant un chemin dans l'armée ennemie à la pointe de l'épée et un narrateur retranscrivant les moindres moulinets de cette dernière comme s'il était installé sur la croupe du destrier du noble paladin. Du coup, lors de ma première lecture de The Last Charge, j'ai vraiment eu l'impression que Hoare, manquant de place, avait dû terminer sa nouvelle en catastrophe, juste avant l'épique final promis depuis les premières lignes de l'histoire.

Bref, des ambitions louables sabotées par une mise en place trop classique et convenue, pour un résultat final tristement bancal. Dommage Andy.

Fluff:
Si l'épisode de la chute de Brionne vous intéresse, cette nouvelle est bien sûr du pain béni. Pour autant, Hoare ne donne pas luxe de détails sur le déroulé des évènements, ce qui est une petite déception.

  • Rakarth: Chevauche un dragon noir. Porte un heaume dissimulant ses traits, mais pas la lueur maléfique de ses yeux, qui brillent comme des braises dans la nuit (spooky!). Ses armes de prédilection sont un long fouet que l'on dirait doué d'une vie propre, et un bouclier peint de runes magiques.

 


Andy Jones (2)

Révélation

Les Maraudeurs de Grunsonn (2)
 

• Grunsonn’s Marauders

Révélation

Realm of Chaos/2000/23 pages


Intrigue:
Les maraudeurs de Grunsonn (un nain crado, un elfe libidineux, un barbare chermanik et un impérial benêt) sont engagés par un sorcier pour retrouver une relique enchantée, le « mythique » Doigt de Vie (Finger of Life), qui repose sous bonne garde dans une caverne oubliée des Montagnes Grises.

Avis:
Attention, OVNI. S’il n’est pas rare pour le lecteur de la BL de rire un bon coup en parcourant les textes des contributeurs les moins doués de cette auguste maison d’édition, il est en revanche bien moins courant que cette hilarité ait été sciemment recherchée par l’auteur au moment de l’écriture de son texte.

C’est toutefois indéniablement le cas avec ce Grunsonn’s Marauders, première des deux nouvelles consacrées par Andy Jones (également co-éditeur du recueil Realm of Chaos dans laquelle ce texte a été publié pour la première fois) au plus improbable quatuor de héros de l’histoire de la Black Library. Faisant feu de tout bois, Andy enchaîne dialogues absurdes, comportements parodiques, péripéties grotesques et calembours de comptoir (mention spéciale au barbare de la bande, le bien nommé Keanu the Reaver), pour un résultat dans la droite ligne de bouquins tels que Lord of the Ringards, Bilbo the Postit ou encore La Der des Etoiles. Etant donnée la brièveté de l’opus et son caractère résolument novateur par rapport au med-fan premier degré qui caractérise la BL, la sauce prend toutefois mieux que pour les « chefs d’œuvre » précédemment cités, ce qui n’est pas plus mal.

Bref, Grunsonn’s Marauders est une lecture indispensable pour tous les acharnés de la Black Library, une curiosité tout autant qu’une relique d’une époque où Games Workshop ne se prenait pas encore (trop) au sérieux. Un vrai collector1.

 

1: Pour la petite histoire, les maraudeurs de Grunsonn étaient les personnages de la bande Heroquest d’Andy Jones et de son cercle d’amis. Ce qui explique beaucoup de choses.


Fluff:
Si vous êtes prêts à avaler qu’un doigt d’un lieutenant de Nagash (un certain Dread King) a été placé sous la garde de douze seigneurs hauts elfes en hibernation dans une grotte peuplée de trolls et de minotaures, c’est votre affaire. Pour situer le niveau, Jones affirme aussi qu’un nain et un elfe peuvent être potes. Eh oui.


Paradise Lost

Révélation

Realm of Chaos/2000/45 pages

 

Intrigue:
Nous retrouvons les maraudeurs de Grunsonn dans une bien mauvaise passe : à la dérive au milieu de l’océan sur une coquille de noix, sans eau ni nourriture, et délestés de la cargaison d’or qu’ils avaient soutirée de la cale d’un galion abandonné par un pirate indélicat. Heureusement pour notre quatuor de choc, le salut finit par poindre à l’horizon, sous la forme d’une île où accoster afin de se refaire une santé. Et lorsque les indigènes (une colonie de skinks) se mettent en tête que les maraudeurs ne sont autres que Losteriksson et ses guerriers, revenus après des siècles d’absence régner sur leurs adorateurs à sang froid, il ne fait plus de doute que le temps des vacances a sonné pour nos quatre aventuriers.

Avis:
Deuxième et dernier épisode de la (courte) saga consacrée par Andy Jones à Grimcrag Grunsonn et ses maraudeurs, Paradise Lost est une soumission sensiblement supérieure à Grunsonn’s Maraudeurs, et ce sur tous les plans. Fidèle à son approche décomplexée du monde de Warhammer, Jones continue en effet sur sa lancée de med-fan parodique, tout en dotant son récit d’une intrigue bien plus charpentée (appréciable attention), et en s’arrangeant pour combler – à sa manière – les blancs laissés dans le background officiel au lieu de chercher à réécrire ce dernier à sa sauce. Autre point positif, l’inclusion de véritables personnages secondaires (shout out à Froggo, le skink de compagnie de Johan Anstein, qui se rêvait méchant de James Bond), permettant à l’auteur de confronter ses héros à des antagonistes à leur hauteur, c’est-à-dire complètement barrés.

Au final, Paradise Lost n’est rien de moins que la tentative la plus aboutie de la part d’un auteur de la Black Library de tourner en dérision l’univers de Battle, et rien que pour ça, cette nouvelle vaut le détour.

Fluff:
Ça vaut ce que ça vaut, mais Losteriksson aurait débarqué sur la même île que les maraudeurs de Grunsonn au cours de l’une de ses expéditions en Lustrie. Ayant rapidement soumis la population de skinks locale, il aurait obtenu de ces derniers qu’ils lui amènent leur or et serait reparti avec, prétendant préserver ainsi les hommes lézards de l’influence maléfique du métal jaune et jurant de revenir un jour pour prendre le reste. Les termes de l’échange n’ont pas été aussi inégaux qu’il y paraît, car Losteriksson a introduit la bière dans la colonie skink!

 

 

Andy Smillie (1)

Révélation


Mountain Eater

Révélation

Hammer & Bolter #10/2011/16 pages

 

Une confuse, très confuse, balade du côté des Montagnes des Larmes, en compagnie de Darhur, chasseur ogre de son état. Race assez délaissée par les auteurs de la BL (je crois bien que seul Robert Earl a consacré un bouquin aux disciples de la Gueule Wild Kingdoms - avant qu'Andy Smillie ne s'y colle), les ogres ne manquent cependant pas d'attraits pour un auteur en quête d'une bonne histoire à raconter, le premier d'entre eux étant évidemment une indéniable originalité ayant toutes les chances d'intéresser les lecteurs lassés de l'omniprésence des Spaces Marines dans la littérature de GW.

Ajoutez à cela le potentiel violent, crade et comique (comique sanglant et grossier, mais comique tout de même) de ces gros mangeurs mal débourrés, un cadre exotique en diable et un bestiaire totalement renouvelé, et vous obtiendrez une base solide, qu'un auteur digne de ce nom aura tôt fait d'exploiter avec succès. Malheureusement, les meilleures intentions ne suffisent pas à transformer le plomb en or, et les partis-pris les plus enthousiasmants ne peuvent compenser à eux seuls les incongruités monstrueuses que peuvent engendrer une narration épileptique et une intrigue insuffisamment charpentée. En clair, si Andy Smillie signe avec Mountain Eater une entrée fracassante dans Hammer & Bolter, c'est sa réputation d'auteur qui en fait les frais, et finit éparpillée à la lecture de ce premier texte.


Intrigue:

Les ennuis commencent rapidement pour Darhur et le lecteur, chacun se retrouvant confronté à une épreuve quasi insurmontable. Pour le chasseur, secondé par un croc de sabre nommé Golg ainsi qu'un trio de gnoblars (le vieux Snikkit, le fourbe Najkit et le crétin Brija) au comportement aussi douteux que leur utilité narrative, il s'agit de trouver et de tuer un Cannibale. La bestiole ayant décidé d'escalader le plus haut pic de la région en pleine tempête de neige, le job de Darhur tourne vite au chemin de croix.

Le lecteur, quant à lui, essaye tant bien que mal de comprendre le pourquoi du comment de cette quête, dont les tenants et les aboutissants ne cessent de varier au fil des pages. D'après ce que j'en ai compris, Darhur a été chassé de sa tribu après qu'il ait tué un Ventre-Dur, dont le gnoblar avait auparavant éborgné son croc de sabre. Seulement, Smillie sous-entend un peu plus loin que le tyran de la tribu a en fait envoyé le chasseur traquer la bête ayant boulotté son gnoblar porte-bonheur favori, et qu'il pourrait donc rentrer une fois la bête abattue.
Finalement, l'inévitable confrontation entre le chasseur et sa proie se produit, et bien que souffrant des mêmes défauts que les reste de la nouvelle (narration hachée, faux-raccords, personnages « abandonnés » en cours de route), ce duel au sommet, dans tous les sens du terme, s'achève sur la victoire indiscutable de l'un des deux camps (ce qui constitue une petite satisfaction pour le lecteur, rendu méfiant à ce stade de la nouvelle).

On s'attend alors à ce que l'auteur embraye sur une conclusion, son héros ayant accompli la quête qui lui était échue. Sauf que non. C'est pas fini. Loin de là. Smillie sort de son chapeau rien de moins qu'un géant de pierre affamé invoqué par un mage humain, paire improbable qui fera office de véritable boss de fin pour Darhur et ses sidekicks.

Évidemment, on ne saura jamais pourquoi le sorcier a pris la peine de se rendre à cet endroit (ni comment il a pu y arriver) pour bosser ses incantations, ni ce qu'il comptait faire de son golem. Ce dernier, construction magique, a d'ailleurs besoin de manger les bestioles hypnotisées par l'enchanteur (c'est alors qu'on comprend pourquoi le Cannibale avait soudainement développé une telle passion pour l'alpinisme) pour maintenir son intégrité... à moins que ce soit par pure gourmandise. Ce n'est pas expliqué non plus. Bref, c'est la fête du slip, mais Darhur, sans doute aussi surpris que le lecteur, se contente de foncer dans le tas, ce qui constituait sans doute la meilleure chose à faire pour lui. Heureux l'esprit trop étroit pour le doute, comme dirait l'autre.


Avis:
À ce scénario foutraque viennent se greffer des lacunes évidentes en matière de storytelling, dont le trio des gnoblars fait principalement les frais. Concentré sur les personnages de Darhur et de Golg, Smillie oublie en effet régulièrement de développer les actions et les motivations des petits peaux vertes, dont on peine à suivre le parcours des plus hachés.

Ainsi, lorsque Darhur les envoie explorer une grotte au début de la nouvelle, Najkit balance tout d'un coup son couteau sur Snikkit, sans aucune explication. Il le rate. Fin de l'histoire. On ne saura jamais ce qu'a fait Snikkit pour mériter cette tentative de meurtre, ce dernier ne se formalisant même pas de la pulsion homicide de son comparse.

Un peu plus tard, quand la petite bande est attaquée par un Dos-Gris dont elle a envahie la caverne pour se mettre à l'abri d'une tempête de neige, l'auteur déclare soudainement que Najkit a bu tellement de pisse de yéti (on se saoule avec ce qu'on a sous la main) entre le moment où ils sont entrés s'abriter et le retour de la bête qu'il cuve tranquillement dans un coin pendant l'attaque... qui a pourtant l'air de se dérouler quelques instants après l'intrusion.

Ce manque de suivi, maladroitement rattrapé par quelques évocations balancées de temps en temps, est d'ailleurs particulièrement patent pendant la tempête de neige en question: à cette occasion, Smillie se consacre exclusivement au calvaire subi par Darhur, qui finit par tomber d'épuisement, et ne doit son salut qu'à l'acharnement de son croc de sabre, qui le réveille à force de morsures et le guide jusqu'à la tanière du yéti. On s'attendrait alors que l'auteur nous explique que les gnoblars ont péri des heures plus tôt, victimes des éléments déchaînés. Comment auraient-ils pu en effet survivre à une escalade capable d'épuiser un chasseur ogre à ce point? Et bien non, pas du tout, ils vont très bien (peut-être un peu froid tout de même), et arrivent dans la caverne quelques instants plus tard. Et quand Smillie fait dire à Darhur qu'il « les avait oubliés », comme pour justifier cette apparition miraculeuse, j'y vois comme un aveu de l'auteur de sa propre omission.

Au final, on ressort franchement étourdi de Mountain Eater, nouvelle dont le niveau de n'importenawak ne cesse de grimper de la première à la dernière ligne. Plus fort que le TGCM, plus fort que le Deus Ex Machina, il y a Andy Smillie et sa terrifiante technique de « zapping narratif », le pire étant sans doute qu'il ne semble même pas avoir conscience des énormes lacunes dont son texte recèle. On ne peut qu'espérer qu'il corrige le tir dans ses prochaines livraisons, sans quoi il pourrait fort venir concurrencer Sarah Cawkwell pour le titre de pire auteur en activité de la BL.


Fluff:
Rien, et c'est heureux.

 


Anthony Reynolds (3)

Révélation

Calard de Garamont (3)


Rest Eternal

Révélation

Death & Dishonour/2010/45 pages


Intrigue:
Suivant les visions envoyées par la Dame du Lac, Calard de Garamont croise la route d’une wyverne particulièrement coriace, puisqu’il devra la tuer à quatre reprises avant d’en venir finalement à bout. Toujours suivi/supporté par son fidèle Chlod, notre héroïque chevalier voit sa foi et sa raison testées au même titre que son endurance et son adresse à l’épée, le récurent reptile auquel il s’échine à faire la peau tout au long de cette conséquente nouvelle (45 pages tout de même) prenant un malin plaisir à spawner de plus en plus rapidement au fil et à mesure des pages1.

Pas plus stupide que le joueur de WOW moyen, Calard décide finalement d’aller camper dans le cimetière adverse, technique petit bras mais efficace, puisqu’elle lui permettra de faire la connaissance d’Orderic de Montfort, autre chevalier de la Quête et clé de l’énigme soumise par cette troll de Dame2. Ayant triomphé de cette nouvelle épreuve, Calard met le cap sur son fief, et la suite est racontée dans les nouvelles Questing Knight et Grail Knight, toutes deux publiées dans Hammer & Bolter (#1 et 6).


1 : Ce que Reynolds compense en expédiant les mises à mort du lézard perpétuel (appelons-le Bob Wyvernicus) à un rythme comparable.


2 : On apprend ainsi que la Dame du Lac peut présenter un Graal empoisonné aux Quêteux qu’elle juge indignes de sa bénédiction. Elégant.

Avis:
Je suis assez partagé au sujet de ce Rest Eternal, qui contient au moins autant d’éléments à charge qu’à décharge. En ceci, il est tout à fait représentatif de la prose de Reynolds, un des auteurs les plus inconstants de la Black Library.

Commençons par les choses qui fâchent. En premier lieu, je dois bien avouer que le protagoniste de la série bretonnienne de Reynolds me débecte profondément. Calard de Garamont, est, pour parler de manière franche, un héros que l’on aimerait presque détester s’il était possible de passer outre l’ennui qu’il semble exsuder en permanence. Pour résumer le bonhomme en deux mots, Cal’ est un Space Marine, avec toute la profondeur (ha ha) que l’on peut attendre de la part de ce type de personnage. Seule caractéristique notable du bonhomme, son mépris chevillé au corps pour tous les inférieurs qu’il côtoie au cours de ses aventures, à commencer par son iconique larbin, le bien nommé Chlod1.

S’il aurait pu être intéressant de jouer à fond la carte du noble dédain, quitte à transformer Calard en une version virile de Viserys Targaryen, Rest Eternal n’exploite pas vraiment les possibilités ouvertes par cet angle d’attaque assez novateur (la plupart des chevaliers Bretonniens de la BL étant des braves types très pieux, dans la droite ligne des paladins de la geste arthurienne), sans doute par volonté de laisser la part belle à l’action plutôt qu’à la description des difficiles rapports de classes entre Bretonniens.

Deuxièmement, j’ai trouvé que le récit de Reynolds manquait sensiblement de consistance, les péripéties s’enchaînant sans que le lecteur (sensiblement blasé) que je suis s’en émeuve. Difficile de mettre le doigt sur une caractéristique précise du style de l’auteur pour justifier ce ressenti, mais force a été de constater que Rest Eternal ne m’intéressait que moyennement. Il y a des nouvelles comme ça…

Troisièmement, et pour terminer, Rest Eternal contient quelques passages qui m’ont légèrement fait tiquer, qu’il s’agisse de « faux-raccords » entachant la crédibilité du récit (comme les séances de plongée sous-marine de Calard, d’abord en armure complète – ooooooh – puis avec un flotteur – aaaaaah – ), ou de questions laissées sans réponses par Reynolds2. Rien de terriblement rédhibitoire ceci dit, juste quelques maladresses qui auraient pu (et du) être corrigées dans le manuscrit.

D’un autre côté, certains passages de la nouvelle laissent transparaître l’imagination (parfois) débridée et l’inspiration enfiévrée qui constituent à n’en pas douter deux des plus grandes forces d’Anthony Reynolds. Tous les auteurs de la BL n’auraient en effet pas été capables de transformer une banale histoire de chasse au(x) monstre(s) en l’épopée cauchemardesque et mystique traversée au final par Calard. On retrouve ce même souffle épique et onirique dans Grail Knight (le duel « rêvé » entre le chevalier bretonnien et Drycha mérite le détour) et dans Torment, qui restent à mes yeux les meilleurs écrits de Reynolds à date. Rest Eternal est clairement en deçà de ces deux textes à ce niveau-là, ce que j’ai trouvé assez dommage.

Au final, je conseille la lecture de cette nouvelle aux seuls vrais accrocs d’Anthony Reynolds (et en particulier aux fans transis de Calard de Garamont), et suggère aux autres de se rabattre sur les travaux suivants, plus aboutis, de l’Australien de la Black Library.


1 : Calard est le genre de type à balancer sa botte dans la tête de son serviteur pour lui signifier que ses ronflements l’insupportent, puis à demander à ce dernier de lui redonner sa chaussure. Le maître est tellement bon.


2:

Révélation

Par exemple, pourquoi Orderic a-t-il laissé passer les 3 wyvernes « interceptées » par Calard, alors qu’il avait occis toutes les précédentes avant leur sortie de la première salle ?



Fluff:
Le récit se déroulant en grande partie dans l’antre d’une wyverne, quelque part dans les Montagnes Grises, Rest Eternal est assez pauvre en informations intéressantes pour le fluffiste. On peut toutefois noter que certains endroits saturés de magie peuvent « enchanter » les êtres qui y résident (souvent des monstres).

Révélation

La wyverne combattue par Calard tout au long de la nouvelle se régénère ainsi en quelques heures à chaque fois qu’elle se fait tuer, tout comme le chevalier qui avait décidé de la suivre jusque dans son antre.

 


Questing Knight

Révélation

Hammer & Bolter #1/2010/90 pages


Intrigue:
Questing Knight raconte très originalement les aventures d'un chevalier de la quête, le preux (quoique...) Calard de Garamont, de retour sur ses terres après une absence de six ans. Il n'a pas bu au Graal, non non, la Dame lui a envoyé une vision (encore!), l'enjoignant de rejoindre son fief sur le champ, et Calard, suivi par un larbin hideux et froussard, comme le veut la tradition, s'exécute. Pas de chance pour lui, son beau château a tout brûlé pendant son absence, son petit cousin a disparu, et il découvre que la belle qu'il aimait en secret est la mère des enfants de son rival... S'ensuit une aventure que j'ai trouvé pénible à lire et inintéressante au possible, mais je n'attendais pas grand chose d'autre de la part de Reynolds.

Avis:
Outre le fait que tous les rebondissements sont absolument prévisibles ("Quoi, 2 chevaliers ont réussi à massacrer tous mes vassaux et hommes d'armes? Se pourrait-il qu'il s'agisse de ...?" Un indice, la réponse est oui) et que les scènes de combats ont tendance à être incroyablement foutraques (le héros et ses potes se battent à un moment dans une auberge fortifiée, et je défie quiconque de comprendre ce qui se passe), c'est surtout la transparence confondante de ses personnages qui pénalise l'auteur. Le héros est héroïque, résolu, vertueux, fidèle, légèrement-méprisant-envers-la-roture-mais-pas-trop..., tandis que son serviteur est lâche, contrefait, mesquin, grossier, terre à terre, etc... Si seulement Anthony Reynolds avait donné un des traits de caractère du noble chevalier au vil paysan, et vice-versa, il aurait même pu frôler le passable, mais non: les méchants sont soit des éminences grises machiavéliques, soit des gros bourrins cruels, alors que le rival du héros est exactement basé sur celui de Pokémon (mais si, vous savez, le gosse de riche arrogant et énervant).

Cette ennuyeuse orthodoxie rend les maladroites tentatives d'explication de Reynolds au sujet des "déviances" de comportement de ses personnages encore plus grossières et risibles: par exemple, le très héroïque Calard passe son temps à fuir le combat, sous prétexte que la Dame ne voudrait pas qu'il se fasse poutrer la gueule par des adversaires indignes de lui (quand il se bat contre de la horde) ou bien qu'il meure en vain face à des adversaires trop puissants (quand il se bat contre le boss de fin).


Fluff:

  • Moussillon: Les armes de la cité maudite sont une fleur de lys noire (sable) sur fond blanc (argent). Le problème persistant de l'infestation de zombies qui frappe la ville est (en partie) jugulé par une "barrière anti-morts", soit une forêt de piques disposée le long des fortifications de la capitale du duché (parties surplombant la Grismerie incluses), sur lesquelles les cadavres réanimés des environs viennent s'empaler avec enthousiasme.
  • Bretonnie (figure locale): Une communauté de gueux du Moussillon encore plus contrefaits et consanguins que la moyenne s'est donnée pour chef le Grand-Père Mortis. Isolationnistes, pas vraiment amicaux envers les étrangers et à quelques générations de tourner goules, ces sympathiques pelos squattent les cimetières du duché, et vouent une haine féroce à l'aristocratie locale, contre qui ils mènent une guerre larvée. À noter que le serviteur de Calard, Chlod, faisait partie de cette bande de joyeux drilles avant de partir tenter sa chance sous des cieux plus cléments. Il profitera d'ailleurs des retrouvailles, pas vraiment souhaitées, avec son pépé et ses anciens camarades de jeu, pour fracasser la g***** du premier avec son fidèle gourdin. Encore un drame de l'enfance maltraitée.
  • Culte de la Dame du Lac: Un homme décochant une flèche en direction d'un Chevalier de la Quête attire sur lui la malédiction de la Dame du Lac, qui frappe aussi celui qui donnerait un ordre aussi vil à ses sous-fifres (la Bretonnie, premier Etat du Vieux Monde à reconnaitre la responsabilité des donneurs d'ordre!). C'est en tout cas ce dont Calard menace les hommes d'armes de son rival, lorsque ces derniers font mine de s'opposer à sa visite de voisinage. Info ou intox?

 

Grail Knight

Révélation

Hammer & Bolter #7/2011/74 pages


Intrigue:
Le preux Calard pénètre dans la forêt de Loren à la veille de l'équinoxe de printemps. Super idée. Il va pouvoir ainsi aider les Asrai à contrecarrer les complots de Drycha, ce qui lui permettra de rallier les elfes reconnaissants à sa cause, et accessoirement de sauver la Bretonnie de la menace posée par les armées vampiriques de Moussillon.

Avis:
Autant le dire tout de suite, la préquelle (Questing Knight) qui figurait dans le premier Hammer & Bolter, ne donnait pas vraiment envie de retrouver "l'héroïque" Calard de Garamont, récompensé par la Dame pour ses loyaux efforts de la vertu de Prudente Retraite Quand Je Ne Suis Pas Absolument Sûr De Gagner. Mais comme Calard avait fini par se dégoter une nemesis potable en la personne de Merovech, duc vampire de Moussillon de son état1, il aurait été injuste de ne pas lui laisser sa chance de triompher de son arch-ennemi, sauver le roi, chopper de la meuf et avoir sa photo en une de Quenelles-Match.

Première bonne surprise, Reynolds a laissé tomber le side-kick habituel de tout chevalier bretonnien qui se respecte, le ruffian pleutre et contrefait. Calard en avait bien un la dernière fois, répondant à l'harmonieux nom de Chlod, et on apprendra plus loin que notre noble noble a envoyé son fidèle gueux prévenir le reste du royaume qu'un ost mort-vivant était sur le point de marcher sur les riantes terres de Louen depuis Moussillon la maudite. On se gardera bien de faire remarquer que les chances de Chlod, pèquenaud bossu à l'hygiène corporelle des plus douteuses, de parvenir à convaincre ne serait-ce qu'un sous-sous-baron de l'imminence de la catastrophe, doivent être à peu près égales à celle de voir la Dame du Lac lui rouler une galoche : les chevaliers de la quête ont en effet leur propre version du TGCM, le TGLDLV (Ta gueule, la Dame le veut), et honni soit qui mal y pense. En plus, Chlod est accompagné dans sa mission par un chevalier errant, ex-bandit de grand chemin en quête de rédemption. Comment douter des chances de ce duo de choc?

C'est donc seul (enfin, pas tout à fait, il a tout de même son destrier) que Calard s'enfonce dans Athel Loren, toujours guidé par les visions que lui envoie la déesse. Bien évidemment, les habitant du coin l'ont bien prévenu que c'était pas franchement une bonne idée de partir camper chez les Sylvains pile à la fin de l'hiver, mais un chevalier de la quête met les sabots de sa monture où il veut, et c'est souvent dans la gueule du loup2.

Et là, ô merveille, Reynolds se découvre soudain des talents de conteur insoupçonnés, et embarque le lecteur dans une aventure de haute volée, retranscrivant fidèlement l'ambiance particulière de la mère de toutes les forêts, à la fois sauvage, dérangeante, dangereuse et magnifique. Mi-perdu, mi-guidé par sa destinée, Calard va rencontrer le mystérieux peuple fée, tout aussi fascinant et ombrageux que les bois dans lesquels il vit, et mêler sa petite histoire à la grande, en aidant les Asrai à réveiller le roi et la reine de la forêt malgré l'offensive de grande ampleur menée par Drycha pour perturber ce rituel capital. On se laisse volontiers embarquer dans les péripéties oniriques de Calard, qui s'achèveront d'ailleurs par un combat de volonté "rêvé" entre l'humain et l'hamadryade (ce qui permettra au passage à Reynolds d'en dire un peu plus sur le passé de son héros), en plein cœur du Chêne des Âges s'il vous plaît. Vraiment très peu à jeter dans toute la partie forestière de la quête de Calard, ce qui, au vu de la pauvre copie que Reynolds avait rendu pour Questing Knight, ne fait que rendre le tour de force plus impressionnant.

Avec tout ça, on en oublierait presque que la Bretonnie court un terrible danger, et que si la Dame a fait faire à Calard un tour en forêt, ce n'est pas pour les beaux yeux d'Ariel, mais pour que son champion amène ses nouveaux potes avec lui à la rescousse du vieux Cœur de Lion et de son ost, piégés dans Couronne par Merovech et ses hordes de cadavres. Comme pour la nouvelle de l'autre Reynolds (Josh, auteur de The First Duty), on pourrait craindre qu'Anthony perde son élan dans cette ultime péripétie, mais quand Joshua doit se débrouiller pour captiver son lecteur avec une vingtaine de soldats impériaux attaquant le double d'Hommes-Bêtes au milieu de nulle part, son homonyme a le luxe de pouvoir mettre en scène une bataille aux proportions monstrueuses, avec Louen, Orion et Drycha (pas rancunière la vieille branche) en guest stars, se déroulant aux pieds de la "capitale" bretonnienne.
Vous avez aimé lire le récit fait par Tolkien de la bataille des champs du Pelennor? L'illustration de la couverture du livre de règles Warmaster vous arrache toujours un frisson? Alors vous aimerez la dernière partie de Grail Knight, qui va tellement loin dans la démesure épique qu'on ne peut que sourire bêtement à chaque nouvelle déferlante de too-much chevaleresque.

Bien évidemment, à évènement cataclysmique, climax cosmique : Calard et Merovech finiront par croiser le fer au milieu du carnage, avec les résultats que l'on peut attendre de ce genre confrontation. Si vous voulez vous réconcilier avec les chevaliers bretonniens (qui, il faut bien l'avouer, n'ont souvent rien à envier aux Spaces Marines en terme d'aventures bourrines et mono-neuronales), c'est la nouvelle que vous devez lire.


1 : La précédente, un marcassin flatulent qui avait provoqué l'emballement de son destrier, s'étant au final révélée trop coriace pour le preux Calard.


2 : Vous écouteriez les conseils des habitants d'un bled qui s'appelle Toucon, vous? Bon.

Fluff:

  • Culte de la Dame du Lac: Les Bretonniens nomment la première étoile à apparaître dans le ciel nocturne la Grâce de la Dame (Lady's Grace). Cet astre est également le dernier à disparaître au matin.
  • Dryades: Les blessures infligées par une dryade sont empoisonnées, et peuvent s'avérer fatales même à un élu d'Orion (donc à un elfe sylvain considéré comme un esprit de la forêt)
  • Athel Loren (monument): Une statue d'Orion de trente mètres de haut (100 pieds), sculptée dans un éperon rocheux et recouverte de lierre et de lichen, se trouve à proximité du Chêne des Âges.
  • Athel Loren (humains): Quelques humains (pour la plupart Bretonniens, et dotés de pouvoirs magiques) font partie de la société Asrai.
  • Chêne des Âges: Sa circonférence est telle qu'un millier d'hommes se tenant par la main ne suffirait pas à en faire le tour. Transporté au centre de Couronne, ses branches s'étendraient d'un bout à l'autre de la cité. Il est plus large qu'aucun château du Vieux Monde et aussi haut qu'une montagne, et sa frondaison se perd dans les nuages. Même ses branches les plus basses dépassent la cime des arbres environnants (qui sont pourtant gigantesques). Il est entouré de pierres gardiennes luisant d'une lumière verte. Le Chêne des Âges est largement creux, et son "entrée" principale est assez large pour permettre à 50 chevaliers en armure d'y pénétrer de front. L'intérieur comprend des collines entourant un lac au centre duquel se trouve une île.
  • Ariel: Inhumainement grande et mince, arborant des cheveux dorés comme le miel et des traits magnifiques. Elle porte une tiare d'argent et de lierre, au centre de laquelle est enchâssée une large pierre verte, et a un bâton de bois pâle dans la main droite. Elle irradie grâce, majesté, calme et sérénité.
  • Orion: Une stature imposante (4 mètres de haut) mêlant grâce et puissance élémentaire. Sa chair est du vert des nouvelles pousses au sortir de l'hiver (il est probable que cette carnation évolue avec le passage de l'année), et est recouverte de tatouages tourbillonnants. Ses jambes sont recouvertes de fourrure et se terminent par des sabots, et son front est couronné par des bois de cerf. Il porte une lance et un cor de proportions gigantesques.
  • Drycha (suivants): Parmi les serviteurs de la Ronce du Malheur, on compte quelques Asrai. Ces derniers ont le visage noirci à la cendre et arborent des tatouages en toiles d'araignée.

 

 

Ben Chessell (2)

Révélation

 

Hatred

Révélation

Realm of Chaos/2000/15 pages


Intrigue:
La vie tranquille de Kurtbad, un village en déréliction situé en plein cœur de l’Averland, est bouleversée par le meurtre de l’un de ses habitants, puis par l’arrivée soudaine d’un chasseur de sorcières mal en point. Alors que la traque du tueur s’organise, la destinée de quatre Kurtbader (-iens? -ois? -ais?) va être changée à jamais.

Avis:
Hatred s’avère être un huis-clos à l’ambiance particulière et la construction soignée, deux caractéristiques faisant l’originalité et l’intérêt de cette nouvelle de Ben Chessell.

Le style purement factuel déployé par l’auteur pour raconter le drame se jouant à Kurtbad, les vérités énoncées à demi-mot et ne faisant sens que bien plus tard dans le récit, l’inclusion de passages écrits à la première personne depuis le point de vue de l’antagoniste (dont on ignore l’identité jusqu’aux dernières pages) entre le récit des péripéties, ou encore l’approche résolument anticonformiste qu’à Chessell du Chaos et de son effet sur les êtres vivants qu’il touche et transforme, sont autant de raisons de lire et d’apprécier Hatred, qui est assurément l’un des meilleurs « très courts formats » (15 pages) de la Black Library.


Fluff:

  • Middenheim s’enorgueillit d’une gigantesque bibliothèque, dont les tomes recèlent « toute la connaissance (d’un point de vue humain tout du moins) du monde ». Si même un obscur milicien de l’Averland a connaissance de ce lieu, c’est qu’il doit effectivement s’agir d’un centre culturel majeur du Vieux Monde.
  • Révélation

    Chessell avance l’idée qu’un mutant chaotique n’est pas forcément une brute assoiffée de sang ou un ennemi de la civilisation. Dans un monde saturé de magie comme celui de Warhammer, il est inévitable que certains individus soient frappés de mutations alors qu’ils n’avaient rien demandé à personne. La réaction de ces pauvres bougres est généralement de chercher à camoufler leur différence afin de pouvoir continuer à vivre leur vie de la façon la plus normale possible. Si ce n’est pas possible, il n’est pas impensable qu’ils préfèrent à mettre fin à leurs jours au lieu de chercher à rejoindre la harde d’hommes-bêtes la plus proche. Bref, la transformation physique ne se double pas forcément d’une perversion mentale (même s’il est probable que la crainte et la haine générées par les porteurs de mutations finissent par épuiser la patience de ces derniers pour les gens « normaux », et qu’ils cherchent à se venger de leur mise au ban de la société). Cette approche assez neutre du Chaos a clairement fait long feu, puisqu’aujourd’hui l’équation mutant = méchant se retrouve dans toutes les publications de la Black Library.

 

Wolf in the Fold

Révélation

Realm of Chaos/2000/19 pages


Intrigue:
Le sommeil de l’Archidiacre Kaslain de Nuln est interrompu en pleine nuit par l’arrivée impromptue d’un visiteur de marque, venu chercher l’absolution que seul un haut prêtre de Sigmar peut conférer. Mortellement blessé, l’assassin légendaire connu comme la Guêpe Tiléenne (Tilean Wasp) se vide de son sang dans les appartements privés du prélat, dédiant ses derniers instants au récit du seul crime de sa longue carrière pour lequel il éprouve le besoin de se confesser : l’assassinat d’un prêtre.

Avis:
Si l’histoire narrée par Ben Chessell dans Wolf in the Fold n’est pas aussi aboutie que son Hatred, et que la conclusion de cette courte nouvelle ne s’avère pas être une grande surprise, sa lecture n’en est pas moins agréable, et ce pour deux raisons principales.

La première, c’est l’audace manifestée par ce novice de la Black Library, qui pour sa deuxième soumission, s’offre le privilège

Révélation

de tuer un personnage nommé (l’archilecteur Kaslain, abordé dans les Livres Armées de l’Empire – c’est était un électeur impérial – et dans quelques suppléments du jeu de rôle). Bon, d’accord, il ne s’agissait pas vraiment d’une figure de premier plan du fluff, mais tout de même.


La seconde, et la plus importante à mes yeux, c’est le complet changement de style opéré par Chessell entre Hatred et Wolf in the Fold, sans que ses talents de conteur ne pâtissent de cette transformation. La grande majorité des auteurs de la BL ayant une patte facilement identifiable (pour le meilleur ou le pire) et abordant toujours leur sujet avec le même angle d’attaque, il est remarquable qu’une plume de cette auguste maison soit d’une « agilité » littéraire suffisante pour proposer deux récits si différents l’un de l’autre que l’on aurait pu sans mal les attribuer à deux contributeurs distincts. Si Hatred possédait une ambiance mélancolique et désincarnée, Wolf in the Fold se caractérise au contraire par un style riche et un goût prononcé pour le détail, assez proche dans l’esprit de celui de Brian Craig.

En conclusion, une autre excellente livraison de la part de Ben Chessell, dont la très courte carrière au sein de la Black Library apparaît décidément comme une de ces injustices dont la vie a le secret.


Fluff:

  • Personnage important : Hadrian Samoracci est un assassin à la réputation légendaire dans le Vieux Monde (au moins à égalité avec l’Ombre Vivante de Nick Kyme !), surnommé la Guêpe Tiléenne (The Tilean Wasp) à cause de sa maîtrise des poisons et de ses origines (les Samoracci sont une puissante famille marchande du nord de la Tilée), le Loup dans la Bergerie (The Wolf in the Fold) et les Mille Visages de Magritta (The Thousand Faces From Magritta) en raison de sa capacité à usurper l’identité de toute personne capable de le rapprocher de sa cible, ou encore le Faiseur de Cercueils (The Coffin Builder).
    Révélation

    Parmi ses plus célèbres victimes on recense l’Archilecteur Kaslain de Nuln, tué à cause de son rôle dans la capture et l’exécution d’une changepeau avec laquelle Samoracci s’était lié d’amitié.

  • Nuln : Le sol de la nef du temple de Sigmar de Nuln représente le Heldenhammer en mosaïque (bleu, blanc et or), et ses portes ont des heurtoirs de bronze en forme de marteaux. Il reste ouvert à toute heure de la nuit, et des cellules sont mises à disposition des visiteurs de passage.
  • Religion : Le culte de Sigmar inclut des sacrifices de chèvres.

 

 

Ben McCallum (1)

Révélation


Charandis

Révélation

Hammer & Bolter #3/2010/22 pages


Voici concept que je trouve personnellement intéressant, et dont j'espère qu'il sera repris par la suite par d'autres auteurs de la BL, à savoir utiliser le format de la nouvelle pour apporter des éclaircissements sur certains passages du fluff survolés dans les Livres d'Armée, et qui pourtant mériteraient d'être narrés avec un peu plus de précision. Je trouve l'idée générale assez fantastique, puisqu'elle permet aux auteurs de faire ce qu'ils rêvent tous de faire, c'est à dire laisser leur patte sur l'historique de Warhammer et de 40K, en rajoutant deux trois éléments à l'histoire officielle; et qu'elle permet aux lecteurs d'évoluer en territoire connu et de "côtoyer" les pointures de ces deux univers. L'aspect volontairement court de la nouvelle permet en outre de se concentrer sur des points de détail historiques, qui n'auraient pas tenu la longueur dans le cadre d'un roman.

Intrigue:
Comme les joueurs Hauts-Elfes l'auront compris, Ben McCallum a choisi de nous faire revivre les dernières heures de Charandis, qui n'est autre (pour les non-joueurs Hauts Elfes) que le gigantesque Lion Blanc de Chrace tué par Korhil (et dont la fourrure est toujours portée par ce dernier).

Avis:
Je ne connaissais pas Ben McCallum auparavant, et il s'agit a priori de sa première publication pour la BL. Comparé aux autres "hot new talents", comme le premier numéro présentait les nouveaux poulains de l'écurie, je le place en tête de classe, devant Cawkwell, Ford et Hinks. Même s'il sombre à deux reprises dans la facilité et l'archiconformisme (Charandis met en pièces un groupe de nobliaux elfiques bien évidemment totalement convaincus de leur supériorité sur ce qu'ils considèrent comme un simple animal... et pourtant les "pèquenots" du coin les avaient bien prévenus... j'ai envie de barrer tout le passage et d'écrire en gros "CLICHÉÉÉÉ!" à côté1), McCallum ose le schéma narratif binaire (on suit la moitié de l'histoire avec les yeux de Charandis et l'autre avec ceux de Korhil), bien qu'il se prenne les pieds dans le tapis à un endroit, ce qui a pour effet de "créer" une sorte de personnage fantomatique aux côtés de Korhil (à moins que ce dernier ne trouve malin de parler de lui à la troisième personne... c'est un Haut Elfe après tout).

Tous les passages "léonins" se révèlent ainsi très agréables à lire, l'auteur parvenant bien à retranscrire l'agonie vécue par son personnage alors que le Chaos le contamine de plus en plus profondément. Autre point fort: la personnalité de Korhil, qui, loin d'être dépeint comme un modèle de vertu et de bravoure désintéressées, est plutôt décrit comme dévoré par l'ambition et pas vraiment altruiste. S'il veut tuer Charandis, ce n'est pas tant pour mettre fin à ses souffrances ou pour venger la mort des elfes croqués par ce dernier, mais avant tout pour rejoindre les Lions Blancs et montrer à ces derniers que c'est lui qui a la plus grosse queue... de lion. Bref, le Korhil de McCallum n'est pas un héros immaculé, et c'est plutôt une bonne surprise.

À côté de ça, Ben a encore à apprendre comment réduire au minimum syndical toutes les formalités narratives (c'est à dire les passages que l'auteur se doit de détailler un minimum pour ne pas perdre le lecteur, mais dans lesquels il ne se passe absolument rien d'intéressant), la traque de Korhil jusqu'au repère de Charandis étant symptomatique de ce travers. Ah, et la manière dont le chasseur arrive à se débarrasser de sa proie est également assez singulière et pas franchement réaliste (ou alors le gars Korhil a 27 de CT, auquel cas il a raté sa vocation). Ces points litigieux mis de côté, Ben fait convenablement son job en remplissant le blanc de la carte avec sérieux et précision, les petites touches de fluff personnelles qu'il distille apportant en outre un peu plus de profondeur au personnage jusque là assez plat de Korhil. Vous l'aurez compris, j'ai globalement aimé cette nouvelle, à la fois à cause de son concept et du style de Ben McCallum, qui sans casser trois pattes à un canard (du Chaos), se laisse tout à fait lire.

1 : Je vous laisse trouver quel est le deuxième passage incriminé (un indice, il met en scène une forêt trop trop sombre et mystérieuse et effrayante, une gourdasse d'elfe citadine partie en balade sans son GPS, son fils "très-très-mature-pour-son âge-c'est-tout-à-fait-le-portrait-de-son-père", et un lion affamé).

Fluff:
Détail qui intéressera les amateurs Hauts-Elfes : les circonstances exactes de la mort de Charandis. Comme dans la légende d'Hercule (qui est la principale source d'inspiration de cet épisode), Korhil est incapable de terrasser son adversaire par des moyens conventionnels, et doit au final

Révélation

lui balancer un caillou au fond de la gorge, ce qui l'étouffe.

 

 

 

Brian Craig (1)

Révélation

 

Brian Craig, de son vrai nom Brian Stableford, est peut-être l’un des contributeurs de la Black Library, et avant elle, de GW Books, les plus fameux en dehors du cercle du hobby. Auteur de science-fiction respecté ayant à son actif plus de 70 romans, il a signé la trilogie Orfeo (Zaragoz, Plague Daemon et Storm Warriors) et le roman The Wine of Dreams, ainsi qu’une demi-douzaine de nouvelles se déroulant dans le monde de Warhammer Fantasy Battle (The Phantom of Yremy, The Light of Transfiguration, A Gardener in Parravon, Who Mourns A Necromancer ?...). Passé à des choses plus sérieuses (si ce qualificatif peut vraiment s’appliquer quand on est écrivain fantastique) depuis longtemps, son style aisément reconnaissable était l’un des attraits des temps très anciens de la fiction GWesque. À noter qu’il parle parfaitement français, et a même exercé comme traducteur de manuscrits de la langue de Molière vers celle de Shakeaspeare.

 

A Gardener in Parravon 

Révélation

Ignorant Armies/1989/23 pages

 

Intrigue:

Art: Ian McCaigDans la ville de Parravon, réputée dans le Vieux Monde pour ses jardins et ses oiseaux (eh oui), le jeune Armand Carriere, fils de marchands mais peu intéressé par en devenir un lui-même, se passionne pour le mystérieux jardin d’un voisin, qui semble attirer des nombreux oiseaux des environs. La propriété mitoyenne étant ceinturée d’un hallier aussi haut que fourni, notre héros ne peut qu’imaginer ce qui attire la faune ailée de Parravon dans le verger du sieur Gaspard Gruiller – le nom du voisin en question. Ayant remarqué que plus d’oiseaux semblaient s’approcher de l’endroit qu’en repartir, Armand suppute que le jardin abrite quelque espèce de plantes carnivores, comme celles qu’il a découvertes par le biais de ses lectures. Prêt à tout pour lever le mystère, il convainc un jour son ami Philippe Lebel de lui prête main forte afin de grimper sur le toit de la maison familiale, et ainsi bénéficier d’une meilleure vue sur les plates bandes de Monsieur Gruiller. Surpris par ce dernier, il a la surprise d’être convié par le voisin en question à visiter son jardin quelques jours plus tard, et de constater ainsi que ses suppositions étaient fondées. Gruiller entretient bien une espèce très particulière de fleurs, dont les tiges et les lianes capturent les oiseaux qui passent à portée pour s’en nourrir, et dont les fleurs, de fort belle taille, produisent un nectar particulièrement savoureux.

 

La nuit qui suit cette visite est agitée pour Armand, qui rêve qu’un démon mi-aigle, mi-poulet rôti, vient frapper à sa fenêtre pour l’emmener jusqu’au jardin voisin, afin qu’il puisse se nourrir, en compagnie de la volée chaotique qui butine gaiement dans les bosquets, du substantifique suc des orchidémoniques de ce bon Gruiller, le tout sous le regard attendri d’un démon majeur (mi-autruche mi-dinde rôtie) perché sur un champignon. Les légumes du dîner ne devaient pas être de première fraîcheur, c’est moi qui vous le dit. S’étant ouvert de son rêve à son pote Philippe Le Bel (pas encore Roy de France), Armand se fait convaincre par ce dernier que sa vision n’était justement qu’une vision, sans fondement sérieux. L’argumentation de Philou ne se montre toutefois pas aussi irréfutable que ce dernier le pensait, puisque l’on retrouve le lendemain le corps d’Armand suspendu dans la haie de Gruiller, comme s’il s’était jeté de sa fenêtre en contrebas. Le cadavre présente également de nombreuses lacérations, qui auraient pu être causées par des griffes ou par les épines du hallier, allez savoir. C’en est en tout cas fini de l’histoire d’Armand Carriere, le botaniste bohème, et de celle de Brian Craig, qui aura démontré une fois pour toute que le flower power n’est pas toujours aussi bénin qu’on le croit.

 

Avis:

Les débuts de Brian Stableford, ici Brian Craig, dans la GW-Fiction présentent déjà les caractéristiques que l’on retrouvera dans ses contributions suivantes pour GW Books, Boxtree et même la Black Library. Un rythme posé, voire contemplatif (pour ne pas dire lent), une prose à la fois poétique et réfléchie, et la volonté de faire réfléchir ses lecteurs sur les grands principes et concepts sous-tendant l’univers dans lequel il fait évoluer ses personnages. C’est bien simple, le Vieux Monde n’apparaît jamais plus civilisé et raisonnable que sous la plume de Mr Craig, l’homme qui arriverait presque à banaliser les apparitions démoniaques (A Gardener in ParravonThe Winter Wind), et à respectabiliser la profession de Nécromancien (Who Mourns A Necromancer ?). Si cette nouvelle ne s’avère pas la plus réussie de ses soumissions à mes yeux – la faute à une absence de chute1 digne de ce nom – sa lecture s’avère tout aussi agréable que celle des travaux ultérieurs de notre homme. Une mise en bouche des plus satisfaisantes donc2.

 

1 : À moins que celle, littérale et fatale, d’Armand Carriere soit celle que nous attendions.

 

2 : Sache, fidèle lecteur, que je me suis retenu très fort de partir dans l’analyse psychanalytique de cette nouvelle, après m’être rendu compte que le rêve du héros peut être interprété de diverses façons lorsqu’on note que le pistil des fleurs de Gruiller arbore une forme phallique sans aucune équivoque (décrit dans le texte et repris dans l’illustration de la nouvelle). Je n’en dirai pas plus…

 

Fluff:

  • Parravon : La ville aurait une réputation maléfique à travers le Vieux Monde. Les falaises qui entourent la cité sont colonisées par de nombreux oiseaux, dont certains sont endémiques à la région. Certaines légendes racontent que même des Phénix ont niché à cet endroit. L’orticulture est un passe-temps très répandu à Parravon.

 

 

Brian Maycock (1)

Révélation

Comme de nombreux autres contributeurs des débuts de la Black Library, Brian Maycock n'a publié que quelques nouvelles pour le compte de cette dernière (A Fool’s Bargain et To Guard the Dead, au dernier décompte) avant de disparaître des radars. Dommage, il était (vraiment) bon. 

 

A Fool's Bargain

Révélation

Inferno! #25/2001/5 pages

 

Intrigue:

wfb_a-fools-bargain.pngAlfredo Landi Naddeo est un marchand de curiosités prospère, son vaste achalandage de biens merveilleux autant qu’utiles (et parfois efficaces), sa science du négoce et le trio de gardes du corps mutants qui empêchent les clients potentiels de sortir de son échoppe avant d’avoir acheté un petit quelque chose lui ayant permis de vivre confortablement depuis la regrettable mise à sac de son précédent commerce. Lorsqu’un mercenaire ayant connu de meilleurs jours pousse la porte de sa boutique à la recherche d’une arme magique qui lui permettrait de se tailler un chemin sanglant dans la hiérarchie des condottiere tiléens, Alfredo se fait une joie de proposer à sa nouvelle victime connaissance d’acquérir la légendaire épée du Seigneur Mobach, une lame enchantée qu’il vient justement d’intégrer à sa collection…

 

Avis:

À la question, des plus légitimes ici, de savoir combien de pages sont nécessaires à l’écriture d’une nouvelle à twist (la catégorie reine du genre) se déroulant dans l’une des franchises de la Black Library, Brian Maycock répond posément « 5 », et délivre une véritable masterclass de construction narrative avec A Fool’s Bargain. Ne négligeant aucun aspect de sa prose, qu’il s’agisse de l’instillation d’une atmosphère distinctive ou le développement du caractère de ses personnages, Maycock agence avec talent les multiples éléments nécessaires au récit d’une histoire digne de ce nom, pour un résultat simplement satisfaisant. Cela peut paraître peu, mais, je vous l’assure, c’est une des plus hautes distinctions que je puisse accorder à une nouvelle.

 

Fluff:

  • Epée du Seigneur Mobach (relique) : Une lourde et longue épée d’aspect commun, qui ne peut blesser que les menteurs et « condamne »  son possesseur à une vie vertueuse (rq : pas étonnant que ce Mobach ait cherché à s’en débarrasser, c’est pourri comme pouvoir). 

 


C. L. Werner (3)

Révélation

Brunner, Chasseur de Primes (2)


Sickhouse 

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/37 pages


Une aventure du chasseur de primes Brunner, prenant place après The Money-lender’s Price (nouvelle au cours de laquelle Werner introduit le personnage d’Elisia, sœur de Shallya itinérante) et avant Where Walks the Mardagg (où Brunner et Pulstlitz se rencontrent à nouveau).

wfb_sickhouse.pngIntrigue:
Sur la piste du voleur Riano, parti se planquer dans l’arrière-pays de Mirigliano après ses derniers exploits, Brunner se retrouve contraint de coopérer avec un collègue chasseur de primes (Sabarra), lui aussi à la recherche du fugitif. Frappée de plein fouet par une épidémie de varicelle fièvre rouge, la région grouille en effet de cultistes de Nurgle menés par leur zozotant champion Pulstlitz, bien décidé à raser l’hospice de Shallya local pour la plus grande gloire de papy Prout.

Un peu barbouillé suite à un échange de fluides avec un Pestigor très entreprenant, Brunner n’a d’autre choix que de se rendre lui aussi à l’hospice en question, où il tombe sur une vieille connaissance (Elisia), lui tenant toujours un peu rigueur de l’avoir utilisée pour mener à bien un contrat précédent. L’inflexible chasseur de primes réussira-t-il à vaincre Ebola à temps pour empêcher les cultistes de pourrir la moquette du lieu saint avec leurs gros pieds boueux ? Parviendra-t-il à recoller les morceaux avec Elisia ? Le lance-harpon utilisé par Sabarra sert-il vraiment à quelque chose ? Pulstlitz est-il seulement capable de prononcer son nom correctement ? Autant de questions dont les réponses peuvent être trouvées dans la suite de Sickhouse.

Avis:
Werner prouve une nouvelle fois qu’il maîtrise parfaitement le genre de la nouvelle sérialisée, en faisant vivre à son héros une aventure finement menée et impeccablement rythmée. Il prend en outre le temps de développer le caractère et la psychologie de ses personnages, qui se distinguent en conséquence des légions de stéréotypes à peine nommés qui constituent une part importante des protagonistes des publications de la BL. L’auteur justifie également les actions et les choix de ses personnages de manière claire et cohérente1, ce qui est toujours appréciable et dénote un savoir-faire consommé, l’abus de TGCM/WIJH2 étant une autre tare récurrente dans les écrits de ses petits camarades de jeu. Enfin, dans la catégorie « writer skills », on notera le soin avec lequel Werner replace Sickhouse dans le contexte de la série Brunner, Bounty Hunter (en relatant par exemple la précédente rencontre entre BBH et la douce Elisia), ce qui permet de profiter de cette nouvelle sans avoir nécessairement lu les précédentes. Certains considèreront que les bons points distribués dans ce paragraphe devraient aller de soi (sans doute à raison), mais le niveau des contributeurs de la Black Library est si hétérogène qu’il est toujours bon de saluer le travail d’un vrai professionnel.

Par ailleurs, j’ai apprécié les références faites par ce matois de C.L. Werner à l’univers du western dans sa nouvelle, en particulier aux deux derniers films de la Trilogie des Dollars (Et pour quelques dollars de plus - Le Bon, la Brute et le Truand). Sabarra est ainsi décrit comme une sorte de Lee Van Cleef tiléen, tandis que Brunner joue les Clint Eastwood de service, les dialogues entre les deux se révélant tout à fait dans le ton de ceux du film de Sergio Leone. Le passage où Sabarra est contraint d’amener Brunner à l’hospice de Shallya afin que ce dernier consente à lui dire où se cache le voleur en fuite est également une réjouissante pastiche de la traversée du désert de Blondin et Tuco3.

Nerveux, crédible, sombre et caustique, Sickhouse est le genre de nouvelle pour lequel on s’obstine à lire des bouquins de la Black Library, le genre de nouvelle que Warhammer Fantasy mérite.

 

1 :

Révélation

Par exemple, il prend bien soin d’expliquer pourquoi Elisia, qui déteste Brunner, décide de donner à ce dernier un peu de l’incommensurablement précieuse "eau de vie" (au premier degré) de Shallya, normalement réservée à l’usage exclusif des membres du clergé de la déesse. Qui plus est, il donne une raison bassement terre à terre pour justifier cet acte, ce qui ne le rend que plus crédible. Elisia est en effet consciente que laisser mourir Brunner alors qu’elle a la possibilité de le sauver, uniquement parce qu’elle lui en veut, irait à l’encontre des enseignements de Shallya. C’est donc pour éviter d’être hantée jusqu’à la fin de ses jours par cette "mauvaise action" qu’Elisia décide de sauver la vie du chasseur de primes. Comme elle le dit elle-même : "I am too selfish to let you die".

 

2 : TGCM = Ta Gueule, C’est Magique. Ou comment utiliser la nature « magique » de la fantasy pour masquer le fait qu’on n’a jamais réfléchi à certains problèmes (généralement très prosaïques). Exemple :

« Comment les Hordes du Chaos peuvent-elles être aussi nombreuses, alors qu’elles viennent de steppes désolées et glacées peuplées de créatures monstrueuses et de démons, et passent leur temps à se battre entre elles ? »

« TGCM »

WIJH = Well, It Just Happened. Ruse scénaristique utilisée par les auteurs médiocres pour insérer des péripéties rocambolesques dans leurs histoires sans se soucier de leur vraisemblance. Exemple :

« WIJH qu’un ordre entier de chevaliers impériaux passait à proximité de (ou plutôt, s’est matérialisé dans) Helmstrumburg pile au moment où la ville était sur le point de tomber aux mains des Hommes-Bêtes. »

 

3 : Original : “I'll sleep better knowing my good friend is by my side to protect me.” Hommage: “You should start praying again. Pray now that I recover.”

 


Fluff:

  • Fièvre rouge (red pox) : Maladie mortelle et très contagieuse, se transmettant par contact avec les fluides corporels d’un individu déjà atteint. Période d’incubation très rapide (quelques heures). La victime se couvre de bubons rouges, pouvant atteindre la taille du pouce, et suppurant un pus écarlate.
  • Shallya: Représentée comme une femme tenant son cœur dans ses mains, en direction des fidèles venant la vénérer. Le centre du culte se situe à Couronne, où un temple est bâti sur une source miraculeuse, dont les eaux (censées être les larmes de la déesse) guérissent toutes les maladies. Des fioles de ce précieux liquide sont expédiées dans tous les hospices du culte, afin d’immuniser le clergé de Shallya contre les afflictions qu’il combat. Les prêtres et prêtresses de Shallya maîtrisent une sorte de rituel de bataille, qui immunise les alliés à la panique et révulse les serviteurs du Chaos.
  • Nurgle: Les champions du dieu de la Déchéance sont bénis avec une vision « infraverte », qui leur permet de détecter les individus affectés par la maladie au-delà de toute rédemption possible.

 

 

Wolfshead

Révélation

Death & Dishonour/2010/30 pages

 

Après Brunner en Tilée, Brunner au Stirland.

Intrigue:
Alors qu’il ramenait sa dernière prise (vivante pour une fois, ça rapporte plus) au juge Vaulkberg, Brunner est attaqué par un énorme loup qui boulotte prestement son prisonnier. La dévaluation sauvage et impromptue de son stock est toutefois compensée par l’offre d’un baron local, dont les terres sont la proie d’une bête féroce et insaisissable ayant développé un goût certain pour la chair humaine (tiens tiens…).

De chasseur de primes à chasseur tout court, il n’y a finalement qu’un pas, et Brunner accepte donc de traquer le mystérieux monstre qui hante le domaine de son hôte. Notre ténébreux héros va toutefois rapidement se rendre compte que le dessous de cette histoire est bien plus complexe et sinistre qu’il n’y paraissait au premier abord.

Avis:
C. L. Werner livre à nouveau un masterclass en écriture de nouvelle fantastique avec ce Wolfshead, qui combine tous les éléments que le lecteur de ce genre de ce littérature se plaît à retrouver : une intrigue bien construite, des personnages crédibles, une bonne dose d’action, une ambiance glauque et poisseuse (même le héros est un très sale type, c’est dire), une narration sans temps morts ni décrochages, et quelques touches de background pour lier le tout. Werner se paie même le luxe de rajouter un petit côté « enquête policière » à son récit, en mettant le lecteur au défi de découvrir l’identité du loup-garou (car, oui, c’est bien d’un loup garou qu’il s’agit) avant le dénouement de la nouvelle. C’est bonus.

Même si, à titre purement personnel, je place Sickhouse en tête de mon classement des meilleurs nouvelles du cycle Brunner (le côté western sans doute, et puis cet impeccable timing…), Wolfshead n’est vraiment pas loin derrière, et mérite assurément le détour. Comme le reste de la saga d’ailleurs, mais c’est un autre sujet.

Fluff:

  • Dieux Mineurs : Werner fait mention d’un certain Ahalt le Buveur, qui ne semble pas jouir d’une très bonne réputation1. Rhya, la Terre Mère et l’épouse de Taal, est également nommée dans la nouvelle. Dans les communautés les plus reculées de l’Empire, et particulièrement dans le Stirland, il n’est pas rare que les corps des défunts soient confiés à une prêtresse de Rhya (dont l’habit de fonction inclut un manteau tissé de fleurs et une cape de feuilles), qui les brûle rituellement au lever du soleil dans des lieux consacrés, le plus souvent des cercles monolithiques.
  • Loup-garou : Insensible aux armes conventionnelles, il ne peut être blessé que par de l’argent. On peut également repousser un loup-garou en faisant brûler de l’aubépine séchée, ce qui produit une fumée l’indisposant fortement. Même sous sa forme animale, un loup-garou peut se tenir debout, et ses mains ne se transforment pas en véritables pattes de loup, ce qui lui permet de saisir et d’agripper des objets. La transformation en loup-garou s’opère au cours des nuits de pleine Morrslieb. La sagesse populaire veut que seuls les individus courageux mordus par un loup-garou se transforment à leur tour (sans doute parce que les lâches ne survivent pas à une telle rencontre).
  • Divers : Les cochons du Vieux Monde raffolent des snotlings encore plus que des truffes, et sont capables de remonter la piste des petits peaux vertes grâce au délicieux fumet dégagé par les excréments de ces derniers.

 

1 : Après vérification, il s’agit bel et bien d’une divinité « officielle » du background de Warhammer Fantasy (Ahalt le Buveur est le rival de Taal - l'un est le dieu des poivrots, l'autre est le dieu des poireaux - et son culte demande de fréquents sacrifices humains, dont le sang est bu par les fidèles du dieu, d’où ce sobriquet), que Werner a du dégotter au fond d’un texte d’archeo-fluff, dont il a une véritable maîtrise. Trop fort le C. L.

 

Autres (1)

 

Marshlight

Révélation

Hammer & Bolter #8/2011/26 pages


Contributeur régulier de la BL, et auteur de quelques séries de bonne facture (Mathias Thulmann, Witch Hunter, Brunner The Bounty Hunter), C.L. Werner, alias l'homme au chapeau, alias Mr Skaven (une bonne partie de ses bouquins se déroulant dans le monde de Warhammer ayant parmi leurs protagonistes un ou plusieurs représentants de cette très noble race1) reste toutefois une figure assez mystérieuse parmi les auteurs de cette auguste maison. Ayant mieux saisi que la plupart de ses collègues le caractère sombre et non manichéen des univers de Warhammer et de 40K, les nouvelles de Werner sont généralement des petits bijoux glauques, rehaussées par une bonne dose de bon vieux fluff.

1 : Il a aussi écrit la trilogie Thanquol & Boneripper, qu'il faudrait que quelqu'un critique à un moment ou à un autre.

Intrigue:
Bienvenue à Marienburg, où les autorités sont confrontées à la disparition d'une proportion non négligeable des navires remontant le Reik jusqu'à la cité-état. Après qu'un survivant, rendu complétement fou par ce qu'il a vécu (faut dire que l'eau est froide à cette époque de l'année), ait raconté à ses sauveurs que ce sont les fameux démons des marécages qui ont fait le coup, les bourgmestres décident d'envoyer deux de leurs meilleurs agents tirer l'affaire au clair. Direction donc les bucoliques marais du Wasteland, pour une partie de pêche un peu particulière.

Avis:
Disons le tout de suite, j'attendais beaucoup de cette nouvelle, et n'ai pas été déçu, Werner capitalisant sur chacun de ses points forts: le rythme, l'humour noir et surtout, surtout, le fluff. Car si C.L. (prononcer « ciel », ça lui fera plaisir) a choisi d'explorer cette zone du monde de Warhammer, c'est d'abord et avant tout pour rendre à la légende vieillissante qui rôde dans ces eaux saumâtres depuis les premiers temps du jeu un peu de son lustre d'antan. Devinette: qu'est-ce qui peut invoquer la plus épaisse des purées de pois, n'a qu'un seul œil et vit dans les marais? Werner aurait pu s'arrêter là, la simple présence de Fimirs dans une nouvelle de la BL publiée au XXIème siècle justifiant amplement la lecture de ladite nouvelle, mais il choisit d'aller un peu plus loin en rajoutant à l'équation la légendaire ingéniosité destroy des skavens, qui confirment à cette occasion avec panache leur amour immodéré pour les déguisements grands guignolesques. Mais, qu'on se rassure, il y a bien des vrais Fimirs dans Marshlight, qui feront une apparition brève mais remarquée1 au moment opportun.

Si le fluff est donc particulièrement mis à l'honneur dans cette nouvelle, on retrouve également la patte de Werner dans le rythme enlevé de l'action, qui après un début planplan, accélère brutalement à un tiers du récit pour ne plus ralentir (la nouvelle commençant réellement au moment où d'autres auteurs moins doués de la BL l'aurait terminée). Ciel réussit également là où tous ses prédécesseurs avaient échoué, en balançant dans les dents du lecteur un twist final vicieux et non prévu dix pages à l'avance (en ce qui me concerne en tout cas). Il était temps, et pour ceci comme pour tout le reste, chapeau Mr Werner.

1 : Genre « qui c'est papa, bande de hamsters dégénérés? »

Fluff:

  • Marienburg: Les bourgmestres de la cité font régulièrement drainer le Reik afin de le garder navigable.
  • Skavens (sélection génétique): Les avortons des portées skavens sont parfois utilisés par les maîtres de litière comme compléments alimentaires pour les mères porteuses. Une fois tués, les ratons sélectionnés sont remplis d'un cocktail chimique favorisant la production de lait chez les génitrices skavens et la mise bas de portées de Vermines de Choc.
  • Skavens (Conseil des Treize): Il est fait brièvement mention d'un Seerlord Tisqueek à la fin de la nouvelle. Problème: le poste semble déjà être occupé par Kritislik dans le fluff canonique. Il est à noter que Werner est conscient de cette incongruité.

 

 

Charles Davidson (1)

Révélation

 

Charles Stross, aussi connu sous le nom de plume de Charles Davidson, n’a pas laissé d’autre texte à la postérité WFBesque que ‘The Reavers & the Dead’, publié dans l’antique recueil ‘Ignorant Armies’. Cela ne l’a pas empêché de persévérer dans la voie de l’auteur, avec plusieurs séries SF à son actif (‘Merchant Princes’, ‘The Laundry Files’, ‘Halting States’) ainsi que le roman ‘Accelerando’.

 

The Reavers and the Dead

Révélation

Ignorant Armies/1989/22 pages

 

Intrigue:

Art: Steven TappinAdolescent solitaire et secret, Helmut Kerzer, qui s’amusait innocemment à réanimer des cadavres de campagnols dans une crique isolée de la côte de la mer des Griffes (chacun ses passe-temps), a l’effroi de voir approcher un navire pirate de son village natal. Bien que sachant qu’il est de son devoir de donner l’alerte afin de permettre à ses concitoyens d’évacuer les lieux avant l’arrivée des pillards, notre héros est retenu dans son élan par la peur d’être identifié comme un nécromant par la communauté. Parce qu’apparemment, l’endroit où il pratique son macabre hobby est connu comme « la crique de la nécromancie », ou quelque chose comme ça, et que le simple fait de s’y rendre fait de vous un suppôt (ce qui est toujours mieux qu’un suppo) de Nagash. Soit. Ne pouvant cependant pas décemment laisser le futur crime des flibustiers du terrible Ragnar One-Eye impuni, Helmut se hâte en direction du cimetière local, où il sait que l’attend une entrée vers une ancienne crypte…

 

À quelques encablures de là, nous faisons la connaissance du borgne et de son équipage, et apprenons que ces derniers sont des militants de Sea Shepherd. C’est en effet suite à la remontée de poissons pourris – sans doute victimes d’une marée noire – dans leurs filets que cette bande de Norses a pris la mer pour aller se venger sur les pêcheurs d’en face, reconnus coupables de ce coup en traître par les chamans chiromanciens de la tribu. On pourrait sérieusement arguer que les augures ont perdu la main (mouahaha), mais les voies divines sont impénétrables, et il n’est pas dit que les pêcheurs ne soient pas des pécheurs. Après tout, il suffit d’accentuer le trait. Bref, nos braves vandales écoutent religieusement la harangue de leur chef, et se mettent en rang pour boire la potion magique que leur a concocté leur druide prêtre en prévision du combat. Ici, pas question de force surhumaine (contre une bande de pisciculteurs, pas besoin), mais plutôt d’une exaltation guerrière exacerbée1.

 

Pendant que les villageois réalisent enfin que le danger les guette, et sonnent le tocsin – avec des effets mitigés il faut dire2 – Helmut se décide à passer une porte dont le heurtoir est fait d’os, flanquée de colonnes représentant des momies hurlantes, et surmontée de niches où sont recroquevillés des squelettes. Qui l’attend derrière cette macabre façade, me demanderez-vous ? Jarvis Johnson. En fait non, bien plus prosaïquement, c’est une Liche morte de vieillesse – ce qui est à la limite de la faute professionnelle pour un nécromant, tout de même –, ce que notre héros savait déjà car… c’est de notoriété publique dans la région ? Quoi qu’il en soit, sa Splendeur Anonyme (le nom que lui donne l’auteur) accueille chaleureusement celui qui sera son apprenti et héritier, et, après un entretien d’embauche rapidement expédié, commence à transférer ses données dans l’inconscient de Helmut, et lui donne les clés de son logement de fonction. Notre héros, après avoir choisi une robe convenablement ésotérique (+3 en Intelligence parce qu’il y a encore la griffe de composition qui indique bien qu’il faut laver à 30°C avec des couleurs identiques et repasser sur l’envers ; -5 en Endurance car elle est pleine de poussière et que Helmut est allergique) commence à binge mémoriser les incantations du premier grimoire qui lui tombe sous la main, et, la tête bien pleine à défaut d’être bien faite, sort de son antre à la nuit tombée pour se venger des loubards de Ragnar, qui ont entretemps convenablement massacrés la population locale, famille de Helmut comprise.

 

Arrivé sur les lieux de l’holocauste, notre apprenti liche (apprentiche ?) a tôt fait de réanimer ses anciens voisins et camarades3, et de les faire fondre sur le camp des pillards, qui, malgré la sentinelle et les feux allumés sur la plage, se font surprendre dans les grandes largeurs par les Zombies ninjas de Helmut. S’en suit un massacre à sens unique, duquel on se doute que Ragnar ne réchappe pas (en fait, on n’en a aucune idée, l’auteur n’ayant pas jugé bon de nous tenir au courant du destin de l’antagoniste principal), qui laisse notre héros retourner à ses chères et chair études avec le sentiment du devoir accompli. Encore quelques années, et il aura rétabli la splendeur et le faste de la cour nécromantique que son tuteur squelettique avait établi sur la côte de la Mer des Griffes. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, en tout cas.

 

On ne donne pas la recette exacte du breuvage, mais peut-être qu’un mélange un tiers harissa, un tiers tabasco, un tiers Red Bull ferait l’affaire.

 

2 : J’en veux pour preuve que les pirates réussissent à surprendre un pêcheur en train de repriser ses filets sur la jetée. Il devait être sourd et aveugle – ou alors très, mais très concentré – en plus d’être chauve, c’est pas possible autrement. Ah, ils arrivent aussi à massacrer les femmes et les enfants qui n’avaient pourtant rien d’autre à faire qu’à s’enfuir dans les bois le temps que l’orage passe.

 

3 : Dont un Julius Fleischer, qui est peut-être le père, le frère, l’oncle ou le cousin par alliance d’Angelika Fleischer ?

 

Avis:

Le récit que nous livre Charles Davidson, s’il s’avère être factuellement exact (ou, en tout cas, ne pas entrer en conflit frontal avec le fluff établi par ailleurs), diffère fortement des canons habituels de la Black Library, tant par le style que par l’atmosphère instillée par l’auteur à son histoire. Si la singularité du premier n’est somme toute que la marque d’une maturité en termes d’écriture, la seconde aurait gagné à se conformer davantage à l’approche majoritairement grimdark qui caractérise le background romancé de Warhammer Fantasy Battle. Ici, les éléments plus légers, comme un nécromancien de treize ans qui pratique les arts sombres en autodidacte et comme d’autres peuvent se découvrir une passion pour le crochet ou le rempaillage, une Liche paternaliste, ou un chef Maraudeur qui se soulage sur une ruine fumante après un carnage rondement mené, alternent avec les passages plus sombres, comme la tuerie de femmes et d’enfants par nos fripons de pirates. Rien de vraiment rédhibitoire au final, mais une sensation d’étrangeté qui peut intéresser ou rebuter le lecteur, selon ses goûts et attentes.

 

On pourra cependant s’accorder sur le fait que l’intrigue de ce The Reavers & the Dead est loin d’être claire, Davidson insinuant que la Liche serait responsable de la pollution des eaux Norses, ce qui aurait déclenché la colère de ces derniers et le sac du village de Helmut… et précipité sa venue dans le F3 de sa Splendeur Anonyme ? Hmmmm, un peu capillotracté ce raisonnement, Mr Davidson. De même, la conclusion très anti-climatique du récit (les pirates se font massacrer par les zombies en trois lignes), si elle peut être mise sur le compte d’une approche du med fan moins hack & slash qu’il est de coutume pour WFB, peut laisser le lecteur sur sa faim. Bref, comme dirait le sage : ce n’est pas mauvais, c’est différent. Peut-être un peu trop, justement.

 

Fluff:

  • Vin d’Ulric : Une décoction (rq : un vin chaud, plutôt) renforçant le courage de celui qui la boit et favorisant la venue d’un état de rage berserk. On sait qu’il y a de la cannelle dedans.

 


Chris Pramas (1)

Révélation


Mormacar's Lament

Révélation

Realm of Chaos/2000/27 pages

 

Si Mormacar’s Lament est la seule publication Fantasy de Chris Pramas, deux de ses nouvelles figurent dans le recueil Into the Maelstrom (40.000).

 

Intrigue:
Fait prisonnier par les Elfes Noirs au cours d’une mission d’infiltration à Naggaroth, le Guerrier Fantôme Mormacar profite de l’effondrement d’une galerie dans la mine où il était retenu comme esclave pour se faire la malle, accompagné d’un barbare de Norsca. Leur but est de rallier Arnheim, tête de pont des Hauts Elfes en territoire Druchii, en empruntant le dédale de souterrains s’étendant sous les fondations de Hag Graef. Il leur faudra pour cela se frayer un chemin dans les profondeurs glacées et hostiles de la terre du grand froid, en évitant les patrouilles elfes noires, les expéditions hommes-lézards (eh oui, ils ont dû prendre la mauvaise sortie sur l’autoroute) et les formes de vie les plus agressives de l’écosystème local. Bref, une véritable promenade de santé.

Avis:
Chris Pramas nous sert un honnête récit d’évasion et d’aventure, dont l’intérêt vient autant du cadre exotique dans lequel il situe son propos que de la vision très sombre qu’à l’auteur du monde de Warhammer1, dans la droite ligne du background officiel. Sans être particulièrement mémorable le duo Mormacar - Einar (le nordique) fonctionne assez correctement, le « choc des cultures » des premières pages se transformant comme de juste en collaboration sincère, puis en amitié réelle.

On peut par contre regretter que les antagonistes, et en particulier le personnage de Lady Bela, sorcière ayant un gros faible pour le cuir et les cravaches, n’aient pas été plus développés, Pramas assurant le service minimum en matière de cruauté et de sadisme druchii. Il y avait sans doute moyen de faire mieux, et de relever du même coup le niveau général de la nouvelle, qui de sympathique aurait pu passer à remarquable.

En résumé, Mormacar’s Lament est une soumission sérieuse et d’assez bonne facture, mais dont les « finitions » auraient gagné à être davantage travaillées par l’auteur.

1 : C’est une constante chez Pramas :

Révélation

les héros de ses nouvelles finissent toujours très mal.


Fluff:

  • Guerriers Fantômes : Pramas donne le nom d’une des bandes de ces combattants de l’ombre (Night Stalkers), ainsi que celui d’un de leur plus grand héros (Galaher Swiftblade). Aucun des deux ne verra la fin de la nouvelle ceci dit.
  • Naggaroth : Les réseaux de galeries qui sillonnent le territoire druchii sont utilisés par ces derniers pour voyager entre leurs forteresses sans passer par la surface (sans doute difficilement praticable pendant une bonne partie de l’année). C’est également là que vivent les sang-froids à l’état sauvage. Ces tunnels doivent cependant être surveillés, car ils peuvent être utilisés par les ennemis de Malekith (les hommes-lézards en tête) pour mener des attaques au cœur même de son royaume.
  • Arnheim (Arnhaim dans le texte) : Colonie haut elfe située sur la côte de Naggarond. Même si la cité était sur le point de subir un assaut en règle à la fin de la nouvelle, la règle d’immuabilité qui s’exerce au niveau de la Black Library me laisse à penser que l’armée des elfes noirs n’a pas atteint son objectif.

 

 

Chris Wraight (2)

Révélation


Feast of Horrors

Révélation

Hammer & Bolter #5/2011/14 pages


Intrigue:
Ah, mais ça ne va pas du tout ça! Comment voulez-vous que je livre une critique objective d'une nouvelle qui part avec autant de circonstances atténuantes que celle-ci?
Primo, l'histoire se déroule dans l'univers de Fantasy (et je suis un joueur de Battle, je sais, c'est subjectif comme critère).
Secondo, le héros de cette historiette n'est autre que l'inénarrable Ludwig Schwarzhelm (et je suis un joueur de l'Empire, je sais, c'est subjectif comme critère).
Tertio, la nouvelle lève le voile sur un passage bien connu de tous les possesseurs du Livre d'Armée, à savoir la purge du manoir des Von Rauken par Lulu le gai luron, de la même manière que Ben McCallum a livré sa vision de la fin de Charandis des mains de Korhil dans le troisième numéro de Hammer and Bolter (et je pense que c'est une des missions primordiales de la Black Library de lever le voile sur ces passages connus de tous les hobbyistes mais décrits en trois lignes dans les Livres d'Armée et Codex, faute de place -oui, je sais, c'est...etc -).
Avec tout ça, j'ai lu Feast of Horrors avec un fort a priori positif, qui m'a duré jusqu'au point final de la nouvelle, mais n'aurait sans doute pas survécu beaucoup plus longtemps.


Avis:
Pourquoi? Non pas que la nouvelle soit mauvaise ou ennuyeuse (les auteurs de la BL peuvent, et ont, déjà fait bien pire), mais elle manque définitivement d'inventivité, que ce soit dans le style utilisé par Chris Wraight, tout à fait « Black Library »-like avec ses personnages à la limite de la caricature ou de l'archétype (selon l'humeur dans laquelle se trouvera le lecteur), ses descriptions des mêmes détails trotrokwioul pour le fan de base (Oh! la belle armure... Brrr! la forêt sinistre! Beeeh! le triple menton flasque de ce noble obséquieux!1), ses dialogues lourds de sens parsemés de ci de là de la petite « british joke » de rigueur, histoire de montrer que même les vétérans couturés savent rigoler de temps en temps, ses scènes d'action hyper rythmées et hyper interchangeables; ou dans le scénario, qui ne recèle d'aucune surprise pour le lecteur connaissant déjà l'histoire des Von Raukov, mis à part l'identité du Grand Méchant Dieu vénéré en secret par cette bande de nobles dévoyés.

Le hic, c'est que « l'histoire » en question, telle qu'elle est racontée dans le Livre d'Armée, fait deux lignes à tout casser, ce qui laissait beaucoup de place à l'auteur pour rajouter de la plus-value sympathique de son propre cru. J'aurais été sa place, je n'aurais pas laissé passer cette chance de laisser mon empreinte (même minime) dans le Fluff avec un grand F du monde de Warhammer, mais il faut croire que Chris Wraight ne s'est pas jugé digne de cet honneur, et s'est contenté à la place d'ajouts et de précisions qu'on qualifiera poliment de cosmétiques (on apprend par exemple que Ludwig adore les panses de bufs farcies, au point d'en ramener dans sa chambre pour faire des surprises à ses visiteurs2).

Pour le reste, c'est du Schwarzhelm dans ses œuvres, donc de l'efficacité brutale et aussi souriante qu'un prêtre de Morr un lendemain de cuite, coupant des têtes et tranchant des membres avec une aisance consommée. À petites doses, pourquoi pas, surtout si on a un faible pour l'Empire (ce qui est mon cas), mais j'ai bien peur que ça ne suffise pas pour tenir la distance au long des 300+ pages que compte un roman classique de la BL (ce qui ne me donne pas vraiment envie d'acheter Sword of Justice, qui est précisément un bouquin dont ce boute-en-train de Ludwig est le principal protagoniste). Bref, une nouvelle sans originalité et qui sera vite oubliée du lecteur, ce qui est quand même dommage compte tenu de son socle fluffique.

1 : Qui a 99% de chances de se révéler être un cultiste du Chaos, de Nurgle s'il a des boutons et une mouche qui lui tourne autour de la tête, de Slaanesh s'il porte des fringues fashion, de Tzeentch dans tous les autres cas (curieusement, les auteurs de la BL ont du mal à transformer les petits gros insupportablement onctueux en champions de Khorne ruisselants de muscles et de rage...).
2 : Aucun rapport avec DSK ceci dit.


Fluff:
Principale information de la nouvelle : les Von Rauken étaient des cultistes de Nurgle, et la chef de leur cabale n'était autre que la cuisinière du manoir. Avant de tenter de faire l'hélicoptère avec sa louche afin de faire goûter de son ragoût à Ludwig (en pure perte, le bougre étant un die-hard vegan), cette dernière insinue que Helborg est un chaud lapin, avec de nombreuses conquêtes féminines à son actif (tout le contraire de Schwarzhelm).


The Judgement of Crows

Révélation

Death & Dishonour/2010/38 pages


Intrigue:
Dépêchée par son Collège à la rescousse d’un village de l’Ostermark profond dont les morts viennent frapper aux portes avec l’insistance et la régularité de témoins de Jehovah perfusés au glucuronolactone (j’adore ce mot), la mage d’Améthyste Katerina Lautermann se retrouve rapidement dépassée par les évènements.

Alors que tout espoir semble perdu pour les ultimes survivants de Herrendorf, la sorcière mène une sortie de la dernière chance jusqu’au cœur des marais entourant le hameau, à la recherche du mausolée de Radamus Arforl, légendaire membre du Collège d’Améthyste. Trois siècles plus tôt, ce fut en effet ce même Arforl qui vainquit, au prix de sa vie, le nécromancien responsable de la première invasion mort-vivante ayant frappé Herrendorf.

Si Katerina parvient à localiser le tombeau de son illustre prédécesseur, peut-être a-t-elle encore un espoir de triompher à son tour des puissances de la non-vie. Cependant, le Maître des Corbeaux ne l’entend pas de cette oreille…


Avis:
La magie a beau être un élément essentiel de l’univers de Warhammer Fantasy, il faut bien reconnaître que la grande majorité des problèmes auxquels sont confrontés les héros du Vieux Monde sont réglés à grands coups de latte plutôt que par un sortilège bien senti. The Judgement of Crows permet de faire un break entre deux massacres à l’arme blanche, en ne mettant en scène (presque) que des sorciers, humains de surcroît1. Cerise sur le gâteau, il s’agit d’initiés des Collèges de Magie impériaux, ce qui signifie que chacun dispose d’un « style » lui étant propre, ce qui rajoute encore un peu de piquant à cette nouvelle fort plaisante.

L’affrontement final entre notre héroïne emo et le nécromancien à l’origine de tous les troubles de voisinage subis par les Herredorfers vaut ainsi le détour, chacun y allant de son « special move » pour faire mordre la poussière à l’autre. C’est très saint sayesque dans l’esprit, mais une fois de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal.

Pour le reste, Chris Wraight déroule son histoire de manière convaincante, sans vraiment surprendre mais sans horrifier non plus, ce qui est toujours appréciable. Bref, The Judgement of Crows est un assez bon cru, solidement charpenté, équilibré et long en bouche. Manquerait plus qu’il ait un arrière-goût de banane, tiens.

1 : Rien de pire qu’un mage elfe (ou pire, un Slann) participant à un duel de sorcellerie : l’adversaire est généralement écrasé tellement rapidement que le lecteur n’a même pas le temps d’attraper le pop-corn. Blasant.


Fluff:

  • Collèges de Magie Impériaux : Le Patriarche de l’Ordre d’Améthyste est un certain Klaus (pas de patronyme). Contrairement à ce que laisse penser l’hégémonie des barbus à l’air sévère parmi les figurines de sorciers impériaux, les Collèges de Magie d’Altdorf sont ouverts aussi bien aux hommes qu’aux femmes.
  • Radamus Arforl : Radamus Arforl fut l’un des premiers mages de bataille du Collège d’Améthyste, immédiatement après sa fondation par Teclis après la Grande Guerre contre le Chaos. Arcaniste de grand talent, il contribua significativement à la réputation de son Ordre au cours de ses premières années d’existence. Il disparut mystérieusement dans les marais entourant le village de Herrendorf pendant qu’il luttait contre un nécromancien. Son corps est sensé reposer dans une tour solitaire, en plein milieu du marécage, et son esprit monter la garde sur les terres alentours afin d’empêcher le retour de son ancien adversaire dans le monde des vivants.
    Révélation

    En vérité, Arforl était le responsable de la première invasion de zombies ayant affligé Herrendorf. Il fut vaincu par le Maître des Corbeaux, qui camoufla la tombe de son ennemi aux yeux des mortels.

     

  • Le Maître des Corbeaux :
    Révélation

    Sorcier de l’Ordre Gris contemporain de Radamus Arforl, il parvint à contrecarrer les plans de ce dernier, mais se rendit compte après coup qu’il lui était impossible de quitter les environs de Herrendorf. Rendu immortel par cette aventure, il prit le parti de disparaître volontairement après quelques décennies, pour revenir à Herrendorf sous les traits d’un autre homme quelques temps plus tard, et ainsi continuer à veiller sur la communauté.

 

 

Darius Hinks (2)

Révélation


Virtues Reward

Révélation

Hammer & Bolter #3/2010/18 pages


Pour faire simple, j'ai trouvé cette histoire affligeante, à égalité avec The Rat Catcher's Tail (Hammer & Bolter #2). Darius Hinks est une nouvelle recrue de la BL, à la production déjà assez étoffée (Island of Blood, Warrior Priest, Razumov's Tomb et Sigvald). Deux des bouquins cités ci-dessus étant toutefois de purs produits publicitaires (Island et Razumov's, publiés pour accompagner respectivement la sortie de la boîte d'initiation du même nom et Tempête de Magie), je soupçonne que le bon Darius a été recruté plus en tant que yes man, capable de pondre une série Z en un temps record, plutôt que pour son talent d'écrivain.


Intrigue:
Le lecteur suit les aventures de Virtue von Stahl, sans doute appelée de la sorte pour que Darius puisse se fendre du jeu de mots qui sert de titre à la nouvelle (hohoho), une novice de l'ordre des Sœurs de Sigmar. Comme on peut s'en douter, c'est donc Mordheim qui sert de décor à cette histoire, Virtue et ses deux acolytes étant chargées de ramener chacune un morceau de malepierre au couvent afin de devenir des membres à part entière de cette secte apocalyptique (et dire que la noblesse impériale se battait pour y envoyer ses filles...).

Avis:
À ce stade, on se dit que même si Darius n'a pas une once d'originalité dans sa manière de narrer les péripéties de ses héroïnes, la cité des damnés suffira à elle seule à relever le goût insipide de la soupe qu'il nous sert, en ajoutant un peu de sa folie latente au bouillon de clichés que le chef Hinks nous a concocté. C'est vrai quoi, même sans jouer une partie pour se mettre dans l'ambiance, il suffit de survoler les illustrations magnifiquement dérangeantes de John Blanche émaillant le livre de règles pour que les idées jaillissent. Malheureusement, la seule chose que Darius semble avoir retenu du background de Mordheim, et encore de manière inconsciente, est qu'il est vain d'espérer que les choses s'améliorent dans cette ville maudite. Pour le lecteur, cela signifie que le niveau restera d'une stabilité remarquablement basse de la première à la dernière ligne, et donc qu'il s'ennuiera ferme en suivant Virtue et ses copines dans leur soirée d'enterrement de vie de jeunes filles (ou ce qui s'en rapproche le plus, étant donné le contexte). J'attends encore l'auteur qui me décrira la Mordheim baroque, glauque et flamboyante que je m'imagine, et je peux d'ores et déjà dire que cet auteur, ce ne sera pas Darius Hinks. Voilà pour la touche Warhammer.

Si on se concentre à présent sur le schéma narratif et les relations entre personnages, les choses se corsent un peu plus: le premier est d'un simplisme primaire qui me fait suggérer que Darius Hinks n'avait en tout et pour tout qu'une idée à développer lors de sa nouvelle (elle servira de switch final pathétique), et qu'il a bien pataugé pour meubler les 30 pages entre le titre et cette apothéose douteuse. Les relations entre personnages (la nouvelle en compte trois principaux) sont tout aussi basiques, Darius ne trouvant rien de mieux que de nous resservir le triangle "héroïne trop bonne trop conne- amie option meatshield - rivale pouffiasse et fourbe". Les personnages secondaires restent dans la même veine ultra conformiste, puisqu'on pourra également croiser un duo de ruffians convenablement couards, un chevalier bretonnien arrogant et son dévoué serviteur contrefait, ainsi qu'une mère supérieure à qui on ne la fait pas (Dumbledore-like dans la relation avec l'héroïne).

Bref, une nouvelle fade et creuse, ce qui, compte tenu du background choisi (ou peut-être imposé de force, ça expliquerait des choses) par l'auteur, tient de la contreperformance la plus grandiose.


Fluff:
Pour Hinks, Mordheim est une ville en ruines, et pas grand-chose de plus.


The Miracle at Berlau

Révélation

Death & Dishonour/2010/13 pages


Intrigue:
Duel au sommet assommant entre un Prêtre-Guerrier de Sigmar hanté par son passé (Jakob Wolff) et le chef d’une bande de maraudeurs du Chaos (the Reaver) dans un temple abandonné. Entre deux échanges de mandales et de french kisses – the Reaver se battant principalement à coup de suçons – le mystère des origines de Wolff est également (partiellement) levé, sans que cela ait le moindre impact sur le reste de la nouvelle d’ailleurs.

Avis:
Il n’y a pas grand-chose à sauver de cette soumission de Darius Hinks, qui a décidément du mal à faire sien le genre du court format1. Schéma narratif bancal, développements sans liens avec l’intrigue principale, progression hachée, conclusion tronquée : les 13 pages de The Miracle at Berlau sont davantage une succession de passages de pulp fantasy agglomérés les uns aux autres pour essayer de donner l’illusion d’un tout cohérent (en vain) qu’une nouvelle digne de ce nom. On en aurait presque l’impression que l’auteur a volontairement amputé des passages de son texte, afin d’obtenir le manuscrit le plus compact possible (dans quel but, mystère).

Autre explication possible : les évènements relatés dans The Miracle at Berlau pourraient s’inscrire dans un arc narratif plus développé (ce qui, après vérification, semble être le cas, puisque le protagoniste de Warrior Priest se nomme également Jakob Wolff), sans que Hinks ne fasse beaucoup d’efforts pour faciliter la compréhension de ses lecteurs. Bref, ce teaser – puisqu’il semble bien que ce soit le but premier de ce texte – tombe lamentablement à plat, et ne donnera envie qu’aux bibliophiles les plus acharnés et/ou déviants de se plonger plus avant dans les chroniques de la famille Wolff. Bouh.

1 : Étant donné que son roman Warrior Priest a remporté le Gemmell Morningstar Award (meilleur première publication fantasy) en 2011, on peut supposer que Darius se débrouille mieux en mode no limit. Ne comptez pas sur moi pour vérifier ceci dit.


Fluff:
Néant.

 

 

David Earle (1)

Révélation


The Assassin's Dilemma

Révélation

Death & Dishonour/2010/20 pages

 

David Earle (à ne pas confondre avec Robert Earl) fait partie du vivier des talents laissés en friche par la Black Library, son unique contribution à cette dernière (à ce jour) étant The Assassin’s Dilemma.

Intrigue:
Rude journée pour Sneeq Foulblade, assassin du clan Eshin de son état. Chargé par le corpulent Glut, chef de guerre du clan Famine, de l’assassinat d’un ingénieur impérial, notre malheureux skaven s’est vu cependant formellement interdire d’exécuter son contrat par le Prophète Gris Qit, sous peine d’encourir le déplaisir de l’envoyé du Conseil des Treize. Sneeq parviendra-t-il à satisfaire les exigences de ses deux employeurs sans susciter le courroux de l’un d’entre eux ? Tuer ou ne pas tuer (pour ne pas être tué), telle est la question…

Avis:
The Assassin’s Dilemma met en relief deux caractéristiques centrales de la très noble race skaven : l’infinie capacité de nuisance dont ses membres sont capables les uns envers les autres, et la non moins infinie ingéniosité dont ces mêmes ratons sont capables de faire preuve, et qui leur permet (parfois) de se dépatouiller de situations pour le moins compliquées. Bien sûr, pour chaque héros parvenant à se tirer d’affaire (souvent à un poil de moustache près), une dizaine de side-kicks moins futés et/ou chanceux mordent la poussière, mais un bon auteur skaven est un auteur skaven n’ayant pas peur de faire monter le bodycount à un niveau stratosphérique. Après tout, il en reste plein de là où ils viennent.

Rythmée et assez bien construite, la nouvelle d’Earle est une petite gourmandise littéraire qui se laisse lire sans problème. Et c’est déjà pas mal.


Fluff:
Pas grand-chose à tirer de ce côté-là de The Assassin Dilemma, nouvelle privilégiant l’action à la description. On peut toutefois noter que la comtesse Emmanuelle von Liebewitz (sans doute conseillée par les instances dirigeantes de l’Empire) a tout fait pour maquiller l’attaque de Thanquol contre sa cité en un soulèvement de mutants soutenu par des contingents d'hommes-bêtes. Le but de cette manœuvre de désinformation (plutôt réussie si on en juge par les réflexions des troupiers de la nouvelle d’Earle) était d’éviter de faire sombrer les citoyens de l’Empire dans la psychose en cautionnant l’existence d’une nouvelle race d’ennemis (encore une !), jusque-là méconnue. Tous les avocats trop volubiles de l’existence effective des skavens ont été priés de garder leurs idées pour eux, sous peine de s’en aller prêcher dans les cachots de la comtesse.

 

 

David Guymer (1)

Révélation


The Tilean's Talisman

Révélation

Hammer & Bolter #14/2010/18 pages


Un petit cameo de deux figures bien connues de tous les fidèles de la Black Library, j'ai nommé les iconiques Gotrek et Felix. Mine de rien, cela faisait un bail (et le A Place of Quiet Assembly de John Brunner) que les compères n'avaient pas été mis à l'honneur dans une nouvelle de Hammer & Bolter, et il est donc revenu au petit nouveau David Guymer de corriger cet état de fait en soumettant un texte de son cru. Même si ce dernier ne m'a pas entièrement convaincu, et reste sensiblement en deçà des productions de King et Long, je pense néanmoins que Guymer a un potentiel certain en tant que contributeur à la BL, et suis tout prêt à lui donner une seconde chance si l'occasion présente.

Intrigue:
Vie (et mort) d'un skaven ayant eu le bonheur de trouver un pendentif enchanté et le malheur de croiser la route de Gotrek Gurnisson.

Avis:
Commençons par les points positifs. En premier lieu, la décision de l'auteur de choisir pour personnage principal Siskritt, obscur skaven de son état et dernier propriétaire du fameux médaillon donnant son titre à l'histoire, est intéressante, en ce qu'elle contraste agréablement avec l'approche classique adoptée par la plupart de ses prédécesseurs, à savoir utiliser Felix comme narrateur. Ce souci d'originalité est de plus renforcé par la construction du récit, qui se divise en deux parties distinctes. Dans la première, Siskritt essaie désespérément de sortir en un seul morceau de l'auberge dans laquelle il a fait l'acquisition du médaillon tiléen, rutilante babiole donnant à son propriétaire l'équivalent d'une sauvegarde invulnérable à 4+, ce qui est toujours appréciable (mais pas toujours suffisant, comme nous allons le voir tout de suite). Malheureusement pour notre ami poilu, un Gotrek très en verve se tient entre lui et la sortie, ce qui ne manquera pas davoir des conséquences fâcheuses et définitives pour le pauvre raton, en dépit de la protection accordée par son collier fashion. Dans la deuxième partie, on suit l'infiltration du même Siskritt dans la même auberge, à la recherche du médaillon, juste avant que le reste de l'armée skaven ne passe à l'attaque de Sartosa, théâtre de la nouvelle de Guymer. Cest donc une sorte de Pulp Fiction warhammer-esque que nous offre ce dernier, parti pris audacieux et assez réussi je dois dire.

Autre point fort de Guymer, sa capacité à faire ressortir le mélange d'ambition démesurée et de couardise pathologique qui se trouve au cœur de la psyché skaven. Siskritt passe ainsi la moitié de la nouvelle à s'imaginer siégeant au Conseil des Treize, et l'autre à se cacher sous les meubles au moindre bruit suspect. Le passage où il soutire à son ancien propriétaire le talisman à la pointe de l'épée, tout en étant au moins aussi terrifié que sa victime quelle l'est par lui, est ainsi particulièrement bien rendu.

D'un autre côté, on peut regretter que l'auteur n'ait pas pris le temps de donner quelques informations supplémentaires au sujet de la quête de Siskritt, dont on ne saura jamais comment il a appris l'existence et la localisation précise du médaillon. Le récit compte également quelques longueurs, particulièrement dans sa deuxième partie, durant laquelle Guymer décrit avec force détails les atermoiements de son héros à chaque fois qu'il doit passer près d'un humain sans se faire repérer, ou ouvrir une porte sans savoir ce qui l'attend derrière. Même si ces descriptions poussées des hésitations continuelles de Siskritt, mégalomane aussi sadique que poltron, aident à comprendre le personnage, elles ralentissent également l'action à tel point que l'on peut à juste titre considérer qu'il ne se passe pas grand-chose dans The Tileans Talisman, les péripéties pouvant se résumer ainsi : Siskritt monte à l'étage, prend le talisman, descend et se fait tuer par Gotrek. Sachant que cette nouvelle est vendue trois euros sur le site de la BL, j'ai du mal à considérer que l'acheteur en aurait pour son argent à ce tarif-là.

En définitive, je pense que David Guymer a l'étoffe pour devenir un auteur (skaven) qui compte au sein de l'écurie de la Black Library. La manière dont ce petit gars a su s'approprier l'exercice de style somme toute peu évident que constitue la narration d'une aventure de Gotrek et Felix augure du meilleur pour la suite. À ce titre, il n'est guère surprenant que le premier roman de notre homme, Headtaker, ait été sélectionné dans la shortlist du David Gemmell Morningstar Award 20141.

1 : Le Morningstar Award récompense le meilleur premier roman de fantasy, et si le trophée 2014 a finalement échappé à Guymer, on peut noter que l'édition 2011 a été remportée par Darius Hinks avec Warrior Priest (comme quoi, on peut écrire de mauvaises nouvelles et signer de bons bouquins). En 2010, ce bon vieux Graham McNeill sétait déjà adjugé la récompense suprême (le Legend Award) pour Empire, et était venu chercher sa hache-trophée en kilt et smoking.


Fluff:

  • Nains (culture): Selon David Guymer, les Nains ont un débit de parole caractéristiquement lent par rapport à celui des autres races.
  • Sartosa: La cité pirate est une enclave skaven majeure, ce qui a facilité l'attaque orchestrée par Thanquol sur la ville. Manque de pot pour lui, Gotrek et Felix était, une fois encore, sur place au moment des faits: on peut donc supposer que la tentative s'est soldée par un échec.

 

 

Frank Cavallo (2)

Révélation

 

The Talon of Khorne

Révélation

Hammer & Bolter #20/2012/20 pages

 

Deuxième auteur à faire ses grands débuts dans ce numéro de Hammer & Bolter, Frank Cavallo n’a semble-t-il pas fait de vieux os au sein de la Black Library, sa seule autre contribution recensée étant une pige pour la franchise Gotrek & Felix, Into the Valley of Death. En même temps, se spécialiser dans Fantasy en 2012 n’était sans doute pas le choix le plus heureux avec le recul.

 

Intrigue:

Notre récit s’ouvre par un petit matin frisquet d’automne dans le village de pêcheurs de Volfskul, quelque part sur le littoral de Norsca. Les habitants du lieu commencent à peine leur journée qu’ils se trouvent interrompus par l’arrivée d’une bande de maraudeurs, menée par le Seigneur du Chaos Vhorgath, fléau du Nord (ce qui en ferait de fait plutôt un allié des nations civilisées du Sud) et son second Ruaddon. Notre duo de choc est en effet à la recherche de guerriers dignes de ce nom pour renforcer leur petite armée, et leur Guide du Pillard – Norsca indique clairement que Volfskul est la communauté principale de la farouche tribu Peau de Fer, réputée pour sa férocité et les innombrables exactions qu’elle a commises lors de ses raids sur les terres des nations civilisées.

 

Manque de chance pour nos deux chasseurs de têtes, ils se rendent rapidement compte que le village est vide de tout homme capable manier les armes, comme le confirment rapidement les habitants du cru, guère impressionnés par l’arrivée d’une trentaine de maraudeurs surarmés et animés d’intentions pas vraiment charitables à leur porte (façon de parler, les maîtres d’œuvre locaux n’utilisant que des galets et du guano pour leurs constructions). Ce constat amer est confirmé par la version des Volfskullers, qui apprennent à nos wannabes Archaon que le lancement de la saison du pillage a été très retardé par une épidémie de varicelle, finalement enrayée par un sacrifice massif à ce coquin de Nurgle à la toute fin de l’été. Enfin libres de partir en mer après cette péripétie mineure, les derniers guerriers Peau de Fer ne sont pas encore revenus de leur transat Jacques Vabre au moment de l’arrivée du jury de la Nouvelle Star dans leur patelin. Légitimement déçus par la fin de non-recevoir leur ayant été adressée, Vhorgath et Ruaddon se passent les nerfs en mettant le village à sac, l’ombrageux Seigneur du Chaos n’ayant pas apprécié de se faire violemment clasher par la poissonnière pour sa peine.

 

Alors qu’ils s’apprêtent à repartir des ruines fumantes de Volfskul, les séides de Vhorgath tombent nez à nez avec l’ultime survivante de la tribu, qui s’avère être la fille du skald local. D’abord enclins à passer Assurancetourista au fil de l'épée comme le reste de ses petits copains, les maraudeurs décident finalement de la laisser en vie après qu’elle leur ait proposé de les mener jusqu’à la retraite du légendaire Scyla Anfingrimm, aussi connu sous le nom de Griffe de Khorne, illustre guerrier Peau de Fer s’il en est. Flairant l’opportunité de sauver les meubles en draftant au moins un nouveau suivant digne de ce nom, Vhorgath accepte le deal et ordonne à sa captive de le mener jusqu’au repaire de Scyla. Ce dernier s’étant établi à une journée de marche de ses concitoyens, la prisonnière en profite pour leur conter un épisode marquant de la saga d’Anfingrimm, à savoir la traque de Paul le Poulpe dans la baie des Lames1, malgré l’incrédulité hostile de Ruaddon face à l’awesomeness manifeste de Scyla. Arrivée à bon port, notre petite bande de super vilains paiera le prix fort pour son inculture2, laissant l’ultime survivante des Peaux de Fer libre d’aller exercer ses talents bardiques ailleurs.

 

1 : Vous ne vous êtes jamais comment un aquarium allemand avait récupéré un octopode marqué par Tzeentch en 2008 ? Maintenant vous savez.

2 :

Révélation

Scyla étant, comme chacun sait, un Enfant du Chaos à l’humeur mutine, et par là même assez insensible à la proposition d’embauche faite par un Vhorgath qui aurait mieux fait d’acheter le Livre d’Armée Guerriers du Chaos pour savoir à quoi s’en tenir plutôt que de claquer tout son fric dans un cimeterre enchanté. Morale de l’histoire : le savoir c’est le pouvoir.

 

Avis:

The Talon of Khorne est une petite nouvelle comme je les aime, mettant en lumière un aspect du background canon superficiellement couvert par les Livres d’Armée pour le plus grand plaisir du fanboy de base. Figure chaotique bien connue, Scyla Anfingrimm est un des personnages nommés les plus intéressants de sa faction, sa déchéance finale étant symptomatique de la dangerosité intrinsèque des faveurs des Dieux du Chaos, pour qui la préservation physique et mentale des champions qu’ils récompensent n’est qu’un point de détail. Toutefois, ce n’est pas tant dans le récit de l’affrontement entre Scyla et le kraken de la Baie des Lames que se situe la principale plus-value du texte de Cavallo, mais bien dans sa description de la réalité « sociale » des Norscans.

 

Sempiternellement envisagés sous le seul angle de la bande de maraudeurs ravageant les terres des nations civilisées dans le background, on en oublierait presque que derrière chaque Viking altéré de sang se cache une communauté de non-combattants, faisant de son mieux pour interagir de la manière la plus apaisée possible avec les bandes armées, créatures mutantes et manifestations démoniaques endémiques au Nord du monde.

 

En ce sens, la première partie de la nouvelle, où l’auteur décrit de manière assez crédible la genèse d’une armée chaotique (dont les guerriers ne se reproduisent pas par mitose, n’en déplaise aux plumes de la BL invoquant des centaines de milliers de combattants à chaque incursion dans les terres du Sud), est à mes yeux le meilleur passage de The Talon of Khorne, en ce qu’il dépeint de manière crédible les difficultés rencontrées par chaque chef de guerre au moment de mettre sur pied sa propre horde. De même, le stoïcisme hostile et effronté avec lequel les habitants de Volfskul accueillent l’arrivée d’un Seigneur du Chaos ne m’a pas semblé le moins du monde hors de propos, bien que l’on puisse être à première vue un peu surpris de voir un individu aussi dangereux et ombrageux qu’un Elu des Dieux Sombres se faire vertement rembarrer par la première matrone venue1 (avec des conséquences assez fâcheuses pour nos grandes gueules ceci dit). Cela colle en effet parfaitement avec l’image d’Epinal du fier nordique, exprimant le fond de sa pensée sans aucun détour même lorsqu’il aurait été plus intelligent de ménager la susceptibilité de son interlocuteur. Toujours dans la même veine, la conclusion de la nouvelle, qui voit le terrifiant Scyla se comporter en animal de compagnie protecteur envers la prisonnière de Vhorgath juste avant de réduire ce dernier et son escorte à l’état de protoplasme, est également intéressante, en ce qu’elle « humanise » légèrement l’Enfant du Chaos, qui malgré sa transformation et son exil, reste capable d’éprouver de la loyauté envers les membres de sa tribu (ce qui était d’ailleurs sous-entendu dans la partie background – La Bête de Firjgard – du Livre d’Armée Hordes du Chaos). Bref, merci à Mr Cavallo d’avoir normalisé un tant soit peu les habitants du Nord du Vieux Monde, qui ne diffèrent pas foncièrement de leurs congénères méridionaux dans la vie de tous les jours (on aurait tendance à l’oublier).

 

Seul léger bémol à signaler, le simili twist final venant conclure la nouvelle (Vhorgath et Ruaddon n’étant pas au courant de la déchéance de Scyla avant d’arriver dans son antre), dont on ne sait pas trop s’il était destiné au lecteur (probablement mieux informé que nos héros incultes sur la destinée d’Anfingrimm) ou bien ne concernait que les personnages de l’histoire. Vu le sans-faute réalisé par Cavallo par ailleurs, je pencherais davantage pour la seconde option, qui aurait alors gagné à être mieux mise en contexte afin de ne laisser aucun doute sur les intentions de l’auteur. Mais je pinaille.

 

1 : J’imagine que même Archaon a dû en passer par là au début de son parcours.

Archaon (niveau 5) : Ahem. Bonjour mes amis! Je m’appelle Archaon et je suis à la recherche de courageux guerriers pour intégrer ma garde personnelle, les Epées du Cha-

La grosse Hilda (PNJ) : Archaon, tête de fion ! 

Archaon (niveau 5) : O-ok. Je repasserai plus tard.

…Plus tard…

Archaon (niveau 88) : Nordiques ! Je suis de retour avec la bénédiction des Dieux du Chaos. Mon armée se prépare à noyer le monde dans le sang et le feu. Rejoignez-moi ou périss-

L’énorme Hilda (PNJ) : Ça fait longtemps que tu nous délaisseuh, vas-y Archie montre nous tes f-

Archaon (niveau 88) : Oh putain, c’est pas vrai.

 

Fluff:

  • Guerriers du Chaos (Peaux de Fer): Tribu de Norsca vivant dans le village de Volfskul, réputée pour les raids audacieux qu’elle monte sur les terres des nations civilisées du Sud. Scyla est un guerrier de cette tribu, qu'il a mené jusqu'à devenir un Enfant du Chaos.  Elle a été pratiquement annihilée par une peste contenue par un sacrifice massif de guerriers et de vierges de la tribu à Nurgle, puis par l’attaque de Volfskul par la bande du seigneur du Chaos Vhorgath.
  • Scyla Anfingrimm: Chef de guerre des Peaux de Fer, champion de Khorne. Ses nombreux hauts faits martiaux, dont la traque du kraken géant de la baie des Lames, décrite en détail dans la nouvelle, lui ont valu une ribambelle de récompenses de la part du Dieu du Sang. Il s’est transformé en Enfant du Chaos après la victoire contre les Cannibales du sous-monde, et s'est depuis retiré dans une caverne à proximité de son village natal de Volfskul.

 

Leechlord

Révélation

Hammer & Bolter #22/2012/20 pages

 

Intrigue:

Chargée par le comte de l’Ostland, Valmir von Raukov, de trouver et d’annihiler l’armée responsable de la destruction du village de Salkalten, une petite force de soldats impériaux est embusquée et massacrée par une horde de skavens en maraude. Seul survivant de la catastrophe, le chevalier Jürgen von Sturm se réveille au milieu des cadavres de ses frères d’armes, sérieusement blessé et à moitié délirant de fièvre, conséquence de l’estafilade récoltée de la patte d’un skaven au cours d’une précédente ratonnade (c’est le cas de le dire). Malheureusement pour notre héros, son calvaire n’est pas passé inaperçu, et Festus en personne débarque afin de prodiguer ses bon soins au guerrier agonisant. Il serait en effet dommage de laisser se perdre l’immense potentiel de von Sturm, dont la résistance à la maladie fait un incubateur rêvé pour la dernière création de l’onctueux oncologue.

 

Retrouvé en train d’errer dans la Forêt des Ombres après avoir été vacciné contre la leptospirose par son nouveau médecin de famille (Hey, lui demande même comment vont ses enfants ! Dommage qu’ils soient morts), Jurgen parviendra-t-il à prévenir ses sauveteurs du terrible danger qu’ils courent à le ramener chez eux, ou se noiera-t-il dans ses glaires avant de parvenir à bon port ?

 

Avis:

Cavallo signe avec Leechlord une petite nouvelle sympa, mais moins aboutie à mes yeux que sa précédente soumission pour Hammer & Bolter (The Talon of Khorne). En cause, l’absence de plus-value fluffique du texte, qui se « contente » de décrire le Mengele Nordlander faire mumuse avec les humeurs d’un brave chevalier impérial qui aurait bien aimé qu’on le laisse râler en paix. Là où The Talon of Khorne brillait par sa description de la vie et de la mentalité propres aux habitants de Norsca, toujours prêts à défendre leur place dans la queue à la boulangerie jusqu’à la mort, même (surtout) si un Ogre du Chaos décide de leur griller la politesse et de prendre la dernière Tradition pas trop cuite de la fournée du matin, Leechlord n’apporte pas grand-chose de comparable, se contentant de nommer un ordre de chevalerie impérial (encore un) et un neveu de von Raukov.

 

Le personnage de Festus pâtit également du service minimum effectué par Frank Cavallo, l’affable praticien collant parfaitement à l’image donnée de lui dans le Livre d’Armée Guerriers du Chaos, mais ne gagnant pas en profondeur pour autant. En bon personnage de Nurgle qui se respecte, Herr Egel se montre jovial et prolixe, mais il lui manque un petit quelque chose pour se démarquer du stéréotype du savant fou duquel il n’est que la déclinaison dans le monde de Warhammer. À titre personnel, j’aurais trouvé opportun de le doter d’une compassion dévoyée (c’est d’ailleurs son altruisme qui l’a damné en premier lieu), option que Cavallo semble d’ailleurs jauger à un moment du récit, lorsque von Sturm espère encore qu’en dépit de son apparence peu engageante et de sa réputation de croquemitaine, Festus va vraiment le remettre sur pied; aurait apporté un supplément de personnalité au petit nouveau de la Chaos Academy. Ca et/ou forcer sur son approche résolument anti-spéciste de la création. Aymeric Caron, sort de ce corps.

 

Bref, une soumission passe-partout et loin d’être honteuse de l’ami Cavallo, mais qui aurait sans doute pu (et donc du) être supérieure. C’est pas beau se reposer sur ses acquis Frank.  

 

1 : Ce qu’il fait au final d’ailleurs, et c’est d’autant plus remarquable que son patient souffrait alors d’une double fracture du fémur, conséquence d’une roulade à cheval mal négociée.

 

Fluff:

  • Empire (Ordre de Chevalerie): La Garde de l'Aigle Noir (Black Eagle Guard) est un ordre de chevalerie d'élite basé en Ostland. Supposé annihilé lors d'un accrochage avec une force skavens dans la Forêt des Ombres. Son dernier Grand Maître connu était un neveu de Valmir von Raukov (jamais au dessus d'un peu de népotisme), Ludwig Ehrenhof.
  • Skavens (armement): Les armes empoisonnées du clan Pestilens sont recouvertes de salive porteuse du bacille de la peste.

 

 

Gavin Thorpe (4)

Révélation


Birth of a Legend

Révélation

Realm of Chaos/2000/18 pages


Intrigue:
Birth of a Legend relate un épisode central du background de Warhammer, à savoir le sauvetage du Haut Roi Kurgan par une cohorte d’Unberogens en vadrouille.

Capturé par le Big Boss Vagraz Head Stomper alors qu’il se rendait dans les Montagnes Grises pour un tournoi de belote, notre pauvre nain est sur le point de finir dans la marmite des peaux vertes lorsque ses ravisseurs se font soudainement attaquer par une bande d’humains hirsutes menés par un adolescent très énervé. Ce dernier, bien aidé par le marteau que lui prête obligeamment son nouveau pote barbu, renverse le cours de la bataille en concassant le crâne de Vagraz d’un revers à une main (long de ligne)1. La nouvelle se termine par une présentation en règle des nouveaux BFF, le sauveur providentiel n’étant nul autre que

Révélation

Laurent Delahousse2.



1 : Punk jusqu’au bout, le Big Boss envoie un bon gros fuck des familles à Sigmar juste avant que ce dernier ne l’achève. That’s the spirit.
2 : Bon, ok, en fait c’était ΣR. Il n’y a que Gav pour ménager de telles « surprises » à ses lecteurs.


Avis:
Dix ans avant le lancement de la collection Time of Legends, Gavin Thorpe se paie donc le luxe de mettre en scène un évènement qui n’était jusqu’alors couvert que dans la partie fluff des livres d’armées de Warhammer. Et force est de reconnaître qu’il s’en tire plutôt honorablement (bien mieux en tout cas que pour Aenarion, methinks), sa version de ce passage marquant de la geste Sigmarienne s’inscrivant dans la droite ligne de ce qu’on savait déjà du personnage, et permettant au fluffiste sommeillant dans chaque lecteur de la BL de grappiller quelques détails supplémentaires sur la vie du Musclor de GW. Je ne suis pas loin de penser que Gav n’est jamais aussi bon que lorsqu’il donne dans le background romancé (surtout quand il y a du nain dedans) plutôt que dans la pure fiction. En fait, je le pense vraiment.

Fluff:

  • Les orques sont peut-être des brutes, mais ils ont assez de jugeote pour savoir jouer aux dés (ce qui suppose de savoir compter – au moins jusqu’à 6 – ).
  • La bière naine peut fermenter pendant des siècles (cinq cent ans de maturation pour la cuvée que Kurgan transportait avec lui pour sa soirée dans les Montagnes Grises). On notera tout de même que la qualité du breuvage n’est pas toujours fonction de sa durée de maturation : la fameuse XXXXXX de Bugman par exemple était un millésime relativement jeune.
  • Sigmar était surnommé Œil (ou Regard) d’Acier (Steel Eye) par les membres de sa tribu. Ce nom lui a été donné après qu’il ait fait fuir un ours d’un seul regard.
  • Unberogens : portent des braies colorées et des nattes, se peignent le visage lorsqu’ils vont au combat. Leur armement (avant qu’ils ne bénéficient de l’aide des nains) comprend des épées, des couteaux de chasse et des arcs de corne.
  • Vagraz Head Stomper : Big Boss orque noir ayant capturé Kurgan lors de son voyage vers les Montagnes Grises. Il maniait une hache magique nommée Throat Bitter et une cuirasse enchantée (non nommée), ce qui ne l’a pas empêché de se faire ratatiner par un Sigmar d’à peine 15 ans. Noob.


The Faithful Servant

Révélation

Realm of Chaos/2000/18 pages

 

Intrigue:
Au sortir d’une bataille perdue par l’Empire contre une armée chaotique dans le nord du Kislev, le prêtre guerrier Markus revient à lui dans un champ de cadavres. Piégé sous la dépouille de sa monture, il ne peut se dérober lorsqu’un guerrier des puissances noires se présente devant lui. À sa grande surprise, son ennemi ne semble pas tant être intéressé par sa vie que son âme, ses sombres maîtres lui ayant promis l’immortalité en échange de la corruption d’un certain nombre d’individus vertueux. Markus pourrait être la dernière victime d’Estebar, le maître du massacre, dont l’ost se débanderait après l’élévation de son général au rang de Prince Démon, épargnant ainsi les vies de milliers d’innocents. Mais notre héros est-il prêt à consentir au sacrifice ultime pour préserver ses compatriotes des ravages des hordes du Chaos ?

Avis:
La damnation et les chemins, souvent détournés et pavés de bonnes intentions, qui y mènent, font partie des thèmes de prédilection de Gav Thorpe, qui a consacré au sujet sa première trilogie en tant qu’auteur de la Black Library (Slaves to Darkness). The Faithful Servant, publié quelques années avant ces romans, peut donc être considéré comme un galop d’essai de la part du Gav. On retrouve ainsi dans cette nouvelle un héros placé face à un choix cornélien, dont les répercussions ne manqueront pas d’ébranler le Vieux Monde (c’est du Thorpe après tout).

Construit exclusivement comme « écrin narratif » à sa question centrale, The Faithful Servant tient davantage du conte philosophique (même si une telle appellation est un peu galvaudée par son enrobage med-fan) que de la nouvelle de sword and sorcery classique, et ce n’est pas plus mal. Sans s’avérer particulièrement mémorable ni éloquent, le débat opposant Markus à Estebar se révèle être assez plaisant à lire. En choisissant de conclure son propos avant que le prêtre guerrier n’ait fait son choix, Thorpe gratifie de plus sa nouvelle d’une conclusion, que dis-je, d’une ouverture, d’une élégante sobriété (pour changer).

Si elle s’adresse en premier chef aux lecteurs récemment initiés au background de Warhammer (les vétérans n’y trouvant rien que de déjà très connu d’eux), The Faithful Servant est sans doute l’une des meilleures soumissions de Gavin Thorpe.


Fluff:

  • Les charognards évitent les dépouilles des Guerriers du Chaos et des Hommes-Bêtes. La corruption n’est pas biodégradable !
  • Les Hommes-Bêtes ne peuvent pas pénétrer dans l’enceinte d’un temple de Sigmar consacré. Il serait temps que le degré de protection divine accordé aux lieux saints soit clairement établi, car cela varie considérablement entre les auteurs de la BL.
  • Il suffirait de posséder un symbole d’allégeance au Chaos sur soi pour que les chiens de Khorne vous laissent en paix. C’est en tout ce que déclare Estebar à Markus avant de lui laisser son épée pour qu’il puisse se libérer du cadavre de son cheval. Outre le fait que le guerrier du Chaos a un intérêt personnel à convaincre son interlocuteur de la véracité de ce qu’il déclare (il suffit que Markus saisisse son arme pour qu’il débloque son ultime), ce qui me pousse à relativiser la fiabilité de cette information, je vois mal pourquoi les serviteurs bestiaux du Dieu du Sang seraient repoussés par une simple étoile à huit branches ou une petite mutation de rien du tout. Cela va en tout cas à l’encontre d’autres sources de background, dans lesquelles les Chiens de Khorne sont décrits comme des prédateurs décérébrés, dangereux même pour leur propre camp.

 

The Dark Path

Révélation

Hammer & Bolter #2/2010/15 pages

 

C'est officiel, Gavin est maintenant devenu un elfidolâtre (ce qui constitue une déchéance totale pour lui, qui ne jurait que par les nains quand il était encore "le mec contre qui sont testées les nouvelles armées pour prouver à quel point elles retournent ta grand-mère" du White Dwarf). C'est bizarre d'ailleurs, puisque lors de sa période Dawi, il était glabre, mince et avec des cheveux longs (nom de code à Karaz A Karak : Thorgav Lorealson) et que maintenant qu'il préfère jouer de la harpe dans la forêt que se dialyser à la bière, il s'est coupé les cheveux, fortement empâté et porte la barbe (nom de code à Lothern : Gahorvin Ami des Sangliers)... Mais bref, passons à l'histoire proprement dite.

Intrigue:
Pour faire court sans spolier plus que nécessaire, des fois que certain(e)s aient envie de lire la nouvelle, cette dernière suit les relations difficiles qu'entretiennent un grand-père et son petit-fils, sur fond de guerre civile avec les Elfes Noirs (ça se passe sous le règne de Caledor Zefeurst).

Avis:
Présenté sous cet angle, ça en devient presque intéressant non? On en vient à espérer une exploration subtile de la psyché elfique, une réflexion un brin articulée sur le paradoxe d'être quasi immortel mais de voir la nouvelle génération pousser derrière pour prendre la place, une tentative de décrire autre chose que les "actions-tellement-importantes-qu'elles-changeront-la face-du monde-pour-les-millénaires-à-venir" d'êtres "tellement-nobles-mais-tellement-torturés-par-le-poids-de-leurs-responsabilités-que-choisir-entre des-pâtes-ou-du-riz-à-midi-risque-de-provoquer-la-fin-de-la-civilisation-elfique"... Oui mais non, parce que c'est Gawin qui raconte, et que les histoires où la survie de l'univers n'est pas en jeu, ça l'intéresse pas Gawin (en même temps, quand on écrit des romans sur Aenarion et Malekith, alias Roxortarace & Fils, c'est dur de rester simple).

Bref, la nouvelle suit les relations difficiles qu'entretiennent un grand-père et son petit-fils, sur fond de guerre civile avec les Elfes Noirs, sauf que le grand-père en question est le plus puissant mage de Saphery (donc d'Ulthuan, donc du monde) et que le petit-fils est son élève le plus prometteur. À partir de là, il suffit de dire que le petit-fils en question a tendance à flirter avec le côté obscur de la magie plutôt qu'à demander un pégase pour ses 80 ans (comme les jeunes de son âge quoi), et tout s'enchaîne avec une sérénité pachydermique, que Gav essaie tant bien que mal de nous refourguer sous l'étiquette du TGCEDE ("ta gueule, c'est des elfes", sous-entendu : c'est normal qu'ils en fassent des caisses). Voilà pour le fond.

La forme, par contre, est agréable. On peut penser ce qu'on veut des talents de scénariste de Thorpe, mais le bonhomme n'en est pas à sa première histoire et il connaît bien son sujet (il a été "Maître du Background" après tout). De plus, les hauts elfes avec leur lourd passif de "grandeur, noblesse et fatalité", correspondent bien au style rococo de Gawin, ce qui aide à faire passer la pilule. On continue donc à lire jusqu'au bout sans céder totalement à l'ennui, en attendant patiemment la conclusion inévitable de la nouvelle. Il est à noter que même le (minuscule) switch final est annoncé à grands coups de clairons par Mr Thorpe au cours du récit (pour être plus explicite que ça, il aurait fallu qu'il souligne), ce qui enlève la moindre petite surprise, non seulement au dénouement de "l'intrigue" (on sait qui va gagner) mais également à l'ultime péripétie (on sait comment le gagnant va gagner).
Au final, une nouvelle fast food : c'est bon au goût mais dépêche toi de manger avant que ça refroidisse et ne pose pas de questions sur la composition.


Fluff:

  • Haute Magie: Un des premiers sorts que les étudiants de Saphery apprennent est la Conjuration de la Flamme d'Emendeil (Emendeil's Flame). Ça ne sert à rien à part faire un peu de lumière.
  • Saphery: Selon le prince Thyriol (souverain de Saphery, pote d'Aenarion, dernier membre survivant du Premier Conseil et accessoirement plus grand mage d'Ulthuan), seule une douzaine de mages de Saphery serait de taille à se confronter aux sorcières Druchii sur le champ de bataille.

 

Aenarion

Révélation

Hammer & Bolter #12/2011/22 pages


Les penchants pour le grandiose du sieur Thorpe en matière de littérature sont aujourd'hui bien connus. Si cette capacité à auréoler de grandeur la moindre action d'un personnage est appréciable lorsque ce dernier est effectivement un être d'exception, elle peut cependant vite prêter à rire dès lors qu'elle n'est plus équilibrée par une salutaire sobriété à un moment ou à un autre. Lorsque le héros de l'histoire s'appelle Aenarion, premier Roi-Phénix et probablement le mortel le plus puissant à avoir jamais foulé le monde de Warhammer, que les side kicks répondent aux noms d'Idraugnir, Caledor ou Eoloran (roi des Anars, elfe liiiiiiiiiibre), et que Gavin Thorpe est aux commandes, on est en droit à s'attendre à un résultat tenant plus de la chanson de geste médiévale que de la nouvelle d'heroic fantasy. Chose promise, chose due : prépare-toi lecteur à une édifiante leçon de vie, qui élèvera ton âme misérable à un niveau insoupçonné.

Intrigue:
Tout commence par quelques paragraphes qui n'auraient pas dépareillés dans la section background du dernier Livre d'Armée Hauts-Elfes, Thorpe retraçant rapidement de sa prose emphatique l'origine de la guerre entre les démons et les Zoneilles. Cette introduction se termine sur un avertissement sans frais : ce qui suit n'est rien moins que le moment le plus important de cette guerre, et donc de l'histoire de Warhammer, et donc de l'histoire de Games Workshop, et donc de l'histoire de l'Angleterre, et donc de l'histoire du monde. Il n'est pas trop tard pour faire demi-tour, lecteur impudent.

Nous voilà donc à la gorge de Caethrin, pas loin de la forge de Vaul. Une armée elfique est réunie pour faire ce qu'elle fait depuis une bonne centaine d'années : poutrer du démon. Particularité de l'ost d'Ulthuan, il ne semble n'être composé que de nobles et de princes, chacun stuffé comme un Sud-Coréen sur World of Warcraft. La horde démoniaque compense par un écrasant avantage numérique, qui, on s'en doute, ne va pas peser lourd face à l'awesomeness généralisée de ses adversaires. Et en effet, la bataille qui s'ensuit tient plus du massacre de bébés phoques sur la banquise arctique que de l'affrontement équilibré. Caledor invoque des Soleils Violets apocalyptiques sur 2+ relançables, Eoloran brandit une version upgradée de la Bannière du Dragon Monde (tous les démons dans un rayon de 50 pas se prennent 15D6 touches de force 19), Idraugnir carbonise des centaines d'adversaires à chaque attaque de souffle, la moindre flèche elfique se révèle être une grenade vortex et tout le monde a le coup fatal héroïque. Et Aenarion, me demandez-vous ? Eh bien, mes amis, Aenarion se fait chier, car il ne trouve pas le plus petit démon majeur à se mettre sous la dent.

D'ailleurs, cette absence lui semble assez suspecte, et il en fait part à ses conseillers lors du traditionnel pot d'après bataille (laquelle se termine sur le score sans appel de 865.942 à 0 pour les locaux1). Caledor en profite pour remettre sur le tapis une discussion qui traîne depuis un petit siècle, la création d'un vortex qui permettrait de se débarrasser une fois pour toutes des démons. Ce à quoi Aenarion répond que, minute papillon, t'es pas un peu fada de vouloir bannir la magie d'Ulthuan, étant donné que sans ça, on se serait fait exploser dans les grandes largeurs depuis belle lurette ? Et Caledor de contrer en disant que c'est le seul moyen de régler le problème définitivement, puisque les démons respawnent avec une régularité de mob dans une zone de didacticiel. Non franchement, sauf ton respect mon roi, tu me donnes le feu vert et je te concocte un enchantement aux petits oignons en deux temps, trois mouvements2. Ces agréables mondanités sont brutalement interrompues par l'arrivée d'un messager, qui vient confirmer le pressentiment d'Aenarion : l'armée écrasée par les Elfes dans la journée n'était qu'une diversion, le véritable objectif des démons était Averlorn, qui a été ravagé par les rejetons du Warp. Plus grave, toute la smala du Roi Phénix est supposée avoir péri dans la catastrophe, ce qui plonge l'auguste souverain dans le désespoir et le lecteur dans l'incompréhension.

De deux choses l'une : puisqu'Ulthuan est saturée de magie et que les démons sont libres de se matérialiser où bon leur semble (et sous-entendu que les Elfes soient au courant de ce point de détail, ce qui devrait être le cas étant donné que Caledor n'est rien de moins que le plus grand mage Elfe de tous les temps), soit Aenarion a commis une erreur stratégique impardonnable en prenant toute son armée avec lui et en laissant le reste du territoire à la merci des démons (auquel cas, bien fait pour sa tronche), soit il existait jusqu'à récemment une règle de fair play implicite entre les belligérants, stipulant qu'on avait pas le droit de s'en prendre aux villes non défendues (ce qui serait chevaleresque de la part des démons). Quoi qu'il en soit, Aenarion pète une durite, fracasse son trône, déchire sa bannière3, se met une coquille duf de dragon sur la tête et s'en va en hurlant que vraiment, c'est trop injuuuuuste et puisque c'est comme ça, il va aller chercher l'Epée de Khaine sur l'Île Blafarde et devenir Smaug (« I will become Death »). Ses conseillers tentent de lui faire comprendre que c'est peut-être pas la meilleure idée qu'il ait eu, Caledor se fendant même d'un petit poème prophétique en vers de huit pieds pour l'occasion. Las, Aenarion enfourche Idraugnir et part pour le Nord, à la rencontre de son funeste destin !

C'est à partir de ce moment que la nouvelle bascule dans une autre dimension, Thorpe reprenant les codes de l'épopée mythique pour terminer son récit. Exemple gratuit : pendant son voyage, Aenarion est abordé à quatre reprises par des démons lui conseillant de faire demi-tour (c'est sûr que quand les responsables de la mort de toute ta famille viennent te voir pour te supplier de ne pas faire quelque chose, tu te dépêches de leur obéir), ce qui donne lieu au même dialogue répété et légèrement adapté quatre fois de suite. Après avoir essuyé une tempête, frôlé la noyade et rembarré le fantôme de sa femme, Aenarion atteint enfin son objectif et extrait la Faiseuse de Veuves de sa gangue de pierre. Et Gav Thorpe d'achever son uvre par le genre de petite phrase satisfaite dont il a souvent l'usage : « Le sort des Elfes venait d'être scellé. »

Fin.

1 : Oui, vous avez bien lu, les démons n'ont tué aucun Elfe. Qui a dit que leur Livre d'Armée était fumé ?
2 : Je vulgarise le propos, le dialogue original étant autrement plus chiadé que ma misérable prose. N'est pas Gav Thorpe qui veut.
3 : Oui, celle qui dissout les démons à cinq cent mètres à la ronde. Heureusement qu'Aenarion n'était qu'un sale gosse incapable de gérer la contrariété, sinon Warhammer aurait été encore plus déséquilibré qu'il ne l'est aujourd'hui.


Avis:
Une overdose de grandiloquence qui ne réconciliera certainement pas les Elfes avec ceux qui les trouvaient déjà pompeux et vains, et risque au contraire de faire sensiblement progresser la proportion des elfophobes parmi les lecteurs de la BL. À réserver à un public averti, ou avide de voir jusqu'à quel niveau Mr Thorpe peut élever son emphase. Ceux-là ne seront certes pas déçus.

Fluff:

  • Hauts Elfes (armée): Un ordre distinct, les Hérauts Corbeaux (Raven Herald), était chargé de pister les incursions démoniaques à l'intérieur d'Ulthuan. Ces guerriers tiraient leur nom de leur livrée noire, agrémentée d'une cape de plumes de corbeau. Ils chevauchaient des Grands Aigles afin de suivre leurs proies à la trace et alerter rapidement les armées elfiques de leur présence.
  • Faiseur de Veuves: Connue sous une multitude de noms, dont Tueur de Dieu (Godslayer), Fin des Mondes (Doom of Worlds), Lance de Vengeance (Spear of Vengeance), Éclat de Mort (Deathshard), Croc de Glace (Icefang) et Corrupteur de Paradis (Heavenblight), son véritable nom demeure toutefois l'Epée de Khaine (Sword of Khaine). Disposée sur un autel ruisselant de sang sur l'Île Blafarde, cette arme plonge quiconque la contemple dans un univers de carnage éternel. Elle n'a pas de forme définie, et prend celle la plus évocatrice à son porteur: Aenarion hérite ainsi d'une longue épée à la lame noire gravée de symboles rouges de mort et de sang, dont la garde figure la rune de Khaine.

 

 

Edited by Schattra
Ajout des critiques des nouvelles d'Ignorant Armies

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Graeme Lyon (2)

Révélation

Après des débuts lapidaires (The Hunter et ses 4 pages) dans Hammer & Bolter, Graeme Lyon a petit à petit étoffé sa bibliographie BL-esque, avec une tendance notable et notée à se tourner vers le monde impitoyable du Blood Bowl (Mazlocke's Cantrip of Superior Substitution, Dismember the Titans). Autre contribution à la grande histoire du Monde qui Fut, Bride of Khaine, ou les relations pas toujours simple d’un couple à forte différence d’âge (le fait qu’il s’agisse de la Fin de Temps ne facilitant rien non plus).

 

The Hunter

Révélation

Hammer and Bolter #23/2012/4 pages

 

Intrigue:

Du haut de ses quatre pages, The Hunter convie le lecteur à une traque écrite à la première personne dans l’atmosphère oppressante d’une forêt du Vieux Monde. Lancé sur la piste d’un groupe d’intrus ayant pénétré sur ses terres, le Chasseur devra mettre à profit toute sa science et son habileté pour espérer triompher de ce combat inégal.

 

Révélation

Lyon conclut son propos par un twist final assez bien amené (le Chasseur est un Homme-Bête, et ses proies sont des humains, alors que les descriptions des uns et des autres laissaient jusque-là présager du contraire), ce qui fait de The Hunter une des rares nouvelles écrites du point de vue d’un représentant d’une race « non-civilisée ».

 

Avis:

Ca se laisse lire1.

 

1 : 4 mots pour 4 pages, je n'allais pas me fendre d'un commentaire comparé non plus, hé.

 

Fluff:

Rien à signaler.

 

Dismember the Titans

  Masquer le contenu

Inferno! #3/2019/17 pages

 

Intrigue:

La saison prometteuse des Talabheim Titans se retrouve perturbée par des événements extra-sportifs impactant fortement la vie de l’équipe : une série de meurtres passablement gore (éventrement et amputations, ça commence à sentir l’acharnement) décime les joueurs de la franchise, sans que les autorités locales ne s’en émeuvent1. Par chance pour les Titans, leur duo de choc, la blitzeu…se (?) Juliana Tainer et le receveur Johann Walsh, prennent sur eux de mener l’enquête, épaulé dans cette lourde tâche par le nouvel apothicaire de l’équipe, l’excentrique, vaguement inquiétant et passablement obsédé par la nécromancie Dr Werner von Blaustein (un brave type). Ce dernier, après avoir examiné la dépouille mortelle de la plus récente victime du DéventramembreurTM, aiguille nos héros sur la piste d’un spécialiste de l’anatomie (comme lui), maniant des instruments très tranchants (comme les siens). Percevant la sagesse du raisonnement du bon docteur, J&J épluchent le courrier des fans à la recherche de récriminations particulièrement véhémentes, qui pourraient indiquer l’identité du tueur. Et, coup de bol, ils trouvent effectivement un suspect intéressant en la personne d’un barbier atrabilaire et très remonté, pour des motifs nébuleux, contre les Titans.

 

Ayant décidé de la jouer discrètement, les détectives en herbe astrogranite passent la nuit en planque devant l’échoppe de leur détracteur, mais s’endorment comme des masses avant de n’avoir décelé quoi que ce soit de compromettant, non sans avoir mis au point un système de commandes par tapotage de casque interposé, ce qui est toujours utile dans ce type de profession. Le coach ne leur ayant pas laissé toute la journée, Juliana et Johann décident à leur réveil de précipiter les choses en rendant une visite de courtoisie à l’aimable praticien, pour découvrir que lui aussi s’est fait décarcasser par l’insaisissable assassin. Comble de déveine, ce dernier a laissé derrière lui un trio de Zombies patchwork, composé de membres cousus ensemble, ce qui permet à nos héros de comprendre pourquoi les victimes précédentes ont été retrouvées fortement diminuées (c’est du kit bashing organique, au final). Une course déterminée, une passe longue réussie, et une lanterne pleine d’huile fracassée plus tard, J&J sortent de la boutique en feu de feu leur principal suspect, et retournent au bercail pour débriefer le reste de l’équipe.

 

Révélation

Sur place, ils ont le déplaisir d’être accueillis par la nouvelle d’un autre décès dans l’équipe, signe que leur persécuteur n’a pas chômé ces derniers temps. Invités par von Blaustein à une réunion de travail dans son bureau, ils finissent par comprendre, suite à une remarque compromettante glissée par leur médecin traitant au cours de la discussion, que ce dernier est derrière cette sanglante série. Ayant eu la mauvaise idée d’accepter le thé préparé par l’apothicaire, ils sombrent cependant dans une inconscience malvenue avant d’avoir pu agir. Nos héros reviennent à eux dans la cave de la maison familiale de von Blaustein, qui a la bonté d’expliquer ses motivations avant de commencer ses sinistres opérations : fan éperdu des Titans, le jeune vB ne voulait rien tant que de rejoindre l’équipe, ce que ses faibles capacités physiques l’ont empêché de faire. Humilié par cette mésaventure, il jura de provoquer la perte de la franchise, puis de remplacer cette dernière par une équipe de cadavres réanimés, composés à partir des meilleurs morceaux des Titans. Quelques années plus tard, après avoir été diplômé en nécromancie à l’université de Sylvanie, il revint dans sa ville natale pour mettre à exécution son plan machiavélique. Le plaisir coupable du monologue satisfait de grand méchant coûtera cependant cher – comme d’habitude – à Scalpelator, puisque Johann trouvera le moyen de se délivrer de l’étreinte ferme mais faillible du Zombie le maintenant au sol avant que sa laparotomie ne débute. Une fois de retour sur leurs appuis, la puissance et l’expérience supérieurs des titulaires viendra sans problème à bout des malhabiles gesticulations de leurs remplaçants, l’action se terminant de façon péremptoire par une inflammation généralisée de l’équipe zombie, coach compris. L’illustration même de l’importance de maîtriser les fondamentaux dans les sports collectifs.

 

1 : À Blood Bowl comme dans la vraie vie, la lutte des classes entre sportifs professionnels grassement payés et classes laborieuses exploitées empoisonne les relations entre les uns et les autres.

 

Avis:

Il m’est venu à l’esprit en écrivant cette chronique que la plupart, si ce n’est tous, des prochaines nouvelles publiées par la BL et se déroulant dans l’univers de Fantasy Battle auraient pour cadre un match de Blood Bowl, pour la simple et bonne raison qu’il s’agit de la dernière franchise vivante prenant place dans le Monde que Fut. Raison de plus pour espérer que la qualité soit au rendez-vous, ce qui est plutôt le cas de Dismember the Titans. En 17 pages, ce qui est court, Lyon trousse en effet une petite enquête policière dans le monde impitoyable du sport professionnel de WFB, répondant à toutes les exigences du cahier des charges de ce type de publication, (micro) twist final inclus. Certes, la nécessité de garder le propos dans les limites fixées n’a pas permis à notre homme de perdre le lecteur dans un dédale de fausses pistes, et l’identité du meurtrier n’est donc pas longtemps sujette à discussion, mais on ne peut enlever à Lyon qu’il a fait le job de manière tout à fait satisfaisante, et est même allé au delà de l’acceptable, en prenant le temps d’intégrer un set-up utile au dénouement de l’intrigue au détour d’un paragraphe. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais nombre d’auteurs de la BL auraient donné dans le TGCM/WIJH pour justifier le revirement de situation final, et il convient donc de distribuer un bon point à Lyon pour son application sur ce sujet.

 

En revanche, et malgré le fait que je reconnaisse pleinement le caractère humoristique et fantaisiste de Blood Bowl, j’ai trouvé que l’auteur avait forcé le trait a bien des endroits, enterrant définitivement tout espoir de faire cohabiter BB et WFB de manière cohérente, ce qui aurait – à mon avis – pu se faire avec un peu plus d’attention. L’exemple de l’émission télé (ou Cabalvision) de Zavant Konniger (voir Fluff) est ainsi révélateur d’un parti pris parodique poussé à l’extrême, et qui creuse un fossé infranchissable entre Fantasy Battle et Blood Bowl, le second ne pouvant prendre place que dans un univers alternatif du premier. À titre personnel, j’aurais aimé que Lyon mette la pédale douce sur les clins d’œil entendus à notre propre monde (les chaussures Orcidas et les spamburgers McMurty’s en tête), et cherche à intégrer de façon crédible ce noble sport au monde de Warhammer, comme Sandy Mitchell a réussi à faire de Ciaphas Cain une figure originale, mais crédible, de 40K. Rendez-vous au prochain quart temps pour voir si ce vœu pieux a été entendu.

 

Fluff:

  • Blood Bowl (caractéristiques) : Les équipes peuvent être mixtes, même s’il s’agit d’une situation exceptionnelle. Les matchs se jouent sur des terrains en astrogranite.
  • Blood Bowl (franchises nommées) : Les Titans de Talabheim, dont les couleurs sont l’écarlate et le blanc. Rivaux des Taleutens du Talabec, l’autre franchise locale. Le stade de Talabheim est le Light’s Hope Stadium. Autres équipes nommées : les Graisseurs de Nuln (Nuln Oilers) et les Pirates de Barak Varr.
  • Parafluff : Les joueurs de Blood Bowl peuvent voyager librement à travers le globe pour rejoindre leurs franchises, jusqu’à traverser l’océan pour aller en Lustrie. Les matchs sont retransmis sur filmés par des 'camra wizards', et retransmis sur Cabalvision. Cette chaîne propose également des émissions de divertissements, comme Konniger’s Mystery Hour, l’équivalent des Histoires Extrordinaires avec Zavant Konniger dans le rôle de Pierre Bellemare. Le monde de Blood Bowl compte ses chaînes de fast food (McMurty’s, qui vend des spamburgers) et ses équipemetiers sportifs (Orcidas).

 

 

Graham McNeill (3)

Révélation

Collaborateur historique de Games Workshop avant d’embrasser une carrière d’auteur professionnel avec un certain succès, Graham McNeill a été un contributeur important de la Black Library depuis le lancement de cette dernière, avec une préférence marquée pour le camp des gentils. Pour Warhammer Fantasy Battle, il a notamment écrit la saga The Legend of Sigmar et The Ambassador Chronicles (Empire), The Defenders of Ulthuan et Sons of Ellyrion (Hauts Elfes), Guardians of the Forest (Elfes Sylvains et Bretonniens), ainsi qu’un boisseau de nouvelles.


Kinstrife

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/50 pages

La publication de Kinstrife, nouvelle star du recueil The Cold Hand of Betrayal, fait suite à celle du premier roman « elfique » de Graham McNeill, Guardians of the Forest. Voulant sans doute capitaliser sur le succès de cet opus, les pontes de la BL ont donc commandé un texte mettant aux prises les deux autres factions d'oreilles pointues du bestiaire de Warhammer (les Hauts Elfes et les Elfes Noirs, pour ceux ne se doutant pas qu'un bouquin dont le titre contient le mot forêt puisse traiter d'autre chose que d'Elfes Sylvains).

Intrigue:
Kinstrife propose au lecteur de suivre la quête vengeresse de deux frères Asurs, Eldain et Caelis, jusqu'aux chantiers navals de Clar Karond. Il s'agit en effet pour nos frangins de faire payer aux servants du Roi Sorcier la mort de leur paternel, décédé des suites de la consommation d'un œuf de sang-froid avarié d'une blessure infligée par un assassin Druchii. McNeill intercale dans la narration de la conduite de cette expédition punitive quelques flashbacks venant expliquer pourquoi Eldain ne peut pas blairer son petit frère, coupable entre autres de lui avoir volé sa promise à la faveur d'un trek romantique interrompu par un trio d’Ombres en goguette, tandis que lui suait sang et eau pour faire rouler l'affaire familiale. Ajoutez à cela le fait que Caelis pique dans la caisse pour financer ses virées shopping chez Abercrombie avec ses potes de Lothern, et vous comprendrez pourquoi les relations entre nos deux loustics sont assez tendues. Cette rivalité latente empêchera-t-elle les Hauts Elfes de mener à bien leur mission ?

Avis:
Sur ce canevas somme toute assez classique, McNeill arrive à trousser une nouvelle correcte et assez rythmée, en particulier pendant l’attaque sur les docks de Clar Karond. Si les passages en flashback se révèlent globalement moins bons que les autres, surtout parce qu'ils sont majoritairement consacrés à la description du triangle amoureux Eldain-Rhianna-Caelis, je reconnais qu'ils permettent à l'histoire de conserver un peu de suspense jusqu'au bout, l'auteur prenant bien soin de distiller ses révélations avec un talent consommé.

Cependant, la plus grande réussite de McNeill dans Kinstrife (dont le titre, qui peut être traduit comme « combat familial » ou plus élégamment « une affaire de famille », révèle en partie l'issue) reste à mon sens le doute qu'il laisse planer quant à l'identité du frère qui va le premier trahir l'autre, en multipliant les indices de duplicité potentielle pour les deux partis en présence. Dans un sens, Kinstrife peut donc être rapproché de Three Knights, autre nouvelle de McNeill où l'ennemi n'est pas forcément celui que l'on croit. Même si la seconde surpasse la première à mes yeux, Kinstrife est assez finement écrite pour que le lecteur ne regrette pas de s'y être plongé. On peut certes déplorer le caractère too much de certaines scènes (en particulier celle où Caelis coule en deux traits de baliste une Arche Noire, appelons ça le syndrome Legolas), à mettre au crédit de l'elfophilie patentée de McNeill, mais bon, il faut bien faire rêver le fanboy.

Fluff:
Pas mal de détails pouvant intéresser les acharnés, mais rien qui ne viendra révolutionner la vision des Hauts Elfes. Dans le désordre :

 

  • Les Maîtres des Epées de Hoeth récitent un mantra en l'honneur d'Isha avant de se lancer au combat. Je vous fais grâce des paroles, mais c'est un peu cucul.
  • Les guerriers Hauts Elfes tressent leurs cheveux avec des fils d'acier pour éviter que les lames ennemies ne les délestent de ce symbole de « force, pouvoir et noblesse » dans le feu de l'action.
  • Citation d'Alith Anar: « Rien n'est oublié, rien n'est pardonné ».
  • Lothern: Construite en partie sur des îles artificielles, possède un boulevard du Phénix (wouhou !). Plus intéressant, la ville s'enorgueillit de statues géantes (200 pieds de haut, soit environ 70 mètres) du Roi Phénix et de la Reine Eternelle, qui se font face de part et d'autre du détroit qui sépare la cité en deux. L'entrée de l'isthme de Lothern est quant à lui gardé par la Tour Scintillante (Glittering Tower), un phare magique abritant des dizaines de balistes à répétition et des centaines de Gardes Maritimes. Comme si cela ne suffisait pas, deux portes (Saphir et Emeraude) barrent l'accès à la capitale elfique, et le canal qui les sépare est protégé par des bancs de sables mouvants.
  • La Reine Eternelle, dans ses heures perdues, s'adonne à la viticulture. Le nectar qu'elle produit, appelé « vin de rêve » (dream wine), semble faire autant d'effet qu'un rail de coke, sauf que le buveur ne verra pas autre chose que des lapins, des licornes et des couchers de soleil.
  • Clar Karond: Les alentours de la cité ont été déboisés sur des kilomètres à la ronde, afin de permettre aux chantiers navals druchii de construire de nouveaux vaisseaux. L'espace ainsi gagné a été en partie réquisitionné pour planter... de la vigne (quels pochtrons ces elfes), de laquelle est tirée le « vin de sang » (blood wine).
  • Les flèches enchantées par la rune de Saroir ont des propriétés incendiaires.

 

Let the Great Axe Fall

Révélation

Hammer & Bolter #23-24/2012/37 pages

 

Cette nouvelle en deux parties signe le retour du gars McNeill dans Hammer & Bolter, après The Iron Without (H&B #17), et comme cette dernière, voit Graham ajouter un chapitre à la saga d’un de ses personnages fétiches plutôt que de partir en free-style avec un tout nouveau héros. Comme le titre ne l’indique pas du tout, cette soumission sera donc consacrée à Sigmar Heldenhammer, fondateur de l’Empire et dernier héritier de celui-ci (how strange), et fait suite à la trilogie que le Mac a dévoué à l’ascension et au règne du He-Man du monde qui fut.

 

Intrigue:

Part I

Révélation

Notre propos commence dans un petit bourg impérial appelé Heofonum, qui de probablement charmant est devenu indubitablement sanglant suite à la visite que lui a rendu ce mauvais sujet de Krell. Laissé « orphelin » par la défaite de Nagash à la bataille du Reik quelques semaines auparavant, le champion mort vivant a en effet décidé de se mettre à son compte et exerce désormais l’honorable profession de livreur Deliveroo dans le sud de l’Empire, en attendant d’avoir assez d’argent pour pouvoir retourner chez lui. Mis en retard par un accident de chars à bœufs sur le périphérique extérieur, Krell arriva avec sa livraison de sashimis 31 minutes après la commande à la porte du client. D’où une mauvaise notation. D’où l’énervement du cadavérique coursier. D’où le massacre en règle de l’entière population de Heofonum, et la constitution d’une pyramide avec leurs têtes écorchées. Tout cela est fort logique somme toute, c’est vraiment la faute à pas de chance.

 

Circonstances atténuantes ou non, le fait ne peut pas rester impuni, d’autant plus que Krell est un multi-récidiviste en la matière. Il revient donc à Sigmar, accompagné d’une poignée de ses plus fidèles lieutenants, de mettre un terme aux meurtriers maraudages du revenant. Rejoint par Alaric le Fou et son escorte, l’Empereur prend le chemin des Voûtes sur les traces de sa proie,  en profite pour s’initier aux joies de la géologie, mais également pour faire la connaissance d’un mystérieux sorcier, dont la connaissance du dentifrice et des arcanes de l’illusion permettront à notre petit groupe d’améliorer leur hygiène bucco-dentaire, mais également d’échapper à l’annihilation lorsque leur bivouac reçoit la visite impromptue d’une colonne de skavens.

 

Part II

Révélation

Sauvés de l’annihilation pure et simple par l’intervention du mystérieux Bransùil et de son sourire Colgate, les dormeurs du val finissent par s’éveiller à l’arrivée du jour, et la deuxième partie du diptyque commence par une franche explication de texte entre compagnons de cordée, chacun rejetant sur les autres son inattention qui aurait pu être fatale, tout en cherchant à comprendre par quel miracle il est encore en vie. À ce petit jeu-là, c’est Alaric le Fou qui se montre le plus véhément, son orgueil de Nain et de Maître des Runes étant cruellement blessé par la réalisation qu’il a été ensorcelé, puis sauvé, par un mage humain. Il faut donc toute la diplomatie de Sigmar pour éviter à l’Homme Corbeau une découverte viscérale de la magie des runes majeures naines, démonstration qu’Alaric était tout prêt à offrir à son nouveau camarade de jeu.

 

Chacun ayant pu trouver glaçon à son slip (variante de chaussure à son pied particulièrement adaptée au monde testostéroné du med-fan), nos héros repartent donc à la chasse au Krell, Bransùil profitant de l’omniscience narrative qui est le trait de classe des mages errants1 pour briefer ses compagnons sur la destination et les motivations de leur proie. On apprend ainsi que le last man standing de la Nagash army a pour but de siphonner l’énergie nécromantique du sépulcre d’un général de Khemri, enterré dans un avant-poste bâti dans le cratère d’un météore s’étant abattu sur les Montagnes Noires il y a des millénaires. Bien que ralenti par la présence des sceaux magiques laissés par les Hiérophantes pour protéger la sépulture des pillards (ainsi que par la nécessité de parapher toutes les pages et de faire précéder sa signature de la mention « lu et approuvé » sur les constats de déprédation lui étant soumis à chaque nouvelle salle), ce n’est plus qu’une question d’heures avant que le champion de Khorne ne parvienne à ses fins, avec des conséquences potentiellement funestes pour le jeune Empire de Ziggie. Fort heureusement pour notre expédition, aucune péripétie notable ne vient ralentir sa progression, et c’est à temps qu’Hommes et Nains pénètrent dans les ruines de la cité nehekharienne, et parviennent à rattraper ce coquin de Krell alors que ce dernier s’apprête à compléter l’ultime formulaire de demande d’un crédit à la dévastation.

 

S’en suit l’inévitable bataille finale entre nos vaillants héros et ce mauvais sujet non repenti de Krell, dont les capacités martiales et la résistance hors du commun s’avèrent de prime abord être des obstacles majeurs à une conclusion heureuse. Il faudra un enchaînement au sol de toute beauté (frappe brise-casque de Leodan + tir de l’aigle de Mark Landers Cuthwin + danse de la fusion de Sigmar et Alaric + moulage au cristal de Bransùil) pour venir à bout de l’indéboulonnable revenant. Victorieux mais éprouvés, les survivants du raid se replient en bon ordre hors de la nécropole, qui aura la bonté de s’écrouler sur elle-même puis d’être noyée sous les eaux d’un lac conjuré par un nouveau mystérieux sorcier (vêtu d’une peau de loup et manchot, avis aux érudits). Cela n’empêchera pas Heinrich Kemmler de trouver le moyen de ramener Krell à la vie quelques siècles plus tard2, mais en attendant, Sigmar peut clore son épopée McNeillesque avec la satisfaction du devoir accompli.

 

1 : Ça et la manie de rappeler à tous ses interlocuteurs le nom de leur père, apparemment. Vachement pratique, surtout quand deux personnes portent le même nom et que l’on veut éviter toute confusion (+1 en Cdt//-3 en Initiative)

 

2 : On le sait peu, mais Kemmler était un apnéiste de haut niveau.

 

Avis:

Part I

Révélation

Assez indolente en termes de rythme et de péripéties, cette première partie est davantage consacrée à la description des conséquences de l’attaque de Nagash pour les principaux personnages de la trilogie Heldenhammer//Empire//Godking, plus ou moins marqués par l’épisode. Les premières pages sont ainsi centrées sur Wenyld et Cuthwin, guerriers Unberogen et compagnons de la première heure de Sigmar, qui lui-même ne fera son apparition qu’au quart du récit. Nul doute que les lecteurs de la saga de McNeill apprécieront ce suivi, les autres devant patienter un peu pour voir les VIP (very important protagonists) en action. Cette action consistant en recueillement, équitation et douche écossaise pour Ziggie, et en conférence magistrale et ronflements pour Alaric, il n’y a guère que les petits bouts de fluff éparpillés dans le récit qui justifient sa lecture. Let the Great Axe Fall ? Plutôt Let’s get this Thing Started pour le moment. 

 

Part II

Révélation

En guise d’introduction de la critique de cette deuxième et dernière partie de Let the Great Axe Fall, posons d’emblée la question qui fâche : cette nouvelle méritait-elle le traitement de faveur qu’elle a reçu en termes de longueur, ou bien aurait-elle pu être traitée de manière convaincante en une vingtaine de pages, comme la majorité des soumissions de Hammer & Bolter ? Au risque de courroucer les fans du Mac, je penche sérieusement pour la deuxième option, tant la nécessité d’étirer le récit de la traque de Krell au-delà du minimum syndical m’apparaît non justifiée.

 

J’avais déjà souligné le manque de substance de la première partie de la nouvelle, qui constituait surtout de dialogues entre personnages que McNeill tenait absolument à convoquer du fait de leurs rôles (sans doute) centraux dans la trilogie Heldenhammer/Empire/Godking. J’espérais que la suite du récit serait plus riche en péripéties et en character development (car à quoi bon faire venir toute la smala de Sigmar si ce n’est pour faire évoluer/disparaître au moins certains des individus susnommés ?), mais ces deux attentes sont malheureusement restées vaines.

 

Certes, l’affrontement promis entre Krell, Sigmar et Alaric s’est révélé être prenant, mais c’était bien le minimum syndical que l’on était en droit d’attendre pour un combat mettant aux prises pas moins de trois personnages nommés du fluff de Warhammer Battle. De plus, McNeill ne s’est pas vraiment foulé pour la mise en scène de cette franche explication de texte, nos héros n’ayant « qu’à » taper sur leur Nemesis en laissant opérer la puissance de leurs armes runiques pour venir à bout de cette dernière. En ce sens, les interventions des sidekicks sigmarites (Leodan, Cuthwin, Gorseth) apparaissent davantage comme opportunes que vitales, ce qui réduit d’autant l’utilité de leur inclusion dans le récit. Ajoutons à cela que toute cette clique de second couteau émerge de Let the Great Axe Fall sans avoir progressé d’un iota (il n’y a que Gorseth qui va peut-être mourir, suite à sa rencontre fortuite avec le coupe-chou de Krell) pour poser à nouveau la question de leur présence dans la nouvelle1. À titre personnel, je m’attendais à ce que Leodan trouve une fin héroïque lors de la bataille finale, vu la présentation que McNeill avait fait du personnage (dernier survivant de son unité, annihilée par les forces de Nagash lors de la bataille de Reiksdorf, obnubilé par la destruction des morts vivants), mais lui aussi termine l’aventure en pleine possession de ses moyens. Les death wish ne sont plus ce qu’ils étaient.

 

Avant cela, la progression de l’intrigue s’était en outre cantonnée à sa plus simple et littérale expression, nos héros ne faisant rien d’autre que de marcher du bivouac « dératisé » du premier acte jusqu’à la sépulture du général roi des tombes, sans que rien de particulier ne se passe. Ce n’était pourtant pas les occasions de rajouter quelques péripéties qui manquaient, entre la tanière du monstre investie pour se mettre à l’abri des éléments, et l’entrée dans le tombeau nehekharien (civilisation dont l’amour pour les pièges à la con contre les pilleurs de tombe n’est plus à démontrer). À chaque fois, McNeill a commencé à mettre en place les conditions pour qu’un imprévu se produise, avant de laisser tomber en cours de route. Résultat : une deuxième partie de quinze pages, mais dont seule la moitié est digne d’intérêt. Combinées avec la dizaine de pages « utiles » de la première partie, on se retrouve bien avec une nouvelle qui aurait pu être exécutée de manière satisfaisante sur les vingt à vingt-cinq pages qui constituent la norme des nouvelles Hammer & Bolter. Je pense même qu’un « Editor Cut » aurait relevé la qualité de l’ensemble, plombé comme dit plus haut par des longueurs assez dommageables.

 

Pour conclure, un travail assez quelconque de la part de Graham McNeill, comme il a malheureusement parfois l’habitude d’en produire. Le caractère épique que confère à l’ouvrage la participation d’une tête d’affiche de l’univers WHB, et les quelques éléments de fluff qui en découlent logiquement, ne viennent pas à eux-seuls sauver une nouvelle qui aurait pu être d’un tout autre niveau, si son auteur avait bien voulu s’en donner la peine.

 

1 : Mention spéciale à Wenyld, qui à part brandir haut la bannière de son boss, n’accomplit pas la moindre action constructive de toute la nouvelle.

 

Fluff:

  • Bataille de Reiksdorf: Les Taleutens y ont combattu aux côtés de Sigmar. Une de leurs unités de cavalerie d'élite, Les Faux Rouges (Red Scythes), réputée sa grâce et son élégance, pour  a été pratiquement annihilée au cours de l'affrontement (autre régiment de cavalerie de renom, les Ailes de l'Aigle - Eagle Wings - Ostagoth, célébré pour son impétuosité). Autre fait notable, la transformation du comte Markus des Menogoths en Buveur de Sang pendant la bataille, et son bannissement par les troupes impériales.
  • Sigmar: Depuis son passage à travers la flamme d'Ulric à Middenheim, Sigmar est capable de ressentir les énergies magiques émises en sa proximité.
  • Alaric le Fou: ll a perdu une main à la guerre et l'a remplacée par une prothèse métallique articulée, de son aveu parce qu'il ne voulait pas ressembler à Vaul (le dieu forgeron du panthéon elfique - n.d. je n'ai pas trouvé de source établissant que Vaul était manchot, alors que sa cécité est bien établie dans le fluff - ). Il manie une hache dont les runes majeures rivalisent de puissance avec celles de Ghal Maraz, et son tranchant est recouvert de givre.
  • Krell: Il est gigantesque, plus grand de près d'un mètre que le Roi Berserk des Thuringians, et sa carrure est supérieure à celle d'un troll (n. d. il a donc rétréci au lavage). La moitié de son crâne a été emporté par le tir d'une machine de guerre naine lors de la bataille de Reiksdorf. Son armure est recouverte de crânes sculptés, dont un torrent de sang (celui de ses victimes) s'écoule en permanence, et qui lui ont donné sa teinte noirâtre au fil des siècles.
  • Ulric (Aspect): C'est un guerrier barbare et barbu, flanqué de deux loups et porteur d'un marteau de guerre.
  • Lexique (Création de l'Empire): En ces temps reculés, Marienburg était connue sous le nom de Marburg. Khorne était nommé Kharneth
  • Nains (Divers): Les Nains utilisent une formule rituelle lorsqu'ils se confrontent à un adversaire dont le nom apparaît dans le Livre des Rancunes: "Grugeur, arrête de gruger" ("Krell, I name thee Grudged."). Ils connaissent l'existence et le fonctionnement de la tectonique des plaques.
  • Empire (Divers): Les hommes du temps de Sigmar utilisaient déjà des armes en argent bénites par des prêtresses de Shallyah pour combattre les ennemis surnaturels.


The Ambassador

Révélation

Inferno! #25/2001/12 pages

 

Intrigue:

C'est mon chapeau, et je vous emmerde.Fraîchement nommé ambassadeur impérial à la cour de la Tsarine de Kislev, le général à la retraite Kaspar von Velten enchaîne les déconvenues à peine arrivé sur le lieu de son affectation. Accompagné d’un vieux serviteur manchot un peu trop familier (Stefan) et d’une escorte de Chevaliers Panthères frileux (à croire que ces pelisses ne sont pas de bons isolants thermiques), l’apprenti diplomate commence par déloger son prédécesseur, l’incompétent et corrompu Andreas Teugenheim (ça veut littéralement dire « taverne » en reikspiel, faut pas s’étonner que le type soit un jouisseur) de l’ambassade saccagée que ce dernier occupait, s’attirant du même coup l’hostilité goguenarde du parrain de la Bratva locale, un colosse bedonnant répondant au nom de Vassily Chekatilo, très occupé à fumer des cigares avec son bon ami Teugenheim dans le boudoir de ce dernier à l’arrivée de la relève.

 

Réalisant qu’il est bon pour quelques jours de ménage et de chinage intensifs s’il souhaite redonner à son nouveau chez-lui le faste et le cachet qu’on est en droit d’attendre d’une ambassade impériale (sans compter la formation du service d’ordre local, qui aurait fort à faire à repousser les assauts de  Gnoblars hémiplégiques), von Velten est sauvé de la corvée de mob par l’arrivée impromptue d’une de ses anciennes connaissances, l’ex-Lancier Ailé Pavel Korovic, compagnon d’armes fidèle et alcoolique notoire, qui insiste bruyamment pour que les retrouvailles soient célébrée à grand renfort de kvas. Acceptant l’invitation, Kaspar se rend au domicile de son comparse et s’embarque dans une soirée arrosée suivie d’une nuit enfumée, son repos réparateur se trouvant interrompu par le début d’incendie allumé par un trio de brutes pyromanes, auxquelles von Velten règle leurs comptes sans penser qu’il aurait été pertinent de garder un séide en vie pour pouvoir lui soutirer des informations sur son commanditaire. Erreur de débutant.

 

C’est donc à une prise de fonction des plus mouvementées qu’a droit celui qui passera à la postérité sous le nom d’Ambassadeur, ses premières heures kislevites lui ayant en outre permis de se familiariser avec le sinistre parcours du tueur en série cannibale local, simplement nommé le Boucher (les Kislevites sont des gens pratiques et peu imaginatifs), et avec lequel on devine que Kaspar aura rapidement maille à partir. Ajoutez à cela une ambiance plutôt morose du fait de la tenue prochaine de la traditionnelle invasion chaotique, le froid, la neige et le mal du pays, et vous avez le début d’un séjour qui s’annonce mémorable pour notre pré-retraité. Everrrrytting fill bi olrrrraïtt, da ?

 

Avis:

Mes souvenirs nébuleux de la duologie (L’Ambassadeur//The Ambassador et Les Dents d’Ursun//Ursun’s Teeth) consacrée par Graham McNeill aux jeux complexes de la realpolitik entre l’Empire et le Kislev1 me font écrire avec une certitude assez grande que cette nouvelle est en fait le chapitre introductif du premier de ces deux romans, avec lequel elle partage son nom. Nous sommes clairement en face d’une introduction à une intrigue destinée à être traitée sur des centaines de pages, et les douze que constituent ce The Ambassador sont toutes entières consacrées à l’exposition de la situation dans laquelle Kaspar von Velten trouve Kislev à son arrivée et la présentation des protagonistes et antagonistes principaux du roman. En cela, il serait petit bras de critiquer le caractère inachevé de ce texte, qui n’est pas, comme annoncé par Inferno ! une nouvelle en tant que tel, mais l’extrait d’un ouvrage que McNeill n’avait pas encore finalisé à l’époque. La vraie question est donc de savoir si ces quelques pages donnent envie d’en savoir plus sur le long format qu’elles introduisent, et la réponse est plutôt positive. Graham McNeill brasse suffisamment large pour que la grande majorité de ses lecteurs trouve au moins une raison de suivre les aventures de son héros grisonnant au pays de l’alcoolisme morbide et des moustaches en fer à cheval. Thriller gore, péripéties med-fan, intrigues politiciennes, pourvoyeur de fluff, The Ambassador coche toutes ces cases, et probablement d’autres (il faudrait que je relise les bouquins), et est une lecture conseillée2 pour tous les hobbyistes s’intéressant au traitement réservé au Monde qui Fut par la Black Library. Je sais qu’il en reste.

 

1 Et à la pratique du jogging par les chevaliers impériaux. Les vieux s’en souviendront.

 

Ce n’est pas pour rien que l’ouvrage a été élevé au Black Library Hall of Fame en 2016. Une distinction d’assez peu de poids, je vous l’accorde, mais méritée quoi qu’il en soit.

 

Fluff:

  • Kislev (Géographie) : La ville est protégée par d’imposantes fortifications, égales à celles de Nuln et d’Altdorf. Ses murs de pierre ont un aspect brillant, comme s’ils avaient été vitrifiés par la chaleur. La légende veut qu’il s’agisse d’une conséquence d’un assaut des forces du Chaos sur la cité, et de l’usage d’un sortilège impie ayant attaqué les murs de la ville. Kislev compte une Colline des Héros (Gora Geroyev) et un Square des Héros (Geroyev Square), une place ornée par les statues de fer d’anciens Tsars. L’ambassade de l’Empire est située à proximité du Square, derrière un Temple dédié à Ulric.
  • Kislev (Culture) : La monnaie locale est le kopeck, l’alcool local le kvas.
  • Kislev (Lexique) : lichnostyob : voyou ; nekulturny : déshonorable
  • Emmanuelle von Liebwitz : La Comtesse Electrice de Nuln aurait fait assassiner son propre frère, Leos, et maquillé le meurtre en duel d’honneur ayant mal tourné. Elle n’a pas hésité à faire tuer ou exiler les détenteurs de la vérité (dont Kaspard von Velten, nommé ambassadeur de l’Empire à Kislev) pour protéger ce secret.
  • Harald Kleindiest (personnage nommé) : Une figure de l’Empire, ‘Filthy’ Harald Kleindiest est un milicien de basse extraction qui aurait mis hors d’état de nuire la Bête d’Altdorf, un tueur en série ayant sévi dans la cité impériale (rq : traque relatée dans ‘Beasts in Velvet’ de Jack Yeovil), et tué Leos von Liebwitz, frère de la Comtesse Emmanuelle, au cours d’un duel d’honneur.

 

 

Jack Yeovil (1)

Révélation

 

Jack Yeovil a.k.a. Kim Newman, a été l’une des grandes figures des premiers temps de la fiction made in Games Workshop, avant de poursuivre une carrière notable d’écrivain de genre (horreur surtout). Père de la vampire principielle (il en faut) Genevieve Sandrine du Pointe du Lac Dieudonné, qu’il a mis en scène dans quelques romans et nouvelles (‘Drachenfels’, ‘Genevieve Undead’, ‘Beasts in Velvet’, ‘Silver Nails’ – récemment republiés dans la collection Warhammer Horror), Yeovil a également écrit quelques textes détachés de cet arc narratif, comme ‘The Ignorant Armies’ (qui a donné son nom au premier recueil de nouvelles de GW Books). On notera également que Yeovil/Newman a porté à bout de bras et de plume l’éphémère franchise Dark Future de Games Workshop, allant jusqu’à lui consacrer une authentique quadrilogie. Collector !

 

The Ignorant Armies

 

Révélation

Ignorant Armies/1989/50 pages

 

Intrigue:

Art: Adrian SmithDepuis dix ans, date du sac du manoir familial, du massacre de ses occupants et de l’enlèvement de son jeune frère Wolf par le Champion du Chaos Cicatrice (qui s’appelle ainsi à cause de… son strabisme appuyé, évidemment), Johann von Mecklenberg piste la bande de sa Némésis, espérant toujours pouvoir tirer son cadet des griffes du pillard balafré. Accompagné par son taciturne et ironique (on le surnomme l’Homme de Fer) tuteur, Vukotich, le jeune noble a traîné ses guêtres chamarrées et sa crinière de feu – si l’on se fie à la vision de John Blanche de son sujet – d’un bout à l’autre du Vieux Monde, et vécut maintes pittoresques aventures au passage, sans pour autant parvenir à refaire son retard sur l’insaisissable Cicatrice. Jusqu’à maintenant tout du moins.

 

S’étant arrêtés pour la nuit dans une sombre forêt du nord de Kislev, les chasseurs, après avoir achevé l’un de leurs chevaux qui montrait quelques signes de faiblesse, tendent un piège à un quatuor de mutants peu discrets, envoyés par ‘Tris leur régler leur compte. Comme les 798.841 fois précédentes – en dix ans, on a le temps d’en fomenter des embuscades – Jojo et Vuko s’en sortent haut la main, bien que ce dernier ait perdu quelques points de vie au contact du sang contaminé (un scandale !) de l’homme crapaud qu’il vient de mettre en bouteille. Il en faut toutefois plus pour décourager notre paire de choc, Johann bricolant fissa un brancard de fortune pour permettre à son mentor de passer une convalescence relativement confortable au cul de leur dernier cheval. Que demande le peuple. Ayant appris de la bouche l’orifice facial du meneur des traînards, une ancienne connaissance (Andreas) du manoir des von Mecklenberg ayant abandonné ses études de taxidermie pour devenir Élu du Chaos à la suite de la descente de Cicatrice, que ce dernier se dirigeait vers le Nord et un mystérieux champ de bataille, Johann mène ses suivants (je compte le cheval qui aurait dû s’appeler Tsar – it’s complicated –  parmi ces derniers pour pouvoir user du pluriel) dans la direction indiquée, et finit par déboucher sur une plaine jonchée de cadavres en divers états de décomposition.

 

Art: Adrian SmithUn hameau se dresse, de façon incongrue, au milieu du charnier, qui ne peut être que le champ de bataille auquel le moribond a fait référence. Hêlant les habitants du lieu afin d’obtenir l’hospitalité pour la nuit, Johann fait bientôt la rencontre d’une troupe de lunatiques bigarrés mais très cordiaux, qui acceptent sans trop discuter d’accueillir les deux nouveaux-venus dans leurs cahutes. Le dîner qui s’en suit permet au baron déchu de faire la connaissance du Nain Kleinzack, autorité temporelle de la communauté, et dont le mandat de maire n’est en rien perturbé par l’épée qui le traverse de part en part (blessure de guerre). Ce dernier informe obligeamment ses hôtes qu’ils ont bien atteint le lieu où, chaque nuit, les armées du Chaos s’affrontent pour gagner la faveur des Dieux Sombres. L’endroit est un détour obligé pour les Champions avides de faire leur preuve, et il n’est donc pas étonnant que Cicatrice ait emmené sa bande y passer le weekend. Comme en témoigne le vacarme assourdissant qui s’abat bientôt sur le village, la légende est tout ce qu’il y a de plus fondée, et, si le sommeil ne vient pas facilement à nos héros cette nuit là (en même temps, difficile de faire venir la maréchaussée dans le Pays des Trolls pour faire constater du tapage nocturne), ils s’endorment avec la certitude que leur quête est sur le point de s’achever.

 

Le lendemain, Johann et Vukotich accompagnent leurs bienfaiteurs à la surface, où ces derniers s’activent à piller les cadavres et à nettoyer le champ de bataille afin que les combattants du soir puissent s’entre-tuer dans des conditions décentes. Demandant à tout hasard à Kleinzack s’il aurait entendu parler de la bande de Cicatrice, dont les guerriers arborent un éclair rouge à travers le visage, les deux voyageurs ont la surprise d’entendre ce dernier leur proposer de les mener jusqu’au chef de guerre en personne. Et en effet, c’est bien cette vieille badingue de Cicatrice que Johann et Vukotich trouvent à l’agonie sur le pré, bien loin de sa prime et terrifiante jeunesse il faut bien le dire. Avant que la mort ne l’emporte (un suicide plein de classe démontrant que, malgré ses méfaits, notre homme avait le cœur sur, ou en tout cas dans, la main), le vieux Champion révèle à un Johann outré s’être fait cruellement navrer par le plus si innocent que ça Wolf. Ce dernier a en effet repris les rênes de la bande depuis deux ans, reléguant Cicatrice à une pré-retraite honorifique, qui s’est donc finie en eau de boudin.

 

Art: John BlancheUne mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, J&V tombent dans l’embuscade tendue par Kleinzack et ses sbires, que Wolf a payé pour qu’ils leur remettent leurs indéfectibles poursuivants. Malheureusement pour le fourbe nain, son avidité le mènera à sa perte lorsque Johann parvient à se libérer de ses liens alors que le nabot était en train de lui faire les poches. Délesté de son épée au moment de sa capture, Johann se venge en faisant une « Roi Arthur » sur Kleinzack, lui empruntant l’épée qu’il avait en travers du thorax depuis toutes ces années, avec des conséquences fatales pour l’avorton. La nuit étant tombée entre temps, l’affrontement final entre les deux frères peut prendre place, et Johann fait bientôt face à son frangin, qui a acquis la plupart des caractéristiques de son animal totem depuis la dernière fois qu’il se sont vus, il y a dix ans.

 

Le combat entre les deux von Mecklenberg s’engage donc, tandis que Vukotich corrige les groupies de Wolf à grands coups de hache à l’arrière plan, et, alors que le nouveau chef de guerre semble insensible aux attaques fraternelles, Johann a soudain la bonne idée de viser l’épaule de son adversaire bestial. C’est là que la flèche qu’il avait tirée – comme une patate il faut bien le reconnaître – dix ans plus tôt au cours d’une chasse, avait atteint par erreur Wolf, et contraint ce dernier à retourner au manoir pour se faire soigner, juste au moment où Cicatrice frappait à la porte (pas de chance). Laissée sans traitement pendant une décennie, cette blessure, en tant que seul lien avec son passé « civilisé », constitue le point faible du Champion. Alors qu’il est sur le point de donner le coup de grâce à son frère, Johann est interrompu par le kill-bomb de Vukotich, qui se place sur la trajectoire de la lame et se retrouve prestement embroché. Pourquoi, me demanderez-vous ? Eh bien parce que l’altruiste mentor a un plan pour inverser la malédiction chaotique ayant transformé Wolf, mais doit pour cela donner de sa personne, et de son sang, plus précisément. S’étant littéralement saigné aux quatre veines tout en marmonnant les incantations consacrées, Vuko’ tombe raide mort, le devoir accompli. Décidément, il ne fait pas bon s’appeler Iron Man. Son sacrifice n’est toutefois pas vain, un Wolf frais comme un gardon émergeant de la sorte de chrysalide magique s’étant refermée sur lui suite à ce rituel impromptu, et que Johann a défendue jusqu’à la levée du jour en bon grand frère protecteur qu’il est. Bref, si vous aviez encore besoin d’être convaincu que le don de sang peut sauver des vies, j’espère que vous êtes maintenant convaincus !

 

Avis:

Depuis son titre, d’une classe folle1 et d’un warhammerisme consommé (la véritable nature du Chaos n’apparaît pas à ceux qui se battent en son nom jusqu’à ce qu’il soit trop tard), jusqu’à sa conclusion heureuse-même-si-on-pourrait-arguer-qu-elle-n-est-pas-valide-d-un-point-de-vue-fluffique, The Ignorant Armies est une démonstration de ce qu’une nouvelle WFB devrait être. La quête décennale de Johann et de Vukotich à travers le Vieux Monde, sur les traces de l’insaisissable Cicatrice et sa bande de maraudeurs chaotiques, permet à Yeovil d’aborder tous les grands thèmes de l’univers de Warhammer : l’opposition/complémentarité entre l’ordre et le Chaos (depuis les ravages infligés par Cicatrice à l’Empire, dont il était un des défenseurs autrefois2, jusqu’au village du champ de bataille, « symbiote civilisé » opérant de concert avec l’anarchie de la mêlée perpétuelle qui sévit à sa porte), le grimdark héroïque3 (le cheval qu’on présente en détail avant de l’achever, faisant écho avec le sacrifice ultime de Vukotich à la fin de la nouvelle), l’étrangeté inquiétante et démente de l’univers (à peu près tous les habitants du village, avec des mentions spéciales attribuées à Kleinzack l’embroché et Mischa le polythéiste), sans oublier la nature proprement inhumaine et traître du Chaos, qui finit toujours par se retourner contre ses serviteurs. La description du terrible Cicatrice en vieillard défiguré par les mutations et laissé à l’agonie sur le champ de bataille est très intéressante de ce point de vue, mais l’accrochage avec Andreas en début de nouvelle tombe tout aussi juste.

 

En plus de faire carton plein sur le fond, Yeovil régale sur la forme, démontrant avec style et brio sa maîtrise de la nouvelle d’aventures. Son usage intelligent de flashbacks en début de récit donne l’impression au lecteur d’évoluer dans un roman de trois cents pages plutôt que dans une nouvelle de cinquante, en plus de donner une profondeur certaine à la traque de Johann et de son mentor. Plutôt à l’aise dans la mise en scène de combats, une composante essentielle du genre, dont il faut savoir user sans en abuser, Jack Yeovil donne au lecteur ce qu’il est en droit d’attendre à ce niveau, mais ce sont bien dans les scènes plus « calmes », qu’il s’agisse de descriptions ou de dialogues, que les talents de conteur de notre homme se révèlent les plus prenants et efficaces.

 

Lire cette nouvelle, c’est toucher au cœur battant, à la fois pourri et grandiose, du fluff de Warhammer Fantasy Battle, et s’il n’y avait qu’un texte de GW-Fiction à recommander au nouveau-venu désireux de prendre la mesure de cet univers si particulier, The Ignorant Armies serait probablement mon choix.

 

1 : Comme l’indiquent les trois vers placés par l’auteur au début de la nouvelle, cette dernière a également été inspirée par le poème ‘Dover Beach’ de Matthew Arnold (1867).

 

2 : Décidément, Archaon n’a rien inventé.

 

3 : La notion que les « gentils » ne peuvent triompher sans consentir à de lourds sacrifices, alors que les « méchants » arrivent généralement facilement à leurs fins.

 

Fluff:

  • Panthéon : Parmi les dieux du monde de Warhammer les moins connus, on recense Alluminas (un dieu de la Loi, au même titre que Solkan) et Liadriel, le dieu elfique des Chants et du Vin.
  • Von Mecklenberg : Dynastie de barons impériaux, électeurs de la province du Sudenland. Le baron régnant à l’époque de Karl Franz avait deux fils, Johann et Wolf. Il mourut dans l’assaut de son domaine par le Champion du Chaos Cicatrice, et son jeune fils fut enlevé par ce dernier. Johann se lança dans une quête de dix ans pour retrouver le coupable et la victime, période pendant laquelle la charge passa à un cousin éloigné de la famille (rq : le Sudenland a été progressivement absorbé par le Solland et le Wissenland au fil des versions de WFB. Si on peut admettre qu’un baron soit à la tête d’une petite province excentrée de ce nom, que ce dernier dispose d’une charge d’électeur n’est aujourd’hui plus compatible avec le fluff).

 

John Brunner (1)

Révélation


A Place of Quiet Assembly

Révélation

Hammer & Bolter #1/2010/23 pages

Intrigue:
Gotrek et Felix accompagnent un voyageur dans le monastère où il a passé son enfance. La parenthèse Copains d'Avant est toutefois interrompue quand le trio découvre que des activités pas très sigmarites occupent les résidents du saint lieu.

Avis:
Dans l'introduction du magazine, Christian Dunn est apparemment très fier d'annoncer que l'une des nouvelles a été écrite par John Brunner. Personnellement, je n'avais jamais entendu parler du bonhomme avant que Dunn ne le présente comme une légende du genre, auteur notamment de Tous à Zanzibar, un classique du steam-punk récompensé par le prix Hugo (merci wikipédia), et c'est donc en parfait novice que j'ai pu juger de son travail. Là où ça devient franchement intéressant, c'est que John ne se contente (ou ne s'est pas contenté plutôt, étant donné qu'il est mort en 1995) pas de développer ses propres personnages et d'ajouter sa petite pierre au fluff du monde de Warhammer, mais qu'il s'approprie carrément deux icônes et les fait évoluer dans une aventure de son cru. Et ces icônes, ce sont Gotrek et Felix.

Autant dire que le style de Brunner détonne totalement avec les canons de la BL, et donc avec celui de King et Long, les deux autres auteurs impliqués dans la série. On a beau y être préparé, cela surprend forcément un peu. Exit donc le med-fan glauque tendance hack'n'slash que l'on était en droit d'attendre pour une aventure du fameux tueur nain, et bonjour le fantastique, dans le sens premier du mot (donc la progressive intrusion de l'inexplicable et du dérangeant dans la vie du héros). Étonnant donc, mais rafraîchissant (enfin, je trouve).

On se rend très rapidement compte que Brunner est un vrai bon auteur de SF, que le background pré-établi de Warhammer ennuie plutôt qu'autre chose (il n'utilise ainsi que très peu le personnage de Felix, et encore moins celui de Gotrek, préférant baser sa nouvelle autour d'un héros de son cru ; à ce titre, il serait plus juste de parler d'une histoire avec Gotrek et Félix qu'une histoire de Gotrek et Félix), et qu'il utilise de manière assez convenue et peu finaude (on a du le briefer rapidement avant qu'il ne commence à écrire). En plus de cela, les "conventions" sur le fluff ayant beaucoup changé entre le moment de la rédaction de la nouvelle (début des années 90) et aujourd'hui, la chute peut sembler un peu bizarre pour un lecteur n'ayant pas baigné dans le fluff canonique (ce que je suis). Cependant, il est vraiment intéressant de voir ce qu'un auteur extérieur à la BL peut tirer de l'univers qui nous est bien familier, et la nouvelle de Brunner constitue à ce titre la lecture la plus intéressante de tout le magazine (à mes yeux).

Fluff:
Pas grand chose à se mettre sous la dent, Brunner prenant bien soin de faire se dérouler sa nouvelle dans un monastère isolé. Les puristes trouveront quelques infos sur le culte de Tzeentch, mais étant donné le peu d'implication de l'auteur dans le développement de l'univers de Warhammer Fantasy, mieux vaut sans doute mieux aller à la pêche au background chez d'autres plumes de la Black Library.

 


Jonathan Green (3)

Révélation

La Bande à Badenov (2)


The Hounds of Winter

Révélation

Realm of Chaos/2000/11 pages

Intrigue:
Alors qu’ils étaient tranquillement attablés dans une auberge du Nord du Kislev, Badenov et sa fine équipe sont interrompus en pleine beuverie par Radagast le Brun (comprendre, un sorcier d’Ambre un brin exubérant), qui les avertit que leur lieu de villégiature va bientôt subir l’assaut d’une bande de guerriers du Chaos. Ce qui ne manque pas de se produire (le contraire eut été étonnant). Cependant, conjonction astrale et lieu de pouvoir obligent, nos mercenaires vont participer à une bataille des plus singulières. Qui a mis le mode replay ?

 

Avis:
En tant que membre déclaré du non fanclub de Jonathan Green et de Badenov et Cie, je n’attendais pas grand-chose de The Hounds of Winter. À raison. Le peu de pages consacré par l’auteur à cette péripétie mineure (la preuve : personne ne meurt1 chez les gentils) du cycle The Dead and the Damned ne présente en effet ni saveur ni valeur ajoutée.
 
C’en est tellement fade qu’on en regretterait presque l’absence de vrais beaux gros défauts dans le style de Green, qui s’il ne brille guère par son originalité, démontre toutefois qu’il sait écrire des nouvelles à peu près passables. Bref, le pire scénario possible pour un chroniqueur, puisqu’il n’y a vraiment pas grand-chose à dire, en bien comme en mal, sur ce The Hounds of Winter. À lire et à oublier, ou à oublier de lire. Les deux fonctionnent.    
 
1 : Bon, il y a bien cette fouine d’Oran qui se fait taser par un spectre en pleine baston, mais ça ne compte pas puisqu’il se réveille comme une fleur à la fin.


Fluff:

  • Conjonction des deux Lunes : Morrslieb et Mannslieb s’opposent directement dans le ciel (ne me demandez pas comment c’est possible) à minuit pile la nuit de « mi-hiver » (Midwinter’s Eve). Ça n’arrive qu’une fois tous les 300 ans, et les conséquences sont bien sûr terribles. Il est par exemple possible que des évènements s’étant déroulés lors de précédentes conjonctions prennent à nouveau place dans le monde des mortels.
  • Roi de l’Hiver (Winter King) : champion de Khorne, chef d’une bande de guerriers du Chaos, pouvant invoquer des chiens démoniaques (les fameux hounds of winter, sans doute des chiens de Khorne) pour pourchasser ses ennemis. Vaincu par un sorcier d’Ambre ayant pris la forme d’un ours gigantesque au cours d’une conjonction des deux Lunes.

 

Dark Heart

Révélation

Realm of Chaos/2000/19 pages

Intrigue:
Ayant décidé d’abandonner le Kislev pour tenter leur chance sous des cieux plus cléments, Badenov et sa bande de mercenaires se retrouvent entraînés dans une sombre histoire sur la route de Bechafen. Il semblerait en effet qu’un ancien mal soit en passe de se réveiller dans le petit village d’Ostenwald, forçant notre fine équipe à unir ses forces avec celles d’un jeune noble dont la fiancée vient de succomber à une crise d’anémie aigüe. Vampire, vous avez dit vampire ?
 
Avis:
Dans la série des aventures de Torben Badenov et de sa fine équipe de bras cassés, Dark Heart fait figure d’épisode central, car il permet à Green d’introduire le personnage de Pieter Valburg, qui rejoindra la bande à la fin de la nouvelle. J’ai une affection toute particulière pour Pieter, car il n’aura de cesse de miner l’autorité de Badenov auprès de ses comparses, en faisant éclater au grand jour la stupidité crasse et l’amateurisme décomplexé qui caractérisent le « héros » de la série The Lost and the Damned. S’il n’est encore qu’un personnage de second plan dans Dark Heart, Herr Valburg y fait néanmoins des débuts remarqués, et s’affirme d’ores et déjà comme le membre le plus important de la bande, après Badenov bien sûr.
 
Dark Heart donne également l’occasion à Jonathan Green de dérouler le grand jeu, en gratifiant ses lecteurs d’une narration à double point de vue (celui des mercenaires de Badenov, et celui du vampire comateux traqué par ces derniers), ainsi que d’un petit twist final, deux extras que l’on prendra soin d’apprécier à leur juste valeur (relative hein, parce que dans l’absolu, on est loin du chef d’œuvre).
 
Malheureusement, ces éléments positifs sont largement marginalisés par le monceau d’approximations, d’incongruités et de carabistouilles que nous sert un Green résolument hermétique à toute tentative de livrer un récit un tant soit peu cohérent à son public. Des villageois courant aussi vite que des chevaux lancés au galop à la décision d’aller affronter un vampire de nuit dans son antre, en passant par l’incroyable capacité de l’auteur à livrer deux versions totalement différentes du même évènement à quelques pages d’intervalle1, ou encore la brillante idée qu’à Badenov d’aller enquêter dans un village dont lui et ses potes viennent de massacrer tous les hommes valides sur un gros malentendu, c’est à un festival d’inepties auquel lecteur a droit. Et dire que ça aurait presque pu être correct…
 
1 : Le vampire d’Ostenwald a-t-il été originellement vaincu par 1) une troupe de paysans enragés, ou 2) une bande d’aventuriers menés par un prêtre de Sigmar ? Le mystère est encore entier. 


Fluff:
L’armée du comte électeur d’Ostermark a vaincu une importante horde de peaux vertes à la bataille de Riesenbad. Bien que la date précise de cet affrontement ne soit pas donnée, on peut estimer qu’elle a eu lieu dans un passé proche par rapport au « présent » du monde de Warhammer (2521+), soit moins de dix ans après les ravages causés par la Waaagh ! d’Azhag le Massacreur (2512-2515). Si on ajoute les nombreuses invasions chaotiques subies par la province en prélude à la Fin des Temps, il est miraculeux que l’Ostermark n’ait pas connu le même destin que la Drakwald et le Solland.

 

Autres (1)


Sir Dagobert's Last Battle

Révélation

Hammer & Bolter #9/2011/33 pages

Mettons d'emblée les choses au clair: Jonathan Green ne fait pas partie de mes auteurs préférés, et pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir pratiqué ou de lui avoir laissé sa chance. Prolixe auteur de nouvelles, à la fois pour Warhammer Fantasy (la série des Badenov1, dont au moins une aventure figure dans tout recueil publié par la BL, et dont l'omnibus se nomme The Dead and the Damned) et pour 40K, univers dans lequel se déroule la plupart de ses romans (un Iron Hands pas passé dans les annales, puisque c'est maintenant Chris Wraight qui écrit pour ce chapitre, et un diptyque consacré à la seconde guerre d'Armageddon2), notre homme est un ardent défenseur du « style BL » dans tout ce que ce dernier à de pesant et d'ampoulé. Il lui a toujours manqué ce petit zeste de folie et d'originalité qui permettrait au lecteur de s'immerger totalement dans ce qu'il raconte sans avoir peur de perforer l'univers en carton-pâte qui lui sert de décor à chaque fois qu'il tourne une page. Le seul moyen de passer un bon moment (ou au moins, un pas trop mauvais) avec une de ses productions est de lire le plus vite possible, en espérant ne pas voir les énormes ficelles qui parsèment le récit. Un peu comme un tour de train-fantôme effectué à deux à l'heure avec la lumière allumée, les travaux de Green ne gagnent pas vraiment à être examinés de trop près trop longtemps.

C'est donc avec le même état d'esprit que Usaïn Bolt avant un 100 mètres que je m'étais préparé à lire Sir Dagobert's Last Battle, desservi avant même la première ligne par un titre, comment dire, assez peu adapté à un public francophone. Ce choix a-t-il été délibéré (ce qui aurait été courageux), ou a-t-il été effectué en méconnaissance totale de la culture enfantine française (hypothèse plus probable)? Avant que votre imagination vous laisse entrevoir ce qu'aurait pu être la dernière bataille du brave Dagobert contre sa culotte possédée par un buveur de sang (moi ça m'a fait rigoler pendant 5 minutes), rendons hommage à la culture de Mr Green, qui a sans doute baptisé son personnage du nom du véritable roi Dagobert 1er, qui régna au début du VIIème siècle.

1 : Pour faire simple, le principe est le même que celui des Gotrek et Felix, sans Gotrek.


2 : Qui n'a semble-t-il pas fait école non plus, puisque c'est à Aaron Dembski-Bowden qu'est revenu l'a charge d'écrire Helsreach.

Intrigue:
L'histoire se déroule dans le village de Layon, soudainement attaqué par une nuée de gobelins des forêts. En l'absence de chevaliers dans les environs immédiats, c'est aux locaux de repousser l'assaut, ce qu'ils font avec un succès raisonnable étant donné la rusticité de leur équipement (fourche, faucille, tisonnier, poêle à frire il connaît ses classiques, le bougre -) et l'évidente supériorité numérique dont jouissent les peaux-vertes.

Les Layonais sont toutefois bien aidés par deux choses dans leur lutte désespérée pour leur village: premièrement, les gobelins de Green tiennent plus du snotling hémiplégique que du vicieux zigouillard capable de se faire Archaon sur un malentendu. Si on devait se hasarder à traduire leurs piteuses aptitudes martiales en statistiques, la somme de leur CC, F et E frôlerait probablement 1,5, pour vous donner une petite idée du degré de menace qu'ils représentent. Le plus méchant de la bande à tout de même réussi à se faire une petite fille de quatre ans (mais elle était désarmée et lui tournait le dos).

Deuxièmement, les villageois bénéficient du précieux soutien dudit seigneur Dagobert, chevalier du Graal de son état1, et de sa bande d'enthousiastes suivants, menés par l'extatique Arnaud, porte parole auto-désigné du noble paladin. Car il faut bien reconnaître que ce dernier, bien qu'ayant goûté au Saint Calice, est tout ce qu'il y a de plus mort, et donc de fait, assez peu loquace.

1 : Je ne sais pas si c'est l'effet de l'aura que la Dame du Lac accorde à ses paladins ou bien le fait que Dagobert se balade avec un costume d'homme-sandwich vantant son pedigree, mais les villageois l'identifient comme chevalier du Graal d'un seul coup d'oeil, quand bien même il se trouve perché sur une colline surplombant Layon à son arrivée dans l'histoire.

Avis:
Si Jonathan Green n'est manifestement pas à son aise quand il s'agit d'insuffler à son récit la petite touche baroque qui permettrait à ce dernier de se démarquer de la concurrence, il réussit tout de même à exploiter le côté macabrement grinçant du Reliquaire du Graal pour faire décoller son histoire. Et le plus beau est qu'il y arrive au-delà de toutes les espérances (les miennes au moins, qui étaient assez basses pour commencer je dois reconnaître), et dresse un portrait au vitriol des plus plaisants de la société de castes bretonienne, tellement imprégnée de religion qu'elle en devient souvent absurde. Le principal mérite de Green est de dépeindre de manière réaliste et assez fine l'état d'esprit des pèlerins du Graal, qui oscille entre fanatisme indiscutable et exploitation éhontée de la crédulité et de la superstition des paysans à des fins bassement terre à terre.

Quant à sire Dagobert, sa dernière bataille est intégrée au récit sous forme de flashback, et se révèle également plaisante à suivre car l'auteur va jusqu'au bout de sa logique et ne fait littéralement pas de prisonnier. On découvre également que de son vivant, Dagobert était certes vertueux, mais avait également tendance à prendre à la lettre son serment de défendre la chapelle du Graal dont il était le protecteur attitré (ce qui lui fournissait une bonne excuse pour lui éviter de voler au secours du village d'en face). Sachez enfin que cette nouvelle est la première dans laquelle une Arachnarok (un peu amochée, et ça ne va pas aller en s'améliorant, les clins d’œil à Samsagace Gamegie ne s'arrêtant pas au coup du gobelin expédié à coup de poêle de frire): on peut penser ce qu'on veut de Jon le Vert, mais au moins il se tient au courant des évolutions du fluff.

En conclusion, une bonne nouvelle de Jonathan Green, ce qui était plutôt inespéré. Il lui reste beaucoup à se faire pardonner, mais au moins, on sait qu'il en est capable, s'il se donne la peine.

Fluff:
Principal enseignement de la nouvelle : les Pèlerins du Graal utilisent l'aura de sainteté qui entoure le Reliquaire du Graal pour racketter les autres paysans en toute quiétude. Marrant, et assez réaliste. Et la légende selon laquelle des Chevaliers du Graal auraient été occis par leur fanclub dans un excès de zèle est confirmée dans l'histoire (sous-entendu : un Graaleux mort est, pour le même prestige, plus facile à contrôler qu'un Graaleux vivant, alors pourquoi s'embêter à aller chercher le guérisseur en cas de coup dur ?).

 

Plus anecdotiquement, Green choisit un camp dans le débat sans fin portant sur le mode de reproduction des peaux vertes. Pour lui, ces derniers colonisent leur milieu par diffusion de spores, ce qui oblige à brûler leurs cadavres pour éviter qu'une Waaagh! défaite ne resurgisse (presque littéralement) de ses cendres quelques mois plus tard.

 

 

Jordan Ellinger (1)

Révélation

 

The Butcher’s Beast

Révélation

Hammer & Bolter #22/2012/27 pages


Jordan Ellinger n’a semble-t-il pas fait carrière comme contributeur de la Black Library, la présente nouvelle représentant un quart de sa production pour la maison d’édition de Nottingham, si l’on en croit le site internet de cette dernière. Spécialisé dans l’univers de Warhammer Battle, Ellinger a ainsi signé trois courts formats mettant en scène Gotrek & Felix : The Contest, Kineater et The Reckoning.

Intrigue:
La vie d’un Joueur D’Épée n’est pas de tout repos, comme Anton Erhardt, lieutenant au sein du glorieux régiment de Carroburg et accessoirement héros de The Butcher’s Beast, pourrait en témoigner. Incorporés à l’armée du général Schalbourg, les Carroburg commencent en effet leur journée par un sauvetage en règle des forces impériales, embusquées par un ost de Skaelings et d’Hommes-Bêtes pendant qu’elles traversaient la rivière Schilder. Bien loin de céder à la panique devant la brutalité de l’assaut des nordiques, les Joueurs D’Épée parviennent à tenir les hordes du Chaos en respect assez longtemps pour permettre à la cavalerie lourde impériale de prendre ces dernières à revers et les mettre en déroute. Leur commandant ayant été sévèrement blessé au cours de l’accrochage par une collision avec un Rhinox circulant sans permis, il revient à Anton de gérer les affaires courantes du régiment jusqu’au rétablissement (ou plus probablement, le décès rapide suivi du remplacement) de son supérieur.


Célébrés comme les héros qu’ils sont à leur retour au camp impérial, les Carroburg ont toutefois à peine le temps de s’en jeter un petit qu’ils doivent faire face aux ravages causées par une bête chaotique semblant se matérialiser comme par magie au milieu du campement à intervalles réguliers, avant de disparaître de façon tout aussi mystérieuse après avoir provoqué un boxon monstre dans le bivouac. L’affaire ayant logiquement attiré l’attention du Chasseur de Sorcières rattaché à l’armée du général Schalbourg, dont le départ en reconnaissance des forces ennemies empêche fort logiquement de garder sous contrôle les pulsions tortionnaires de l’implacable zélote, Anton décide de mener sa propre enquête afin de limiter les dégâts collatéraux autant que faire se peut. Parviendra-t-il à élucider l’énigme de la Bête du Boucher avant que cette dernière, ou les méthodes d’investigations radicales de l’Inquisition sigmarite, ne déciment l’armée impériale ?


Avis:
Pourtant l’une des factions de Warhammer Fantasy dont le background a été le plus exploré, tant par les publications liées au jeu (Livres de Règles et d’Armée, Suppléments divers et variés) que par les romans et nouvelles de la BL, l’Empire n’a jamais été particulièrement gâté au niveau de la description de ce qui peut être considéré comme le socle de la littérature de wargame : la mise en scène de batailles rangées. Ce paradoxe repose en partie sur l’utilisation par les auteurs de la BL de héros impériaux opérant seuls (Gotrek & Felix, Brunner, Mathias Thulmann, la bande de Badenov) et/ou peu intéressés par la chose militaire (Zavant Konniger, Sam Warble), faisant en conséquence d’un affrontement de grande ampleur entre les forces impériales et un de leurs nombreux ennemis un évènement assez rare. Même si les dernières années ont vu cette tendance s’inverser avec la sortie de romans centrés sur les armées de l’Empereur (série des Sword of…, Iron Company, Grimblades, Warrior Priest, Reiksguard…), les courts formats de la BL n’ont pas été particulièrement impactés par ce changement de ligne éditoriale, ce qui fait de The Butcher’s Beast une nouvelle à part dans le « corpus impérial ».

La scène d’introduction de la nouvelle est à ce titre particulièrement intéressante, en ce qu’elle permet à Ellinger de confronter les fameux Joueurs D’Épée de Carroburg (sans doute le régiment nommé le plus fameux de tout l’Empire) à une horde de maraudeurs et d’Hommes-Bêtes dans un dernier carré héroïque. C’est typiquement le genre de scène que tous les joueurs impériaux se sont imaginés à la lecture du background de cette unité d’élite, et ont probablement essayé de recréer lors de leurs parties, avec plus ou moins de succès1. Il est également probable que ces mêmes joueurs se soient demandés comment diable de simples soldats humains, fussent-ils des vétérans couturés et équipés des meilleures armes et armures disponibles, puissent faire jeu égal avec, et même vaincre (parfois), des adversaires plus forts, plus rapides ou plus doués qu’eux au maniement des armes, ce qui est malheureusement (c’est le joueur de l’Empire qui parle) assez fréquent dans le monde de Warhammer. Coup de chance, Jordan Ellinger était apparemment taraudé par la même question, et y fournit une réponse somme toute assez logique : c’est leur discipline et leur capacité à se battre de manière coordonnée (couplées bien entendue avec leur moral supérieur, leur adresse au combat, leur armure de plates naine et leur zweihander de six pieds de long) qui permettent aux Joueurs D’Épée de tenir la ligne en toutes circonstances. Pour illustrer son point, l’auteur met d’ailleurs en scène les conséquences désastreuses de l’insubordination d’un des camarades d’Anton Erhardt, qui abandonne son poste pour tenter d’arracher son commandant aux griffes de l’ennemi et permet en conséquence à ce dernier de briser la cohésion de la formation des Joueurs d’Épée, ce qui conduit à leur quasi-annihilation. Ce souci de donner à l’univers fantastique de Warhammer des assises les plus crédibles et réalistes possibles est indubitablement l’une des forces d’Ellinger, et une des raisons principales de lire The Butcher’s Beast.


Une autre réussite à mettre au crédit de cette nouvelle est sa galerie de personnages, qui se révèlent être assez mémorables, en particulier le Chasseur de Sorcières et Templier de Sigmar Keller, un fanatique de premier ordre doublé d’un sadique dénué de tout scrupules, autant de « qualités » lui permettant de s’imposer sans problèmes parmi les antagonistes les plus haïssables de Hammer & Bolter. Sans être aussi marquants, le héros et son sidekick forment un duo à la Astérix & Obélix (comprendre que le petit réfléchit et le grand tabasse) assez efficace et tout à fait supportable, ce qui est déjà appréciable.


Cependant, tout n’est pas parfait non plus dans The Butcher’s Beast, le principal point faible du travail d’Ellinger étant son développement parfois artificiel, certaines décisions prises par les personnages et péripéties inclues dans le récit ne pouvant être justifiées autrement que par un bon gros « c’est le script qui veut ça » des familles. Résultat : des déductions un peu trop rapides pendant l’enquête menée par nos héros et un affrontement final avec la bête qui aurait vraisemblablement pu être évité avec une once de bon sens. D’ailleurs, cette fameuse bête n’est pas non plus au-dessus de tout reproche, les conditions de sa « création » étant assez capillotractées, ce qui est d’autant plus dommage que l’idée sous-jacente2 était encore une fois des plus crédibles. Rien de trop rédhibitoire donc, et des débuts incontestablement réussis pour Jordan Ellinger dans Hammer & Bolter. 


1 : Surtout avant la V7 et l’arrivée d’une ténacité « inconditionnelle », mais je m’égare.


2 : Lors d’un affrontement contre des adversaires humains, il arrive que les médecins de campagne rattachés aux armées impériales soignent par erreur des combattants adverses, le chaos du champ de bataille ayant vite fait d’abolir tous les signes distinctifs permettant d’identifier l’allégeance des participants.

 
Fluff:

  • Ordre de Sigmar: Ses membres traquent les adorateurs du Chaos et se comportent comme des Inquisiteurs de 40K (mêmes prérogatives très étendues et même penchant pour la méthode forte).
  • Joueurs d’Épée de Carroburg: Commandés par le... Commandeur Toft, tombé glorieusement lors d'une campagne contre une invasion chaotique et remplacé (au moins jusqu'à la fin des combats) par son lieutenant, Anton Erhardt. Le régiment recrute dans tout l'Empire (un de ses membres est un Nordlander). Il s'agit d'un des rares régiments impériaux à laver régulièrement ses uniformes.
  • Joueurs d’Épée (tactique de combat): Au combat, chaque Joueur d’Épée a pour mission de protéger son camarade de gauche (même fonctionnment qu'une phalange).
  • Empire (divers): L'Empire connaît et utilise le coton pour ses textiles. Reste à savoir d'où il le fait venir...
  • Guerriers du Chaos (tactique de combat): Les tribus du Nord précipitent parfois des animaux sauvages (comme des Rhinox) sur les lignes ennemies en les effrayant avec des torches (tactique utilisée - avec des boeufs - par Hannibal contre les Romains au cours des guerres puniques).

 

 

Josh Reynolds (10)

Révélation

The most holy and most violent Order of Manann (4)

 

Dead Calm

Révélation

Hammer & Bolter #13/2011/25 pages


Intrigue:
Dead Calm (à ne pas confondre avec Dead Clam, la terrifiante histoire d'une palourde mort-vivante) met en scène le retour du Capitaine1, flibustier vampire au service d'une maison noble de la cité-état, venu chercher son dû après quelques siècles de piraterie.


Son employeur actuel, le prince Hermann Eyll souhaite cependant mettre fin au contrat le liant au mercenaire pourrissant, et loue les services d'un nécromancien pour assujettir totalement le vampire à sa volonté. Oui, les ressorts de l'intrigue ne sont pas des plus limpides, et c'est le principal reproche que je ferai à Reynolds, qui n'explique jamais de manière satisfaisante pourquoi Eyll tient tant à « renégocier » les termes du contrat, alors qu'il est tout à fait prêt à payer le prix demandé par le Capitaine en échange de ses services.


1 : Qui s'appelle juste le Capitaine, pour bien montrer que c'est plus capitaine de tous les capitaines. Bien entendu, il parle de lui à la troisième personne. J'aime ce type.


Avis:
Cette nouvelle est un pur bonheur, mêlant action frénétique (dans la veine de ce qu'a réussi à faire Nathan Long dans sa saga Black Hearts), ambiance à la croisée de Dread Fleet et de Pirates des Caraïbes1, et personnages attachants. Le héros de l'histoire, un templier de Manann bourru et grande gueule répondant au nom d'Erkhart Dubnitz, est particulièrement savoureux, tout comme sa veule nemesis, le nécromancien Franco Fiducci. La survie des deux compères à la fin de la nouvelle laisse espérer le début d'une série de courts formats dédiés aux aventures de Dubnitz, sur le modèle de la saga Silver Skulls déroulée par Sarah Cawkwell durant la première saison de H&B. Au vu de la qualité de l'épisode-pilote, on ne va pas se plaindre.


1 : Et dans la continuité de The Gods Demand, un nouveau clin d’œil appuyé à Lovecraft : l’apparition soudaine des enfants de Strommfels (sorte d'hommes-bêtes visqueux et squameux) fait fortement penser au Cauchemar d'Innsmouth. J'applaudis des deux nageoires.


Fluff:

  • Marienburg (Unterdock): Cité construite sur un estuaire marécageux, Marienburg repose en grande partie sur des pontons et des digues. L'espace étant un luxe dans le plus grand port du Vieux Monde, il n'est guère étonnant que les soubassements de la ville aient été colonisés par ceux n'ayant ni les moyens, ni l'autorisation d'aller voir ailleurs. L'unterdock est donc le repaire de la lie des Marienburgers, et abrite même une forte population de mutants plus ou moins bestiaux, les spécimens les plus déformés étant des créatures de Stromfels, le dieu des Tempêtes et rival de Manann. Bien conscients du problème, les notables de Marienburg ont mis sur pied une milice (sewerjacks, soit les rats d’égouts) chargée de garder la zone sous (relatif) contrôle. Composée de prisonniers, de mercenaires et de gardes civils tombés en disgrâce, cette unité est parfois escortée de prêtres et de templiers de Manann dans le cadre de ses patrouilles.
  • Marienburg (monnaie): Selon Reynolds, c'est le Karl (Franz?) qui est utilisé comme devise.  
  • Ordre de Manann: Confrérie de chevaliers dévouée au service du dieu des Mers, le "très saint et très violent Ordre de Manann" (most holy and violent Order of Manann) recrute ses membres sur des critères de pure efficacité martiale et d'adresse au combat, ce qui explique pourquoi beaucoup de ces derniers ne soient pas de noble extraction, à commencer par le Grand Maître Ogg, ancien marchand piqué de politique et de pornographie tiléenne. Doté d'un trident à la place d'une main et d'une paranoïa aigüe, Ogg loue les services de ses templiers aux puissants de la cité, glanant par ce moyen de précieuses informations.
  • Rites de Manann: Les prêtres (et prêtresses, même si la superstition des gens de mer ne facilite pas la vie de ces dernières) de Manann peuvent invoquer la bénédiction de leur divinité tutélaire pour réaliser quelques tours de passe passe utiles à l'occasion, comme dissiper la brume à l'aide de sels sacrés ou invoquer des requins spectraux pour se défendre de leurs ennemis en versant leur sang sur des dents consacrées de squales.
  • Sifflet de Kadon: Dans la grande tradition des artéfacts invocateurs de monstruosités diverses et variées (Ravenor Rogue, Blood Of The Dragon, meute dorée de Gehenna), Kadon aurait donc façonné quelques goodies en plus de ses fameux parchemins d'asservissement. Le sifflet dont il est question dans Dead Calm attire tous les krakens, léviathans, requins, serpents de mer, murlocks, cabillauds et flétans à des lieus (haha) à la ronde. Contre-indiqué pour les maitres-nageurs sauveteurs.

 

Stromfel's Teeth

Révélation

Hammer & Bolter # 17/2012/24 pages

 

Deuxième volet de la série de nouvelles consacrée à Erkhart Dubnitz, et à travers lui au très humble et très violent Ordre de Manann, Stromfel’s Teeth permet à Josh Reynolds de poursuivre sa visite guidée de la plus célèbre, la plus riche, la plus corrompue et la plus humide cité-Etat du Vieux Monde. Et au petit jeu du « et si Marienburg m’était contée », force est de constater que Herr Reynolds fait tranquillement la course en tête, sa plume donnant vie aux quartiers et aux habitants du cru avec une aisance et une justesse fluffique dignes d’être notées (et appréciées).

 

Intrigue:
Marienburg, l’après-midi de la veille de Mitterfruhl (l’équinoxe du printemps du monde de Warhammer). Alors que les citadins vaquent tranquillement à leurs occupations, deux évènements sont sur le point de pourrir le groove de l’empereur. Le premier est l’arrivée d’une tempête assez costaude depuis la Mer des Griffes (ce qui n’est jamais une bonne nouvelle quand on a du linge étendu à sécher dehors). Soit. Le deuxième est l’arrivée de Street Sharks assez affamés dans la place, qui se solde immédiatement par une panique monstre et des morts en pagaille. Pas glop.

 

Sommés d’agir par les autorités compétentes, Dubnitz et ses condisciples, menés par l’inénarrable Dietrich Ogg (Grand Maître manchot, brutal et obséquieux – car non ces trois termes ne sont pas antinomiques – de l’Ordre de Manann), se lancent à la poursuite des quatre fils du docteur Bolton1, avec des résultats concluants malgré quelques pertes du côté des templiers. Dépêché en renfort de la garnison du temple de Manann, assiégé par une foule aussi bienveillante et ouverte d’esprit qu’un bataillon de partisans de Donald Trump défoncés à la bière en goguette dans un Chipotle, Dubnitz croise la route d’une ancienne connaissance (Esme Goodweather, prêtresse de l’Ordre de l’Albatros, déjà croisée dans Dead Calm), dont les tours de passe-passe et l’intuition salutaire2 permettront à l’enquête menée par notre jovial héros d’être bouclée rapidement et (presque) proprement. On ne change pas une équipe qui gagne.


: Le plus drôle étant que le personnage se révélant le plus efficace dans la traque des hommes requins est un look-alike du Dr Paradigm.


2 : Détective en chef de Marienburg : « Hmmm, une affaire compliquée c’est certain. Nous n’avons pas la moindre piste pour remonter à l’origine de cette soudaine épidémie squalide. »
Dubnitz : « J’aurais dit carcharodienne. »
Détective en chef de Marienburg : « Les deux sont tolérés, mais venons-en au fait. – inspecte le cadavre de Ripster – L’individu ne portait rien d’autre qu’un pantalon rapiécé et une sorte d’amulette taillée dans une dent de requin et portant le symbole de Stromfels autour du cou. Fascinant… »

Dubnitz : « Quoi donc ? »
Détective en chef de Marienburg : « Je viens de réaliser à l’instant que la somme des chiffres composant les nombres divisibles par neuf est elle-même divisible par neuf. C’est extraordinaire… mais malheureusement sans la moindre utilité pour le cas qui nous intéresse. Je crains fort qu’il ne nous faille classer ce dossier. »
Dubnitz : « C’est regrettable mais puisque l’enquête se retrouve dans un cul de sac… Ca nous laissera plus de temps pour essayer de la mettre la main sur cet individu louche qui a été vu en train de distribuer des colifichets tout à fait similaires à celui que le suspect avait sur lui au moment où il s’est transformé en requin. Deux affaires tout à fait distinctes, bien sûr. »
Goodweather : « Vous allez rire, mais j’ai peut-être une idée… »


Avis:
Stromfel’s Teeth est la confirmation des débuts prometteurs du moins australien des Reynolds de la Black Library dans le sous genre, assez délicat à manier (demandez à Sarah Cawkwell), de la nouvelle sérialisée. Dans la droite ligne de ce que C. L. Werner avait réussi à faire avec son personnage de Brunner, Josh parvient à faire vivre à ses personnages récurrents des aventures rythmées, prenantes et bien construites, en n’oubliant ni de faire évoluer ces derniers d’un opus à l’autre (on apprend ainsi en cours de récit que Dubnitz et Goodweather ont eu une liaison qui s’est mal terminée entre Dead Calm  et Stromfel’s Teeth), ni d’incorporer de nombreuses informations fluffiques plus ou moins importantes mais toujours à propos et en cohérence avec le background canonique. Le petit plus de Reynolds par rapport à son illustre aîné est qu’il parvient même à franchement tirer sur la veine humoristique, la truculence de son héros débouchant sur quelques dialogues particulièrement savoureux (1/2). Ca aura pris plus d’un an, mais les « Hot New Talents » promis en ouverture du premier numéro de Hammer & Bolter ont enfin trouvé leur chef de file.


Fluff:

  • Ordre de Manann : Ces templiers arborent des armures émeraude et turquoise, gravées de motifs représentants des poissons. Ils sont armés de tridents, suffisamment lourds pour pouvoir être utilisés comme lances de cavalerie lors de charges montées, et suffisamment légers pour être projetés sur l’ennemi comme une javeline en cas de besoin.
  • Rites de Manann : Les prêtres de Manann peuvent repousser leurs ennemis en leur lançant des écailles de poissons en uranium appauvri (ou traitement similaire, au vu des effets des projectiles sur un corps humain). Ils sont également de convoquer une vapeur d’eau imprégnée de GHB (comprendre que celui qui la respire fait tout ce que le conjurateur lui demande… tant qu’il ne recrache pas la latte) à partir d’eau de pluie.
  • Marienburg (Marsh Watch/Garde du Marais) : Régiment de Marienburg, probablement chargé de sécuriser les alentours de la cité-Etat afin de ne pas décourager le commerce. Les hommes de la Garde arborent le trident doré de Manann sur leur uniforme, et sont placés sous l’autorité du Lord Justicar de Marienburg (fonction détenue par un certain Aloysius Ambrosius, as du long fusil du Hochland malgré qu’il n’ait plus qu’un œil).
  • Marienburg (quartier de la Tannerie) : Regroupe logiquement toutes les tanneries de la ville, et est très mal famé. Abrite un marché aux mendiants (Beggar’s Market) en son centre.
  • Marienburg (institution) : Les manteaux bleus (blue-coats) sont les enfants abandonnés des quartiers pauvres de Marienburg, appelés ainsi à cause de leurs manteaux teints en bleu, donnés par les prêtres qui gèrent les maisons de correction de la rue du goudron (Tar Street). Ils subsistent en faisant les poches des badauds et en servant d’informateurs à qui peut les payer.
  • Stromfels : Dieu des pirates, des tempêtes et de requins. Il incarne l’océan destructeur et meurtrier, quand Manann représente l’océan pourvoyeur de ressources et de richesses. Son culte est interdit à Marienburg, mais quelques sectes le vénèrent en secret et lui offrent de temps à autre un sacrifice humain. Son jour sacré est Mitterfruhl, c’est-à-dire le début de la saison des pluies (et des tempêtes).

 

Lords of the Marsh

Révélation

Hammer & Bolter # 20/2012/23 pages

  
Une fois n’est pas coutume, Reynolds fait quitter à Dubnitz les bucoliques canaux de Marienburg et choisit de situer l’action de sa nouvelle dans les marais de l’estuaire du Reik.

Intrigue:
Envoyé par le Grand Maître Ogg en Averland afin de sécuriser un approvisionnement de destriers pour le compte de l’Ordre de Manann, notre héros est sur le chemin du retour en compagnie de deux représentants de la famille Sark, lignée de marchands ayant fait fortune dans l’élevage de chevaux. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Erkhart ne s’était pas, avec l’enthousiasme qu’on lui connaît, compromis quelques jours auparavant avec la moitié la plus gironde des plénipotentiaires Sark, au grand outrage de l’autre émissaire Averlander (frère de la précédente), très décidé à faire goûter à ce fripon de Dubnitz l’acier de sa rapière à titre de dédommagement. L’incident trouvant rapidement une conclusion (presque) non-violente par le biais d’un amical coup de boule assené par le templier au marchand, l’agitation retombe peu à peu sur le pont de la barge transportant tout ce beau monde vers sa destination… en même temps qu’un brouillard à couper au braquemart, dont on devine rapidement qu’il n’a rien de naturel. Et en effet, c’est le moment que choisit une bande de pirates menée par le tristement célèbre Quintus Fulmeyer, aussi connu sous le nom de Chien des Marais, pour aborder le bateau et, après un bref mais sanglant combat se terminant par la victoire des assaillants et la chute de Dubnitz dans le Reik, faire main basse sur sa cargaison.


Un templier de Manann ne pouvant pas décemment finir sa carrière noyé, le coriace Dubnitz réussit malgré tout à rejoindre la terre (plus ou moins) ferme, et se lance à la poursuite de Fulmeyer et de ses captifs, guidé par un pirate pas vraiment enchanté de se retrouver au cœur des étendues sauvages du Pays Perdu en pleine nuit, et à la merci des mystérieux « Seigneurs des Marais » auxquels les prisonniers doivent être sacrifiés avant la venue du jour. Intrigué par le salmigondis de son compagnon, Dubnitz essaie de lui tirer les vers du nez au sujet des protecteurs de Fulmeyer, mais ne parvient à rien de très concluant avant que le flibustier ne fasse une Charles VIII (comprendre qu’il décède brusquement de s’être cogné très fort la tête) sur une des pierres levées qui parsèment cette partie des marais. Soupçonnant l’intervention d’une tierce partie dans cette mort pas vraiment naturelle, notre héros n’a pas le temps de pousser très loin son investigation, son errance dans les marécages l’ayant conduit tout droit sur le chemin du reste des pirates. Déterminé à vendre chèrement sa vie contre ces immondes fripouilles, Dubnitz n’a pas le temps de se lancer à l’assaut des adorateurs de Stromfels que Fulmeyer dégaine un cor un peu spécial, dont la sonnerie a pour effet immédiat de faire tomber une brume des plus épaisses, d’où émergent finalement ceux que le lecteur un tant soit peu informé attendait depuis le début de la nouvelle, j’ai nommé les Fimirs1.


Profitant de l’attitude pour le moins attentiste des fameux Seigneurs des Marais, apparemment très à cheval sur le fait que leurs prisonniers soient dépourvus de toute volonté belliqueuse, et qui voient donc d’un mauvais œil (haha) la mauvaise volonté manifeste dont fait preuve Dubnitz à l’idée d’être faceplant-é de force contre une des pierres de sacrifice Fimir2, le templier passe à l’action et engage Fulmeyer au corps à corps pendant que les Sark et les marins survivants font de même avec les pirates. Après une brève échauffourée au cours de laquelle notre héros réussit à confisquer l’instrument de son adversaire et à congédier les mécènes de ce dernier en sonnant la fin de la récré (comme on l’a vu plus haut, les Fimirs sont procéduriers à l’extrême, et n’eurent donc pas d’autre choix que de repartir dans la brume même si cela ne les arrangeait pas vraiment), les rescapés du camp des gentils repartent clopin-clopant vers Marienburg, non sans avoir laissé Fulmeyer et ses nervis derrière eux en guise de compensation. Tout le monde est content (ou presque).


1 : On notera au passage qu’il s’agit de la deuxième nouvelle publiée dans Hammer & Bolter à intégrer ces sympathiques cyclopes à son casting (la première étant Marshlight de C.L. Werner – Hammer & Bolter #8). Pas mal pour une race délaissée par Games Workshop depuis la fin des années 80 !  


2 : La méthode d’exécution employée par les Fimirs n’est en effet pas piquée des vers. Le prisonnier est hissé en haut de la pierre où une corde lui est passée autour du cou, puis est précipité en contrebas. La corde étant plus courte que la hauteur de la chute, le malheureux s’écrase tête la première à la surface du rocher, avec des conséquences généralement fatales. Les Fimirs de Reynolds ont l’air d’être passés maîtres dans cette technique, mais le mode opératoire me paraît toute de même très compliqué, pour une efficacité loin d’être garantie (ça doit tout de même faire très mal, je le reconnais). Josh Reynolds étant un des auteurs les plus calés en matière de fluff, je pensais qu’il avait tiré ce particularisme d’un ancien texte de background, mais n’ai rien trouvé à ce sujet.


Avis:
Josh Reynolds a beau être mon auteur préféré parmi la jeune génération de la BL, et Erkhart Dubnitz être un des personnages les plus agréables à suivre parmi la ménagerie de protagonistes de Warhammer Fantasy développée au fil des ans, j’ai trouvé son Lords of the Marsh franchement en deçà de ses précédentes contributions. Sans être indigente, sa nouvelle pâtit surtout des nombreuses zones d’ombres entourant les Fimirs, dont les motivations et la nature de l’arrangement qu’ils ont conclu avec Fulmeyer restent trop nébuleuses pour permettre au lecteur d’apprécier à sa juste valeur l’inclusion de mythiques démons des marais de GW à l’intrigue. On ne comprend ainsi pas pourquoi les bad Alfs refusent absolument de toucher à Dubnitz tant que ce dernier fait mine de se rebeller contre son sort, alors qu’ils n’ont eu aucun scrupule à fracasser le crâne de son guide quelques minutes plus tôt (lequel ne devait pas être non plus franchement emballé par l’idée de repeindre le menhir le plus proche avec son liquide céphalo-rachidien), ni de faire subir le même sort à Fulmeyer et au restant de sa bande de bras cassés après qu’ils aient été sommairement bannis par le chevalier de l’OM (Ordre de Manann, pour ceux qui ne suivraient pas). De même, l’intérêt pour nos batraciens photophobiques de recourir aux services d’hommes de main pour leur livrer leurs victimes à domicile (c’est du Deliveroo customisé) est loin d’être évident, puisque ces derniers disposent déjà de toutes les compétences nécessaires pour aborder les navires passant à proximité de leurs antres, et n’ont pas particulièrement besoin de mercenaires pour leur faciliter le boulot.


Au niveau de la forme, j’ai également pu noter quelques marques de relâchement de la part d’un auteur jusqu’à présent irréprochable de ce côté-là. Mots manquants dans certains passages (à moins que Reynolds n’ait utilisé des tournures anglaises dont je n’ai pas réussi à percer le sens, ce qui est à la portée de notre homme), personnages secondaires moins bien développés que précédemment, et construction du récit moins dynamique et fluide, furent autant de petites scories venant dégrader le plaisir de lecture, comme si Reynolds n’avait pas eu l’envie ou le loisir de livrer un texte aussi peaufiné qu’à son habitude. On se consolera toutefois en notant que la partie fluff est elle restée égale à elle-même, c’est-à-dire conséquente et pertinente, ce qui constitue une source de satisfaction certaine. On ne peut qu’espérer que ce (léger) coup de moins bien sera rapidement corrigé par un Josh Reynolds dont on peut légitimement attendre beaucoup, beaucoup mieux.

 

Fluff:

  • Ordre de Manann: Considéré comme un Work In Progress par son propre Grand-Maître, ce qui suggère une fondation récente. Ses membres apprennent comment nager en armure complète. Haine particulière pour les pirates, qui vénèrent Stromfels, l'adversaire de Manann.
  • Culte de Manann: Manann est le dieu des mers et des rivières.
  • Régiment de renom: Les Blacklegs (jambes/chausses noires) de Nuln. Bretteurs renommés, louant leurs services aux plus offrants.
  • Pays Perdu: Il y a des gobelins des marais dans les marécages qui entourent Marienburg. Il y a aussi des Fimirs, mais ça tout le monde le sait.
  • Fimirs: Chassés dans les marais des Wastelands par Sigmar et Marius the Fenwolf, roi des Jutones. Ils peuvent se téléporter de poche de brouillard en poche de brouillard. Ils ne peuvent littéralement pas sortir de la brume, et sont brûlés par la lumière du soleil. Leurs croyances nécessitent des sacrifices, exécutés par lapidation inversée (la victime est lancée sur la pierre jusqu'à ce que mort s'ensuive, et pas le contraire).

 

Dead Man's Party

Révélation

Hammer & Bolter # 21/2012/20 pages


Intrigue:
Comme indiqué par son titre, Dead Man’s Party met en scène une petite sauterie, organisée par le Grand Maître Ogg pour un potentiel généreux donateur, Bernard Lomax. Ce dernier, incarnation vivante (au début du récit en tout cas) du marchand Marienburger aussi fabuleusement riche qu’incroyablement pingre, est en effet prêt à tout pour flouer sa famille de l’héritage que son grand âge lui fait espérer sous les plus brefs délais. Si l’histoire ne dit pas pourquoi Bernie a porté son choix sur le très saint et très humble Ordre de Manann, ce dernier a toutefois sauté sur l’occasion et accepté sans rechigner l’unique condition que le Lorax a formulé à la modification de son testament en sa faveur, à savoir participer à la plus grosse teuf imaginable. That’s right punks, Nanard wants to party hard. Chaperonné par Dubnitz et un autre chevalier dénommé Piet Van Taal1, Lomax descend donc dans les bas-fonds de Marienburg comme la vérole sur le bas clergé pour un one night stand homérique, bien décidé à rattraper ses décennies de sobriété et d’abstinence en se mettant absolument minable.


Malheureusement pour notre trio, les réjouissances sont brutalement interrompues en plein before par un carreau d’arbalète, qui vient clouer la chope de Bernie à son occiput, avec des conséquences évidemment fatales pour le pauvre bougre. Mise au courant du coup de p*** ourdi par le patriarche, la descendance Lomax a en effet cassée sa tirelire pour se payer les services d’un assassin et ainsi empêcher le nouveau testament de prendre effet. Anticipant le déplaisir d’Ogg s’il venait à apprendre la disparition précoce de son futur mécène, Dubnitz décide de continuer la fête comme si de rien n’était, quitte à trimballer le cadavre de Bernard de taverne en taverne en faisant passer le macchabée pour simplement torché, le but de la manœuvre étant de faire « survivre » Lomax jusqu’au chant du coq et ainsi empocher le magot tant convoité. Plan brillant s’il en est, mais dont l’exécution se trouve légèrement compliquée par le fait que l’aimante famille de Herr Bernard a littéralement mis tous les assassins de Marienburg sur le coup, ce qui transforme rapidement la fiesta en battle royale entre coupe-gorges. Dubnitz réussira-t-il à sauver les apparences assez longtemps pour remplir les coffres du très saint et très fauché Ordre de Manann ?


: Je sais ce que vous vous dîtes : comment un type avec un blaze pareil a pu finir templier de Manann ? C’est à peu près aussi crédible qu’un évêque s’appelant Mustapha Islam ou un imam nommé Salomon Blumstein. À croire que le monde de Warhammer est plus ouvert que le nôtre sur certains aspects.


Avis:
Après un Lords of the Marsh en demi-teinte, Reynolds revient en grande forme et offre à son personnage fétiche un tomber de rideau digne de ce nom, avec une aventure aussi rythmée que drolatique. Difficile de voir dans l’argument de Dead Man’s Party autre chose qu’un prétexte pour confronter Erkhart Dubnitz à la faune la plus pittoresque qui soit1, dans une débauche d’action frénétique dont l’impeccable chorégraphie constitue la principale raison d’être. Cependant, le côté second degré de l’objet est totalement assumé par un Josh Reynolds ayant le bon goût de s’amuser avec le fluff et l’esprit de Warhammer Fantasy plutôt que de le tourner en dérision, comme certains auteurs l’ont parfois fait (se référer aux Grunsonn’s Marauders d’Andy Jones), ce qui permet à son propos de ne pas sombrer dans la facilité et la complaisance.


Ajoutez à cela quelques références savamment instillées dans le récit, qu’il s’agisse d’un simple clin d’œil adressé à Sam Warble et Zavant Konninger, deux figures historiques de la Black Library (et à travers eux, aux fidèles lecteurs de cette dernière), ou bien d’un pastiche en bonne et due forme de la fameuse série Blackadder2, joyau d’humour british revisitant avec bonheur la turbulente histoire du Royaume Uni entre le Moyen-Âge et la Première Guerre Mondiale, et vous aurez une image assez fidèle de l’objet du délit, dont la lecture est très vivement conseillée à tous ceux qui voudraient expérimenter autre chose que la traditionnelle nouvelle med-fan grimdark qui constitue le mètre étalon de la BL depuis maintenant une décennie. Dead Man’s Party est une histoire comme la maison d’édition de Nottingham n’en publie(ra) plus, et il est à mettre au crédit de Josh Reynolds d’avoir convaincu ses patrons de faire figurer cette curiosité au sommaire du webzine littéraire officiel de GW en 2012.


Même s’il est toujours triste de voir un personnage attachant comme Erkhart Dubnitz tirer sa révérence, le panache avec lequel Reynolds a orchestré la sortie de scène de son héros donne cependant à espérer pour les publications à venir de la BL, ce qui est toujours ça de pris en cette époque incertaine.

 
: Jugez plutôt : arbalétrier tiléen, hashashin arabien, pistolero cathayen, disciples de Khaine, rôdeur halfling, bretonnien maître de la danse de guerre des elfes sylvains, clowns homicidaires et cracheurs de feu, cowboy Middenheimer, pigeons grenadiers… Il y en a pour tous les goûts !


2 : Reynolds vend la mèche assez tôt dans la nouvelle en mettant dans la bouche de son héros la catchphrase la plus célèbre de la série (I’ve got a cunning plan), mais l’intrigue de Dead Man’s Party reprend également des éléments des épisodes The Archbishop et Head des saisons I et II.


Fluff:

  • Fête religieuse: Le festival de la marée du printemps (Spring Tide) est une période de célébration dédiée à Manann et communément célébrée à Marienburg. À cette occasion, la ville entière descend dans la rue pour rendre hommage à la divinité, ce qui passe surtout par une journée et une nuit de fête aux proportions épiques! Un spectacle courant est de voir des passants arpenter les rues avec des bâtons surmontés par une cage dans laquelle est enfermée une mouette (pauvre bête), ou se jeter des baquets d'eau de mer à la face. Les enfants jettent des algues séchées multicolores dans les canaux de la cité sur le passage de la grande barge de Manann, depuis laquelle le grand prêtre bénit la foule en liesse.
  • Ordre de Manann (fait d'arme): L’ordre de Manann a nettoyé un repaire de skavens situé sous Marienburg quelques années avant la fin des temps. Ses membres peuvent depuis boire gratuitement dans les tavernes de la ville.
  • Culte de Khaine: Fraternité du Meurtre de Khaine, aussi connue sous  les noms de moines du massacre ou prêtres de la boucherie. Assassins les plus réputés de Marienburg. Dévôts de Khaine qui tuent avec un zèle religieux. Ils sont 12 et portent des masques de cuivre représentant des faciès de démons grimaçants. Ils manient des kriss.

 

"Elémentaire mon cher Vido": Zavant Konniger (2)

 

The Problem of Three-Toll Bridge

Révélation

Hammer & Bolter #25/2012/18 pages 

 

Créé par Gordon Rennie il y a maintenant presque 20 ans, le personnage de Konniger a connu son heure de gloire au début des années 2000, période à laquelle il eut droit à son propre recueil de nouvelles (sobrement appelé Zavant – 2002) ainsi qu’à une figuration dans une autre anthologie, assez connue du public francophone car traduite par la BI peu de temps après sa publication : Swords of the Empire/Les Epées de l’Empire (2001). Adaptation/pastiche de Sherlock Holmes à la sauce WFB, Zavant Konniger s’inscrit dans la lignée des héros de la BL pour qui le recours à la violence constitue un échec plutôt qu’une raison de vivre ou un passe-temps agréable, cénacle très restreint dans lequel on retrouve les grands anciens Sam Warble et Orfeo, ainsi que le trublion Ciaphas Cain pour le riant univers de 40K. Cette inclinaison « pacifiste » s’inscrivant en faux de la ligne éditoriale prise par la BL depuis maintenant une bonne quinzaine d’années, il est somme toute normal, même si regrettable, que les représentants de cette école non-violentes aient (presque) tous disparus des radars du lecteur de la Black Library. L’apparition de cette vieille ganache de Konniger, dix ans après sa dernière pige, constituait donc un surprise de taille, heureuse cela va de soi, et à savourer comme il se doit car n’ayant débouché sur rien de concret, un deuxième court format commis par le même Reynolds dans la foulée de The Problem… (The Riddle of Scorpions) mis à part. Les lecteurs souhaitant approfondir cette petite note de cadrage sont invités à consulter la chronique détaillée que leur serviteur a dédiée au bouquin Zavant il y a quelques années, et les autres peuvent enchaîner de suite avec la suite de cette analyse.

 

Intrigue:

Nous retrouvons donc notre duo (car Konniger est toujours accompagné de son serviteur halfling, Vido) de héros dans une chambre froide d’Altdorf, occupé à inspecter le cadavre d’un duelliste malheureux répondant au nom de Wolfgang Krassner. Ce dernier a en effet récemment croisé le chemin d’un adversaire apparemment meilleur que lui au maniement des armes, un dénommé Felix Jaeger, étudiant à tendance révolutionnaire, aspirant poète et pas encore commémorateur du fameux Gotrek, qui languit depuis dans une cellule en attendant son exécution prochaine. Alors que tous les observateurs s’attendaient à ce que Krassner, duelliste semi-professionnel et tueur à sang froid homologué, ne fasse qu’une bouchée du novice Jager, l’impensable s’est produit, conduisant au final le père de Felix à louer les services de Zavant pour tenter de sauver son fiston de la potence (spoiler alert qui n’en est pas une : il va réussir).

 

Suivant le schéma classique d’une investigation criminelle, The Problem… nous entraîne à la suite du grand Zavant et du petit Vido sur les différents lieux de l’enquête, depuis la morgue improvisée de Luitpolstrasse jusqu’aux bouges mal famés du vieil Altdorf, en passant par la cellule de Felix dans un pilier du fameux Three-Toll Bridge, à la rencontre des témoins clés de cette sinistre affaire et à la recherche des indices qui permettront à Konniger et son énorme cerveau (il doit surcompenser quelque chose, c’est évident) de tirer les choses au clair. Alors que l’agitation gronde dans la capitale impériale et qu’une nuit d’émeutes se prépare dans une tension palpable1, notre duo de choc parviendra-t-il à faire éclater la vérité, et à résoudre le problème (fiscal en même temps que policier, car trois taxes sur un seul bâtiment, c’est vraiment excessif) du pont tri-péagé ?

 

1 : Sans rire, c’est les Gilets Jaunes (Surcôts d’Or ?) à Warhammer cette histoire. Des bandes de manifestants énervés contre les taxes décrétées par le nouvel Empereur, et prêts à tout péter pour se faire entendre, ça ne vous évoque rien ? Méfions-nous du parallèle ceci dit, car le Vieux Monde n’était plus qu’à un quart de siècle de sa destruction à partir de ce moment…

 

Avis:

Ayant déjà pu dire tout le bien que je pensais (en règle générale) de Josh Reynolds à l’occasion des critiques de ses précédentes soumissions dans Hammer & Bolter, je vais essayer d’innover en abordant un aspect de son style qui n’avait jusqu’alors eu peu de place pour s’exprimer, et que The Problem… a permis de mettre sur le devant de la scène : sa miscibilité avec l’œuvre de ses petits camarades de jeu. Par ce terme barbare, je souhaite mettre l’accent sur la capacité assez rare parmi les auteurs de la BL de tirer parti des publications de leurs camarades dans leurs propres récits (ce qui conduit généralement à un « cloisonnement » de ces derniers les uns par rapport aux autres, les seules passerelles étant les informations générales données dans les GBR/N et les Livres d’Armée ou Codex), et au-delà, d’emprunter de manière non empruntée (c’est là l’enjeu) les personnages d’un tiers. Outre une solide connaissance du background établi, et ce dans le sens le plus large qui soit, cela nécessite également un pouvoir d’assimilation des caractéristiques essentielles des personnages en questions, doublé d’un remarquable talent de restitution, afin de pouvoir « donner le change » de manière convaincante. On aurait pu penser que le lancement de l’Hérésie d’Horus aurait naturellement poussé les auteurs de la BL à perfectionner cette facette de leur talent, mais l’expérience (et quelques dizaines de bouquins) ont amplement démontré que c’était loin d’être le cas pour tout le monde. Principales victimes de cette inégale répartition des compétences, les guest stars de l’HH (Pépé & Sons), qui louvoient entre brillance surhumaine et imbécilité crasse selon qu’ils aient la chance ou le malheur d’être mis en scène par un cador ou un tâcheron.

 

Si on repasse du côté med-fan, il n’y a guère que Nathan Long qui a su faire ses preuves dans l’exercice, en redonnant à Gotrek et Felix un peu de leur lustre d’antan, après que Bill King se soit consciencieusement savonné la planche en sombrant, tome après tome, dans les bas-fonds du hack & slash. Il est d’ailleurs instructif de pousser un peu plus cet exemple en se remémorant les tentatives, unanimement peu concluantes, d’autres auteurs de se frotter au couple le plus iconique de la BL dans les pages de Hammer & Bolter. Que l’on considère A Place of Quiet Assembly de John Brunner (H&B #1), The Tilean’s Talisman de David Guymer (H&B #14) ou The Oberwald Ripper de Laurie Goulding (H&B 18), aucun ne correspond vraiment au cahier des charges G&F, tel qu’il a été posé, nouvelle après roman (et vice versa), par King et Long. Cela ne veut pas dire que toutes ces tentatives aient été mauvaises, mais il est flagrant qu’elles ont été écrites par des auteurs ne maîtrisant pas totalement leur sujet, pour une raison ou pour une autre. Là où Reynolds fait fort, c’est qu’il réussit un exercice de double appropriation, puisqu’il se saisit à la fois de la moitié blonde et pimbêche de la paire tueuse, mais également de l’impayable Zavant Konniger de Gordon Rennie, avec des résultats franchement convaincants. Et je ne m’attarderai même pas sur les easter eggs fluffiques que Josh a glissé dans ses lignes à destination des lecteurs les plus assidus de la BL, et qui dénotent encore une fois d’une solide, très solide, culture warhammeristique. Je ne sais pas si c’est bien sur un CV, mais en tout cas, c’est plaisant à lire.

 

Afin de ne pas passer pour un flagorneur éhonté, je reprocherai tout de même à The Problem… le peu d’effort investi par l’auteur pour livrer une enquête un tant soit peu challengeante  au lecteur. En d’autres termes, il ne sert à rien de lire avec le plus grand soin cette nouvelle à la recherche d’indices cachés annonçant de manière discrète un dénouement spectaculaire mais soigneusement préparé, car il n’en est rien. Vous identifierez sans mal la faction responsable des problèmes du pauvre Felix si vous avez des connaissances rudimentaires de fluff et quatre sous de bon sens, mais ne pourrez en faire autant avec le malfaiteur en lui-même, à moins d’être incollable sur la petite galerie de personnages gravitant autour de Konniger dans les nouvelles de Rennie. Ce n’est pas ça qui ternira le plaisir de lecture d’une nouvelle qui, rien que pour la balade à laquelle Reynolds nous convie dans l’Altdorf du fraîchement élu Karl Franz, encore loin des heures sombres de la Fin des Temps1 mérite amplement le détour, mais après tout ce que le bonhomme a démontré comme talent, je ne peux m’empêcher de penser que ce dernier aurait pu soigner cet aspect avec des résultats satisfaisants, voire superlatifs. Que voulez-vous que je vous dise, je m’habitue vite à la compétence…

 

1 : Ironie de l’histoire, ces dernières étaient sûrement en train d’être ébauchées par le même homme au moment de la publication de The Problem…

 

Fluff:

  • Felix Jaeger: Fils de Gustav et Renata Jaeger, 2ème enfant du couple. Il a deux frères. A été proche du mouvement de mock beggars (voir ci-dessous) pendant qu'il étudiait à l'université d'Altdorf, où il militait pour des actions de désobéissance civique plutôt qur pour des actions révolutionnaires. Il a écrit The Call to (Metaphorical) Arms et The Summons to (Literal) Action durant cette période.
  • Karl Franz: Il a rendu la pratique du duel illégale peu de temps après son couronnement (ce qui explique ppourquoi Felix se retrouve en prison après son esclandre avec Wolfgang Krassner).
  • Mock-beggars: Agitateurs d’obédience et sensibilité politique différentes, unis par la protestation contre les nouvelles taxes de Karl Franz. Les gilets jaunes de l’Empire !   
  • The Great Fog Riot: Emeute massive ayant pris place à Reiksdorf peu avant/après le couronnement de Karl Franz.
  • Gangs of New-York Altdorf: Reynolds nomme The Hooks and the Fishes et The Crab Street Claws, actifs dans la zone fluviale de la cité.

 

How Vido Learned the Trick

Révélation

 

Inferno! #1/2018/16 pages 

 

Intrigue:

Surpris dans l’exercice de ses fonctions, qui consistent, entre autres choses, à ravitailler son maître en fagots et en saucisse, Vido se retrouve nez à arbalète de poing cathayenne dans les appartements de Konniger, et pressé de questions par un assassin bretonnien Marienburger aussi languide que déterminé, répondant au doux nom de Brochet (Pike en anglais – vous avouerez que Gardon ou Tanche n’auraient pas eu le même effet -). Exploitant l’indolence du reître, apparemment bien fatigué par l’escalade jusqu’à la fenêtre du Sage Détective et peu enclin à passer les lieux au peigne fin pour débusquer sa proie s’il peut exploiter le travail d’autrui à la place, Vido tente tant bien que mal de retracer le parcours de son maître au cours des dernières heures, autant afin d’empêcher le Bro’ d’utiliser son atout carreau que pour tenter de prévenir Konniger du péril en la demeure (c’est le cas de le dire). Pour ce faire, il faudra à notre cérébral Halfling mettre à profit tous les trucs et astuces glanés au contact de son infaillible employeur… sans oublier son propre bagage de compétences de mauvais sujet repenti, lorsque les choses commenceront à dégénérer. Pas étonnant que les métiers d’aide à la personne aient du mal à trouver preneur, si vous voulez mon avis.

 

Avis:

Drôle d’exercice de style que cette courte nouvelle, qui oscille entre énigme « policière » (où est Konniger ?) et course poursuite sur les toits entre Vido et le Capitaine Brochet. Si le style de Josh Reynolds et sa familiarité avec les personnages qu’il met en scène lui assurent une soumission tout ce qu’il y a de plus correct, ce mash-up de partis pris littéraires n’apparaît pas comme l’œuvre la plus aboutie de l’auteur, d’autant plus que ce dernier ne se donne même pas la peine de révéler de façon claire le fin mot de l’histoire à propos du mystère posé en introduction. Mis à part l’utilisation de what mille miroirs par un Zavant adepte de la réflexion (ha ha), on ne ressort guère instruit de la lecture de How Vido Learned the Trick1 quant aux moyens utilisés par le célèbre détective pour tromper la vigilance de son assassin. C’est d’autant plus dommage car un twist final, ou en tout cas, l’exposition par l’auteur du raisonnement logique qui aurait pu/dû conduire le lecteur à résoudre le mystère auquel il a été confronté, fait clairement partie du cahier des charges de ce genre de nouvelle, ce qu’un auteur du standard de Josh Reynolds ne pouvait pas ne pas savoir. Bref, un nouveau fond de tiroir exhumé par la BL, dont la persistance à publier des histoires se déroulant dans feu le Monde qui Fut s’apparente plus à de l’opportunisme qu’à de la nostalgie. Espérons juste que Konniger et Vido ne tirent pas leur révérence sur ce demi-flop, et que l’on permettra à JR de corriger le tir avec une conclusion digne du statut de ces personnages dans un futur pas trop lointain. Ce serait bien la moindre des choses.

 

1 : Un clin d’oeil à une véritable nouvelle de Conan Doyle : How Watson Learned the Trick.

 

Fluff:

  • Cathay (culture) : Maîtrise la technologie de l’arbalète de poing, du narguilé (smoke flute) et a 72 mots pour exprimer le meurtre, alors que la Tilée n’en a « que » 12.
  • Empire (culture) : Le Stirland Sour est un type de fromage que l’on peut trouver dans les marchés d’Altdorf.
  • Marienburg (culture) : La ville possède un Grand Temple dédié à Handrich. Silt-weed: une sorte de tabac populaire auprès des dockers de Marienburg, et des forçats de Rijker Island, qui l’utilisent comme monnaie d’échange. Fumé dans du papier et non dans une pipe. L’usage tache les lèvres et les dents.

 

 

Autres (4)

 

The First Duty

Révélation

Hammer & Bolter #6/2011/21 pages 

 

Intrigue:
Le récit nous entraîne sur les traces de Hector Goetz, chevalier impérial ayant fraîchement gagné ses éperons, lancé avec ses hommes à la poursuite d'une bande d'hommes-bêtes, quelque part dans le Talabecland profond. Outre le fait que l'inexpérience de Goetz et les inévitables questionnements métaphysiques qui vont avec n'améliorent pas vraiment l'aura de leadership de ce dernier, il doit de plus composer avec les relations assez tendues qu'entretiennent les deux "régiments" de sa force, à savoir une bande de rednecks superstitieux vêtus de peaux de bêtes et une poignée de miliciens totalement convaincus de leur supériorité sur les bouseux susnommés. Comme les chefs de ces deux groupes (Lothar pour les ruraux, Hoffman pour les urbains) passent le plus clair de leur temps à s'accuser mutuellement d'être de mèche avec les chaoteux, l'air devient rapidement irrespirable dans les rangs impériaux, Goetz se contentant pour sa part d'essayer de recoller les morceaux entre péquenauds et bourgeois.

 

Avis:
Comme pour beaucoup de nouvelles écrites par des auteurs free-lance pour le compte de la BL, l'intérêt de The First Duty ne réside pas tant dans son apport au fluff (que Reynolds semble par ailleurs bien maîtriser, ce qui n'est pas toujours le cas des contributeurs occasionnels à H&B), mais plutôt dans les rapports entre les personnages, plus fouillés qu'à l'ordinaire. La tension entre Lothar et Hoffman va ainsi crescendo, chacun essayant de persuader Goetz, et le lecteur avec lui, que l'autre est un traître en puissance. Étant donné le peu de pages mis à la disposition de Reynolds pour faire monter la sauce, je trouve que ce dernier s'en sort très honorablement.

 

Malheureusement, il ne parviendra pas à réitérer cette performance au moment de conclure sa nouvelle (car même s'ils se montrent très discrets, les hommes-bêtes devront bien être trucidés pour que tout se finisse à peu près bien), et on assiste d'un il distrait à l'assaut téméraire de Goetz et de ses derniers hommes contre les affreux mutants. L'auteur a beau user de toutes les ficelles à sa disposition pour nous rendre un brin empathique au destin de ses héros (tout y passe, depuis les gentils se battant à un contre trois cent quatorze, jusqu'à l'entité absolument maléfique encore en gestation et qu'il s'agit de tuer avant qu'il ne soit trop tard, en passant par le sacrifice d'un personnage principal au nom du bien suprême), rien n'y fait. Dommage.

 

Fluff:
Une nouvelle se déroulant dans un trou perdu au milieu de rien, pour reprendre la formule consacrée, et dont les protagonistes ne sont que des grunts de base. Autant vous dire qu'il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent.

 

The Gods Demand

Révélation

Hammer & Bolter #11/2011/23 pages


Intrigue:
Le retour de Josh Reynolds dans les pages de Hammer & Bolter, cinq mois après son honnête The First Duty s'effectue en terrain connu, mais à une échelle supérieure. Le temps des patrouilles dans la banlieue du Talabecland, à traquer des enfants du Chaos de niveau 2,7 en compagnie d'une poignée de rednecks (les fans du chevalier Hector Goetz, héros de The First Duty, peuvent toutefois retrouver leur idole dans le long format Knight Of The Blazing Sun) est en effet révolu : place à de l'épique avec un grand E, en l'occurrence, le récit des dernières heures du siège de Hergig par les hordes du Seigneur des Bêtes Gorthor. Les protagonistes demeurent donc inchangés par rapport à la première publication de l'autre Reynolds (ne pas oublier Anthony, spécialiste Bretonnie et World Eaters de la BL1), Hommes-Bêtes et Impériaux se mettant joyeusement sur le coin du museau pour la possession des ruines fumantes de la capitale provinciale du Hochland.


1 : Josh, quant à lui, semble avoir repris le fauteuil autrefois occupé par Steven Savile, c'est à dire celui de Mr Vampire. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un il sur ses dernières productions, consacrées en grande partie aux diverses lignées de suceurs de sang hantant le Vieux Monde (Neferata, Master of Mourkain, Master Of Death, Ghoul King I et II). Ajoutez à ceci quelques piges pour les inusables Gotrek & Felix (Berthold's Beard, Blood Sport, Charnel Congress), une pincée d'épopées de Space Marines (le lot de tous les prospects de la BL, m'est avis), et même une petite aventure au côté de Zavant Konniger (The Riddle Of Scorpions), et vous obtenez le profil d'un futur cadre de la maison, si tout se passe bien.


Avis:
J'ai déjà eu l'occasion de dire ici mon intérêt pour les nouvelles développant et donnant corps au fluff officiel (dans le cas de Hammer & Bolter, on pensera à Charandis et Feast Of Horrors), et je ne pouvais donc considérer The Gods Demand qu'avec un a priori favorable (doublement favorable même, mon passif de joueur de l'Empire et des Hommes-Bêtes concourant en outre à fausser mon jugement d'habitude si impartial -humour-). J'attendais beaucoup de cette histoire, et dois reconnaître que je n'ai pas été déçu par cette dernière, Josh Reynolds étant parvenu à insuffler dans son propos la dimension héroïque nécessaire à tout récit estampillé Time Of Legends. Ce succès repose en grande partie sur les mises en scène et description soignées des deux figures centrales de la nouvelle, Gorthor et Mikael. Le premier exsude une aura de grandeur funeste tout à fait appropriée, contrastant vivement avec le pragmatisme borné et animal de ses sous-fifres, dépeints par Reynolds comme une arme à double tranchant dont le Seigneur des Bêtes doit se servir avec précaution. En effet, le statut d'Elu des Dieux de Gorthor apparaît comme une source plutôt limitée de légitimité sur les chefs de sa horde, à moins de décapiter les plus remuants parmi ces derniers à une fréquence soutenue. Et quand les chamanes se mettent à leur tour à ruer dans les brancards, la situation devient incroyablement délicate pour le Seigneur des Bêtes, dont le génie stratégique doit céder devant les pulsions névrotiques de ses suivants (greuh, on fonce).


Sa Némésis est, quant à elle, décrite comme un leader à la résolution fanatique, refusant obstinément de reculer face à l'envahisseur bestial. On retrouve donc le Mikael cruel et impitoyable sommairement dépeint dans les Livres d'Armée de l'Empire, proche à bien des égards de la folie affligeant Marius Leitdorf. Reynolds va même jusqu'à suggérer à mots couverts que cette impétuosité sanguinaire pourrait être causée par les enchantements imprégnant les crocs runiques, hypothèse séduisante qui ne demande qu'à être développée plus avant dans le futur.


Logiquement conclu par l'affrontement final entre les deux généraux au moment où le siège est rompu par l'intervention des chevaliers du Soleil, The Gods Demand satisfera autant le fluffiste à la recherche d'informations sur l'organisation d'une horde d'Hommes-Bêtes et/ou la cour du Hochland que le lecteur en quête d'une nouvelle nerveuse et maîtrisée. Les clins d’œil adressés par Josh Reynolds à ses modèles littéraires (en particulier les références à l’œuvre de Lovecraft) et aux joueurs de Warhammer (pumbagors en furie, long fusil presque efficace) achèvent de faire de cette deuxième contribution à Hammer & Bolter une réussite indéniable.


Fluff:

  • Siège de Hergig: A duré 22 jours, ce qui a permis aux Chevaliers du Soleil Étincelant de remporter in extremis la victoire en fondant sur les hordes de Gorthor au moment où elles s'apprêtaient à balayer les derniers défenseurs impériaux. Le rapport de force, avant l'arrivée de la cavalerie, était de 15 hommes-bêtes pour un humain.
  • Gorthor le Seigneur des Bêtes: Parlait le Reikspiel de manière convenable. Maniait l'Empaleur (Impaler), une lance enchantée et assoiffée de sang, au point que Gorthor devait embarquer un baquet de sang frais avec lui sur son char, afin d'y tremper la tête de son arme et ainsi l'empêcher de s'en prendre à ses propres troupes. Gorthor n'hésitait pas à s'opposer aux cabales de chamanes de son armée (voire à châtier personnellement ceux qui lui manquaient de respect et remettaient un peu trop souvent en question ses décisions, comme le Grand Chamane Wormwhite en fit l'amère expérience) car il disposait lui-même de la bénédiction des Dieux du Chaos. Il était notamment affligé de visions du futur, dans lesquelles les hommes-bêtes n'apparaissaient pas, ce qui ne l'empêchait pas de vouloir les réaliser!
  • Hochland (noblesse): Le Comte du Hochland est secondé par un guerrier doté du titre de Molosse de l’Électeur (Elector's Hound), qui manie la Lame du Boucher (Butcher's Blade), héritage datant du temps de Sigmar. Son rôle est de conseiller son suzerain en matière militaire, et à garder la tête froide lorsque ce dernier est pris de pulsions sanguinaires (un trait de caractère apparemment répandu chez les Ludendorf). Le Molosse est également l'officier supérieur de la Garde du Comte (Count's Own), une unité de Joueurs d’Épée agissant comme la garde rapprochée de l’Électeur du Hochland. Lors du siège de Hergig, la fonction était occupée par un cousin de Mikael Ludendorf, Aric Krumholtz.

 

The Fangs of the Asp

Révélation

Hammer & Bolter #26/2012/28 pages

 

Intrigue:

The Fangs of the Asp relate le quotidien d’un de ces personnages nommés sans être ultra connus du fluff canon de Warhammer Fantasy, la reine Khalida Neferher. Présence régulière des Livres d’Armées Rois des Tombes, Khalida ne jouit en effet pas de la même renommée que Settra l’Incontournable (en plus d’être Impérissable) parmi la communauté, malgré les indéniables atouts dont elle dispose(ait) d’un point de vue stratégique, un rôle loin d’être négligeable dans le background de sa faction (la chienne de garde vampirophobe de Nehekhara) et une relation d’amour-haine-it’s complicated que je trouve des plus intéressantes avec sa cousine Bécassine Neferata, autre figure majeure du petit monde de la non-vie. Que voulez-vous, on n’a pas toujours ce qu’on mérite.

 

Notre propos commence par le réveil en sursaut de notre héroïne à l’aube d’un nouveau Jour des Scorpions, évènement décennal pendant lequel il est permis à un prétendant de sang noble de défier le détenteur de la charge de gardien de Nagashizzar, job consistant à camper sur la zone de spawn du Nag’ pour lui péter la gueule s’il devait avoir la mauvaise idée de repointer le bout de son cartilage avec des visions hégémoniques sur la planète, ce qui est son péché mignon il faut bien le reconnaître. Malgré la bassesse de l’approche (👏 tout 👏 le 👏 monde 👏 déteste 👏 les 👏 campeurs 👏) et l’absence totale d’action pendant les derniers millénaires, le poste semble apporter une certaine notoriété à celui qui l’occupe, forçant Khalida à défendre son bien avec régularité. À l’échelle de la non-vie, 10 ans passent vite, et notre reine a donc l’impression de devoir remettre en jeu son titre tous les quatre matins, ce qui finit par ressentir dans la manière dont elle expédie les importuns, au grand désarroi du Prêtre Liche gâteux et traditionnaliste qui lui sert de chaperon. Le dernier challenger en date, Ushtep de Rasetra, venu frimer avec son Sphinx de Guerre (l’équivalent de la Twingo tunnée à Khemri), n’a ainsi même pas le temps de laisser son héraut décliner tous ses titres (l’équivalent d’un « wesh, bien ou bien ? » à Khemri) que Khalida lui est déjà tombé sur le râble, avec des conséquences fâcheuses pour son intégrité physique et la haute image qu’il avait de lui-même. L’affaire ainsi pliée, en même temps que le pauvre Ushtep, en deux-deux, Khalida a tout loisir de repartir dans les rêveries qui occupent la majeure partie de son éternité, et dans lesquelles son passif mal digéré (dans tous les sens du terme) avec Neferata occupe une place centrale.

 

Cette routine paisible touche cependant à sa fin lorsque Settra, dans les jupes duquel un grand nombre de prétendants violemment éconduits par the Great Khali sont allés pleurer, envoie son héraut personnel, le primesautier Nekaph, remettre un peu d’ordre dans le décorum nehekharien. Sommée d’aller voir ailleurs si Nagash y est et partager avec ses petits camarades de mort le privilège (douteux) de stationner en double file devant le pied à terre du grand nécromancien, Khalida ne s’en laisse pas conter et aurait sans doute fini par balancer son bâton à travers la goule de l’huissier du Roi des Rois, avec des conséquences pour le moins incertaines, sans l’arrivée opportune d’une armée d’intrus dans Nagashizzar, ce qui met temporairement fin au processus de médiation. Balançant un « je vous l’avais bien dit » narquois, Khalida part au grand trot avec sa légion régler leur compte aux importuns, talonnée par le contingent de Nekaph, jamais le dernier quand il s’agit de mettre des coups de têtes (Fléau des Crânes oblige). Par un heureux hasard, une pure coïncidence ou en préparation de la Fin des Temps, on découvre vite que les visiteurs sont menés par nulle autre que Neferata, ce qui donne lieu à de touchantes, blessantes et sauvegardantes retrouvailles familles, qui s’achèvent par la capture en bonne et due forme de la patronne des Lahmianes.

 

Alors que cette dernière attend, beaucoup trop tranquillement, son inévitable exécution, Khalida intervient auprès de Nekaph et obtient de pouvoir offrir le deal suivant à sa cousine, en récompense du service rendu qu’elle vient de rendre Khemri : la liberté si elle parvient à la vaincre en combat singulier. S’ensuit un crêpage de chignon des plus soutenus, dont l’issue semble incertaine jusqu’à ce que Khalida ne décide de laisser Neferata l’emporter, pour des raisons un peu vaseuses et mièvres à mon goût, mais qui ont au moins le mérite de laisser les deux futures Mortarques terminer la nouvelle en bon état pour la suite (et la fin) des évènements.

 

Avis:

Josh Reynolds m’a habitué à de tels standards que le moindre petit coup de moins bien semble un crime de lèse-majesté, quand bien même l’objet du délit se révélerait être de bien meilleure facture que la plupart des soumissions de la concurrence (ce qui est assez souvent le cas, il faut le reconnaître). The Fangs of the Asp tombe dans cette catégorie de second choix Reynoldsien, pénalisé qu’il est par son exploitation inaboutie de la rivalité ambigüe des mean girls du monde qui fut. Fil rouge des flashbacks insérés dans l’histoire principale et pièce de résistance de cette dernière, la confrontation récurrente de Khalida et Neferata ne débouche au final sur rien de très concret sur aucun de ces deux tableaux. J’aurais bien aimé que Reynolds nous livre sa version du premier duel entre les BFF, comme il l’avait fait pour Mikael et Gorthor dans The Gods Demand, mais cet épisode fondateur n’est guère qu’évoqué aux détours de quelques paragraphes. Les autres affrontements, pour plus développés qu’ils soient, n’apparaissent que comme autant d’actes manqués, la motivation de Khalida à tuer sa cousine finissant toujours par s’effriter au moment fatidique, prolongeant le statu quo pour des siècles et des siècles. Dans ce prélude à la Fin des Temps, Reynolds voudrait faire passer la faiblesse de caractère de l’Elue d’Asaph pour une tentative assumée de cette dernière de nuire à Nagash en laissant la (non) vie sauve à la moins fiable de ses lieutenants, qui finira fatalement par le trahir au pire moment, mais la pilule a du mal à passer, ce qui affaiblit la nouvelle au pire moment, c’est-à-dire sa conclusion. Dommage.

 

Cette petite déconvenue évacuée, Josh Reynolds assure comme à son habitude sur les autres tableaux. Ami lecteur, veux-tu du fluff, des idées intéressantes sur le fonctionnement de la société Rois des Tombes1, des personnages nommés faisant honneur à leur statut, des scènes d’actions efficaces, une narration efficace, et j’en passe ? Uncle Josh got you covered, fam. Quand on sait à quel point il peut être compliqué de n’avoir qu’une seule de ces cases cochées par certains auteurs de la BL, on se dit que tout ne va pas si mal finalement.

 

1 : Ici, la schizophrénie latente qui afflige tout le monde, et empêche parfois les Nehekariens de faire la part des choses entre les souvenirs de leur vie mortelle, dans lesquels ils peuvent se plonger pendant de longues périodes de temps, et leur non-vie, forcément moins glamour. Citons aussi la position de « live and let live » de Khalida envers les Skavens, qu’elle laisse prospérer dans son arrière-cour en échange de renseignements et d’une surveillance mutualisée de Nagashizzar.   

 

Fluff:

  • Une armée de Rois des Tombes se tient stationnée devant la Pyramide Noire en permanence afin d’empêcher la résurrection du Nécromancien et le combattre s’il devenait revenir. Tous les dix ans, pendant le Jour des Scorpions, un prétendant peut défier le champion en place pour prendre sa place. C’est un duel entre les 2 généraux qui décide de l’issue du combat.
  • Duel à Nehekhara : Chaque combattant envoie son héraut présenter son lignage et ses hauts faits d’armes, en préparation du combat à proprement parler. Ça prend des heures.
  • Les Rois des Tombes ont perdu la notion du temps. Ils peuvent passer de longues périodes de temps à revivre leur vie mortelle, et ont du mal à différencier le présent et le passé.
  • Relique (Roi des Tombes): Le Bâton Venimeux (Venom Staff) est un regalia de l’Elu d’Asaph, premier serviteur de la déesse Vipère.
  • Les Prêtres Liches sont des envoyés de Settra, qui les place auprès des Rois des Tombes pour s’assurer que sa volonté est faite. La guerre entre les Rois mineurs est tolérée, mais il est interdit de s’opposer à Settra.
  • 12ème Edit de Settra: Les morts et les vivants ne doivent pas être en relation, sauf en temps de guerre.
  • Lexique (Nehekhara): La malepierre est appelée abn-i-khat.
  • Khalida a des relations avec les skavens : elle les laisse miner la malepierre près de Nagashizzar (peu malin) et tolère leur présence dans la région. En échange, ils lui rapportent des informations du reste du monde et l’alertent si des intrus s’approchent trop.
  • Titres de Settra: L’Impérissable (The Imperishable), souverain de Khemri (Khemrikhara), Roi de tous les Rois de Nehekhara (King of all Kings of Nehekhara), Seigneur de la Terre depuis les Horizons lointains à ceux proches (Lord of the Earth from Horizons Far to Those Near), Monarque du Ciel et de la Mer (Monarch of the Sky and Sea), Puissant Lion des Sables (Mighty Lion of the Sands), Grand Scorpion des Dunes (Great Scorpion of the Dunes), Beau Faucon des Cieux Lumineux (Beautiful Hawk of the Bright Heavens), Empereur des Sables Mouvants et des Marées Montantes (Emperor of the Shifting Sands and Sweeping Tides), Maître de la Grande Terre (Master of the Great Land)...
  • Titres de Khalida: Faucon de Lahmia (Hawk of Lahmia), Reine-Consoeur de Lybaras (Sister-Queen of Lybaras), Fille Bien-aimée de la Déesse Vipère (Beloved Daughter of the Asp goddess)
  • Nekaph: Champion et Héraut de Settra. N’est pas natif de Nehekhara mais était un « barbare » du Nord de l’Empire. Son crâne est gravé de la Litanie de Settra. Il manie le Fléau des Crânes, dont les balles sont constituées des crânes de ceux qui ont défié la volonté de Settra.
  • Légion de Lybaras: Etait entraînée pour courir un jour et une nuit sans repos, et se déplaçait deux fois plus vite que les autres forces de Nehekhara en conséquence. Elle est encore plus rapide dans la non-vie. Les archers de Lybaras pouvaient tirer 3 flèches dans le temps nécessaire à faire un pas. Dans la non-vie, 5 flèches.  
  • Réveil: Quelques rares Nehekharans ne se sont pas réveillés après le rituel de Nagash. Parmi eux, Anhur de Lybaras, époux de Khalida.

 

Waking the Dragon

Révélation

Inferno! #1/2018/28 pages

 

Intrigue:

Notre propos débute par une nuit froide dans les ruines du village bretonnien de Blenois, où K&K ont organisé une petite réception à destination de cet empêcheur de réanimer en rond de Tancred, duc de Quenelles de son état et harceleur de nécromancien par passion. S’étant employé à massacrer la populace (pour Krell) et à construire des gibets où les cadavres de cette dernière ont été accrochés comme autant de lampions (pour… Kemmler, I guess ?), notre binôme attend l’arrivée de leur Némésis avec un enthousiasme non feint, mais qui finit par retomber (pour Kemmler, sans aucun doute possible) lorsqu’il s’avère que malgré toute leur bonne volonté, pièges à la con et autres moulinets de Hache Noire, Duduche ne passera pas l’arme à gauche ce jour. Réussissant à grand peine à rappeler un Krell tout prêt à faire des (mal)heures sup’, le Lichmeister prend la poudre d’escampette, désespérant de trouver un moyen de venir à bout du stalker qui le pourchasse depuis le regrettable incident de l’Abbaye de Maisontaal. Et puis, soudain, surgit l’illumination : pourquoi ne pas faire un crochet par le Fort du Sang, histoire de restocker de l’osselet ? L’endroit n’est qu’à quelques heures de trajet, et la richesse de son sous-sol pourrait permettre à Kemmler de mettre un point final à sa relation compliquée avec la noblesse bretonnienne.

 

Une fois sur place, nos deux loustics doivent toutefois se rendre à l’évidence qu’ils ne sont ni les premiers à avoir eu l’idée, ni très bienvenus aux yeux de leurs prédécesseurs. Goules, Stryges, squelettes, et finalement Dragons de Sang : le comité d’accueil est à la hauteur de la réputation du fameux duo, qui doit s’employer pour mettre un peu d’ordre dans cette cohue, à grand renfort de conjuration, décapitation et éclatage-de-tête-à-coup-de-talon (le Krell special). Ayant enfin pu se frayer un chemin jusqu’au manager Kastellan de garde, auquel il demande à (pour)parler, le rusé Heinrich parvient à convaincre les orgueilleux vampires d’affronter son revenant de compagnie en duel plutôt que de se prendre une charge de Chevaliers de Sang dans le buffet. Après quelques passes peu à l’avantage de la team canine, les perfides buveurs de sang abandonnent leur étiquette guerrière et se ruent sur l’invincible champion d’un commun accord, sans que ce dernier ne s’en émeuve plus que cela. En périphérie de la distribution de beignes, Kemmler et le Kastellan commencent à tailler le bout de gras, avant que le premier ne tente un bitch move en lançant les hordes de squelettes réanimés sous le manteau (qu’il a large et couvrant) sur son interlocuteur. Loin d’être pris au dépourvu par la manœuvre, ce dernier finit tout de même par tomber le masque, histoire de montrer au Lichemeister qu’il a trouvé à qui incanter : car le Kastellan n’était autre que Mannfred von Carstein, sans doute en tournage de Patron Incognito au moment de l’arrivée de Kemmler, et donc assez peu impressionné par les tours de passe-passe de Tonton Yoyo (keskya sous son graaaand chaaapôôô ?). Alors que les rutabagas semblent être bel et bien bouillis pour Kemmler, à la merci d’un adversaire bien trop coriace pour lui et sans possibilité de compter sur l’aide immédiate d’un Krell toujours occupé à faire du sashimi de Dragons de Sang, il se voit proposer une alliance par un Mannfred mandaté par le Nag’ à la mise sur pied d’une armée digne de la Fin des Temps qui s’annonce. Devant le peu d’options qui s’offrent à lui, le nécromancien accepte, et rejoint les rangs de l’armée de Daddy Death (pas pour longtemps ceci dit, cf The End Times).

 

Avis:

Si ce texte de Reynolds s’avère, comme à son habitude, plaisant à lire tant pour l’amateur de hack & slash que pour le fluffiste amateur d’Easter eggs, il apparaît toutefois clairement que Waking the Dragon n’est pas grand-chose de plus qu’un fond de tiroir du matériel développé par Josh pour The End Times. Peut-être était-il prévu d’intégrer cette péripétie, assez mineure il faut le reconnaître, dans le premier tome de la série, avant que les éditeurs de la BL n’en décident autrement ? Toujours est-il que cette soumission aura bien du mal à être considérée autrement que comme un side-event, distrayant mais assez creux, d’évènements autrement plus épiques et capitaux pour le monde de Warhammer. Dans un genre assez similaire et du même auteur, The Fangs of the Asp, ultime nouvelle publiée dans la cadre de Hammer & Bolter, s’était révélé d’un niveau et d’une ambition littéraire significativement supérieurs. Mettons l’inclusion de Waking the Dragon dans ce premier numéro d’Inferno ! au crédit d’une BL peu encline à laisser se perdre des nouvelles déjà écrites, et intéressons-nous aux nouveaux travaux de Josh Reynolds pour voir s’il a réussi sa transition vers le nouveau monde (un comble pour un auteur américain travaillant pour une maison d’édition anglaise !).

 

Fluff:

  • Heinrich Kemmler : Kemmler s’est initié à la Nécromancie en tombant sur des traductions des Livres de Nagash dans la bibliothèque de son père. Il a vaincu le Conseil des Neuf et le Congrès Charnel, deux cabales nécromantes. Il a rassemblé une collection d’ouvrages nécromantiques seconde seulement de la bibliothèque de Nagashizzar. Kemmler a pillé la Bibliothèque de Dame Khemalla (personnage de la série Zavant) à Miragliano et a chassé cette dernière de la cité. Dans les cryptes du château Vermisace, il a assujetti les liches du Cercle Noir (Black Circle) à sa volonté, gagnant ainsi le surnom de Lichmeister. Vainqueur à la Pyrhus de la Bataille des 10.000 crânes, où il a perdu la raison à la suite d’un fiasco. Après cet affrontement, Kemmler s’est mis à entendre une voix, qui l’a guidé à travers le Vieux Monde. (rq : Il est très probable que ce soit celle de Nagash).
  • Krell : Surnommé le Trois Fois Mort (Thrice-Dead), ou Krell de/à la Grande Hache (Krell of the Great Axe), il exsude la puanteur des vents de mort de Nehekhara (indice que c’est Nagash qui est aux commandes). Il est encore capable de parler (dans un langage que personne ne comprend plus), et à plein volume, sa voix est une arme qui étourdit ses adversaires.
  • Tancred de Quenelles : Porte un casque monté de bois de cerf, entouré de rubans de soie de Cathay. Manie une étoile du matin et une épée enchantée. Parmi les motivations qu’il a de traquer Kemmler, le massacre des habitants de Covreign, dans la Forêt de Chalon, est la première. Sa motivation est savamment maintenue par Mannfred von Carstein, dans le but de forcer Heinrich Kemmler à accepter l’alliance qu’il souhaite mettre en place en vue de la Fin des Temps.
  • Ouvrage nommé : Les Livres de Morath, traduites par Al-Muntasir, ont été écrits dans la langue de Strigos.
  • Vents de magie : Les vents de magie de la mort soufflent faiblement à la lumière du jour.

 

 

 

Laurie Goulding (1)

Révélation

 

The Oberwald Ripper

Révélation

Hammer & Bolter #18/2012/23 pages


Première, et pour autant que je sache seule, incursion de Laurie Goulding (qui occupait aux dernières nouvelles le poste d’éditeur au sein de la Black Library) dans l’univers de Warhammer Fantasy Battle, The Oberwald Ripper voit notre newbie se frotter au duo tragi-comique le plus célèbre de la franchise, alors que ce dernier cherche à se faire oublier pendant quelque temps (sans que l’on sache trop pourquoi d’ailleurs). Troisième nouvelle de Hammer & Bolter mettant en scène Gotrek et Felix1, ce court format était l’occasion de juger le travail de Mr (car oui, c’est un Mr) Goulding sur ce que l’on peut considérer comme l’exercice de style par excellence pour un auteur Battle (tout comme l’histoire de marounes constitue le bizutage des rookies de 40K).


1 : Auparavant il y eut A Place of Quiet Assembly de John Brunner – H&B #1 – et The Tilean Talisman de David Guymer –  H&B #14.

Intrigue:
Logiquement centré sur la charmante, même si passablement terrifiée, ville d’Oberwald, bien connue pour son domaine de ski de fond et son joueur vedette de Blood Bowl (Griff Oberwald), notre propos débute dans une taverne, en compagnie de la moitié blonde et geignarde du célèbre tandem. Et si Oberwald est terrifiée, comme Felix l’apprend rapidement, c’est à cause des ravages commis par un mystérieux tueur, surnommé l’Eventreur d’Oberwald à cause de son mode d’opération privilégié. Hantant la ville depuis plusieurs semaines et frappant sans prévenir, l’Eventreur est devenu la hantise des Oberwalders, dont les efforts pour se débarrasser de ce nuisible n’ont pas été couronnés d’un franc succès jusqu’ici. Comble de malheur, la réputation sulfureuse de la bourgade a commencé à filtrer dans le reste de la province, avec un impact désastreux (mais logique) sur les activités commerciales de la ville. Malgré l’ambiance assez lourde régnant dans la taverne, Felix réussit malgré tout à finir la soirée en bonne compagnie, l’entreprenante fille d’un marchand de passage l’ayant subrepticement matché sur Tinder alors que son père tentait tant bien que mal d’éviter le lynchage après une remarque malheureuse sur les compétences de la milice locale.


Malheureusement pour nos tourtereaux, la nuit ne se terminera pas aussi bien que prévu, Mademoiselle se faisant prestement étriper dans une ruelle sombre, sans que Monsieur, passable éméché et à mi-chemin du coma éthylique, n’ait eu l’occasion de concrétiser ou de s’interposer. Pour ne rien arranger, la fameuse milice d’Oberwald dont l’efficacité avait été remise en question quelques pages plus tôt trouve en Felix un coupable idéal pour le meurtre sauvage de sa dulcinée (il faut dire qu’il a été trouvé en train de barboter entre la rate et l’intestin grêle de la belle), et pour tous ceux d’avant tant qu’à faire. Notre bellâtre est donc envoyé en prison malgré ses vigoureuses dénégations, avec pour seul horizon une pendaison expéditive d’ici à la fin de la journée, et pour seule compagnie un clodo sociopathe, dont on comprend assez vite (en même temps, la nouvelle ne fait que 23 pages, c’est pas lourd pour mener une enquête digne de ce nom) qu’il s’agit du véritable Eventreur, dont le comportement bizarre aux abords de la scène du crime lui a également attiré les faveurs des forces de l’ordre.

Et Gotrek, me direz-vous ? Eh bien Gotrek avait choisi d’abandonner son binôme pour la soirée afin de s’initier aux subtilités du contre-sirop Stirlandais dans un cercle de jeu local, avant de décider de refaire le portrait de ses petits camarades à coup de tabouret dans les gencives, après qu’il les eut surpris à tricher. Témoin de l’arrestation de Felix, il opte (pour une fois) pour la méthode douce et se lance dans une (très courte) investigation afin de faire blanchir son commémorateur. Armé de son fidèle tabouret et de son proverbial sens de la négociation, il parvient lui aussi à identifier le véritable coupable en moins d’une demi-heure, ce en dit vraiment long sur le niveau de la PJ locale, mais je m'égare.


Pendant ce temps, Felix doit subir la logorrhée assez confuse de l’Éventreur, qui comme tout bon méchant de série B, ne peut résister à la tentation de révéler ses motivations aux héros au cours d'un monologue à l'issue généralement funeste.  Nous avons ici droit à un mélange détonnant d'analyses rousseauistes (l’homme est bon dans l’état de nature, c’est la société qui le corrompt), de critique de la division du travail (du chasseur cueilleur polyvalent à la prostituée spécialisée, il n’y a qu’un pas) et de plaidoyer communiste. Malheureusement pour lui, celui qui se rêvait en Night Haunter impérial finira empalé sur son propre couteau après un combat assez quelconque (pour une fois que c’est Felix qui se tape le « boss de fin »…). La nouvelle s’achève sur la fuite hors d’Oberwald de nos compères, vers de nouvelles, et on l’espère plus excitantes, aventures.


Avis:
Sans être mauvaise, la performance de Goulding pêche selon moi par un parti pris scénaristique hasardeux, à savoir écrire une aventure de Gotrek et Felix en ne reprenant qu’une partie des codes de ce type de littérature, en particulier la présence (et dans ce cas précis, l’absence) d’une Nemesis suffisamment costaude pour permettre au Tueur nain de se mettre en valeur dans un combat final digne de ce nom. Cela avait déjà été le cas dans la soumission de Guymer, dans laquelle le rouquin psychopathe n’avait eu qu’une poignée de skavens pas vraiment dégourdis à se mettre sous la hache. Ceci dit, le choix de l’auteur de raconter l’histoire depuis le point de vue d’un raton lui avait permis d’éviter l’écueil dans lequel Goulding s’est malheureusement échoué. (John) Brunner avait lui choisi de respecter le cahier des charges dans son A Place of Quiet Assembly, narré par un personnage tiers, mais conclu par une baston entre Gotrek et une coterie d’adorateurs de Tzeentch de bas niveau. Rien de tout ça dans The Oberwald Ripper, qui se révèle être une sorte de thriller bâclé (faute de place pour instiller l’atmosphère adéquate) utilisant notre duo fétiche à contre-emploi. Quitte à caster des têtes connues de la Black Library, Goulding aurait sans doute gagné à aller voir ailleurs, d’autres personnages (Zavant Konniger en tête1) répondant à mon sens bien mieux à son approche « non-violente » (ou plus exactement, pas assez violente) que Gotrek et son sidekick.


Ce problème de fond évacué, on peut toutefois apprécier l’aisance avec laquelle l’auteur met en scène ses protagonistes, dans la continuité du style défini par King et Long dans les tomes précédents de la saga. Le flirt assez largement couvert entre Herr Jaeger et l’ultime victime de l’Éventreur constitue d’ailleurs une preuve indiscutable de la connaissance de Goulding de l’esprit Gotrek et Felix, seule série (pour autant que je le sache) de la Black Library où la vie amoureuse (et même sexuelle de temps à autre) des personnages est un tant soit peu couverte. En revanche, j’aurais apprécié une meilleure mise en contexte de cette aventure, que j’ai deviné prendre lieu peu de temps après une rencontre riche en évènements avec Ulrika, sans que Goulding ne donne plus de précisions sur les raisons ayant poussé le duo à faire profil bas. Même si cela ne nuit pas à la compréhension de la nouvelle, je considère cet effort de « raccrochage de wagons » comme une marque de politesse de l’auteur envers son lectorat, et n’ai pu donc que déplorer son absence. Enfin, on ne m’enlèvera pas de l’esprit que Long reste bien meilleur en matière de « logistique narrative » (ça fait beaucoup d’expressions à guillemets, je vous l’accorde) que son padawan, dont la tendance à passer rapidement sur, ou à carrément éluder, les péripéties pouvant potentiellement ralentir l’intrigue dénote selon moi d’une certaine paresse intellectuelle2.


Au final, The Oberwald Ripper est un épisode assez anecdotique de la fresque des Gotrek et Felix, et n’intéressera que les fans les plus hardcore de cette dernière (et encore). Si vous êtes à la recherche d’une introduction digne de ce nom à cette franchise fondatrice de l’univers de Warhammer Fantasy Battle, je ne saurais trop vous recommander de vous tourner vers l’autre nouvelle siglée G&F de ce numéro de Hammer & Bolter (Slayer of the Storm God), dont la lecture s’avère bien plus intéressante.


1 : Josh Reynolds organisera d’ailleurs un cross over assez sympathique entre ces deux franchises dans The Problem of Three-Toll Bridge (H&B #25), dans lequel Zavant disculpe un jeune Felix Jaeger de sa responsabilité dans la mort d’un autre étudiant au cours d’un duel.


2 : Exemple représentatif : une fois l’Eventreur refroidi, Felix est toujours menotté, enfermé dans une cellule, et devra normalement répondre de son acte devant la milice d’Oberwald, qui vient d’être alertée par les cris de feu l’Eventreur que Jaeger est un homme recherché dans tout l’Empire. Mettre en scène une évasion crédible à partir de ce postulat aurait nécessité au moins quelques pages de développement, au lieu de quoi Goulding matérialise Gotrek devant la porte du cachot et lui fait cracher un laconique « Let’s get out of here. » avant d’enchaîner sur la conclusion de la nouvelle, bien loin de la cité. Un peu trop facile à mon goût.


Fluff:
Rien de transcendant (encore un domaine où Long fait mieux).

 

 

Mark Brendan (1)

Révélation

 

The Chaos Beneath

Révélation

Realm of Chaos/2000/19 pages

 

Mark Brendan est également l’auteur de Tenebrae (40.000), nouvelle publiée dans le recueil Into the Maelstrom.
 
Intrigue:
À la suite d’une cérémonie d’invocation quelque peu salopée par des cultistes amateurs, un Prince Démon de Tzeentch se retrouve coincé dans le corps d’un hôte mort. Assumant l’identité du cadavre qu’il habite, c’est-à-dire celle d’Obediah Cain, chasseur de sorcières un brin malchanceux, le démon convainc Michael de La Lune (si si), apprenti sorcier fraîchement renvoyé du Collège de Magie de Marienburg pour manque d’aptitudes à l’exercice des arts occultes, de lui rapporter une copie du 3ème Tome du Liber Nagash. Cette dernière repose en effet dans une bibliothèque du Collège, protégée par de puissants enchantements que le Prince Démon n’est pas en mesure de briser en son état actuel. Michael va-t-il s’apercevoir des noirs desseins poursuivis par son acolyte avant qu’il ne soit trop tard ?
 
Avis:
Encore une déclinaison sur le thème de l’objet magique maléfique que le héros doit rapporter au méchant à son insu. The Chaos Beneath n’est donc pas la nouvelle la plus originale de la Black Library, ni la mieux écrite d’ailleurs : que peut-on donc avancer afin de justifier sa lecture ? Pour être tout à fait honnête, pas grand-chose si ce n’est le ton assez léger employé par Brendan, transformant du même coup le Prince Démon en méchant de cartoon plutôt qu’en implacable antagoniste. Ajoutez une pincée de fluff, et vous aurez fait le tour de tous les points forts de The Chaos Beneath. Ce qui ne fait pas lourd, je vous l’accorde.


Fluff:

  • Tzeentch : L’antagoniste de Brendan se nomme M’Loch T’Chort,Tisseur des Voies, Haut Prince Démon de la Destinée Pervertie et de l’Avenir Détourné.
  • Marienburg : La Cité-Etat dispose de son propre Collège de Magie, moins renommé que celui d’Altdorf mais possédant tout de même quelques incunables de premier choix dans ses bibliothèques, comme une copie du 3ème Tome du Liber Nagash. L’établissement a été fondé par un certain Zun Mandragore (NDR : il n’est nulle part précisé que ce Collège soit le même que le Collège de Navigation et de Magie Maritime du Baron Henryk).

 

 

Matt Ralphs (1)

Révélation

 

Blood and Sand

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/25 pages


Même s’il ne fait pas partie des noms les plus connus de la Black Library, Matt Ralphs compte à son actif bon nombre d'ouvrages « spécialisés » (The Empire at War, Blood on the Reik, The Life of Sigmar, The Imperial Infantryman's Uplifting Primer), pour lesquels il a essentiellement écrit des pages et des pages de background. Il a également exercé comme éditeur au sein de la BL, avant de partir tenter sa chance en freelance.


Intrigue:
Ralphs situe son propos dans la ville arabienne de Zarekten, pendant les croisades menées par l'Empire et la Bretonnie contre le sultan Jaffar. Une bande de prisonniers impériaux tire parti de l'arrivée de l'armée du prince Friedrich Weiss sous les remparts de la cité afin de mettre à exécution leur tentative d'évasion, dont le succès pourrait bien faire pencher la balance du côté des assiégeants. Mais tous les conjurés sont-ils vraiment dignes de confiance ?


Avis:
La plus grande force de Blood and Sand est de retranscrire fidèlement l’atmosphère des croisades (à dire vrai, le seul élément fantasy de la nouvelle est la présence d'un dragon des sables dans la ménagerie de l’émir) et la mentalité de leurs participants, tiraillés entre quête de spiritualité, rêves de gloire et de conquête, ou plus prosaïquement, le simple désir de survivre à une aventure dans laquelle certains ont été entrainés à leur corps défendant. Ralphs prend bien soin de ne pas choisir son camp entre Impériaux et Arabiens, chaque faction comptant des personnages sympathiques et d'autres totalement abjects, renforçant ainsi la tension narrative et empêchant le lecteur de deviner (trop, soyons réalistes) à l'avance quelle sera l'issue de la nouvelle.

 

En revanche, l'auteur éprouve quelques difficultés à faire se différencier ses nombreux protagonistes, en particulier les esclaves Impériaux candidats à l'évasion, parmi lesquels seules les figures de Tomas (chef de la petite bande) et Drager (le « collabo » de l'équipe, qui préfère sa nouvelle vie de prisonnier privilégié à son ancienne carrière de soldat) se démarquent. Les scènes d'action ne sont également pas au-dessus de tout reproche, la volonté de Ralphs de suivre plusieurs personnages à la fois en multipliant les micro paragraphes donnant à la baston finale un côté assez artificiel, et plus descriptif qu'épique.


Au final, une nouvelle agréable sur une période et une région du monde de Warhammer assez peu couvertes par le background officiel : que demande le peuple ?


Fluff:

  • Dragon des sables (sand dragon) : Une grande bête ailée au corps serpentin recouvert d'écailles (utilisées comme aphrodisiaque par les Arabiens) de la couleur du sable du désert et semblables à du cuir séché. Sa tête cornue est couronnée par une crête, et il peut cracher des jets de sable brulant. Il est effrayé par le feu.
  • Culture: Il n'y a que les esclaves et les contremaitres qui travaillent au milieu de la journée (proverbe arabien). Les Arabiens considèrent les moutons comme les animaux les plus vils de la création. Seules les offenses les plus graves peuvent amener un Arabien à cracher, car il est important de ne pas gaspiller sa salive (et donc son eau) en vain. Le crachat est donc la marque de dégoût et/ou de mépris suprême en Arabie.
  • Géographie: Zarekten est une cité fortifiée qui garde l'accès au Grand Désert d'Arabie, traversé par de nombreuses caravanes marchandes. La ville fait ainsi office de frontière entre le Nord prospère et le Sud sauvage de l'Arabie. Au cur du désert se trouverait la mythique cité de Jabal Sinjar, sorte d'El Dorado arabien.

 

 

Nathan Long (2)

Révélation

Gotrek & Felix (2)

 

Red Snow

Révélation

Death & Dishonour/2010/32 pages

 

Intrigue:
Dans la série des nouvelles mettant en scène l’increvable tueur Nain et son infortuné (mais néanmoins tout aussi increvable) commémorateur, celles de Nathan Long méritent le détour1. Red Snow cueille nos deux héros au début de leur périple vers la lointaine Cathay, après qu’ils aient rejoint une caravane arabienne aux Sentinelles, Gotrek espérant trouver un adversaire digne de lui dans les légendaires Terres de l’Est après avoir trucidé son content de monstres, démons et abominations lors de ses pérégrinations dans le Vieux Monde.

 

Retardée par une avalanche, l’expédition est forcée de faire halte dans un village en cours de route, faisant par la même la rencontre du père Gessler, missionnaire sigmarite s’étant établi dans les contreforts des Montagnes des Larmes afin d’en convertir les indigènes. Malheureusement pour tout le monde, sauf pour Gotrek, cette halte prend rapidement un tour macabre, les caravaniers tombant l’un après l’autre sous les griffes d’un mystérieux ennemi. Sautant sur l’occasion, notre petit rouquin teigneux se propose d’aller régler son compte à l’entreprenante bestiole, mettant en lumière par ricochet quelques pratiques folkloriques pas vraiment catholiques sigmarites2.

 

1 : Le duo créé par William King il y a plus d’un quart de siècle a connu de nombreux auteurs, dont l’œuvre collective se chiffre en dizaines de milliers de pages (15 romans, 18 nouvelles). Nathan Long, qui a repris le flambeau après le pas terrible du tout Giantslayer, est un des contributeurs les plus marquants de cette institution de la Black Library, sa plume inventive et ses talents de scénariste ayant permis de redorer le blason du tandem, sérieusement écorné par les derniers opus de King. 


: Enfin si, au final. Je me comprends.

 

Avis:
Long est un des auteurs les plus sous-estimés de la Black Library, ce qui constitue une injustice de taille. Prenez Red Snow par exemple : derrière l’apparente simplicité de cette nouvelle, qui n’aurait pu être qu’un épisode de plus dans la longue série des (més)aventures sanglantes de Gotrunks, le nain super-sayan, c’est à un exercice peu évident que le créateur des Blackhearts (miam) s’est livré. En effet, parvenir à condenser en une trentaine de pages un rappel de l’arc narratif de la série, une bonne dose de fluff, une galerie de personnages secondaires bien développés, une mini enquête policière, sans compter l’inévitable baston entre le tueur et le boss de fin, nécessite un véritable talent littéraire, dont Long est heureusement doté.


C’est cette subtile alchimie entre tous ces éléments qui fait de cette n-ième péripétie Gotrek-et-Felix-ienne une lecture agréable, autant par son caractère dépaysant (ce n’est pas tous les jours que l’on peut lire des nouvelles se déroulant à l’Est des Montagnes du Bord du Monde1) que par son respect du binôme mythique de la BL. En ce sens, Nathan Long fait donc mieux que Brunner et son A Place of Quiet Assembly ou Guymer et son The Tilean’s Talisman, deux récits sympathiques mais guère fidèles au genre et à l’esprit de la série. Bref, une vraie bonne nouvelle comme on en lit malheureusement trop rarement, et l’une des raisons qui pourraient vous pousser à (re)donner leur chance aux iconiques comparses de Games Workshop.

     
1 : Et c’est encore mieux quand ces nouvelles ne sont pas complètement farfelues. Andy Smillie, c’est à toi (et à ton Mountain Eater) que je pense.


Fluff:

  • Language : L’arabien est la langue du commerce dans l’Est du monde Warhammer.
  • Culte de Sigmar : Certains prêtres de Sigmar partent « évangéliser » des terres lointaines (ici, les contreforts des Montagnes des Larmes), et s’établissent dans les communautés qui les accueillent. On peut supposer que d’autres cultes ont recours à des pratiques similaires pour répandre leur dogme et leurs idées à travers le monde, en particulier parmi les religions humaines les plus structurées (Ulric, Verena, Myrmidia, Solkan, Shallya…).
  • Sigmar : Au cours de sa folle jeunesse, Sigmar a tué deux bêtes mythiques : Blacktusk (sanglier) et Skaranorak (dragon-ogre).

 

Slayer of the Storm God

Révélation

Hammer & Bolter #18/2012/27 pages


Intrigue:
Initialement sorti sous la forme d’un audio book, cette nouvelle se déroule juste après les évènements relatés dans Elfslayer, et débute avec le retour de nos héros au domicile du pirate Hans Euler, afin de récupérer la lettre que ce dernier menaçait d’utiliser afin de faire chanter le père de Felix. Laissant à son comparse le soin de mettre en sécurité le précieux document, Gotrek décide pour sa part de joindre l’utile à l’agréable en faisant main basse sur le reste du contenu du coffre du contrebandier. Cette rapine innocente (car comme notre Nain le dit lui-même, ce n’est pas un crime de voler un voleur) est l’élément déclencheur d’une aventure aussi rapidement expédiée (il ne s’agissait pas de rater le bateau pour Altdorf le lendemain matin) que riche en rebondissements, au cours de laquelle les deux compères se retrouveront – bien involontairement – opposés à des sectateurs de Stromfels ni vraiment commodes, ni vraiment humains.


Avis:
Dans la droite ligne du sans-faute réalisé sur le Red Snow de 2010, Long confirme avec ce nouvel épisode de l’interminable saga de Gotrek Gurnisson qu’il est toujours ce qui se fait de mieux à la Black Library en matière de hack’n’slash divertissant. A contrario des contributeurs de Hammer & Bolter s’étant précédemment frottés à la légende orange, Long respecte scrupuleusement le cahier des charges du genre (qu’il a contribué à établir, il est vrai) et donne au nabot patibulaire un adversaire digne de ce nom, en la personne d’un avatar de Stromfels aussi squaliforme que tentaculaire (le dieu des tempêtes est du genre fromage et dessert dans ses attentions). Cette confrontation finale sur les docks de Marienburg conclut une série de péripéties au cours desquelles nos héros visiteront un hôtel particulier, deux tavernes et les marais de l’estuaire du Reik, et affronteront une armée de SSS (sbires squameux de Stromfels), le tout en moins de 30 pages.

 
Concise, précise et jamais avare en matière de détails fluff, l’écriture de Nathan Long rend totalement justice au légendaire binôme de la BL, sans jamais donner dans la facilité ni dans la répétition (ce qui, au vu du schéma narratif monolithique caractérisant les aventures du meilleur/pire Tueur du monde de Warhammer, relève de la gageure). Bref, Slayer of the Storm God est sans conteste la meilleure nouvelle de Gotrek et Felix publiée dans Hammer & Bolter, loin devant la concurrence.

 

Fluff:

  • Festival des tempêtes (Storm Festival) : Célébrations à Manann au moment du solstice d’hiver, afin de protéger les flottes de pêche et de commerce de Marienburg des tempêtes de la mauvaise saison.
  • Livres interdits : The Maelificarium (Salini), The Seven Gates (Urbanus), Treatise on the Hidden World (Sudenberg). La simple possession d’un de ces ouvrages est passible du bûcher.
  • Coeur de Stromfel (Stromfel’s Heart) : Artefact important du culte de Stromfels. Il se présente sous la forme d’un bracelet d’or pur, composé de huit brins tressés en un seul ensemble, coiffé d’un chaton enchâssé d’une gemme d’un vert marin de la taille d’une noisette. Aussi appelé Harbinger, car il permet à Stromfels de s’incarner dans un de ses fidèles lors de la cérémonie du solstice d’hiver. Les brins se déroulent alors et plongent dans la poitrine de l’heureux élu, qui se transforme en avatar du dieu. Tant que le cœur est en place, l’avatar jouit d’un pouvoir de régénération illimité.
  • Avatar de Stromfels : Humanoïde approchant les quatre mètres de haut, doté d’une tête de requin et de huit tentacules de pieuvre entourant sa gueule. Avec le Cœur de Stromfels (voir plus haut) enchâssé dans sa poitrine, l’avatar est quasiment invulnérable du fait des capacités de régénération accordées par cette relique.  
  • Culte de Stromfels : Les Marienburgers ont un rapport particulier avec Stromfels : ils ne l’adorent pas mais cherchent à l’apaiser en lui offrant des sacrifices afin qu’ils ne déchaînent pas ses tempêtes sur leurs navires pendant l’hiver. Les sacrifices humains qui lui sont faits à cette occasion sont donc volontaires. Les fidèles de Stromfels mutent avec le temps (écailles, ouïes, ailerons, nageoires, tentacules…), ce qui fait de lui un dieu du Chaos.

 

 

Neil McIntosh (2)

Révélation

Neil McIntosh n’a pas eu la carrière au sein de la Black Library que ses débuts laissaient espérer. Contributeur de la maison d’édition de Nottingham au début des années 2000, il laisse derrière lui une trilogie de romans (Star of Erengrad, Taint of Evil, Keepers of the Flame)  et une autre de nouvelles (The Gifts of Tal Dur, Debt of Blood, Path of Warriors) toutes deux dédiées à son personnage de Stefan Kumansky, bretteur aventurier plutôt au service du bien (et donc totalement fade de nature).

 

Stefan Kumansky butchering things (2)

 

The Gifts of Tal-Dur

Révélation

Inferno! #20/2000/11 pages

 

Intrigue:

wfb_the-gift-of-tal-dur.pngFraîchement revenus de leurs aventures à Erengrad (couvertes dans le roman Star of Erengrad), les aventuriers Stefan Kumansky et Bruno Hausmann font halte dans la petite ville de Mielstadt, où convergent les traces de leur ancien compagnon d’armes Alexei Zucharov, ayant eu la mauvaise idée de ramasser une babiole chaotique sur le champ de bataille. L’objet en question, sans doute un tract de la campagne présidentielle de François Hollande de 2012, l’a tellement convaincu que le changement, c’était maintenant, qu’il en a renié son allégeance ‘chaotique bonne’ pour rejoindre le camp de Tzeentch. Jugeant qu’il est de leur devoir d’empêcher leur comparse renégat de nuire, Stefan et Bruno ont poursuivi ce dernier à travers le Nord de l’Empire, confiants en leurs capacités de traqueurs pour mettre la main au collet de Zucharov avant que l’addition de ses déprédations ne soit trop salée.

 

À Mielstadt, nos héros n’ont rien de plus pressé que d’empêcher la pendaison arbitraire de l’infirmière de garde locale, soupçonnée, non sans raisons, par les locaux de bénéficier de pouvoirs surnaturels de guérison. N’ayant ni le temps, ni l’envie d’expliquer à une bande de rednecks agressifs les bienfaits reconnus de la balnéothérapie pour les patients en convalescence (la pauvresse, Katarina von Lucht de son nom, tenant un centre de cure thermale dans la forêt voisine, au lieu-dit de la source de Tal Dur), Stefan et Bruno se contentent de faire parler l’acier, sauvant Katarina d’un destin funeste mais s’attirant du même coup la neutralité malveillante du Graf de la ville, un certain Augustus Sierck (sans doute un parent éloigné de Detlef). La soirée passée à l’auberge locale en compagnie de ses sauveurs permet à Miss van Lucht de leur faire la pub de son établissement et des ses compétences de thérapeute, Tal Dur pouvant en effet accélérer la guérison de celui qui s’y baigne, mais seulement si ses pieds sont propres son âme est pure et qu’elle-même est présente pour superviser le procédé. Il n’y a pas à dire, elle sait comment verrouiller un business et préserver un gagne-pain. Enfreindre ces deux règles a généralement des conséquences fâcheuses, comme l’intervention d’un maître-nageur furibard armé d’une zweihander, ou quelque chose comme ça.

 

De leur côté, Stefan et Bruno ne perdent non plus pas de temps, le premier à briefer leur hôte sur la présence probable de Zucharov dans les parages et son souhait, tout aussi probable, d’utiliser le pouvoir de Tal Dur pour… se faire enlever le tatouage chaotique qui recouvre petit à petit sa peau (ce tract de François Hollande devait être très mal imprimé pour dégorger de la sorte). Eh, pourquoi pas après tout, le délit de faciès est une réalité même dans le Vieux Monde apparemment. Le second, quant à lui, chauffe suffisamment la serveuse de l’estaminet pour qu’elle lui laisse son adresse sur un bout de parchemin à la fin de son service, ce qui est une Victoire Majeure pour l’Empire, comme tous le reconnaîtront. Malheureusement, ou heureusement, en l’absence de Google Maps, et malgré le fait que la ville ne doit pas être si grande que ça, Bruno erre comme un gland toute la nuit sans arriver à bon port. Grand bien lui fasse car, à son insu, la serveuse était déjà maqué avec Zucharov, et cherchait donc à le faire tomber dans un piège (ou avait accepté de réaliser le fantasme de son nouveau petit copain en participant un plan à 3, même si l’esprit est plus Slaaneshi que Tzeentchien). La perfide aubergiste paiera toutefois cher son double jeu, son désir irrépressible d’allumer la lumière malgré les réticences de son coup d’un soir débouchant sur une crise de terreur nocturne aux conséquences fatales.

 

Le lendemain matin, Stefan est cueilli au creux du lit par le Graf et ses soldats, trop contents de mettre sur le dos des voyageurs le meurtre de la serveuse. Pas du genre à se laisser molester par une bande de bouseux après avoir sauvé l’Empire à quasi lui tout seul, Kumansky a vite fait d’apprendre aux forces de l’ordre la politesse en retournant leurs armes contre eux, et emmenant le Graf en balade à Tal Dur en compagnie de son sidekick lubrique. Là-bas, et après avoir libéré son otage (parce qu’il le vaut bien), Kumansky fait enfin face à sa Némésis, qui a capturé Katarina et se tient prêt à commettre l’irréparable. Le duel héroïque qui s’en suit verra le bien triompher de justesse, Stefan trouvant la rage de vaincre (ou plutôt, de péter le petit pont en bois sur lequel se trouve Zucharov à grands coups de latte) malgré ses graves blessures dans la réalisation soudaine que s’il meurt maintenant, il n’aura pas la possibilité d’aller se pinter la gueule avec son frère à Altdorf dans une semaine. À chacun ses motivations, il y a des Nains qui sont devenus berzerk pour moins que ça. Plouf font Stefy et Zuky en tombant dans le grand bain, qui ne leur réservera pas le même destin. Aidé à sortir de l’eau par Katarina, Kumansky émerge de l’onde amère frais comme un gardon et totalement guéri, tandis que son adversaire refait surface ridé comme un pruneau, avant d’être définitivement aspiré au fond de la piscine par… le poids de sa conscience coupable, j’imagine. Au moins, il meurt propre, l’encre chaotique ayant été lessivée par les eaux purificatrices de Tal Dur, décidément très efficaces.

 

Vient alors l’heure pour nos deux héros de repartir vers de nouvelles aventures (incluant donc une nuit de beuverie au Helmsman, qui a l’air de valoir vraiment le coup s’il parvient à ranimer les mourants), forts du sentiment du devoir accompli. Peut-être un peu déçu par le refus de Katarina de l’accompagner jusqu’à Altdorf – les affaires sont les affaires – Stefan peut toutefois se consoler par le chaste baiser que la belle lui accorde avant de le laisser repartir. Ce ne sera peut-être (sûrement même, my it-s-bloody-obvious-the-way-the-author-wrote-it sense is tingling) que partie remise…

 

Avis:

Ayant lu il y a fooooooooort longtemps le roman Star of Erengrad, premier tome de la trilogie consacrée par Neil McIntosh au personnage de Stefan Kumansky, qui se terminait sur la victoire des gentils et la corruption d’Alexei Zucharov, je n’ai pas eu de difficulté à me plonger (haha) dans cette nouvelle, qui n’est autre que la suite logique du roman mentionné plus haut. Ceci dit, le bon travail de contextualisation qu’effectue McIntosh en introduction de son propos aurait permis à n’importe qui de comprendre facilement les tenants et aboutissants de l’intrigue déroulée dans ce The Gifts of Tal Dur, soumission simple mais pas simpliste, et d’honnête et robuste facture. Sur un canevas certes peu original dans l’absolu (le héros sauvant sa belle des griffes du méchant, l’épée à la main), mais relativement peu utilisé dans les écrits de la BL, où les protagonistes ont généralement autre chose à faire que secourir des damoiselles en détresse, l’auteur place un vernis légèrement grimdark mais totalement WFB, avec le Chaos venant jouer son rôle de force corruptrice et destructrice, retournant les frères d’armes l’un contre l’autre et laissant à son hôte malheureux quelques secondes pour réaliser l’étendue de sa folie avant que le voile de la mort ne tombe. So cinematic. Bref, un honnête filler dans les rayonnages bien achalandés de la Black Library, qui permettra au lecteur de se faire une bonne idée du style et des capacités de Neil McIntosh.

 

Fluff:

  • Siège d’Erengrad : La cité portuaire a soutenu pendant trois semaines le siège des armées (5.000 hommes, mutants et bêtes) du Seigneur du Chaos de Tzeentch Kyros. Une force impériale et kislevite est arrivée en renfort des assiégés, et a vaincu la horde chaotique. Kyros a été tué dans la bataille.

 

Debts of Blood

Révélation

Inferno! #20/2001/15 pages

 

Intrigue:

wfb_debt-of-blood.pngFinalement de retour à Altdorf après son road trip à Erengrad et dans le nord de l’Empire, l’aventurier Stefan Kumansky jouit d’un repos bien mérité et récolte les dividendes de ses actions héroïques en se faisant payer des coups à boire à l’occasion de l’Heldenstag, comme c’est la tradition. Soucieux de ne pas voir apparaître son frère, qui apparemment constitue son compagnon de beuverie favori1, Kumansky décide de se rendre directement chez ce dernier, et se retrouve fissa mis en garde à vue en compagnie de son frérot, trempé jusqu’au cou dans une sombre affaire de haute trahison, qui pourrait conduire à son incarcération à vie. Seul échappatoire pour les frangins Kumansky, le marché que leur propose Rheinhardt Kessler, l’autoritaire Prévôt du Conseil des Anciens d’Altdorf. Il s’agit pour Stefan de servir de chaperon à Heinrich von Diehl, scion d’une famille décadente ayant donné à l’Empire un sorcier du Chaos (Lothar) et un guerrier de Khorne (Kurt), rien que ça. Heinrich, lui, semble ok pour témoigner dans un procès d’importance devant se tenir dans quelques jours à Altdorf, et auquel sa chère famille souhaiterait vivement qu’il ne participe pas. La corruption légendaire des grandes cités ne rendant pas possible la mise en place d’un système de protection des témoins classique, Kessler décide donc de placer son mouchard #1 sous la protection d’un reître dont il ne sait pas grand-chose, et dont l’obéissance est acquise via un chantage familial. Je m’avance peut-être mais il me semble que nous sommes un tout petit peu hors procédure sur ce coup-là.

 

Toujours est-il que Stefan ne peut décemment pas refuser, et passe donc une semaine morne et tendue à s’assurer du bon état de santé de sa charge. Convoqué à une entrevue urgente avec Kessler dans une taverne à la veille de l’ouverture du procès, HvD est escorté par Kumansky et un poignée de gardes jusqu’au lieu du rendez-vous, qui se trouve être comme de juste rapidement assailli par une bande de… méchants (par manque de description des motivations des attaquants), menés par un mutant particulièrement véhément, que notre héros parviendra à vaincre grâce à l’usage ingénieux du traditionnel lustre en fer forgé que tout lieu de duel à l’épée se doit de comporter (c’est dans le cahier des charges des écrits med-fan Sword & Sorcery, j’ai vérifié). Manque de bol pour la petite bande, von Diehl se mange un carreau (d’arbalète, sinon ce serait moins grave) au moment de sortir de l’estaminet, résultant en une blessure non mortelle mais suffisamment grave pour que le passage à l’hospice de Shallya le plus proche devienne obligatoire. Ce dernier, tenu par la brave Sœur Agnetha, que des années de coupes budgétaires ont laissé toute seule pour tenir la permanence de quartier, permet à l’aristo décadent de reprendre quelques forces, mais ne sera pas en mesure de soutenir le siège en règle qui ne manquera pas d’être mis à la bâtisse incessamment sous peu. Très héroïquement, Kumansky ordonne à son dernier PNJ garde d’exfiltrer la street medic et reste seul avec son témoin, confiant dans sa capacité à le défendre contre toute nouvelle tentative d’homicide (kelhôme).

 

L’attente anxieuse de notre héros n’est que de courte durée, un discret bruissement derrière lui annonçant l’arrivée d’une tierce personne, armée d’une arbalète et d’intentions bien peu charitables envers le garde du corps de von Diehl. La nouvelle venue se révèle être Natalia Zucharov, sœur d’Alexei Zucharov, ancien compagnon d’armes de Kumansky ayant accompagné ce dernier jusqu’à Erengrad puis sombré dans l’adoration des Dieux Sombres sur un malentendu (Star of Erengrad), et ayant été finalement exécuté par ses anciens alliés sur le chemin du retour (The Gifts of Tal Dur). Comme on peut s’y attendre, Natalia a un râtelier contre Stefan, qu’elle accuse d’avoir assassiné son frère de sang-froid.  C’est elle qui a ouvert le feu sur les survivants de l’embuscade à la sortie de la taverne, et fiché un carreau dans le buffet de von Diehl du fait de sa maîtrise toute relative de l’arbalète. Elle a une excuse cependant, étant d’abord une apprentie du Collège Gris, ce qui explique sa capacité à apparaître derrière les gens sans crier gare. Sentant qu’un affreux malentendu est sur le point de se produire, Kumansky arrive à convaincre Zucharov d’escorter von Diehl en lieu sûr, arguant qu’elle lui doit bien ça après avoir manqué de le tuer deux heures plus tôt. Natalia accepte et emmène Heinrich jusqu’à la maison de Bruno Hausmann, le comparse de Stefan, jurant de revenir un peu plus tard pour terminer son affaire.

 

Cette fois-ci totalement seul, Kumansky est enfin libre de faire son héros, en repoussant des hordes de… méchants (là encore, la description est succincte) sortant du sol de l’hospice. Vaincu par la multitude après un combat épique, il a la surprise 1) de se réveiller et 2) de faire face à Kessler, apparemment très pressé de savoir où se trouve von Diehl. Il ne faut pas longtemps à  Stefan pour se rendre compte que son commanditaire est passé de l’autre bord, et cherche le noble pour lui faire la peau. Résolu à endurer stoïquement toutes les tortures que son ravisseur ne manquera pas de lui faire subir, Stefan refuse crânement d’obtempérer, mais se fait sauver des poucettes par l’arrivée de von Diehl, qui s’est rendu aux hommes de Kessler sans soupçonner l’entourloupe. Tout est-il perdu pour la team Gentil ? Non ! Car von Diehl était en fait Natalia Zucharov dissimulé par un sort d’illusion, et dans la cohue qui suit son coming out, la paire réussit à se libérer, régler son compte à Kessler (qui malgré ses rodomontades de boss de fin de niveau, s’écroule à la première touche de sa hitbox) et s’échapper par la fenêtre et jusqu’à la sécurité de la maison de Bruno, malgré le vertige handicapant de la donzelle, rattrapé in extremis par un Kumansky toujours chevaleresque.

 

Ayant réussi à déjouer les manigances de Kessler, et confiant dans la protection apportée par un de leurs amis hauts placés pour mener à bien leur mission, nos héros se quittent presque bons amis, la promesse de Natalia de revenir honorer la dette de sang contractée par Stefan suite au meurtre de son frère apparaissant comme bien hypothétique (encore cinq pages et elle finissait dans son lit). Mais ceci est une autre histoire…

 

1 : Voir The Gifts of Tal Dur, et les trésors de motivation tirés par notre héros de la soirée picole promise par son frangin lors du combat final.

 

Avis:

Se déroulant (probablement) après les événements couverts dans Taint of Evil, cette nouvelle s’avère être assez complexe dans son intrigue, aux manigances politiques de la haute société d’Altdorf venant se mêler la vengeance personnelle de cette brave Natalia, que McIntosh fait apparaître comme une cruche d’un bout à l’autre de son récit. Tireuse à l’arbalète médiocre, arcaniste peu sûre d’elle (de son propre aveu, le sort qui a sauvé Kumansky aurait pu tout aussi bien le tuer, et le sceau magique laissé sur la porte de la maison de Bruno a été brisé à son retour), combattante pathétique, sujette au vertige et aux phrases absconses, la sœur Zucharov tient plus de la damoiselle en détresse que de la traqueuse mortelle qu’elle était censée être. Il semble qu’il s’agisse d’une constante chez McIntosh (voir le rôle de faire-valoir de Katarina von Lucht dans The Gifts of Tal Dur), qui pour sa défense écrivait à une époque où le Women’s empowerment n’était pas encore un concept à la mode dans le monde de la fiction med-fan. De son côté, l’héroïquement héroïque Stefan Kumansky s’en tire comme d’habitude avec les honneurs, seul son manque absolu de personnalité et d’intérêt venant rebuter le lecteur.

 

La réalisation de McIntosh s’avère par moment assez fébrile, les scènes de combat par exemple souffrant de leur caractère générique, l’intrépide jeune premier faisant face à des rangées de goons assez mal définis, ce qui empêche de vraiment s’impliquer dans ses péripéties. La palme est remise aux… choses qui sortent des sous-sols de l’hospice de Shallya, dont on ne sait pas s’il s’agit de mutants, de démons ou de morts-vivants, qui les a convoqués et pourquoi elles n’ont pas mis Kumansky en pièces après que ce dernier ait perdu son dernier point de vie. Non pas qu’une autre issue eut été possible, mais comme Kessler n’est jamais vraiment présenté comme capable de s’attacher les services de ce genre de gros bras (sinon, il n’aurait pas été mis en échec par un sort de niveau 1, je gage) et que le fourbe Prévôt est le seul antagoniste présenté dans la nouvelle, il aurait été logique qu’il soit l’orchestrateur direct de l’attaque. Bref, l’exécution de ce Debt of Blood pêche sérieusement, et comme les personnages mis en scène par McIntosh ne présentent en eux-mêmes pas grand intérêt, on se rabattra de guerre lasse sur les quelques éléments fluff mis à disposition par l’auteur pour se convaincre de finir la lecture de ce nouvel épisode de Kumansky & Hausmann, les Starsky & Hutch du Vieux Monde. 

 

Fluff:

  • Altdorf (festival) : La ville fête ses héros le jour d’Heldenstag (rq : littéralement le Jour du Héros en allemand/reikspiel). Il est de coutume de payer des tournées aux individus méritants. 
  • Altdorf (milice) : La ville compte une Garde Civique, dont les uniformes sont écarlates.
  • Collèges de Magie (Collège Gris) : Parmi les différents niveaux hiérarchiques des Collèges, on compte les apprentis de première classe (rq : qui ne doivent pas être très haut placés).L’arsenal des Gardiens Gris comporte des sorts d’invisibilité, de crédulité (permet à l’enchanteur de se faire passer pour quelqu’un d’autre), des sceaux de protection empêchant l’ouverture de portes, ou encore le sort de porte miroir, un barrage invisible pouvant détourner les coups (rq : qui a l’avantage de ne marcher que dans un sens mais l’inconvénient de pouvoir fonctionner dans le « mauvais sens »)

 

 

Nick Kyme (1)

Révélation

 

Perfect Assassin

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/23 pages


Intrigue:
Kyme entraîne ses lecteurs dans la cité tiléenne de Luccini, sur les traces de Rannick, alias l'Ombre Vivante (the Living Shade), l'auto-proclamé « Roi des Assassins ». Notre héros doit faire face à la concurrence d'un petit nouveau dans la profession (le Corbeau Noir/Black Crowe), dont les récents exploits menacent sa réputation et son statut. Conscient qu'il doit frapper fort pour rappeler à tous qu'il est le patron, Rannick décide d'exécuter un contrat sur lequel huit autres confrères se sont déjà cassés les dents (et la pipe, par la même occasion) : assassiner le comte Banquo Degusta.


Avis:
Enthousiasmé par son sujet, Nick Kyme met en scène une ménagerie de personnages très hauts en couleurs, un assassin tiléen ne pouvant être à ses yeux qu'un individu flamboyant exerçant son art de la manière la plus baroque possible (mention spéciale à « l'Artiste », qui exécute ses contrats en poignardant ses victimes avec une plume empoisonnée, puis utilise leur sang pour dessiner leur cadavre). Mis à part son insupportable suffisance, Rannick apparaît toutefois comme assez pragmatique en comparaison de la majorité de ses collègues, ce qui rend la lecture de la nouvelle supportable.

Tout à son souci de régaler ses lecteurs avec des mises à mort tarabiscotées, Perfect Assassin pêche franchement par son manque de vraisemblance, peut-être totalement assumé par l'auteur (voir la partie « Fluff » pour s'en convaincre), mais plus probablement conséquence malheureuse de la volonté de Kyme d'en faire des caisses pour impressionner la galerie. De l'empoisonnement indétectable commis par un tueur insaisissable dont tout le monde connaît pourtant le déroulement précis, jusqu'au meurtre final dont la mise en œuvre comporte environ 43 étapes et dépend en grande partie des choix effectués par la victime, en passant par l'usurpation d'identité de plusieurs mois d'un notable très influent sans que personne ne perce à jour l'imposteur, c'est un véritable festival WTF auquel le lecteur est convié. À trop vouloir être cool, Nick Kyme enchaîne les bourdes avec la constance d'un scénariste de série B, tout cela afin de (mal) légitimer le twist final de sa nouvelle. C'est ce qu'on appelle ne pas avoir les moyens de ses ambitions.


Pour résumer, ce n'est pas Perfect Assassin qui viendra faire de l’ombre à Where Walks The Mardagg, qui demeure le texte de référence pour tous les amateurs d'intrigues tiléennes. Digeste, sans plus.

 

Fluff :

Il existe une guilde des assassins ayant pignon sur rue (ou plutôt, sur tunnel) à Luccini. On peut y trouver des armuriers, des herboristes et des ingénieurs, ainsi qu'un tableau de classement des meilleurs assassins (avec un mec qui compte les missions menées à bien en dessous). C'est ici que sont envoyés les nouveaux contrats ainsi que les paiements. Les praticiens les plus prestigieux ont également une sorte de secrétaire (celui de Rannick s'appelle Rémy), qui s'occupe de la paperasse pour leurs patrons. Kyme parsème son texte de références au « Code de l'Assassin », qui semble être le manuel de déontologie utilisé par les coupe-gorges de Tilée. Je pense qu'il s’agit d'une invention de sa part, tant certains articles m'ont semblé incongrus, mais dans le doute, voici ce que ça donne:

  • Règle #2 : En Tilée, il y a toujours quelqu'un qui veut se débarrasser de quelqu'un d'autre.
  • Règle #3 : Ne jamais tuer quelqu'un sans avoir conclu un contrat d'abord, sauf si c'est personnel.
  • Règle #6 : Si les choses tournent mal, détruire toutes les preuves de transaction.
  • Règle #15 : Ne jamais utiliser les couverts de quelqu'un d'autre.
  • Règle #18 : Tuer un homme par erreur n'est pas grave, mais ne tue jamais un chien sans une bonne raison.
  • Règle #32 : Le montant du contrat doit être fixé avant son exécution et est non-négociable une fois que les parties en présence sont tombées d'accord.
  • Règle #46 : Il vaut mieux passer par les endroits les moins bien gardés.
  • Règle #62 : Se vanter, c'est mal.

 

 

Nicola Griffith (1)

Révélation

 

Nicola Griffith est peut-être l’un des noms les plus connus des amateurs de littérature de genre (med-fan, SF, horreur) en général, puisque notre auteur a publié une bonne dizaine de romans sous son nom (‘Stay’, ‘Always’, ‘Hild’, ‘So Lucky’…), et remporté autant de prix littéraires, depuis le début de sa carrière. L’amateur de Vieux Monde devra, lui, se contenter des seuls ‘The Other’ et ‘The Voyage South’, intégrés dans les recueils ‘Ignorant Armies’ et ‘Red Thirst’ de GW Books. On sait que Griffith a soumis deux autres textes à David Pringle (le vénérable éditeur de GW Books), jamais publié à ce jour : ‘Blood & Earth’ et ‘Snakesteel’.

 

The Other

Révélation

Ignorant Armies/1989/23 pages

 

Intrigue:

Art: Jim BurnsAccompagnant son père, le renommé et influent Doktor Franz Hochen jusqu’à Middenheim où il a affaire, Stefan Hochen, notre héros, fait la connaissance d’une mystérieuse baladine alors qu’il patiente1 sur l’un des viaducs d’accès de la cité du Loup Blanc, momentanément embouteillé par le renversement d’une carriole de vin (ce qui est un comble, si on y réfléchit). Cette dernière (la troubadour, pas la barrique de vinasse), ayant appris la médecine en autodidacte, se montre assez peu impressionnée par la manière cavalière dont l’honorable Doktor prend en charge l’accidenté, envoyé jusqu’à l’hospice de Shallya le plus proche par brouette pour cause de non-solvabilité manifeste2. Cette première rencontre, pour brève qu’elle fut, ayant un chouilla chamboulée notre Stefan, qui a embrassé la carrière paternelle par facilité et convénience plutôt que par réel intérêt, il est tout content de retomber sur l’inconnue du périf à l’occasion de sa soirée d’enterrement de vie d’interne en médecine, qu’il passe en compagnie de quelques amis dans la chaude ambiance de la taverne de la Lune Rouge.

 

La street medic, de son nom Katya Raine et de sa profession joueuse de tam tam (eh, il en faut), régale l’assistance d’une composition de son cru, narrant le destin tragique d’une jeune femme ayant eu le malheur de confondre une pierre de sang, aux propriétés curatives supposées, avec un éclat de malepierre. La caillasse, plongée dans les flammes en préparation d’une concoction miraculeuse, lui péta ainsi à la figure, fichant un fragment de roche chaotique dans le gras du bras de l’apprentie alchimiste. Le corps étranger n’ayant pu être retiré, la pauvresse, d’abord tourmentée par des cauchemars, puis des crises de somnambulisme extrêmes, finit par hériter d’un membre écailleux et griffu, avec lequel elle égorgea toute sa famille lors d’une nuit enfiévrée. Fin. C’est autre chose que Despacito, c’est sûr. Bien que la complainte du racaillou soit accueillie par des tonnerres d’applaudissements par l’assistance, Stefan se fait la réflexion, que, oh comme c’est bizarre, Katya a une écharpe nouée autour du bras, comme son héroïne lorsqu’elle cherchait à cacher son affliction à ses proches. Méfiance, méfiance. Mais béguin tout de même.

 

De plus en plus épris, Herr Hochen résout de jouer de ses relations (son père est l’autorité qui délivre les permis d’exercer aux médecins impériaux) pour gagner les faveurs de son crush, qu’il stalke avec insistance mais balourdise au cours des jours qui suivent. Furieux et jaloux de constater qu’elle s’est rendue dans la demeure de l’adjointe du Sorcier Suprême de Middenheim (Janna Eberhauer) – l’homophobie est toujours un fléau en 2425 –, il se fait carrément krav maga-er la face par sa chère et (pas si) tendre (que ça) lorsqu’elle se rend compte qu’il l’a prise en filature le lendemain. Cherchant à se faire bien voir, il accepte de l’accompagner alors qu’elle réalise sa tournée de bienfaisance parmi les déshérités de Middenheim, mais la simple vue d’Oliphant Man suffit à lui faire tourner les talons. Stefan Hochen, médecin mais surtout esthète.

 

Soupçonnant fortement que Katya se soit inspirée de son expérience personnelle pour écrire son tube inter-tavernial, Hochen insiste lourdement pour que la belle lui dévoile le bras qu’elle tient écharpe, en échange d’ingrédients médicinaux qu’elle ne pourra pas obtenir sans son aide, faute de licence. Le chantage à l’aspirine, c’est moche tout de même. Mais en tout cas ça marche. Déception ou soulagement pour le voyeur brachiophile, le biceps de Frau Raine est tout ce qu’il y a de plus banal. S’étant engagé à faire les courses pour sa comparse, notre héros réalise sur le chemin du retour, à la faveur d’un tour de passe passe commenté par une brave commère, qu’il s’est probablement fait rouler dans la farine par Katya. Si elle a placé l’écharpe autour de son bras, c’est pour attirer l’attention sur ce dernier et la détourner d’une autre partie de son anatomie… comme sa jambe, qui semble boiteuse depuis quelques temps. Mind blown.

 

Déterminé à faire quelque chose, et en tout cas, à vider son sac à une autorité compétente en matière de mutant, Stefan s’en va cafarder auprès de Janna Eberhauer, sans savoir que Katya est également présente (il y avait vraiment une romance à l’oeuvre entre les deux femmes), et qu’elle a demandé à la sorcière de l’aider à retirer l’éclat de malepierre qu’elle a reçu dans la cuisse avant que ce dernier ne lui fasse perdre pied (à tout point de vue). D’abord réticent à l’idée de donner un coup de main – c’est toujours dur d’apprendre qu’on est relégué à la friend zone – Stefan finit par se laisser convaincre, et, aidé par les incantions anesthésiques et purificatrices de Janna, parvient à extraire le grain fâcheux de sa patiente. Réalisant qu’il n’a aucune chance de conclure, mais tout de même beau joueur, il quitte son chevet en laissant la licence qu’il a fait signer par son père ainsi que ses sentiments les plus distingués et sa carte de visite, dans l’attente que Miss Raine, qui a prévu une petite virée au Kislev pour fêter sa rémission, revienne du côté du Middenheim. La persistance, c’est la clé.

 

1 : Pour tuer le temps, il se représente les résultats d’infections cutanées particulièrement virulentes et purulentes chez tous les péquenauds qu’il croise. À chacun ses hobbies.

 

2 À croire que dans l’Empire, le serment d’Hippocrate commence par « d’abord, ne pas faire crédit ».

 

Avis:

On peut mettre au crédit de Nicola Griffith l’écriture de la première nouvelle intégrant une histoire d’amour homosexuelle de l’histoire de la fiction GW, et à celui des éditeurs et valideurs de l’époque (David Pringle et Bryan Ansell, probablement) l’inclusion d’un texte assez subversif à sa manière dans le premier ouvrage publié par GW Books. Ce qui peut sembler franchement banal aujourd’hui – et encore, on peine à voir les sujets de genre émerger dans les publications de la Black Library – l’était beaucoup moins en 1989, même s’il faut à mon avis voir dans cette nouvelle la tolérance d’une équipe éditoriale ne disposant pas d’un réservoir infini de contributeurs de bon niveau à solliciter, plutôt qu’un manifeste assumé pour la tolérance et l’inclusion. Parenthèse close.

 

Au delà de ces considérations méta-littéraires, The Other se révèle être une nouvelle assez sympathique à lire, présentant le double avantage de faire l’effort de s’intégrer dans l’univers de Warhammer de façon plausible (plus que d’autres soumissions de Ignorant Armies, flirtant parfois avec la parodie de façon un peu trop visible, ou présentant des signes évidents de « saupoudrage de background » afin de lier de façon artificielle le récit à la franchise à laquelle il est sensé appartenir), tout en conservant une originalité forte par rapport au courant hack & slash grimdark (si une telle juxtaposition est tolérée) aujourd’hui omniprésent dans les publications de la Black Library. En choisissant de mettre au même niveau d’importance le triangle amoureux reliant les protagonistes et le sombre secret de son héroïne, Griffith humanise fortement sa nouvelle, et donne la vision d’un Vieux Monde un soupçon moins cruel, méchant et violent qu’on en avait l’habitude. De la à soutenir que le pouvoir de l’amour peut faire obstacle à l’influence corruptrice et mutagène du Chaos, il y a un peu plus qu’un pas à franchir, mais à titre personnel, je dois dire que cette approche moins « tranchante » que d’accoutumée du sujet de la mutation n’a pas été pour me déplaire. En définitive, si vous appréciez l’approche « Craigesque » de Warhammer, je ne peux que vous conseiller de donner sa chance à The Other, qui présente une certaine similitude avec les travaux du grand Brian.

 

Fluff:

  • Carnaval de Middenheim : Réputées à des lieues à la ronde et attirant de nombreux visiteurs dans la cité, ces festivités intègrent un feu d’artifices.  
  • Commission pour la Santé, Education et l’Assistance (Komission for Health, Education and Welfare) : Délivre les autorisations d’exercer aux praticiens de la médecine sur le territoire impérial, après qu’elles aient été enregistrées par la Guilde des Physiciens.
  • Middenheim (Cadastre) : Quartier de Nortgarten, calme, propre et ordonné, compte un parc (Morrspark). Old Quarter : habité par les pauvres de Middenheim, il a mauvaise réputation. Voies : Burgen Bahn. Zauber Strasse. Ost Weg. Markt Weg. Ostgarten Weg. Grun Allee. Marché :  Altmarkt. Jardin : Ostgarten.

 

Paul Kearney (1)

Révélation

 

Broken Blood

Révélation

Death & Dishonour/2010/28 pages


Intrigue:

Broken Blood relate la bataille au cours de laquelle les deux frères Morgan, Gabriel et Michael, se retrouvent enfin face à face, en plein cœur du Pays des Trolls. Quelques flashbacks explicatifs permettent à Kearney de resituer son propos et de retracer la trajectoire des deux frangins : partis purger le grand Nord quelques mois avant le début de la Fin des Temps, les Morgan ont été séparés par un Prince Démon kleptomane ayant enlevé Michael pendant une bataille. Epargné par ses ravisseurs, l’aîné des frères Morgan refait son apparition quelques années après sa disparition, à la tête d’une armée de maraudeurs. Ne pouvant plus sauver son frérot, Gabriel se résout à lui offrir le repos éternel et engage l’ost chaotique avec les survivants de son contingent.

 

Avis:
Si la nouvelle de Paul Kearney n’impressionne pas vraiment par l’originalité de son scénario1, elle satisfait par contre par sa mise en scène de l’ultime confrontation finale des frères Morgan. La facilité aurait consisté à décrire Gabriel se frayer un chemin à travers les rangs de l’armée ennemie jusqu’à sa Némésis, approche de pure hack’n’slash rapidement lassante pour le lecteur (après tout, il n’y a pas trente-six façons de tuer un adversaire sur un champ de bataille med-fan). En « élargissant » de temps à autre son point de vue, Kearney apporte un peu de variété bienvenue aux scènes de boucherie classiques qui constituent le gros de Broken Blood, et permet au tout venant de suivre le déroulement de l’affrontement avec un peu plus de recul. Mine de rien, cela demande un certain niveau. Bref : basique mais efficace.


1 : Le thème du noble guerrier rejoignant les rangs du Chaos, et se retrouvant opposé à une ancienne connaissance (ami, parent, amant) ayant été déjà exploré dans Riders of the Dead (Abnett) et The Heart of Chaos (Thorpe), pour rester dans l’univers de Warhammer Fantasy. Du côté de 40K, on a bien sûr l’Hérésie d’Horus.


Fluff:
Les frères Morgan, connus sous le nom des Aigles Jumeaux (Twin Eagles), étaient les commandants d’une force de cavalerie lourde réputée dans tout l’Empire. Avec la bénédiction du Grand Théogoniste, ils menèrent leur armée à la rencontre de l’ost de Graakon dans le nord de Kislev. Les impériaux remportèrent la victoire, mais leur général fut enlevé par un Prince Démon invoqué pendant les derniers moments de la bataille, alors que les Nordiques étaient déjà en déroute.


D’un point de vue plus général, on peut déduire de cette tragique histoire que les « compagnies franches1 » telle que celle montée par les frères Morgan (dont le nom ne semble pas dénoter d’une quelconque ascendance aristocratique) sont tolérées au sein de l’Empire. Ce n’est pas étonnant au vu de l’autonomie dont jouit chaque province par rapport au pouvoir central, mais cela rajoute une source de nuisance potentielle pour les citoyens impériaux (les bandes mercenaires recourant souvent au brigandage pour subsister en temps de paix).

 
1 : À différencier des franches compagnies décrites dans le Livre d'Armée de l'Empire. Ces dernières sont en effet constituées de rufians mal dégrossis et chichement équipés, alors que les compagnies franches sont de véritables armées professionnelles vendant leurs meurtriers services au plus offrant.

 

 

Phil Kelly (1)

Révélation

 

The Court Beneath

Révélation

Hammer & Bolter#25/2012/18 pages

 

Comme un grand nombre de ses condisciples du studio de création de Games Workshop, Phil Kelly a, après la longue et honorable carrière qu’on lui connaît en tant que game designer,  cédé aux sirènes du fluff et contribué de sa modeste pierre à l’édifice du background des univers GW. Spécialiste du Bien Suprême (Blood Oath, Blades of Damocles, Farsight), et ayant récemment couvert la (forcément) difficile intégration des Primaris au sein des Dark Angels (War of Secrets), il a également quelques travaux med-fan à son actif, dont rien de moins que le déclenchement de la Fin des Temps (Sigmar’s Blood).

 

Intrigue:

Notre histoire débute sur une route boueuse des Hauts de Bretonnie, en compagnie de notre tout aussi boueux héros. Bien que noble, ce dernier fait pâle figure, des années de quête infructueuse du Graal l’ayant durement marqué. Couturé de cicatrices, marque par la teigne, quelques dents et son destrier en moins, Loulou (appelons comme ça pour le moment) est l’incarnation parfaite du chti chevalier errant, et bien qu’il lui en coûte de se présenter sous ce jour défavorable à la cour, la survenue d’une menace de grande ampleur (un Nécromant du nom de Myldeon ratisse le nord des terres du Roy à la recherche de followers) le pousse à venir quémander une armée auprès des autorités locales afin de mettre un terme aux déprédations du sorcier. Arrivé à Marcq en Baroeul Couronne, Loulou se fait d’abord gentiment mais fermement enjoindre par le service d’ordre (Iron Eye et le Joker, rien que ça) d’aller se faire ausculter chez les Tiléens, avant que notre héros ne se sorte de ce mauvais pas en rappelant qu’il est le fils du taulier, et mérite donc un peu plus de respect. Car Loulou, notre chouchou foufou, est Louen de Couronne, et The Court Beneath n’est rien de moins que le How I Got My Moniker du futur souverain Breton.

 

Quelques heures plus tard, c’est escorté de quinze chevaliers et des écuyers de ces derniers que Louen ressort de Couronne, guère enchanté de la pingrerie paternelle (il semblerait que la parabole du retour du fils prodigue n’ait pas atteint les lointaines latitudes bretoniennes) mais déjà mieux mis qu’à son arrivée. Ayant pu tout du moins compter sur le soutien de son ami Brocard, réputé à des lieues à la ronde pour sa maîtrise du pop shove-it et du heelflip (les fameuses figures de Brocard1), Louen fait contre mauvaise fortune bon cœur et finit par rattraper les hordes chancelantes de Myldeon à proximité d’un lac. Après la traditionnelle causerie d’avant-match, le XV de Couronne se met en branle pour mettre sa branlée aux groupies de Mymie M’a tuer. Et là, grossière erreur : sans doute peu familier des arcanes du Livre d’Armée Bretonnien, Louen ordonne l’attaque sans chercher la bénédiction de la Dame, ce qui est particulièrement con lorsque l’ennemi n’aligne aucune machine de guerre ni arme de tir, a une caractéristique de Mouvement inférieure à la vôtre et ne peut pas faire de marche forcée à plus de 12 pas de son général. Stay in school, kiddos. La suite, vous la devinez : la magnifique fléchette bretonnienne s’enfonce sans mal dans le ventre mou de l’armée adverse (de façon littérale et figurée), mais arrive la phase de corps à corps fatidique où les chevaux ont un coup de moins bien, et qui se solde par une défaite sans appel de nos preux paladins, dont les moulinets enthousiastes ne font pas le poids face aux imposants bonus fixes de l’adversaire. Sentant la situation mal engagée, Brocard tente de rentrer un boardslide sur le nez crochu de Myldeon, mais un regard (désapprobateur) de Nagash suffit à faire avorter la tentative, et à griller la street credibility de LeBroc James, en même temps que l’enveloppe corporelle de ce dernier. Isolé au milieu de la mer morte, Louen tente à son tour de rallier sa Némésis, mais ne parvient qu’à se faire acculer (acculer, j’ai dit) sur la rive du lac, dans lequel il finit par sombrer corps et bien.

 

Piégé par son armure, notre héros s’enfonce dans les profondeurs stygiennes du plan d’eau, et découvre avec surprise qu’il reste capable de respirer dans cet environnement peu familier. Son soulagement est toutefois de courte durée, son arrivée n’étant pas passée inaperçue parmi les résidents des abysses, comme le confirme l’attaque soudaine d’un Leviator sauvage. Un instant pris au dépourvu par ce choc de franchise, Louen se ressaisit rapidement, et lance l’Archéomire qui lui servait jusque-là de bouclier au combat2, avec des résultats plutôt probants. Asticoté with extreme prejudice, l’assaillant de Louen finit par passer l’arme à gauche, ce qui vaut à Loulou l’insigne honneur d’être invité au banquet que donnait à quelques encablures de là, je vous le donne en mille, la Dame du Lac. Entourée d’une cour résolument United Colors of Tête de Thon, cette dernière réserve d’abord un accueil assez froid à son pauvre champion, avant de consentir à lui faire boire au Graal (ce qui était attendu), de lui rouler une pelle (ce qui est un à-côté appréciable) et de le renvoyer à la surface en compagnie d’une armée digne de ce nom (ce qui fait toujours plaisir), constituée des jeunes hommes doués de capacités magiques que cette couguar de Dame enlève à leurs parents sans le moindre scrupule.

 

Transcendé par l’expérience, notre nouveau Chevalier du Graal se rue à l’assaut de la cohorte mort-vivante, qui ne s’était guère éloignée du lac en raison de ses minables capacités motrices. Bien aidé par le vigoureux concours de ses nouveaux amis aquatiques, Louen se fraie un chemin jusqu’à Myldeon, en passant sur le corps des anciens camarades ranimés par le Nécromant au passage, et, en hommage à Brocard, met un point final aux manigances de ce dernier d’un superbe anhyzer décapitant, démontrant ainsi sa maîtrise de la vertu de bogossitude et ajoutant un nouveau chapitre à sa légende. Loué soit Louen.

 

1 : Essayez de faire ça avec un destrier caparaçonné bretonnien en lieu et place d’un skateboard. Ça vous place le niveau du bonhomme.

 

2 : Fun fact : J’ai découvert qu’il existait bien un Pokémon en forme de bouclier au moment de l’écriture de cette chronique. Le pire étant que ce dernier appartient à la 4ème génération, et que nous en sommes maintenant à la 7ème. À quand les Pokémons Tupperware, Balais à Chiotte et Ephéméride ?

 

Avis:

Les lecteurs réguliers de ces chroniques connaissent mon intérêt pour la mise en scène d’épisodes importants, ou au moins significatifs, du fluff de WHB jusque-là seulement évoqués dans les Livres d’Armées. En plus de mettre au premier plan des personnages bien connus du Vieux Monde (ou d’ailleurs), ces récits enrichissent souvent le background et donnent du grain à moudre à tous les fluffistes acharnés, prêts à vendre père et mère pour connaître la pointure de Nagash ou l’émission de radio préférée d’Aenarion. Encore faut-il pour cela que l’auteur à la manœuvre ait pris la mesure du « matériel narratif » mis à sa disposition, et parvienne à exploiter les qualités intrinsèques de ce dernier sans donner dans la timidité ou dans l’excès. Fort heureusement, Phil Kelly parvient à tirer son épingle du jeu de manière convaincante, et rend une copie sérieuse, d’un niveau similaire à Feast of Horrors (Wraight – Hammer & Bolter #5), et juste en deçà de The Gods Demand (J. Reynolds – Hammer & Bolter #11). Rythmée, prenante et généreusement dotée en termes de détails fluff (notamment le devenir des garçons enlevés par la Dame du Lac, et qui contrairement à leurs homologues féminines, ne retournent jamais parmi les hommes), The Court Beneath est une nouvelle très honorable, ce qui n’est pas rien pour une première soumission, et est d’autant plus méritoire que la Bretonnie est une des factions de WFB les moins gâtées par les publications BL en règle générale (Tybalt’s QuestFaith, The Last ChargeRest EternalQuesting Knight).

 

Fluff:

  • Louen Coeur de Lion (Caractéristiques): Son surnom de "Coeur de Lion" lui a été décerné par la Dame du Lac en personne, après qu'il ait occis un lion aquatique (water lion) pendant son escapade sous-marine (n.d.: heureusement qu'il n'a pas rencontré de tanche géante dans les profondeurs du lac, ça n'aurait pas rendu aussi bien). Il a eu la gale pendant sa Quête du Graal.
  • Dame du Lac (Caractéristiques): Elle est capable de conjurer des objets (dans la nouvelle, l'Epée de Couronne) à partir d'un faisceau de bulles qu'elle exhale. À noter que ses courtisans aquatiques sont des amalgames d'hommes et d'animaux (hippocampe, crabe, libellule...), donc techniquement des Hommes-Bêtes...
  • Chevaliers du Graal: Ce n’est plus du sang qui s’écoule de leurs plaies, mais un liquide doré. Leur proximité physique est suffisante pour affaiblir les énergies magiques maléfiques, et rompre les sorts d’animation des morts-vivants de bas niveau. Ils ne ressentent pas la fatigue, et n’ont plus besoin de dormir.
  • Couronne: La cité ressemble à un empilement de trois forteresses, entourée par une douve remplie de poix bouillonnante. Grande porte flanquée de deux sculpture de dracogriffes (oui oui, le Pokemon).
  • Bretonnie (Culture): Les morts sont enterrés face contre terre avec une patte de corbeau dans la bouche, pour éviter leur réanimation par des nécromanciens. Les vilains qui rient aux mauvaises blagues ont la bouche entaillée (Joker like) pour leur apprendre la bienséance.

 

 

Rani Kellock (1)

Révélation

 

The Blessed Ones

Révélation

Realm of Chaos/2000/21 pages

 

Intrigue:
Truand minable, Jurgen Kuhnslieb se voit forcer d’accepter une mission un peu particulière afin de pouvoir rembourser les nombreuses dettes de jeu qu’il a contractées. Chargé par un jeune noble décadent de voler un tableau dont son propriétaire ne souhaite pas se séparer, Jurgen va rapidement se rendre compte qu’il s’est empêtré dans une affaire aux proportions insoupçonnées, et que ses employeurs ne sont pas du genre à laisser un cambrioleur à la petite semaine se mettre en travers de leur chemin.  

 
Avis:

The Blessed Ones aurait sans doute gagné à être développé en « moyen format » (50 - 100 pages), plutôt que de se retrouver confiné à la vingtaine de pages de sa version définitive. La banalité de l’intrigue proposée par Rani Kellock, cousue de fil blanc et à la conclusion courue d’avance dès les premières lignes1, aurait pu ainsi être compensée par la mise en place d’une ambiance réellement oppressante, soulignant la traque impitoyable dont Jurgen fait l’objet de la part de ses clients. L’instillation d’une atmosphère de roman noir ne pouvant se faire que sur la durée, la relative brièveté de la nouvelle de Kellock ne lui a pas permis de parvenir à un résultat concluant, ce qui s’avère au final être assez dommageable.

  
1 : C’est bien simple, si un riche notable engage une petite frappe pour récupérer un artefact d’un genre un peu spécial, il y a environ 143,87% de chances que le commanditaire se révèle être un cultiste du Chaos/nécromancien/membre d’une organisation secrète.


Fluff:

  • Nuln : Un baron du crime local s’appelle Hultz the Red-Eyed. La ville compte une rue de l’étain (Tin Street) dans son quartier marchand.
  • Proverbe impérial :Where there’s smoke, they may well be dragons” (une variante de "il n’y a pas de fumée sans feu").
  • Peinture : The Blessed Ones (Les Bénis) est un tableau peint par l’artiste Sena Hals (anagramme de Slaanesh), représentant plusieurs personnages en train de se baigner dans un lac situé dans une clairière, accompagnés par des démons à la peau rouge (sans doute des Démonettes). La légende entourant cette toile mythique, dont l’existence n’a jamais été formellement prouvée, veut que son possesseur accède à la vie éternelle.
    Révélation

    La vérité est autrement plus sinistre : quiconque appose son sang sur le canevas sacrifie son âme à Slaanesh et se fait aspirer dans le tableau, dont il devient l’un des personnages. The Blessed Ones est sensé avoir été détruit dans l’incendie du manoir de son dernier propriétaire, le comte Romanov.

 

 

 

Richard Ford (2)

Révélation

 

Small Mercy

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/17 pages

              
Small Mercy est, jusqu’à preuve du contraire, le premier texte de Richard Ford (également auteur du dispensable The Rat Catchers Tail critiqué ci-dessous).


Intrigue:
Courte nouvelle écrite et publiée pour accompagner la campagne Storm of Chaos, Small Mercy retrace les deux évènements les plus importants de la vie du Capitaine impérial Bauer : la soirée où, encore enfant, une bande de Kurgans en rogne a massacré tous les occupants de l'auberge fortifiée où il avait ses habitudes (on commence à boire tôt dans l'Ostermark) ; et l'après-midi où il a, par le plus grand des hasards, de nouveau croisé le chemin du chef Maraudeur qui lui avait laissé la vie sauve vingt ans plus tôt.


Avis:
La tentative de Ford d'inscrire sa nouvelle dans la grande histoire de Storm of Chaos, pour louable et documentée qu’elle soit (notion du village de Sokh, lieu de l'affrontement final entre les armées d'Archaon et l' « Alliance de la Lumière » - quel nom pourri tout de même - ), ne s'avère toutefois guère concluante. On est loin de ressentir le souffle épique présent dans les comptes rendus de campagne rédigés par Gavin Thorpe (un exercice dans lequel il était très bon, reconnaissons-le), où armées gigantesques et héros légendaires luttaient pour le destin du Vieux Monde, Ford préférant centrer son propos sur les déboires d'une petite bande d'impériaux cherchant tant bien que mal à rejoindre ses lignes après une tentative peu concluante d'arrêter la Horde d'Archaon, sans passer par la case démembrement. Même si ce choix est compréhensible, je trouve dommage que l'auteur n'ait pas voulu (ou pu) jouer sur le côté épique de l'évènement pour contenter le fanboy qui sommeille en chacun de nous. C'était l'occasion pourtant.


Plus important, les personnages principaux de Ford (Bauer, son supérieur, le général Metzger, et le chef Maraudeur fan de Patrick Bruel1) ont à peu près autant de profondeur qu'un PNG donneur de quête dans la zone didacticielle de WOW. Si Bauer et son pote nordique pêchent surtout par leur inaction au cours de la nouvelle (Bauer passe son temps à essayer de trouver du charisme et à servir de sidekick à Metzger, le chef Maraudeur ne fait lui que sourire d'un air benêt et se faire casser la gueule d'un bout à l'autre du récit), Metzger, lui, crève littéralement les pages à force de détermination fanatique et d'actions sanguinaires, à tel point que je me suis demandé si le twist final de Small Mercy n'était pas son passage dans les rangs adverses, où il aurait fait un parfait Elu de Khorne. Même si le joueur de l'Empire que je suis est toujours content de lire des nouvelles où les personnages impériaux ne se font pas systématiquement réduire en bouillie par le premier stagiaire Aspirant Champion du Chaos venu, je pense sincèrement que Ford a un peu trop forcé le trait avec Metzger (en même temps, ça veut dire boucher en allemand), qui tient plus du Taz sous amphétamines que du général impérial.


Le dénouement de la nouvelle2, enfin, sans tomber aussi à plat que celui de The Rat Catchers Tail, est insuffisamment étayé par l'auteur, dont on devine la logique tout en regrettant qu’il n'ait pas plus soigné son approche.


En conclusion, un texte sans beaucoup d'intérêt, plus quelconque que réellement mauvais, mais guère distrayant. À délaisser sans arrière-pensées.


1 : On s’était dit rendez-vous dans 20 ans/ Même jour même heure mêmes pommes/On se r’verra pour la Fin des Temps/Sauf si j’ai été drafté par Crom


2 : Les impériaux en fuite tombent sur une bande de Maraudeurs menée par la vieille connaissance de Bauer, qui reconnaît ce dernier (merci Copains d’Avant) et lui tend la main au lieu de le trucider sur le champ. Ces émouvantes retrouvailles sont malheureusement interrompues par Metzger, qui réduit le Kurgan en pulpe à mains nues (si si), met en fuite ses suivants, et fait pendre Bauer pour connivence avec l'ennemi.

   

Fluff:

Le Comte Electeur d'Ostermark remet une récompense à ceux qui lui ramènent des guerriers du Chaos (morts ou vifs). 

 

The Rat Catchers Tail

Révélation

Hammer & Bolter #2/2010/19 pages


Intrigue:
Petite introduction : Hugo-Kressler-est-un-marchand-de-Talabheim-qui-n'arrive-pas-à-dormir-à-cause-des-rats-qu'il-entend-courir-la-nuit-dans-sa-maison. S'en suit une aventure à la Looney Toons, le pôvre Hugo essayant de se débarrasser de son problème en utilisant des méthodes de plus en plus radicales, jusqu'à ce que, ô, retournement de situation aussi téléphoné qu'une boutique France Télécom, le véritable ennemi pointe le bout de ses moustaches (nan, à ce niveau là, c'est plus du spoiler). Le genre de lecture à conseiller à tous les écrivains de la section, afin qu'ils se rassurent sur leur propre niveau (si Richard Ford s'est fait publier, il est permis de rêver).


Avis:
L'histoire que nous propose Richard Ford (un illustre inconnu... ou un pseudonyme) est tout simplement pénible.

Pénible car absolument creuse et écrite dans un style "Black Library Author" médiocre.

Pénible car sans aucune idée intéressante ou novatrice.

Pénible car respectant peu ou pas le fluff existant (et pas l'archéo fluff ni même celui développé dans d'autres bouquins de la BL, le fluff basique que l'on trouve dans les livres d'armées).

Pénible car Richard Ford à un humour de merde, au sens littéral.

Pénible car on a l'impression que l'auteur ne fait que meubler, même quand il s'agit de scènes d'action.

Pénible parce qu'affligée d'un schéma narratif si simpliste qu'on a l'impression de regarder un épisode de Scoubidou, avec des décors dessinés à la va vite qui ne font que défiler, défiler, défiler, sans rien apporter à l'histoire.

Pénible parce qu'on a l'impression que Ford nous prend pour les derniers des newbies, tous frais débarqués dans le hobby et ne se doutant absolument de rien (pas vraiment le public cible de ce genre de publication).

Pénible parce qu'on se rend compte après avoir fini la nouvelle que lire seulement le titre et faire quelques déductions de niveau grande section de maternelle aurait suffi à plier l'affaire, et qu'on a gaspillé un peu de notre précieux temps à espérer (en vain) que Ford fasse preuve d'un minimum de talent.

Bref, c'est nul-euh.

 

Fluff:

Comme dit plus haut, rien à tirer de cette nouvelle, vraiment.

 

 

Rjurik Davidson (2)

Révélation

L’Australien (eh oui!) Rjurik Davidson fait partie de la cohorte des “one timers” de la Black Library, The Doorway Between étant son seul texte (re)publié par la maison d’édition de Nottingham (The Deep, une autre de ses nouvelles, n'ayant pas eu cette chance). Ayant poursuivi sur la voie de l’écrivain, Davidson a sorti son premier roman de science-fiction, Unwrapped Sky, en 2014. Il a également collaboré avec Ben Chessell (autre contributeur de la BL en son jeune temps) pour l’écriture d’un scénario de film, The Uncertainty Principle.

 

The Doorway Between

Révélation

Realm of Chaos/2000/27 pages

 
Intrigue:
Frantz Heidel, chasseur de sorcières agoraphobe, est engagé par le baron von Kleist pour retrouver le pendentif qui lui a été dérobé par une bande de mutants sur la route de Bechafen. Escorté par un pisteur à tête de fouine du nom de Karl Sassen, notre héros se lance à la poursuite des voleurs dans l’arrière-pays de la capitale de l’Ostermark, sans se douter que son employeur ne lui pas dit toute la vérité au sujet de l’artefact qu’il doit récupérer.


Avis:
The Doorway Between est un récit très classique (la quête d’un objet magique qui se révèle être maléfique), conduit d’une manière tout aussi classique par Rjurik Davidson. Sans être mauvaise, cette nouvelle est toutefois loin d’être mémorable, et ne mérite au mieux qu’une lecture rapide, tant il est possible de trouver mieux ailleurs dans le catalogue de la Black Library (pour les amateurs de chasseurs de sorcières, la trilogie Mathias Thulmann de C.L. Werner est à mon goût bien supérieure).

 
Lorgnant sur la fin vers la buddy story, lorsque Heidel et son rival Immanuel Mendelsohn sont contraints de faire équipe pour contrecarrer les plans de leur ennemi commun, The Doorway Between aurait sans doute gagné en intérêt si Davidson s’était davantage écarté des chemins battus de l’heroic-fantasy.


Fluff:

  • Livre : The Confessions of Andreus Sinder est un témoignage écrit par Sinder, cultiste repenti qui a couché son expérience et ses réflexions sur la nature du Chaos sur le papier afin de permettre aux chasseurs de sorcières et de démons de mieux comprendre, et donc de mieux combattre, leur ennemi juré. À rapprocher du Liber Malefic de Marius Hollseher.
  • Bechafen : La nouvelle capitale de l’Ostermark est construite sur un réseau de tunnels et de souterrains, au cœur duquel se trouvent les anciennes catacombes de la cité. Des milliers de squelettes y reposent, ce qui n’a pas été sans exciter l’intérêt de nécromanciens au cours des siècles écoulés.
    Révélation

    Manque de bol pour les habitants de Bechafen, une arche de résurrection (la fameuse Doorway in Between du titre), dont la clé d’activation était le pendentif recherché par le baron von Kleist, se situe en plein centre de l’ossuaire municipal.

 

 

The Deep

Révélation

Inferno! #25/2001/12 pages

 

Intrigue:

wfb_the-deep.pngAlors qu’ils venaient de quitter le port de Luccini à bord d’un sous-marin de leur conception afin d’explorer les légendaires ruines de Thantis Tor, Hundri et ses compagnons de la Guilde des Ingénieurs sont envoyés par le fond à la suite de l’explosion de la chaudière du submersible. Échoué par grand fond à proximité d’une fosse océanique et à moitié enseveli par les rochers qui ont freiné sa chute, le vaisseau des Dawi est en piteux état, mais pourrait tout de même les ramener à la surface s’il est convenablement dégagé et réparé. Alors que les survivants s’activent pour se tirer de ce mauvais pas et qu’une ambiance délétère s’installe dans l’équipage1, les disparitions suspectes et les incidents malheureux s’enchaînent à un rythme inquiétant. Hundri en est convaincu, un saboteur est présent à bord, mais qui est-il, et quels objectifs poursuit-il ? Se pourrait-il vraiment que les mystérieux gardiens de Thantis Tor soient responsables des déboires de l’équipage du Beardy McBeardface ?

 

1 Davidson propose une version grimdark des 7 Nains (on ne sait pas qui est Blanche-Neige par contre), avec un casting du tonnerre : Hundri, Cramé, Noyé, Suicidé, Tabassé, Fou à Lier et… Thon. Oui, Thon. Pour un sous-marinier, avouez qu’il a le nom de l’emploi. 

 

Avis:

Un thriller mâtiné d’horreur se déroulant dans l’environnement claustrophobique à souhait d’un sous-marin nain échoué au fond de l’océan à proximité d’un temple englouti ? Relisez cette phrase lentement et essayez de trouver un seul élément qui ne soit pas super cool. Franchement, les contributeurs de la BL savaient pitcher des idées géniales à l’époque, et on ne peut que s’interroger sur le choix de cette dernière de ne pas inclure The Deep dans un des nombreux recueils ou anthologies de nouvelles publiés au fil des ans, où il aurait eu tout à fait sa place. En plus de proposer au lecteur une plongée (wink wink) des plus originales dans le background, voire carrément l’underground de WFB, Davidson tient le lecteur en haleine en mettant en scène avec brio la descente aux enfers des passagers du sous-marin, alors que la suspicion, la dépression et l’aliénation s’abattent sur eux au fur et à mesure que leur nombre décroît. Thantis Tor et ses mystérieux gardiens ajoutent une couche de surnaturel très bienvenue aux tribulations désespérées de l’équipage du sous-marin, dans une adaptation libre et réussie des 10 Petits Nègres (ou peut-être devrait-on parler des 7 Petits Nains ?) à la sauce Abyss. Seule la conclusion de l’histoire laisse un peu à désirer, les motivations du coupable n’étant jamais vraiment explicitées, ni suggérées. Il serait toutefois dommage de bouder son plaisir devant cette authentique pépite du corpus de la Black Library, une de celles qui vous motive à persévérer dans cette occupation, qui peut se révéler assez frustrante à la longue. Seven little dwarves playing hide-and-seek. One was never found and then there were…

 

Fluff:

  • Thantis Tor : Temple situé sur une île montagneuse, au large de Luccini. Du fait de sa position isolée et de sa difficulté d’accès, le lieu était utilisé pour le stockage de biens précieux (or, argent, épices). Un millénaire après son édification, le temple et l’île sur lequel il était construit furent engloutis par l’océan, peu de temps après que les tablettes d’Akarzan y soient reçues.
  • Tablettes d’Akarzan (relique) : Artefacts provenant d’Arabie, et prétendument volées à un lieu saint par des aventuriers avides de richesses. Il est dit que depuis lors, les tablettes sont maudites, et que ce sont elles qui sont responsables de l’engloutissement de Thantis Tor. 
  • Luccini : Cité de Tilée bâtie sur les ruines d’un fort elfique, établi avant la Guerre de la Barbe dans le Vieux Monde par les Asur. Une population de Nains, des exilés de Barak Varr, s’est établie dans la cité il y a deux siècles (rq : si on considère que The Deep se déroule à l’époque contemporaine, cela correspond à 2300 du calendrier impérial). Luccini possède sa propre guilde des ingénieurs nains, dont certains ont développé des prototypes de sous-marins.  

 

 

Robert Allan (1)

Révélation

 

Son of the Empire

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/17 pages


Intrigue:
Un chevalier panthère vole à la rescousse d'un hospice de Shallya menacé par une bande de Maraudeurs du Chaos. Seul contre tous, le preux Ulgoth parviendra-t-il à protéger ses charges ?

Avis:
Enfin une nouvelle avec un twist final réussi, ou en tout cas, plus réussi que la moyenne des publications de la Black Library. La mise en scène étudiée et intelligente de Robert Allan permet au subterfuge d'opérer jusqu'à la révélation finale, dont le contenu était pourtant annoncé par une série de petits indices disséminés par l'auteur tout au long du récit (la voie royale quoi). Son of the Empire est une nouvelle qui mérite donc au moins deux lectures : la première pour découverte, et la seconde pour confirmation.


Fluff:

  • Prière de purification:
    Révélation

    Les prêtres de Shallya peuvent implorer la déesse de purifier l'âme d'un individu pour une période de temps limitée. Le sujet se comportera en parangon de vertu et d'honneur tant que le charme n'aura pas été rompu. Il se verra en champion de la lumière et n'aura aucun souvenir des exactions qu'il aurait pu commettre au cours du passé. C'est ainsi qu'Uulguth, champion du Chaos, massacra ses propres suivants, persuadé qu'il était le gentil de l'histoire.

     

 

 

Robert Baumgartner (1)

Révélation

 

The Daemon's Gift

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/16 pages


Intrigue:
De retour de Middenheim avec les survivants de leurs tribus, Aelfir et Khojin, deux champions de Tchar (Tzeentch), regagnent le village du premier afin de passer l'hiver. L'alliance entre Ornings et Tarkhals est toutefois mise en péril par lla disgrâce du père d'Aelfir, laissant la place de chef de tribu vacante. Qui des deux anciens frères d'armes parviendra à faire sien le présent du démon?


Avis:
Avis aux amateurs de sagas épiques : The Daemon’s Gift tranche fortement avec le style habituel de la Black Library, et vient plutôt lorgner du côté de la geste de Beowulf et des écrits de Robert Howard (Conan le Cimmérien), pour un résultat assez dépaysant. Ajoutez à cela l'approche quasi anthropologique adoptée par Baumgartner, qui immerge son lecteur dans le quotidien d'une communauté mêlant Kurgans et Norses (notamment en mettant en scène un mariage au milieu de la nouvelle), et vous obtenez un petit OVNI littéraire, dont la déclinaison en roman aurait été sans doute intéressante. Malheureusement pour les curieux, la collaboration entre Baumgartner et la BL semble se restreindre à cette seule publication.


L'une des raisons principales justifiant la lecture The Daemon’s Gift est la justesse avec laquelle l'auteur arrive à retranscrire la mentalité des habitants du Grand Nord du Vieux Monde, et en particulier leur rapport avec les divinités qu'ils adorent. Loin d'être dépeints comme des fanatiques écumants, les personnages de Baumgartner essaient de concilier les (nombreuses) intrusions du surnaturel dans leur vie quotidienne1 avec leurs aspirations personnelles, pas si éloignées de celles de leurs semblables « civilisés » (se marier, développer sa cité, augmenter son prestige, etc).


On regrettera par contre la narration un peu heurtée du récit, ainsi que la mise en contexte lacunaire de ce dernier, qui vient conclure une série d'évènements sur lesquels Robert Baumgartner passe très vite. On peut considérer que ce flou ajoute au charme exotique de The Daemon’s Gift (et ne nuit en outre pas vraiment à la compréhension), mais comme je passe mon temps à reprocher la même chose aux autres nouvelles de la Black Library, mon sens de l'équité m'empêche de ne pas relever sur ce manquement apparent.


1 : « Tiens, le rituel du chef a merdé et toute la population s'est faite possédée par des démons. »

« Bon, bah je suppose qu'il va falloir faire un détour pour aller chercher le pain. »

« Ah, et l'envoyé de Tzeentch est passé pendant le banquet. Il était plutôt en rogne et a transformé le chef en enfant du Chaos, qui doit encore rôder dans la ville à lheure qu'il est. »

« Quel farceur alors, ce Jormunrekkr Ornsbane ! Tu feras attention en sortant le chien ce soir. »


Fluff:

Deux nouvelles tribus chaotiques pour les passionnés du sujet : les Ornings (typés Norses) et les Tarkhals (typés Kurgan). Les villages dédiés à un dieu du Chaos possèdent un émissaire démoniaque, qui fait l'intermédiaire entre la divinité et ses adorateurs. Il transmet les ordres de cette dernière, récompense les guerriers méritants et punit les fautifs.

  • Représentation des dieux du Chaos: Khorne est un chien de la taille d'une montagne, courant sur une plaine recouverte de cadavres. Nurgle est un gigantesque corbeau pourrissant, creusant la terre pour y enfouir l'humanité. Slaanesh est un serpent lové au fond des océans, prêt à surgir des flots pour engloutir les terres émergées. Tzeentch est un aigle aux yeux bleus.

 

 

Robert Earl (2)

Révélation

 

Noblesse Oblige

Révélation

Death & Dishonour/2010/46 pages


Intrigue:
Ayant laissé leur vie d’aventures derrière eux, Florin et Lorenzo (les héros de la trilogie1 du même nom de Robert Earl) débarquent dans la ville impériale de Vistein pour y vendre une cargaison de grain. L’affaire rondement conclue, le duo décide de passer la soirée à l’arène locale, où leur participation impromptue à un combat entre le champion du cru et quelques skavens badass les mène droit en prison. Afin d’échapper à une condamnation à mort (les habitants de Vistein prenant le respect du règlement de l’arène très à cœur), nos héros acceptent l’offre de la fiancée du prévôt de la milice et s’engagent à assassiner un général impérial à la retraite, qui chercherait à renverser le gouverneur de la ville pour se saisir du pouvoir.

 
Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu, et la situation de deux Bretonniens ne fera que se compliquer au fil des péripéties de cette nouvelle, aux mortelles intrigues politiques de Vistein venant s’ajouter une invasion skaven en règle. Moralité : trader ou bretteur, il faut choisir son camp.

 
1 : The Burning Shore, Wild Kingdoms et Savage City.

 
Avis:

Robert Earl signe un sympathique récit se déroulant, une fois n’est pas coutume, dans un cadre familier des lecteurs de la Black Library. Après la Lustrie, les Montagnes des Larmes et la cité de Bordeleaux, Vistein ne frappe guère par son exotisme, sans que cela empêche le lecteur de goûter aux (més)aventures de Florin et Lorenzo, dont nous étions sans nouvelles depuis 2009 et la publication par la BL d’une anthologie à leur sujet.

 
Incarnation du duo d’aventuriers comiques (toute ressemblance avec les films de Terence Hill et Bud Spencer n’est pas totalement fortuite) dans le monde sanguinaire de Warhammer, les héros de Earl se distinguent assez franchement des personnages créés par les autres auteurs de la BL, et c’est (à mon sens) assez heureux. Malgré la – relative – légèreté de ton employée par Robert Earl au cours de cette nouvelle1, Noblesse Oblige ne sombre jamais dans la caricature, en grande partie grâce au personnage d’Adora (la fiancée du prévôt de la milice2), intrigante experte et adorable garce, dont l’innocent minois dissimule une ambition démesurée et une absence totale de scrupules.

 
En résumé, l’aspect « tragicomique » de Noblesse Oblige constitue indéniablement la réussite principale de Robert Earl, ainsi que la principale raison de lire cette nouvelle. Pour les amateurs du genre, la trilogie Blackhearts de Nathan Long constitue une autre valeur sûre (en plus des romans Florin & Lorenzo of course)3.

 
:

Révélation

La tentative d’assassinat du baron Vistein se termine ainsi par un pot de l’amitié entre les pseudo-tueurs et leur joviale victime, après quelques bourre-pifs échangés de part et d’autre en guise de présentations.


2 : Adora est également l’héroïne de The Barbed Wire Cat (Hammer & Bolter #4), qui se trouve être la suite de Noblesse Oblige et présente le personnage sous un jour un peu plus favorable.


3 : Et pour les adeptes de la franche rigolade (car fut un temps où la BL n’avait pas peur de publier des textes de fantasy parodique), les deux nouvelles consacrées par Andy Jones aux improbables Grunnson’s Marauders sont un must read.


Fluff:
Deux informations principales:

  • Culture (?) : les arènes gladiatoriales (pit fights) sont relativement répandues dans l’Empire, puisque même une ville mineure comme Vistein en possède un. Ces arènes permettent d’organiser des combats mettant aux prises humains, non-humains (orques, hommes-bêtes, skavens…) et animaux. Un passe-temps plutôt sanguinaire, qui tranche avec la réputation de civilisation de l’Empire, mais il faut bien s’amuser entre deux invasions.
  • Raids skavens : Les skavens montent parfois des opérations de grande ampleur pour s’approvisionner en esclaves, au cours desquelles la population d’une ville entière peut être déportée dans l’empire souterrain. Ces raids sont précédés de sabotages en série, comme la contamination des réserves de grain de la communauté visée, ou l’assassinat de cibles stratégiques. Malgré ces coups d’éclat, qui ne peuvent en tout état de cause passer inaperçus aux yeux des autorités, l’implication des skavens (que beaucoup d’érudits impériaux considèrent comme un mythe, ou tout au plus comme une catégorie particulière d’hommes-bêtes plutôt qu’une race à part entière) n’est semble-t-il jamais soupçonnée dans ces disparitions, qui sont toujours justifiées par des raisons naturelles (exode massif suite à de mauvaises récoltes, épidémie « naturelle », phénomène géologique inexpliqué…).

 

The Barbed Wire Cat

Révélation

Hammer & Bolter #4/2011/26 pages

 

Robert Earl a le chic pour placer ses récits dans des cadres plus exotiques que la norme, ayant par exemple fait explorer la Lustrie et les Royaumes Ogres à ses deux principaux personnages, Florin d'Artaud et son pote (plutôt que serviteur, vu la manière dont leurs rapports s'articulent) Lorenzo.

Intrigue:
Nous suivons ici les péripéties d'Adora, jeune esclave n'ayant pour ainsi dire connu que le club Mickey depuis sa tendre enfance, et résolue à tout pour enfin refaire surface (littéralement). Et quand je dis tout, c'est vraiment tout, et c'est ce qui fait de la nouvelle de Robert Earl une pépite.

Avis:
En mettant en scène une nouvelle dans un repaire d'hommes-rats, Earl n'évolue cette fois pas tout à fait en terrain inconnu, cette race ayant donné quelques méchants à l'univers de la BL, sous la plume de Bill King et de C.L. Werner pour ne citer que les deux auteurs les plus connus du public. Ce qui distingue toutefois The Barbed Wire Cat des autres histoires anthropomurines (oui, j'aime aussi créer des néologismes d'au moins cinq syllabes), c'est le parti pris d'Earl de se concentrer exclusivement sur les côtés les plus noirs et détestables de la société skaven, en faisant d'une esclave humaine, Adora, l'héroïne de son histoire. Là encore, il est possible de trouver des précédents (quelques passages de The Broken Lance de Nathan Long, ou de Vermintide de Bruno Lee aka C.L. Werner), mais il s'agit à chaque fois de brèves incursions dans le monde absolument cauchemardesque des tunnels skavens, histoire de montrer à quel point donner des croquettes de malepierre à Minus et Cortex, c'est pas une bonne idée. Bref, pour un univers se réclamant à cors et à cris comme trotrodark, il va s'en dire qu'un antre skaven constitue un terrain de jeu idéal, et peut facilement s'avérer parfaitement flippant sous la plume d'un auteur compétent.

 

Bien loin du fond de bonté et d'humanisme que ses confrères de la BL ont la fâcheuse tendance de coller à tous leurs héros (Dan "mon commissaire n'a jamais flingué un de ses soldats en 14 tomes" Abnett en tête), même (surtout?) si ces derniers sont justement censés évoluer dans la zone grise qui sépare les anges des salauds, la môme Adora n'a absolument aucun scrupules à sacrifier ses compagnons d'infortune si cela s'avère nécessaire. De la même manière, elle fait ce qu'elle a à faire pour rester dans les bonnes grâces de son maître skaven, qui heureusement pour vous, prudes lecteurs, la considère comme un animal de compagnie plutôt que comme une escorteuse (il y a encore des limites dans le glauque de la BL). Saupoudrez le tout de quelques descriptions de tortures et autres sévices suffisamment imaginatifs et bien écrits pour susciter émouvoir même le plus blasé des lecteurs de ce genre de littérature, et vous vous retrouvez avec une petite perle bien plus noire que la moyenne, à mille lieues de l'horreur convenu et souvent grand guignolesque employé par beaucoup d'autres auteurs de la BL ("Oh mon Dieu, un Seigneur du Chaos/Chef de Guerre Orque/Dynaste Elfe Noir/Cuisinier Halfling portant à la ceinture les têtes coupées de ses ennemis! Mais c'est tout bonnement insoutenable!").

 

Une très bonne histoire au final, qui aurait pu être encore meilleure si Earl avait fait totalement l'impasse sur le côté "trouillard/marrant" des skavens (même s'il réussit tout de même très bien à montrer que l'on peut être un gros froussard et une ordure sadique du plus bel acabit).

 

Fluff:

  • Skavens (sous-monde) : Les galeries des hommes rats sont tellement basses de plafond que même les plus petits des esclaves (humains) sont obligés de marcher le dos voûté.

 

 

Ross O'Brien (1)

Révélation

 

The Last Ride of Heiner Rothstein

Révélation

Death & Dishonour/2010/22 pages


Intrigue:
De retour d’une campagne victorieuse contre une bande de maraudeurs du Chaos, un régiment de Pistoliers se prépare à faire son entrée à Middenheim. Malgré les circonstances heureuses de leur retour, les soldats impériaux se montrent néanmoins nerveux et irritables, forçant leur nouveau commandant, Wolfram Rothstein, à multiplier les interventions pendant le bivouac.


Fils du défunt Heiner Rothstein, tombé au champ d’honneur quelques jours plus tôt (et depuis sanglé à son cheval avec la bannière qu’il a ravi aux forces chaotiques avant de trépasser), Wolfram sait qu’il devra choisir à son retour entre rejoindre un ordre de chevaliers – ce qui entraînerait la dissolution du Pistolkorps fondé par ses aïeux – ou reprendre le flambeau paternel en devenant officiellement le nouvel officier du régiment. La dernière chevauchée de Heiner Rothstein ne s’annonce guère de tout repos. 

Avis:
Cette première nouvelle d’O’Brien constitue un bel hommage aux écrits fantasy de Dan Abnett, puisqu’on y retrouve aussi bien des Pistoliers (Riders of the Dead – bon, d’accord, c’étaient des Lanciers au sens strict, mais avec des pistolets, donc…) que des chevaliers du Loup Blanc (Hammers of Ulric). On y retrouve également le souci du détail et la touche de réalisme qui ont permis à Abnett de s’affirmer comme l’une des meilleures plumes de la Black Library. Enfin, The Last Ride of Heiner Rothstein est une nouvelle à twist final, ce qui est toujours appréciable, surtout quand on ne voit pas ce dernier approcher à des kilomètres (ce qui a été mon cas).


Ceci dit, Ross O’Brien doit encore progresser sur certains points avant de pouvoir prétendre à un statut plus important que celui de hot new talent. Son « character management » (la capacité d’un auteur à développer et rendre intéressants aux yeux des lecteurs ses personnages) manque ainsi de rigueur, O’Brien peinant à faire cohabiter ses (trop) nombreux protagonistes1 et obligeant le lecteur à une fastidieuse gymnastique mentale pour se rappeler de qui a fait quoi, quand et pourquoi. De même, le twist final de la nouvelle n’est pas d’une absolue clarté (et pourtant, j’ai lu plusieurs fois The Last Ride… avant de m’atteler à cette critique), même si cela n’empêche pas de comprendre – et d’apprécier – les grandes lignes du dénouement de cette histoire.


Malgré ces quelques aspects perfectibles, The Last Ride of Heiner Rothstein constitue une très bonne première soumission pour un auteur de la Black Library, et O’Brien a certainement le potentiel nécessaire pour se faire un nom au sein de la maison d’édition de Nottingham (même s’il n’a plus donné de nouvelles – dans tous les sens du terme – depuis cette première publication).

 
1 : Une bonne dizaine (dont la plupart avec un nom en –er, ce qui ne facilite pas la distinction), pour une nouvelle de « seulement » 22 pages.


Fluff:

  • Ordre de Chevalerie du Middenland (sans doute issu des célèbres Loups Blancs) : l’ordre du Loup Hurlant (Howling Wolf). Peut-être un hommage au fameux bluesman ?
  • Pistolkorps : peut atteindre une taille respectable (200 hommes pour celui de la nouvelle), même si le commandant du régiment peut louer les services d’une partie de ses hommes si une telle concentration de cavalerie légère n’est pas nécessaire. L’appartenance à un peloton (sous-division régimentaire dirigée par un lieutenant) peut être représentée par une couleur de manches spécifiques (ici bleu ou blanc). Les Pistoliers sont encadrés par des Escorteurs, qui ont pour habitude de cirer leurs moustaches afin de se différencier de leurs hommes. Le passage dans un Pistolkorps est une étape essentielle pour tous les jeunes nobles cherchant à intégrer un ordre de chevalerie. Le titre de commandant d’un Pistolkorps est une charge, qui peut être achetée et vendue par son possesseur.

 

 

Sarah Cawkwell (1)

Révélation

 

Born of Blood

Révélation

Hammer & Bolter #21/2012/17 pages

 

Intrigue:

Born of Blood met en scène une Valkia de 10 ans, fille unique du chef de la tribu des Schwarzvolf, Merroc. Orpheline de mère, victime collatérale de l’affrontement entre les « gentils » Loups Noirs et les méchants de-chez-Smith-en-face (tellement bestiaux et malpolis qu’ils n’ont même pas de nom en fait), Valkia tanne son papounet pour participer à la bataille finale contre les ennemis susnommés, venant ruiner du même coup la séance d’aurore boréale (bah oui, il y a pas de cinéma en Norsca) familiale organisé par Merroc. La garce. Peu emballé par l’idée, et c’est compréhensible, Merroc noie le poisson en promettant à Valkia de soumettre cette demande au Cercle, instance dirigeante des Schwarzvolf et apparemment compétente sur le sujet de l’utilisation d’enfants-soldats (un UNICEF chaotique en quelque sorte). Après quelques palabres de circonstances, les sages de la tribu acceptent de laisser l’intrépide enfant prendre sa place dans la ligne de bataille des Schwarzvolf, mais en qualité de skjaldmö (shield maiden en anglais), c’est-à-dire porte-bouclier. Il n’y a pas à dire, les Norscans ont des super idées d’activités périscolaires pour leurs bambins. Quel dommage qu’ils n’aient pas d’écoles.

 

La suite de la nouvelle est logiquement consacrée au récit de la première bataille de Valkia, qui s’en sort, comme chacun peut l’imaginer, très honorablement. Protégée par son statut de personnage nommé, elle émerge sans une égratignure d’un combat que l’on pouvait pourtant supposer d’une brutalité peu commune au vu du pedigree des forces en présence. Mieux, elle trouve le moyen de trancher le jarret du hersir adverse d’un coup de surin bien placé1, ce qui lui vaut l’honneur de porter le coup de grâce au ruffian en question à la fin de la bataille. La légende est en marche…

 

: Episode non relaté dans le cours du récit, et c’est bien dommage car j’aurais aimé lire comment une fillette de quarante kilos, équipée d’un bouclier trop grand pour elle et d’un canif, et totalement inexpérimentée dans le maniement des armes, arrive à prendre le dessus sur un chef de guerre nordique. De manière réaliste, s’entend.

 

Avis:

Au risque de surprendre certains lecteurs, je dois avouer que j’ai apprécié Born of Blood. Il ne s’agit certes pas de la meilleure nouvelle estampillée Warhammer Fantasy Battle que j’ai jamais lue, ni même de la meilleure nouvelle de ce numéro de Hammer & Bolter, mais il s’agit très certainement de la meilleure nouvelle de Sarah Cawkwell, et la preuve que cette dernière est capable de produire des textes porteurs de valeur ajoutée, ce qui n’avait jusqu’ici pas été le cas. L’exemple le plus parlant de cette amélioration manifeste est l’inclusion par l’auteur de la figure de la skaldmö dans son récit, choix à la fois pertinent compte tenu de l’inspiration scandinave des Nordiques de Games Workshop (les Schwarzvolf semblent d’ailleurs parler bokmål – un des deux dialectes majeurs norvégiens – entre eux) et « surprenant », dans le bon sens du terme, pour le lecteur, surtout celui habitué aux platitudes des récits SM de Sarah Cawkwell (merci de ne pas sortir cette phrase de son contexte). Premier bon point.

 

Elle a également la bonne idée de développer son point au cours de la nouvelle, en informant le lecteur de l’intérêt tactique, pas évident de prime abord pour le néophyte, de cette caste guerrière, et en la faisant évoluer sur le champ de bataille de manière assez crédible. Deuxième bon point. M’attendant à titre personnel à voir la Valkia de Cawkwell déboîter ses ennemis comme qui rigole en dépit de son jeune âge, de sa frêle constitution et de son manque d’expérience, bref en dépit de toute logique, pour la simple raison qu’il s’agit d’une future élue de Khorne et qu’elle se doit donc d’être un monstre de corps à corps (oui, j’en étais rendu à ce stade de cynisme envers les écrits de Miss Cawkwell, je l’avoue), je reconnais volontiers que le traitement (assez) réaliste du personnage par l’auteur m’a agréablement surpris. Tout arrive dans ce bas monde.

 

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans Born of Blood, à commencer par son intrigue, qui se révèle être inexistante (Martine Valkia participe à sa première bataille), et lorgne plus vers le chapitre de roman que la nouvelle à proprement parler. Les personnages manquent cruellement de personnalité, à commencer par notre héroïne, dont la farouche détermination constitue le seul trait de caractère marquant. Cawkwell sort encore trop peu des sentiers battus et rebattus de la BL (et de la littérature med-fan classique en général) dans ses partis pris de mise en scène et ses dialogues. Certaines péripéties sont marquées du sceau du TGCM (voir plus haut), et un beau gros faux-raccord (au moins) a subsisté dans la version finale de la nouvelle. Ceci dit, le résultat reste tout de même bien supérieur aux précédentes soumissions de l’intéressée, qui signe avec Blood Born son plot twist le plus convaincant à date : Madame Silver Skulls était en fait un auteur d’heroic-fantasy.

 

Fluff:

  • Valkia la Sanglante: Valkia est issue de la tribu des Schwartzvolf, dont son père (Merroc) est le chef. Sa mère a été tuée dans un affrontement avec une tribu voisine quand elle avait 10 ans, c’est le seul enfant du couple.

 

 

Sean Flynn (1)

Révélation

 

Les raisons qui ont poussé Paul McAuley, aujourd’hui respectable et établi auteur de science-fiction britannique (Four Hundred Billion Stars, The Confluence, The Quiet War…) à utiliser le nom de plume Sean Flynn (le fils d’Errol Flynn porté disparu au Vietnam en 1970) ne seront probablement jamais connues. Sa contribution au corpus des franchises Warhammer est assez maigre, puisqu’elle consiste exclusivement en ‘Apprentice Luck’. On peut donc dire que lui-même n’a pas bénéficié de cette fameuse chance du débutant.

 

Apprentice Luck

Révélation

Ignorant Armies/1989/21 pages

 

Intrigue:

Art: Martin McKennaAssistant du peu commode, ni sobre d’ailleurs, libraire Otto von Stumpf à Middenheim, le jeune Karl Spielbrunner, laissé orphelin et sans ressources par la mort de son père, s’ennuie à mourir dans l’échoppe miteuse dans laquelle il passe ses journées. Rêvant d’une vie plus trépidante, il est exaucé sans le savoir lorsque qu’une commère vient lui vendre un livre de sorts qu’elle a récupéré sur un cadavre au pied de la Falaise des Soupirs (parce que le recyclage de macchabées est une activité tout à fait honorable à Middenheim). Songeant d’abord qu’il a moyen de tirer un petit bénéfice de la revente de l’opuscule à un des antiquaires de la cité, Karl a à peine le temps de parcourir quelques formules magiques de bas niveau1 de son acquisition – découvrant au passage une sorte de carte au trésor dissimulé dans la reliure de l’ouvrage –  que le sorcier qui a pris un Air B&B en face de la boutique débarque et déclare qu’il est à la recherche d’un livre que Von Stumpf & Son a récemment reçu, ou recevra bientôt (la magie, ce n’est pas toujours précis). Sentant qu’il a la possibilité de tirer une somme plus coquette que prévue de l’aventure s’il joue ses cartes dans l’ordre, Karl nie crânement avoir le bouquin en question, ce qui convainc le mage de quitter les lieux en jurant de revenir, mais non sans avoir jeté un regard lourd de sens à notre fripon de héros, en lui intimant de « se souvenir de ceci ». Vivement l’invention du post-it.

 

Un peu plus tard dans la soirée, ayant aidé son patron bien imbibé à retrouver le chemin de sa paillasse avant de continuer l’étude du mystérieux manuel convoité par Aldore Dumblebus, Karl surprend ce dernier en flagrant délit d’intrusion dans le local commercial en dehors des heures d’ouverture, et, ne donnant pas lourd de ses chances en face d’un authentique sorcier à grand nez (l’espèce la plus dangereuse), décide sagement de s’éclipser par derrière. Là, il tombe sur un mystérieux jeune homme habillé comme le valet de pique (c’est à dire de façon assez classe, mais totalement vieillotte), qui l’enjoint de le suivre pour éviter se prendre un Avada Kedavra dans le buffet. Acceptant la proposition sans trop réfléchir, Karl remarque quelques détails curieux chez son nouveau meilleur ami, comme le fait qu’il semble courir sans toucher le sol, qu’il ne respire pas vraiment, et qu’il utilise systématiquement le nous de majesté. Tout cela n’est définitivement pas très ulricain. Lui aussi très intéressé par l’incunable de Karl, et précisément par la carte qui s’y trouvait, il se fait convaincre par notre roublard de héros de se délester d’une bourse de pièces d’or, et de lui laisser 10% du trésor qui attend d’être collecté au bout du labyrinthe dessiné sur la fameuse carte, s’il accepte de le mener jusqu’à bon port. Ayant appris tous les détails du plan par cœur grâce à sa mémoire eidétique de Space Marine, Karl se fait fort de servir de guide urbain au généreux touriste, qui révèle s’appeller Argo.

 

Première étape pour nos larrons : accéder aux souterrains de Middenheim, là où se trouve le dédale en question. Ne souhaitant pas emprunter l’entrée officielle et se confronter à la Garde de la Cité, Karl emmène son pote jusque dans les bas-fonds de l’Ostwald, où il sait qu’une taverne possède une cave donnant sur les souterrains en question. Mettant à profit le chill absolu et le talent à l’épée d’Argo, et la brusque poussée de compétences magiques de Karl, qui se révèle tout à fait capable de lancer le sort de confusion survolé dans le grimoire lorsqu’un ruffian tente de lui mettre la main dessus (bien que l’effort se solde par une épistaxis carabinée), les compères descendent dans l’underground middenheimer, où, après avoir repoussé les assauts désorganisés d’une tribu de gobelins nains (des nobelins quoi), avec la même recette imparable que quelques niveaux plus haut (et les mêmes conséquences sanguines pour Coral), ils arrivent à l’entrée du labyrinthe.

 

Karl n’ayant pas sur-vendu ses capacités mnémoniques, et malgré une saute d’attention qui manque de lui retomber – littéralement – dessus, les aventuriers arrivent dans la salle du trésor, où, bien évidemment, Argo tombe le masque et se révèle être… une créature du chaos nécromantique. Un méchant en tout cas. Entendons-nous sur ceci et continuons. Ayant convoqué le trio de squelettes de fonction que tout boss de fin qui se respecte peut réclamer de la part des RH, le perfide antagoniste menace le pauvre Karl de mille maux s’il ne lui donne pas le mot de passe qui lui permettra d’accéder au butin. Fort heureusement pour Herr Spielbrunner, c’est le moment que choisit le sorcier du début de la nouvelle pour surgir – utilisant le trait de classe ‘un magicien n’est jamais en retard, et fuck la logique’ – et régler la situation d’un cantrip bien senti. S’en suit une nécessaire contextualisation, qui nous apprend que Big Nose est en fait le gentil, et que son apprenti a dérobé la carte à Argo et l’a dissimulé dans son livre de sorts pour empêcher le trésor de tomber entre de mauvaises mains. Malheureusement pour le brave stagiaire thaumaturge, il se fit coincer par le méchant et sa bande avant d’avoir pu regagner Poudlard, et préféra sauter de la Falaise des Soupirs plutôt que de remettre le plan. Voilà qui est corporate. La suite est facile à déduire, et il est révélé au passage que les pouvoirs inexpliqués et sanglants de Karl sont une sorte d’échantillon gratuit insufflé par Marlin le Chanteur à son jeune ami lors de leur première rencontre.

 

Les explications sont toutefois interrompues par le réveil d’Argo, qui ne pouvait pas décemment finir banni comme le premier goon venu. Le combat qui s’ensuit permet de percer le secret des origines de notre blanc méchant, qui s’avère être un cadavre animé par des milliers de scarabées, comme Karl en fait la découverte lorsqu’un coup d’épée bien placé déclenche une hémorragie de chitine chez sa majesté des élytres. Un sort de strip tease, et un autre de fumigation plus tard, et c’en est fait, cette fois pour de bon, de notre méchant bio-diversifié. La fin de la nouvelle n’est plus qu’une formalité pour la team Poulpesouffre : Karl prononce le mot de passe2, et le mage et son futur apprenti accèdent à la légendaire bibliothèque de Fistoria Spratz, un puissant mage… nain. Fail. Better (Apprentice) luck next time, Sean !

 

1 : Dont un sort de confusion mineur, le fameux ‘Tooween zeyesnid zeuno tooween euguainst zeuno’.

 

2 Que l’auteur ne nous révèle pas, ce qui est vraiment petit bras de sa part. Je soupçonne qu’il a simplement oublié d’insérer un set-up digne de ce nom dans son intrigue…

 

Avis:

Difficile de déterminer s’il faut blâmer un background pas encore bien en place au moment de l’écriture de cette nouvelle ou un franc dédain de Sean Flynn pour ce dernier (les deux explications sont possibles d’après les témoignages de l’époque), mais force est de reconnaître que cet Apprentice Luck n’est guère fringant d’un point de vue fluffique, comme la lecture du résumé ci-dessus le fait apparaître de façon assez flagrante. Si le lecteur veut se donner la peine et la bonté de passer outre ce détail (qui ajoute au charme un peu suranné de la nouvelle de mon point de vue), il se retrouvera avec un récit d’aventures fantastique d’un classicisme consommé, soit très véridiquement, du sword & sorcery à la sauce Donjons & Dragons sans grande originalité ni valeur ajoutée. Si les critiques de forme peuvent être épargnées à Sean Flynn eut égard aux conditions dans lesquelles fut écrit Ignorant Armies, le fond n’est pas irréprochable non plus, ce qui est bien dommage. Résolvant tous les « points durs » de son intrigue par les tous premiers TGCM de l’histoire de la GW-Fiction, et livrant une intrigue d’une linéarité d’autoroute, Flynn/MacAuley donne l’impression d’un mercenaire littéraire plus intéressé par son chèque que par le respect du matériel original et le souci d’offrir à son lectorat une expérience satisfaisante. Ce qui a été sans doute le cas. Dommage.

 

Fluff:

  • Wizards’ War : Un conflit dont on ne connait que le nom, et qui aurait pris place trois siècles avant les évènements narrés dans Apprentice Luck (rq : peut-être la première appellation de la Grande Guerre contre le Chaos ? Les sorciers n’avaient cependant pas le droit de cité dans l’Empire à l’époque).
  • Middenheim : La cité compte un quartier d’Ostwald, très mal famé. Il paraît que des Nains vivent toujours dans certaines parties des souterrains creusés sous Middenheim. Les communautés de mutants et les tribus de Gobelins (certains nains) sont bien plus fréquentes.
  • Fistoria Spratz (Personnage nommé) : Un puissant sorcier Nain (rq : eh oui… c’était il y a 30 ans ceci dit) dont la bibliothèque se situe dans les souterrains se trouvant sous Middenheim.

 

Steve Baxter (1)

Révélation

 

Si la contribution de Stephen (Steve) Baxter en termes de textes de fiction à la franchise Warhammer Fantasy Battle est assez limitée (‘The Star Boat’ et ‘The Song’), on doit en revanche reconnaître à cette dernière un positionnement ambitieux et proprement « archéo-fluffique », puisque ‘The Star Boat’ est, à ma connaissance, la seule nouvelle convoquant rien de moins qu’un Slann. Et par Slann, je veux dire Slann, et pas Slann. Ça ne vous dit rien ? Vous êtes jeunes. De plus, notre homme s’est fendu d’une chronique détaillée des débuts littéraires de Games Workshop, aux temps héroïques de GW Books et Boxtree, qui vaut son pesant de malepierre. Les amateurs de hard SF savent qu’on lui doit l’arc ‘Xelee’, les trilogies ‘NASA’, ‘Manifold’, ‘Mammoth’ et ‘Northland’, et qu’il a également collaboré avec Terry Pratchett sur la série ‘The Long Earth’. Bref, une pointure.

 

The Star Boat

Révélation

Ignorant Armies/1989/45 pages

 

Intrigue:

Art: Adrian SmithAlors qu’il buvait1 tranquillement dans une taverne de Norsca au retour d’une campagne victorieuse en Arabie, le farouche Erik the Were – à ne pas confondre avec le fantoche Eric the Woerth, un fameux alpiniste bretonnien – est abordé par un mystérieux étranger, qui souhaite s’attacher les services du lupin, à défaut d’être turlupin, mercenaire. Notre héros est en effet frappé d’une sorte de lycanthropie passive, se manifestant par une pilosité épaisse (ce qui lui a posé quelques problèmes dans son enfance) et la capacité, jamais utilisée à fond par le prudent Erik, de décupler ses forces en laissant libre cours à sa nature animale. Bien qu’ayant initialement refusé l’offre de cet intriguant et coassant mécène, Erik se rend le lendemain dans l’auberge où ce dernier réside, et apprend que Cotza – son nom – le Slann – son espèce – s’est lancé dans la quête d’un légendaire artefact remontant à la chute des portails polaires : un navire céleste (star boat) s’étant écrasé quelque part dans les Désolations du Chaos, à l’époque où elles étaient beaucoup moins désolées. Un peu réticent à l’idée de se mettre au service de Kermit, Erik finit toutefois par succomber aux trésors de persuasion de Cotza, qui l’envoie tout d’abord récupérer la carte indiquant l’emplacement exact de l’épave.

 

Le temps pour notre taciturne berserker de faire un aller-retour à Erengrad, où le parchemin en question est conservé dans le palais du gouverneur comme souvenir de la Grande Guerre contre le Chaos2, et les véritables préparatifs de l’expédition arctique peuvent commencer. Ayant recruté une petite armée de Nordiques pour l’emmener jusqu’aux côtes des Désolations, Cotza supervise la réalisation d’une sorte de roulotte isolée au mithril/gromril (métal magique réputé pour ses propriétés anti-chaotiques), et dotée de toutes les dernières options technologiques (GPS, climatisation, moteur 12 chevaux – de guerre – …), ce qui permettra à notre intrépide duo de se rendre sans trop de danger jusqu’au vaisseau en question. Le voyage aller se passe en effet sans trop de problème, les assauts d’une bande de Démonettes en maraude ricochant3 sur le blindage renforcé de la Kangoo de Cotza, et l’intrusion d’un Elémental d’air glacial et brutal dans l’habitacle du véhicule, permise par la trop grande porosité du système de ventilation, étant chaudement repoussée par les capacités de chauffagiste d’Erik.

 

Enfin, le mobil home s’arrête pile au dessus de l’épave, et le Slann et le Norse pénètrent dans le mythique vaisseau céleste. Leur exploration tourne toutefois rapidement court, lorsque Cotza décide de toucher au tableau de bord de ce qui semble être la salle des machines, et provoque des contre-mesures extrêmes de la part du Star Boat. Bilan : un bras arraché pour la grenouille impatiente, et un trou dans le toit de la roulotte tout terrain des aventuriers du pédalo perdu4. Heureusement qu’Erik est là pour ramasser et recoller les morceaux, son enchaînement garrottage + cautérisation du moignon cotzique sauvant la vie de l’amphibien, et son marouflage express de la toiture permettant à la paire d’échapper à une exposition prolongée à l’atmosphère délétère du Grand Nord. Il faut toutefois se résoudre à faire demi-tour sur ce constat d’échec, qui se retrouve agravé par la révélation que Cotza n’est finalement pas un vrai Slann (comme son incapacité à désactiver la protection du vaisseau céleste l’a fait supposer à Erik). La fourbe et veule grenouille s’avère être – tenez-vous bien – un paysan bretonnien, recruté contre son gré dans les armées du Roy Charles et ayant obtenu du mage de bataille servant dans l’ost royal une transmutation en Slann en échange de la remise d’un parchemin arcanique qu’il avait trouvé par hasard pendant un bivouac. Je ne parie que vous ne vous attendiez pas à cela. Moi non, en tout cas.

 

Le chemin vers la civilisation Norsca n’est pas une partie de plaisir pour Erik, malgré le retour des maraudeuses Slaaneshi, qui ont cette fois pensé à amener un minotaure avec elles, qui vient rapidement à bout du camping-car de Cotza, avant de s’en aller en rigolant bruyamment. L’homme triton ayant sombré dans l’apathie la plus profonde depuis sa mutilation – guère aidé dans sa convalescence par l’apparition d’une tête grotesque à l’extrémité de son moignon – Erik ne perd pas de temps à s’enquérir du bien-être de son commanditaire, et taille la route vers le Sud après s’être bibendum-mé de plaques de mithril. Hanté par des rêves et des visions interdits au moins de 18 ans, notre héros a également la malchance de se faire attaquer par une chimère constituée des chevaux utilisés pour tracter la Kangoo de fonction de Cotza, et de ce dernier (décidément toujours dans les bons coups). Poussé dans ses derniers retranchements par cette monstruosité mutante, Erik décide de laisser l’animal en lui prendre le dessus, ce qui lui permet de sortir victorieux de l’affrontement. Magie des latitudes nordiques, cet ultimate résulte de plus en la séparation de la partie humaine et de la partie lupine du mercenaire, qui revient donc au camp de base guéri de sa malédiction. Qui a dit qu’il ne se passait que des mauvaises choses dans les Désolations du Chaos ?

 

1 : Probablement le verre d’eau que tous les restaurateurs et taverniers sont obligés de servir gratuitement à quiconque en fait la demande, car notre homme n’est pas du genre à claquer sa paie en mojitos. 

 

2 : La nouvelle comporte, du fait de son grand âge, son lot de détails fluff incohérents avec le background canon. L’un d’entre eux est l’affirmation que ce serait le Gouverneur d’Erengrad qui aurait vaincu les armées chaotiques lors de la Grande Guerre contre le Chaos.

 

3 : Et pourtant, elles disposaient d’une épée tronçonneuse (dixit l’auteur en personne, je n’invente rien). Ah, la magie des cross-over…

 

4 : Les anciens Slanns n’étaient pas du genre à se contenter d’équiper leurs véhicules d’une simple alarme sonore.

 

Avis:

Récit d’aventures ambitieux par sa longueur (45 pages) et son approche du background de Warhammer Fantasy Battle, The Star Boat est une nouvelle qui mérite vraiment la lecture, même 30 ans après sa publication initiale. Bien que certains passages et détails n’aient pas résisté aux ravages du temps et des retcons du fluff, le choix de Baxter de traiter d’un artefact Slann perdu au milieu des Désolations Nordiques a contribué à « préserver » la pertinence de son propos. Si l’historique de WFB a beaucoup évolué au cours de ses décennies d’existence, la persistance des mythes entourant les Slanns/Anciens et la nature éminemment permissive des terres chaotiques, ou le hors-sujet est un concept inconnu, font de la lecture de The Star Boat une expérience moins étrange que celle d’autres antiques nouvelles, elles totalement et absolument démodées. Après tout, Bill King reprendra l’idée de l’aventure en rover dans le Grand Nord pollué du Vieux Monde dans sa série Gotrek & Felix : l’idée n’était donc pas si farfelue qu’elle peut paraître de prime abord.

 

Autre aspect de la nouvelle à mettre au crédit de l’auteur, son inventivité en termes d’intrigue. C’est bien simple, on ne sait jamais à quoi s’attendre dans ce périple nordique, ce qui est toujours appréciable pour le lecteur. Alors que d’autres soumissions du recueil Ignorant Armies sont bien plus linéaires et prévisibles dans leur déroulé, soit qu’il s’agisse de respecter un cahier des charges précis (Geheimnisnacht, la « mère » de toutes les nouvelles Gotrek & Felix), soit que l’auteur n’ait pas été très inspiré au moment de prendre la plume (Apprentice Luck, et dans une moindre mesure, The Reavers & the Dead et The Other), The Star Boat est très difficile à prédire, ce qui est une bonne chose !

 

On notera également que Baxter a bien pris la mesure du monde dans lequel il place son propos, convoquant aussi bien la Norsca que le Kislev, la Lustrie, l’Arabie, la Bretonnie et les Désolations du Chaos, ce qui sous-entend un sérieux effort de documentation de la part de notre homme, et est tout à son honneur.  De la même manière, et de façon plus métaphysique que géographique, le concept du Chaos est bien intégré et illustré dans la nouvelle, comme la fin peu ragoûtante de Cotza, premier (et probablement seul) personnage trans-racial de WFB, le démontre amplement. Cela peut sembler naturel de notre point de vue de lecteur de la Black Library, qui a la chance de pouvoir compter sur des cohortes d’auteurs expert ès-Chaos du fait de leur passif d’hobbyiste, mais en 1989, et comme il le révèle dans la chronique qu’il a consacré aux débuts de la GW-Fiction, Warhammer n’était qu’un univers de fantasy parmi d’autres, et tous les auteurs mis à contribution pour les premiers ouvrages de cette gamme n’ont pas pris le temps de potasser leur Realms of Chaos et Slaves of Darkness pour complaire à Pringle et Ansell. Bref, un texte intéressant à plusieurs chefs, que je conseille sans hésitation ni réserve aux lecteurs intéressés par une plongée dans les profondeurs mythiques de l’Oldhammer. Il y a bien pire, croyez-moi.

 

Fluff:

  • Slann : Ancienne race amphibienne (besoin permanent de chaleur et d’humidité), semblable à des crapauds bipèdes de taille humaine.  Bien que maîtrisant autrefois une technologie très avancée, leur ayant notamment permis de voyager dans Warp de planète en planète, la chute des portails polaires et la venue du Chaos a provoqué la dégénérescence de la race, qui s’est retirée en Lustrie. Les Slanns sont une race magique, et tous leurs membres disposent de capacités arcaniques. Leur caste guerrière compte des Guerriers-Aigles (rq : inspiration aztèque), réputés pour leur courage. Ils se nourrissent d’algues et d’insectes.
  • Personnage nommé (Mazdamundi) : Il s’agit de l’Empereur des Slanns, dont le visage orne les pièces d’or utilisées par ces derniers. Il est appelé Seigneur de toutes les Eaux de la Grande Mare (Lord of All the Waters of the World Pond).
  • Portail Polaire : D’une hauteur de 16 kilomètres (10 miles), et construit en obsidienne, le portail polaire (Nord, tout au moins) abritait une cité cosmopolite, où résidait de nombreuses races et espèces de la galaxie.
  • Norsca (Lexique) : Les Ulfwerenar sont les loups-garous de Norsca. Le Husthing est le conseil municipal.
  • Démonettes : Les stigmates habituels de ces démons incluent la présence d’un seul sein (à droite) et des yeux verts.

 

Steven Savile (1)

Révélation

 

Death's Cold Kiss

Révélation

The Cold Hand of Betrayal/2006/28 pages 

 

Avant de commettre l'indigne Curse of the Necrarch, Steven Savile s'est frotté à une autre coterie vampirique, les Von Carstein, pour laquelle il a rédigé une trilogie retraçant le destin des trois plus éminents Comtes Vampires de l'histoire : Vlad (Inheritance), Konrad (Dominion) et Mannfred (Retribution). Death's Cold Kiss se déroule au début des évènements retracés dans le premier livre de la série.


Intrigue:
Témoin des derniers moments d'Otto van Drak et de la prise de pouvoir de Vlad Von Carstein, le prêtre de Sigmar Viktor Guttman fuit le château de Drakenhof, mais le nouveau baron de Sylvanie ne l'entend pas de cette oreille. Contaminé par la morsure d'un des séides de Vlad, Guttman arrivera-t-il à maîtriser ses nouvelles pulsions, ou deviendra-t-il pareil à ceux qu'il a juré de combattre ?


Avis:
Si Death's Cold Kiss est tout à fait lisible et s'avère plus soigné que Curse of the Necrach, tant sur le fond que sur la forme, on peine par contre à discerner l'objectif poursuivi par Savile au moment de son écriture. Il ne s'agit en effet ni d'un récit d'action (le plus gros du texte étant consacré aux discussions entre les deux acolytes de Guttman sur le sort à réserver à l'abomination que ce dernier est devenu), ni d'horreur (Guttman reste gentiment enfermé dans le sous-sol du temple, à lire Twilight en écoutant de la K-Pop à rêver qu'il visite les chambres d'accortes jeunes filles - ce qu'il devait déjà faire avant d’être mordu, si vous voulez mon avis - ), ni d'investigations (tout le monde est sûr que Guttman est responsable de la flambée de morts suspectes qui frappe Drakenhof depuis la mort du vieux comte1), mais plutôt d'une sorte d'introduction au roman Inheritance, mettant en scène des personnages que Savile utilisera dans le reste de sa saga : les chasseurs de vampires Skellan et Fischer1, ainsi que Vlad et ses suivants Posner et Aigner.


En définitive, Death's Cold Kiss constitue davantage une sorte de scène coupée de la version longue d'Inheritance qu'une véritable nouvelle. En cela, sa lecture est recommandée à tous ceux souhaitant donner sa chance à la trilogie Vampire Wars, mais tout à fait dispensable pour le tout-venant.

 

1 : Et c'est là que le lecteur devra prendre une décision en son âme et conscience. En effet, Savile ne précise pas vraiment si Guttman est bien devenu un vampire, même s'il révèle qu'il n'est pas responsable de la mort des jeunes filles de sa paroisse. Skellan est lui certain que le prêtre n'est rien de plus qu'un vieux fou, preuves à l'appui, ce qui ne l'empêche pas de le tuer (juste pour être sûr), et ce qui n'empêche pas Guttman de se « réveiller » après avoir été poignardé en plein cœur. To be or not to be (a vampire) that is the question.


2: Il est intéressant de noter que Savile remplace Skellan et Fischer par deux autres chasseurs de vampires (Metzger et Ziegler) dans la version de la nouvelle publiée dans l'omnibus Von Carstein. Les évènements de Death's Cold Kiss et Inheritance se déroulant à plus de deux siècles d'intervalle, il était en effet impossible que nos deux compères soient présents dans l'un et l'autre. Changement de pitch entre la rédaction des deux textes, ou simple bourde chronologique ? On ne le saura sans doute jamais.

Fluff:

La Sylvanie est une baronnie. Les vampires sont bien sensibles à l’argent, qui les brûle, mais ne peut pas les tuer. Le feu les consume comme tout un chacun. Le lien entre un vampire nouveau-né et celui qui lui a donné le baiser de sang et si fort que le premier est capable de voir en rêve le second se nourrir.

 

 

William King (2)

Révélation

 

Si l’on voulait décrire le rôle joué par William (Bill) King dans le développement du background romancé de Warhammer Fantasy Battle, il serait approprié de lui conférer le titre de « père fondateur », qu’il mérite à double titre. D’abord, parce qu’il était là au tout début de l’aventure (‘Geheimnisnacht’ est littéralement la première nouvelle du premier livre publié par GW Books, l’ancêtre de la Black Library), ensuite parce qu’en créant le duo mythique Gotrek & Felix, King a aidé à définir l’atmosphère de la franchise, cocktail de med-fan grimdark mais non dénué d’humour, pour les décennies qui suivirent. En plus des ouvrages consacrés à la quête de mort la moins concluante de l’histoire du Vieux Monde (‘Tueur de Trolls’, ‘Tueur de Skavens’, ‘Tueur de Démons’, ‘Tueur de Dragons’, ‘Tueur de Vampires’ et ‘Tueur de Géants’), King a prêté sa plume pour écrire un mot, voire plusieurs, dans le journal intime d’une autre paire renommée de WFB, les jumeaux Tyrion & Teclis (‘Le Sang d’Aenarion’, ‘L’Epée de Caledor’, ‘Le Fléau de Malekith’).

 

Gotrek & Felix (1)

 

Geheimnisnacht

Révélation

Ignorant Armies/1989/22 pages

 

Intrigue:

Art: John SibbickC’est sur la route, non pas de Memphis, mais de Bogenhafen, que nous faisons la connaissance de nos héros, alors qu’ils viennent de se faire lourder sans ménagement de la diligence qu’ils partageaient avec une dame de bonne société, sans doute du fait d’une remarque peu amène1 de la partie courtaude, rougeaude et édentée de la paire. Au grand désespoir de son longiligne, blond et geignard camarade, très peu emballé par l’idée de faire du stop en pleine forêt à la tombée de la Geheimnisnacht, ou nuit des secrets. Et on le comprend. Ces héros en question, puisqu’il faut bien les présenter, ne sont autres que, vous l’aurez deviné, Gotrek Gurnisson et Felix Jaeger, duo mythique de Warhammer Fantasy Battle s’il en est, qui vécut dans ce Geheimnisnacht sa toute première aventure, sous la plume de William King. C’est donc à la naissance d’une légende que nous assistons ici. Émotion et recueillement.

 

Très énervé par cette déconvenue, Gotrek pique sa crise et se met à montrer sa hache et brandir ses fesses, ou l’inverse, en direction des sous-bois tous proches, espérant sans doute qu’une harde d’Hommes Bêtes secourables lui envoie un petit champion pour se passer les nerfs. Las, et au grand soulagement de Felix, aucun antropovin ne surgit des fougères, mais le danger peut prendre bien des formes dans ces zones désolées de l’Empire, et c’est un carrosse noir qui déboule bientôt à toute berzingue, et manque de percuter l’irascible Dawi, peu enclin à se laisser doubler. Indemne, mais maculé de boue (ce qui est bon pour la peau mais moins pour l’odeur), Gogo ajoute une nouvelle rancune sur son carnet personnel, et se lance à la poursuite des chauffards invétérés, son commémorateur sur les talons.

 

Débouchant sur une auberge au détour du chemin, les deux compères résolvent d’y passer la nuit, mais trouvent (assez logiquement) porte close. Après quelques négociations menées de main et hache de maître, les tenanciers acceptent d’ouvrir pour éviter de devoir se payer une nouvelle porte, et laissent entrer nos héros. À l’intérieur, entre deux pintes de bière et commentaires désobligeants, Fotrek et Gelix apprennent de leurs hôtes et compagnons de veillée que la région est la proie d’une funeste malédiction, qui voit les enfants disparaître dans la forêt pendant la Geheimnisnacht et ne jamais reparaître. Et justement, le fils des aubergistes, un dénommé Gunter n’est pas rentré de sa corvée de bois ce soir là, ce qui désole sa vieille maman et chagrine son pingre papa. Au fil de la conversation, l’intérêt du Tueur se retrouve piqué par les rumeurs de cultistes et de démons que les locaux tiennent responsables de ces disparitions, et il décide promptement d’aller trekker jusqu’au Darkstone Ring pour s’enquérir de la véracité de ces racontars. Ayant juré de réaliser un compte-rendu digne de ce nom de la quête de mort de son acolyte, Felix n’a d’autre choix que d’emboîter le pas du berserk, acceptant au passage un talisman en forme de marteau que lui remet la Thénardière, et dont le petit Gunter est censé porter le jumeau.

 

L’excursion jusqu’au Stonehenge local se passe dans des conditions presque parfaites, seule une mauvaise rencontre sur le chemin avec un mutant un peu trop tactile venant retarder les compagnons. Malheureusement pour le collant quidam, Gotrek est plus full contact que peau à peau, et le faquin finit en deux morceaux dans un buisson quelconque (il aura tout de même l’honneur d’être la première victime homologuée de notre Tueur, ce qui n’est pas rien). Une fois arrivée sur place, la paire rampe dans les hautes herbes jusqu’au fameux cercle de pierres noires, où, effectivement, un rituel artistico-naturo-sado-masochiste2 est en train de se dérouler. Aussi captivés par cette création inédite de la SLAANESH3 que la foule bigarrée et biodiverse qui sert de public à cette représentation très caliente, nos héros voient surgir du fameux carrosse noir un individu portant les cape, masque, poignard et frêle enfançon drogué de rigueur pour le maître de cérémonie qu’il se révèle être.

 

Se rappelant qu’ils sont dans le camp du Bee-1, Gotrek et Felix se secouent enfin les puces et fondent sur les Slaaneshi comme la vérole sur… les Slaaneshi aussi (y a pas de raison), et font un sanglant massacre dans la partouze libertine. Ça vous apprendra, bande de sales petits frotteurs de pierre. Profitant que tous les yeux, mains, tentacules, et autres corps caverneux soient posés sur le robuste nabot, Felix profite du temps de lag du maître de culte pour lui balancer sa dague en travers du gosier, ce qui suffit pour faire retomber l’ambiance comme le membre d’un milliardaire chinois privé de poudre de corne de rhinocéros. Tandis que Gotrek se relève péniblement du gang-bang brutal dont il a été l’objet (ce qu’il prend à la rigolade, because boys Dwarves don’t cry), Felix s’en va récupérer le poupon droppé par le boss de niveau, qui, coup de chance, a survécu à la chute. Ce qui est moins heureux par contre, est la découverte d’un pendentif en forme de marteau autour du cou de l’un des derviches fouetteurs, ce qui permet de solutionner le mystère de la disparition de Gunter. Les ravages d’une éducation trop stricte, sans aucun doute. Cependant, nos héros n’ont guère le temps de s’attarder sur les lieux, la quête de mort de Gotrek entraînant ce dernier vers de nouvelles aventures, qui se poursuivent encore, trente ans plus tard…

 

1 : Il est à noter que la toute première phrase de la toute première nouvelle du tout premier recueil de textes de background romancé publié par Games Workshop (en l’état, via GW Books, l’ancêtre de la Black Library), consiste en Gotrek jurant comme un charretier. Et contre les charretiers. Et les femmes humaines. C’est ce qu’on appelle réussir ses débuts.

 

2 : En bref, on a des danseurs presque à poil qui jouent des sagattes en se flagellant à coups de branches de bouleau. De l’art contemporain comme on l’aime.

 

3 : Société Libertine des Amateurs d’Abjections Nudistes Et Supplices Hédonistes.

 

Avis:

La toute première apparition de Gotrek & Felix, on ne peut guère faire plus iconique que ça. Avec le recul que trois décennies nous apportent, on peut reconnaître que ce Geheimnisnacht, pour simple qu’il soit en matière de construction narrative, est véritablement une œuvre séminale (et pas seulement parce qu’il met en scène une cérémonie en l’honneur de Slaanesh) pour le background de Warhammer Fantasy Battle, et a sans doute contribué à donner le ton, sombre, caustique et souvent cruel, qui a caractérisé la franchise d’un bout à l’autre de son existence. Si certains éléments de l’histoire peuvent sembler étranges, ou entrer en contradiction, avec les dernières versions du fluff canon de WFB, cette dernière, prise dans son ensemble, reste encore aujourd’hui un jalon littéraire pour l’univers en question, et est sans doute l’oeuvre d’Ignorant Armies qui a la « mieux vieilli ». En une vingtaine de pages, King parvient à planter le décor d’un monde med-fan dangereux et désespéré, où les actions de héros pas vraiment exemplaires (Gotrek est un maniaque suicidaire et ultra-violent, Felix un poète ivrogne piégé par le serment alcoolisé qu’il a prêté) parviennent parfois à contrer les manigances des forces des ténèbres, sans qu’aucune victoire ne soit vraiment éclatante (Gunter, la victime présumée, se révèle être un cultiste). Que se serait-il passé si Bill King n’avait pas eu l’idée en 1989 de donner vie à un Tueur de Troll accompagné de son commémorateur ? Comme la face de notre monde si le nez de Cléopâtre avait été plus court, celle de Warhammer aurait été changée. Si la genèse de cet univers vous intéresse (ce qui est sans doute un peu le cas si vous lisez ces lignes), je vous garantis que la lecture de Geheimnisnacht vaut le détour, a minima pour pouvoir dire « je l’ai fait ». Et en plus, cette nouvelle a été traduite en français1. Aucune excuse, donc.

 

1 : Incluse dans l’ouvrage Tueur de Troll, le premier « roman » – en fait un agrégat de nouvelles – de la saga de Gotrek.

 

Fluff:

  • Tueurs de Troll : Bien qu’en disgrâce et exilés, les Tueurs reconnaissent tout de même l’autorité des Rois Nains, les seuls à pouvoir leur donner des ordres.
  • Taxe des Fenêtres : Taxe décrétée par Karl Franz, imposant chaque fenêtre d’Altdorf à hauteur d’une pièce d’argent. En conséquence, les riches murèrent les leurs, ce qui conduisit la milice de la ville à percer des trous dans les murs des taudis des pauvres, afin de faire rentrer l’argent dans les caisses. L’agitation populaire qui s’ensuivit déboucha sur l’envoi d’une délégation de pétitionnaires, menée par un certain Felix Jaeger, au palais de l’Empereur. Ce dernier choisit de répondre par une charge de la Reiksguard, et la suite est entrée dans la légende…

 

Autres (1)

 

 The Laughter of Dark Gods

Révélation

Ignorant Armies/1989/24 pages

 

Intrigue:

Art: Bob NaismithChassé de ses terres par les manigances de sa famille, le noble Kurt von Diehl, accompagné d’un Kislevite chétif nommé Oleg Zaharoff, s’enfonce dans les Désolations du Chaos à la recherche de la puissance nécessaire pour reconquérir son fief. Ayant délesté un guerrier du Chaos malchanceux de ses armes et armures sur la route du trône de Khorne, Kurt progresse chaque jour plus au Nord, combattant les bandes rivales et attirant de nouveaux suivants1 à sa bannière, tandis que les dons du Dieu du Sang remodèlent sa chair selon le bon plaisir de ce dernier. Bien que sortant vainqueur de tous les défis et toutes les batailles croisant sa route, Kurt constate, entre deux crises de démence homicidaire, qu’il est lentement mais sûrement en train de perdre la boule, alors que les souvenirs de sa vie précédente s’effacent les uns après les autres.

 

La fin arrive lorsque, arrivé à hauteur d’un carrefour à sens giratoire (tout est possible dans les Désolations du Chaos), Kurt s’engueule avec le général de l’ost dans lequel lui et ses serviteurs ont été assimilés. Entre Khorneux, la discussion débouche rapidement sur un affrontement en bonne et due forme, pendant lequel, malgré la puissance apportée par son arbalète laser (lootée sur un Wookie de Khorne – tout est possible dans…) et les pouvoirs régénérants de la grande bannière sur laquelle il parvient à mettre la griffe, Kurt finit tout de même par passer l’arme à gauche. Petite consolation, ou ultime déchéance, le méritant Kurt reçoit une dédicace de Big K. avant de mourir de sa belle mort, son enveloppe charnelle explosant pour donner naissance à un démon. Et paf, ça fait des Chocapics un Buveur de Sang. Ou une Gargouille, ce qui serait moins la classe. Tout est possible… En tout cas, ça fait bien rire ce crâneur de Khorne, pépouze sur son trône. Thank you, next.

 

1 : Parmi lesquels on compte le Prince Deiter le Stable (ou the Unchanging en VO), un aristocrate maniéré mais mortel à l’épée – comme Kurt en fera l’expérience – parlant en vieux françois et rejoignant les rangs des groupies de Kurt Khorben après un millénaire à tergiverser en périphérie des Désolations. Comme quoi, on peut être Deiter et pas déter’. Tout est possible dans les Désolations.

 

Avis:

Si vous vous demandiez ce à quoi s’occupent les champions, aspirants, et autres stagiaires des Dieux Sombres lorsqu’ils prennent la route du pôle, The Laughter of Dark Gods est la nouvelle parfaite pour vous. Si l’histoire narrée par King n’est pas des plus originales, elle a le mérite de décrire de façon imagée, dérangeante et éminemment sanguinolente la déchéance/ascension (ça dépend du point de vue que l’on prend) d’un guerrier ayant vendu, mis en gage ou prêté pour deux minutes – ce qui revient au même – son âme aux Dieux Sombres. Arrivé dans les Désolations du Chaos avec un projet clair, un fidèle camarade et une apparence que l’on suppose être normale, Kurt von Diehl1 finit son parcours avec des idées très embrouillées, un Skaven de compagnie et la flexibilité plastique d’un Mr Patate démoniaque. Tel est le destin des fous qui succombent aux promesses impies des Fab Four, et si cela va sans doute sans dire pour les lecteurs aguerris de la BL et les hobbyistes vétérans, il faut bien réaliser qu’au moment où King a soumis sa nouvelle, le sujet n’avait simplement pas été couvert du tout dans des textes de fiction.

 

The Laughter of Dark Gods est donc la pierre fondatrice sur lequel s’est élevé le cairn du corpus chaotique, et, devrait être en conséquence une des premières lectures que le nouveau venu dans les mondes « merveilleux » de GW devrait s’enquiller. Même si ce ne sera pas souvent le cas – pas facile de mettre la main sur une nouvelle publiée en 1989 – ce texte mérite le détour, ne serait-ce que parce qu’il a véritablement réussi à passer à la postérité, et conserve, trente après son écriture, toute sa pertinence et son intérêt. Combien peuvent s’en targuer ? S’il y avait un GW-Fiction Wall of Fame, nul doute que The Laughter… y figurerait en bonne place. Et ça, ça se respecte.

 

Un descendant de la lignée maudite des von Diehl, dont on croisera d’autres représentants dans une aventure de Gotrek & Felix (du même Bill King), ‘Wolf Riders’.

 

Fluff:

  • Bataille du Champ de Grax : Un affrontement dans les Désolations du Chaos entre une horde de Khorne et un ost de Tzeentch. La clameur de la bataille réveilla le dragon Grax, qui sommeillait non loin et s’abattit sur les combattants. Bien que Grax soit tué dans la mêlée, il préleva un lourd tribut parmi les mortels.

 

 

Schattra, scribe bénévole

Edited by Schattra
Ajout des critiques des nouvelles d'Ignorant Armies

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Ajout des nouvelles du recueil Death & Dishonour.

 

Réservé pour la chronique des nouvelles 51 à 75.

Edited by Schattra

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Ajout des nouvelles du recueil Realm of Chaos.

 

Réservé pour la chronique des nouvelles 76 à 100.

Edited by Schattra

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Réservé pour la chronique des nouvelles 101 à 125.

Edited by Schattra

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Ajout des chroniques des nouvelles de l'année II de Hammer & Bolter.

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Plop je viens de découvrir ton sujet et je te remercie pour ton travail de review de ces nouvelles en VO.

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Hello Rhydysann, et merci pour ton message! J'espère pouvoir continuer à faire grossir ces sujets de compilations au fur et à mesure de mes lectures. Ce n'est pas le matériel de base qui manque, et la résurrection d'Inferno! est un signe que le court format reste une valeur sûre pour la Black Library. Il n'y a plus qu'à, quoi...

 

Schattra, du pain de la prose sur la planche tablette

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Ajout des chroniques des nouvelles du numéro #3 d'Inferno!.

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Encore une fois merci pour les retours.
Sinon pour la nouvelle Blood Bowl, attention WHB n'est pas BB (enfin officiellement). J'aime autant l'un que l'autre mais les deux sont bien différents. Exemple les loups-garous n'existent pas à WHB. Bon on en a eu dans une nouvelle de gotrek et Felix c'est vrai mais ce ne sont pas des loups tels quels. 


Pour le comique/parodie je n'ai pas lu la nouvelle mais encore une fois l'univers se veut assez déjanté comme tu le dis. Mais libre a toi de faire ta propre interprétation de l'univers. Je te conseille néanmoins les quatre romans BB de Matt Forbeck qui je pense sont plus dans l'optique que tu te fais de BB par exemple. WHB et BB pouvant "cohabiter" assez bien.

 

Quoi qu'il en soit à quand une traduction en VF de toutes ces nouvelles BB !!!

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Ajout des nouvelles et des illustrations de l'Infernabulum! #1:

  • A Fool's Bargain (B. Maycock)
  • The Ambassador (G. McNeill)
  • The Gifts of Tal Dur (N. McIntosh)
  • Debts of Blood (N. McIntosh)
  • The Deep (R. Davidson)

 

 

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Ajout des nouvelles et illustrations du recueil Ignorant Armies

  • Geheimnisnacht et The Laughter of Dark Gods (W. King)
  • The Reavers and the Dead (C. Davidson)
  • The Other (N. Griffith)
  • Apprentice Luck (S. Flynn)
  • A Gardener in Parravon (B. Craig)
  • The Star Boat (S. Baxter)
  • The Ignorant Armies (J. Yeovil)

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