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Ghiznuk

[Background] Univers du 9e Âge : Voyage au bord de l'Abysse

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VOYAGE

au bord de

l'ABYSSE

 

Voyage au bord de l'Abysse (953 A.S.)

 

Ouvrage prohibé,

disponible dans certaines bibliothèques mal famées

en diverses localités de Vétie

 

Edited by Fenrie

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I
 
Nazario Calegari arrive aux portes de l'Enfer
 
Ayant sombré dans l'inconscience, je revins à moi pour me trouver au milieu d'un pays de roches, sombre et informe, sous un ciel qui tourbillonnait, se fondait et se fissurait, tel une rosace virevoltante composée de toute teinte, naturelle ou non. Je me levai en titubant, à la recherche d'un chemin à travers les escarpements qui m'enserraient. Derrière moi se fit entendre un grondement qui me glaça le sang (à supposer que le sang coulât toujours dans mon corps en ce lieu). Je me retournai pour contempler un grand chien à trois têtes, dont les yeux luisants étaient rivés sur moi, fermement campé sur le chemin qui menait à ma vie antérieure.

M'attendant à une attaque d'une seconde à l'autre, j'avançai, trébuchant, à bout de souffle, veillant à placer autant de crêtes entre cette bête et moi. C'est à ce moment que mon guide me trouva. Il se dressait, imperturbable, engoncé dans l'épaisse armure d'acier d'un Guerrier, paré d'une cape verte et portant la marque de Kuulima. Son visage, élégant, exprimait cependant une certaine amertume ; il me parut étrangement familier, bien que je ne susse d'où me venait cette connaissance. Néanmoins, je le remerciai avec toute la ferveur d'un frère.

« Mon bon sire, qui êtes-vous donc pour m'avoir épargné le désastre, en me rejoignant en cet instant pour partager avec moi le fardeau de ce pays désolé, auquel je suis venu mais duquel je ne puis partir ? »

Il me considéra un long moment avant de me donner une réponse. Peut-être m'évalua-t-il ainsi, à moins qu'il n'eût réfléchi à l'impératif qui l'avait amené à me porter secours. Il prit enfin la parole, comme s'il se fût adressé à lui-même :

« Tu ne peux être la frêle créature que tu parais, car les faibles d'esprit ne peuvent accéder à ce lieu, qui est interdit à la chair. Si ton désir est de survivre à ce voyage, je te suggère de recouvrer ta volonté et ta détermination. Nombre sont ceux qui n'y parviennent pas. Quant à mon nom, tel qu'il fut, il n'a pas été prononcé depuis des siècles, sauf par ceux dont le dessein est de l'écorcher de leurs langues âpres. Nomme-moi le Félon. Car c'est moi qui choisis les chaînes que l'on veut me faire porter. Viens, à présent. »

Sur ce, il se mit à marcher – du moins, en apparence. Le Royaume immortel (car c'est de ce lieu qu'il s'agissait, je le savais) se modifiait au gré de mes pensées et de mes intentions, s'écoulant d'un emplacement à l'autre ; je suivis le Félon du mieux que je le pus. Tout autour de moi, je distinguais clairement, malgré la grande distance, d'autres sphères scintillant dans le vide tournoyant. L'espace d'un instant, j'aperçus la clairière sacrée d'une divinité elfique, ainsi qu'une grande forteresse de pierre appartenant à un dieu des nains. Disparus aussi rapidement qu'ils étaient apparus, je réalisai que l'endroit où je me tenais n'en était qu'un parmi maints autres, la myriade de domaines contenue dans le même Royaume.

Des heures – ou des secondes – plus tard, nous arrivâmes sur les berges d'un grand fleuve. Je savais maintenant que chaque être perçoit à sa manière son passage dans les terres de l'au-delà. Il se présenta à mes yeux sous les traits d'un cours d'eau aussi sombre que profond, dont les tourbillons et remous ne produisaient pas le murmure des flots, mais le gémissement des âmes en peine.

Sur les rives de ce fleuve, quelque peu en amont, j'avisai un immense camp où logeaient des dizaines, voire des centaines de milliers d'âmes. Je n'eus pas la possibilité d'examiner plus en détail cette ville de haillons. J'entrevis cependant une grande diversité d'humains et d'autres espèces vaquant à leurs occupations. Nombre d'entre eux portaient la tenue des Makhars, des Åsklandais, aux côtés de toutes sortes de peuples barbares parmi lesquels le culte des Dieux Sombres est si répandu. Je présume que c'est là, en ce panorama sur l'Enfer lui-même, que ceux qui adorent les Dieux Sombres passent leur après-vie en récompense de leur foi. En revanche, les paysages dont j'allais être témoin dans les royaumes de l'autre côté du fleuve sont le domaine exclusif de ceux qui ont mis en gage leur âme en concluant un pacte avec l'un des Sept pour obtenir le pouvoir dans leur vie mortelle.

Une forme se matérialisa au centre du fleuve : une barque, qui s'avançait dans notre direction, lentement mais inexorablement, au rythme de la perche. Le passeur lui-même était un mystère. Se présentant un instant sous les traits d'une brute imposante, le suivant sous ceux d'une masse qui se tortillait dans toutes les directions. Il opta enfin pour une silhouette silencieuse vêtue d'un long manteau à capuche. La barque continuait sa progression, avec sa sentinelle qui contrôle l'accès au pays d'au-delà.

Et quel pays. Au-dessus de la rive opposée, dans des dimensions que je ne puis concevoir, encore moins décrire, sept anneaux se chevauchaient, se traversaient, se recouvraient et s'interpénétraient. Ces cercles échangeaient leur position comme les cerceaux d'un jongleur, chacun montant à la surface ou plongeant dans les profondeurs. Et sous tout ce mouvement chaotique, une puissance encore plus profonde pulsait, tout à la fois émanation de force et vide étreignant. Chacun des cercles paraissait descendre vers lui, avant d'être supplanté par un autre, puis un autre encore.

Je compris enfin la véritable nature de ma situation. Lisant sur mon visage cette prise de conscience, le Félon eut un sourire narquois.

« Peu nombreux sont les mortels à qui est donnée la chance de parcourir les chemins de l'Enfer. Si tu es fortuné, tu pourrais même être autorisé à sortir d'ici avec moi. Mais à présent, poursuivons notre route. Le Père et les Sept ne sont guère patients, et tu te tiens sur leur seuil. »

Sur ce, il monta sur la barque. Je m'armai mentalement, osant espérer que ce voyage était un signe de faveur. Car en vérité, n'eussé-je été protégé par une puissance supérieure,  comment aurais-je pu parcourir ce pays sans être annihilé par sa fournaise de magie à l'état brut ?

La barque glissait silencieusement à la surface de l'eau noire, tandis que les niveaux changeants de l'Abysse se rapprochaient de plus en plus.

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Posted (edited)

II

L'or terni, ou la ruine de Bettini


Posant le pied dans le Cercle de Sugulag, je sentis le sol sous moi tinter et crisser : les sons métalliques des pièces qui parsèment ce lieu, devises de toutes les nations, affichant les portraits de monarques depuis longtemps morts ou, peut-être, pas encore nés. Et pas de simples objets physiques : ces visages souriaient et criaient, gloussaient ou pleuraient, jusqu'à ce je craignisse de faire un pas de plus.

 

Mon guide me fit néanmoins signe de me hâter, dédaigneux d'un tel souci. Je fus entraîné par son allant, frémissant d'effroi en entendant les cris étouffés sous mes pieds, certain que chacune de ces plaintes était celle d'une âme mortelle condamnée à servir le Grand Collectionneur.

 

Après un certain temps, nous arrivâmes en un endroit où des âmes de forme humaine travaillaient sans relâche. Chacune poussait et transportait de lourds poids, bien que ceux-ci semblassent dépourvus de toute valeur et même de destination. Certains de ces êtres étaient nus, dépouillés de toute dignité en même temps que leurs habits, tandis que d'autres portaient les vestiges des vêtements qu'ils possédaient de leur vivant. À ma grande surprise, je reconnus le visage d'un de ceux qui se trouvaient près de moi, paré d'une robe cléricale.

 

« Alessandro Bettini ! m'écriai-je. Mon vieil ami. Quelle catastrophe t'a-t-elle donc fait venir en ce lieu ? Ta famille est connue pour être la plus dévote de tout Pontefreddo. Je n'aurais jamais imaginé que tu suivais les Dieux Sombres. »

 

Mon compagnon et confident de jadis me lança un regard incrédule, sans cesser une seule seconde son labeur éreintant.

 

« Nazario ! Comment as-tu pu venir en ce sinistre lieu, sans porter ni chaîne ni fardeau ? Non, tu es plus réel que tout esprit de cet endroit. Écoute bien mon récit, de peur qu'un jour ton âme ne s'égare dans le même bourbier.

 

« Notre belle ville avait été frappée par des temps difficiles, car nous venions de souffrir de la pire récolte de mémoire d'homme. Ma famille dépendait des céréales pour remplir ses coffres et maintenir son statut. Ayant perdu notre source de revenus, il me fallut lutter pour préserver le nom des Bettini des vautours qui n'auraient été que trop ravis de le déchiqueter. La nomination à une carrière d'église offre de grands avantages à ceux qui désirent s'élever rapidement ; je fus capable de satisfaire maintes ambitions… mais cela eut un prix. »

 

Relatant sa richesse et ses gains, Alessandro sembla emporté par une grande joie. Mais de telles émotions ne peuvent perdurer en ces lieux : son fardeau parut tripler de poids, de telle sorte que les efforts de mon ami furent bientôt à peine suffisants pour le mouvoir. Pourtant, il ne s'interrompit pas une seule seconde ; sans doute ne le pouvait-il pas.

 

« Lorsque les Doyens apprirent ce que j'avais fait, ils me frappèrent de leur vengeance. Celle-ci fut d'autant plus impitoyable qu'elle avait également pour but de cacher combien d'autres avaient pris part aux mêmes crimes. Alors que j'attendais l'exécution, un envoyé de Sugulag m'offrit une voie vers la rédemption. Si j'en faisais le serment, je pourrais me libérer de mes chaînes, soulever la ville contre les misérables qui la tenaient, et la gloire éternelle pourrait être mienne. »

 

Ceci étant dit, l'ex-évêque s'effondra sous son fardeau, continuant à avancer en rampant malgré ses sanglots. Je m'éloignai pour rejoindre le Félon sur un sentier qui sinuait entre des coffres cerclés de fer, chacun taché de sang et montrant de terribles crocs. À ma requête, mon mentor taciturne me narra le destin qui avait été celui de Bettini.

 

« Une révolte aussi éphémère que sanglante. Il était parvenu à corrompre de nombreuses personnes en secret, assez pour ébranler Pontefreddo jusqu'à ses fondations. Mais le moment venu, il manqua de la conviction nécessaire pour pousser son avantage, manqua de la capacité de vision requise pour raser la ville une bonne fois pour toutes. De si petites ambitions sont insuffisantes pour retenir l'attention de nos Sombres Maîtres. Estimer avoir atteint son but après n'avoir anéanti qu'un village, une ville, une famille, c'est prouver sa propre médiocrité. Avant que tout cela ne fût fini, Bettini n'était rien de plus qu'une bête affligée. »

 

J’acquiesçai gravement, comprenant que l'excommunication par l'Église était un bien piètre désagrément comparé au destin qui attendait ceux qui déçoivent leur Dieu Sombre. Car ici, en ce lieu de chaos et de changement, le châtiment adoptait des formes qui dépassaient les mots des mortels.

 

M'ayant enseigné cette leçon, le Félon ouvrit la voie jusqu'au bord du Cercle, où nous eûmes à franchir une étroite arche, jonchée de visions des possessions mortelles abandonnées là par quiconque désire passer de l'autre côté afin de retourner au Néant. Après quelque réflexion, je tirai mon médaillon de fonction et le suspendis au rebord de l'arche. Mon guide adopta quant à lui une approche plus… viscérale, passant une lame sur la paume de sa main pour en faire jaillir quelques gouttes de sang qu'il versa par terre. Il me sourit d'un air carnassier avant de se retourner pour traverser le portail à grandes enjambées.

 

Edited by Ghiznuk

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III

 

Des appétits insatisfaits, ou un repas en famille

 

Des nuages bruns et putrides parcouraient le ciel en spirale ; c'est ainsi que je me vis entrer dans le Cercle d'Akaan. Je ressentis l'air se charger d'humidité, celle d'une atroce averse d'un liquide noir et visqueux, qui tombait drue, souillant le sol lui-même. Nous nous abritâmes pendant un moment sous un surplomb rocheux, d'où j'observai le paysage se faire décaper et bosseler par le déluge. Je savais que seule ma raison d'être en ce lieu avait épargné à mon corps de subir un tel sort.

 

Il devint évident que ce torrent n'allait pas prendre fin de sitôt – à supposer qu'il puisse un jour se terminer. Nous nous mîmes donc en route à travers la tempête, pour explorer ce paysage aussi desséché qu'affamé. Après quelque temps, nous arrivâmes à l'embouchure d'une grande vallée. Ses arêtes étaient rehaussées de sortes de pinacles acérés. L'espace d'un instant, ma perception se modifia, et j'eus la vision d'une vaste et terrible gueule, prête à dévorer le monde. Je clignai des yeux, et ne perçus à nouveau plus que de la pierre et de la terre. Mais c'est tremblant que je poursuivis ma progression.

 

À une courte distance dans l'ombre de cette gorge, je fus confronté à des échos qui résonnaient et se faisaient de plus en plus retentissants d'un moment à l'autre. Ce bruit, d'informe et menaçant, se changea bientôt en un chœur baveux et râlant, arraché à de nombreux gosiers à la fois. Au détour du chemin, nous nous trouvâmes face à une meute de bêtes aussi troublantes d'aspect qu'elles étaient dangereuses.

 

Souvent dénommés « Mouches infectieuses », j'ai déjà aperçu leur type dans notre propre Royaume, où elles prennent des formes corpulentes dotées d'ailes si fines qu'elles défient la gravité par leur lévitation grotesque. Elles attaquent et dévorent toute créature vivante de leurs nombreuses gueules, plus nombreuses que ce qu'une seule bête devrait jamais pouvoir posséder. La nature de leur abominable physiologie est telle, que j'ai déjà vu les duellistes les plus talentueux rester perplexes, ne sachant où frapper. Et ayant enfin vaincu leur répugnance, ces guerriers qui sabraient se voyaient alors consumés par les flots de pus mortel jaillissant de l'entaille.

 

Dans le Royaume immortel, la forme de ces créatures était encore plus pénible à contempler. Il leur poussait à chaque instant une nouvelle bouche ou une nouvelle rangée de dents ; elles se mouvaient sur des pattes difformes ou des queues ondulantes, ou en flottant tout simplement dans l'air comme un aéronef composé de mâchoires aux nombreux crocs. Leur attention se porta sur nous, et elles se mirent en route dans notre direction de leur allure troublante.

 

Un bruissement derrière moi attira le regard du Félon, qui tira calmement d'une sacoche quelques morceaux de viande saignante. L'air toujours nonchalant, il les jeta d'un côté de la gorge, me menant de l'autre. Tandis que nous contournions les bêtes, dont l'appétit se portait à présent sur ce repas offert, mon guide me donna cette explication :

 

« La plupart des démons, la plupart des immortels ne peuvent se nourrir des objets de notre monde, tout comme nous ne pouvons nous nourrir de magie brute ; du moins, pas sans la protection de nos Maîtres. Toutefois, ceux qui servent Akaan sont différents. Les armes mortelles peuvent les blesser, mais ils brûlent de désir pour les miettes de ce monde que le Grand Dévoreur est si impatient d'absorber ». Sur ce, il me fit un sourire, un reflet cruel dans les yeux. « Ta propre forme charnue aurait été un véritable festin pour eux, si la raison de ta présence ici ne t'avait pas assuré une solide protection. Toujours est-il qu'il vaut mieux ne pas soumettre leur obéissance à l'épreuve de leur appétit. Car le résultat n'est jamais entièrement certain. »

 

Nous continuâmes en silence pour quelque temps. La vallée s'assombrit. Ce qui, en ce Royaume, passait pour le ciel, allait s'étrécissant, pour ne plus être qu'une mince tranche de lumière maladive. De l'obscurité devant nous nous parvinrent de nouveaux sons peu ragoûtants, ceux de la mastication répugnante de la chair crue entre des dents émoussées. Nous atteignîmes la source de ce bruit et vîmes de vagues silhouettes prendre la forme de personnages accroupis, empoignant chacun un quartier de viande. Aucun d'entre eux ne croisa mon regard ; aucun ne daigna lever les yeux du sol et de son abominable tâche.

 

La seule de ces personnes qui bougea se traîna devant nous pour arriver à la source de ce repas impie : un corps humain dont des morceaux étaient arrachés au fur et à mesure qu'ils se reformaient pour être à nouveau perpétuellement consommés. Ce n'est que lorsque je discernai finalement son visage que je fus frappé par la véritable horreur de son embarras. Car le corps duquel elle se repaissait affichait une troublante ressemblance avec elle : celle d'un parent, peut-être de sa fille. Des larmes coulaient le long de son visage, et mes propres yeux s'humectèrent avant que je ne m'arrachasse à cette atroce scène, trébuchant, m'enfonçant de plus en plus profondément dans cette gorge pour m'échapper de ce lieu infect, suivi tout le long par le sombre rire moqueur du Félon.

 

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IV

 

Une forêt abandonnée, ou les songes du Félon

 

Pénétrant le Cercle de Nukudja, je sentis le temps ralentir et s'étirer, comme si l'air lui-même avait gelé. Je sentis une léthargie m'envahir, comme un froid glacial issu de mes os, jusqu'à ce que je m'effondrasse sous le poids de l'Apathie. Même le Félon, naguère si sûr de ses actions, parut hésiter et fléchir sous ce terrible fardeau.

 

Devant nous, la source de notre manque d'énergie se fit rapidement apparente. Des silhouettes commençaient à émerger de l'obscurité de ce lieu. Des arbres de mille formes parsemaient le paysage ; des formes rabougries aux troncs et aux branches tordus, dont les nœuds et les creux rappelaient des visages déformés par l'angoisse.

 

Un grincement émis par l'une de ces apparitions attira mon attention, mais je ne pus rassembler la vigueur nécessaire pour m'avancer vers elle, jusqu'à ce que je l'entendisse prononcer mon nom. M'approchant, je perçus un murmure desséché, semblable au bruissement de feuilles fanées.

 

« Tu ne me connais pas, mais moi si, illustre Nazario Calegari de Pontefreddo, destiné à la grandeur dès ton premier souffle, alors que je n'étais qu'un humble citoyen de cette noble cité, à une époque depuis longtemps révolue. À présent tu courtises le Père, qui désirerait faire Sien tes talents, afin de répandre Sa gloire et les récits de Ses Sept. C'est dans le creux de sa main que tu marches à présent.

 

« Veille bien, Calegari, à suivre le bon chemin. Trompe-toi une seule fois, et le manteau de Père Chaos tombera de tes épaules. Ceux qui marchent dans son domaine trouvent rarement un confort dans le froid. Si tu veux échapper au désastre, rappelle-toi de ceci dans les années à venir : Sous une lune de sang, lorsque les cors retentiront et que le sol tremblera, tous devront pousser à l'ouest et frapper la menace elfique, avant que le rituel ne prenne fin. »

 

Il y eut enfin un chuchotement comme le souffle du vent, qui me fit me pencher plus près :

 

« Ne te fie pas au Félon. Son nom est bien mérité. Il recherche la faveur du Père, et ne servira loyalement que tant que cela coïncidera avec son propre dessein. Se fier à sa bonne foi, c'est rechercher la ruine, comme sa Maîtresse l'a appris à ses dépens. Mais prends garde à présent, car notre geôlier approche. »

 

Sur ce, l'arbre se tut. Je fis volte-face pour me retrouver face à un autre, plus grand et plus menaçant que toute autre chose en ce fourré. Il se dressait au-dessus du Félon et moi, immobile. Il n'avait pourtant pas été là quelques instants plus tôt, j'en étais sûr. Ce n'est que bien plus tard que j'appris à connaître le Moissonneur d'espoirs sous les formes qu'il revêt dans notre monde, qui sont toujours celles de pesantes monstruosités. Rester à proximité signifie risque de perdre et le corps et l'âme, car il sape l'énergie de ses victimes, avant de leur ôter la vie.

 

Ainsi poussé à l'action, je tirai le Félon de sa rêverie, et hors de cette forêt lugubre. Tandis que nous nous apprêtions à quitter ce lieu d'indolence, nous longeâmes une plaine de sables brûlants où des âmes chagrinées étaient contraintes d'errer en cercles éternels, ne pouvant trouver de répit à la douleur cuisante qu'en marchant continuellement.

 

Le Félon grommela à contre-cœur quelques remerciements pour le rôle que j'avais joué dans notre fuite face au Moissonneur. Je m'enquis auprès de lui des songes qui l'avaient captivé au point d'oublier notre voyage à travers ce Royaume.

 

« Un autre temps, un autre lieu. Mes terres natales ont beaucoup changé depuis le temps où j'y vivais, il y a fort longtemps. Kuulima m'a accordé l'endurance pour voir mon retour se réaliser. Ceux qui ont terni mon nom et ma mémoire mesureront bientôt toute l'ampleur de leur folie. »

 

S'ébrouant pour se sortir de sa torpeur, il m'emboîta le pas et nous nous enfonçâmes ensemble dans le Vide. L'espace d'un instant, je me remémorai l'avertissement qui m'avait été donné à propos de mon compagnon. Pourtant, je me sentais de plus en plus lié à ce taciturne Guerrier de l'Envie.

 

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