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Warhammer Forum

Ghiznuk

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Everything posted by Ghiznuk

  1. p.78 Citadelles des Nains infernaux Dans la Plaine foudroyée, vous ne trouverez pas de gouvernement central. Chacune des citadelles lève et équipe ses propres troupes. Cependant, ces armées se regroupent fréquemment pour affronter certaines menaces puissantes. D’après mon expérience, ces forces se distinguent surtout par les différents dieux païens auquels elles ont prêté allégeance. J’ai eu l’occasion d’interroger une citoyenne infernale sur ce sujet. Et, si ses dires sont véridiques, ces nains barbares vénèrent un panthéon de tout juste quatre dieux appelés les Vanebs, un mot qui signifierait simplement « la Flamme ». Trois de ces dieux (c’est-à-dire tous, sauf Lugar qui se serait élevé au rang de divinité que dans une ère plus récente) se manifestent sous plusieurs formes ou aspects divins ayant chacun leurs propres noms et attributs. Pour un étranger, ces derniers peuvent facilement passer pour des dieux inférieurs. Il existe, par exemple, Ashuruk le Scribe, Ashuruk le Porte-soleil et Ashuruk le Mage, pour ne citer qu’eux. Ils se nomment respectivement « Kabu », « Nerkar » et « Ura », et sont des représentations distinctes d’un seul et même dieu. Chaque citadelle se vante d’abriter des temples de chacune des quatre divinités mais généralement, elles tendent à ériger le culte d’un aspect mineur d’un des dieux au-dessus de sa position habituelle dans le panthéon. Dans de nombreux cas, la cité et sa divinité titulaire finissent par se confondre, profondément interconnectées au fil des siècles. Si bien que lorsque l’on affronte une armée infernale, on peut déterminer sa citadelle d’origine par les icônes religieuses qu’elle brandie en guise de bannières. Ci-après vous trouverez des bannières que j’ai pu rencontrer. Ce n’est qu’un petit échantillon et elles ne représentent pas forcément les citadelles les plus puissantes de la Plaine, pourtant elles hantent encore mes cauchemars. – Capitaine émérite Urs Bödeker, Légions de fer de Myra ––––– Sakumesh La citadelle de Sakumesh contrôle un des rares lieux du territoire infernal où l’on peut pratiquer l’agriculture conventionnelle. Elle est dédiée à Gantar, une représentation de Shamut le Vengeur, figurée par une déesse guerrière liée au sexe et à la fertilité. Dans la mythologie naine, Gantar fut capturée et tuée dans les limbes avant de revenir à la vie. Ce symbole du cycle de la vie est partagé par beaucoup de cultures à travers le monde. Les nains orientaux voient généralement dans l’histoire de Gantar une parabole qui condamne la vie sous terre, telle qu’adoptée par leurs cousins occidentaux. L’emblème de Gantar est un lion en laisse. Gar-Shakhub De nos jours, c’est la citadelle la plus proche de la Fournaise, bâtie sur l'un des refuges créés lors de cet antique cataclysme. Au fil des ans, les descendants de ces survivants ont développé une force d’esprit et une dévotion sans égale au mythe nationaliste de la supériorité infernale. Gar-Shakhub a tenté à plusieurs reprises d’unifier la Plaine foudroyée depuis la création de la Fournaise, sans succès. Ses citoyens vénèrent Mikrash, une représentation primordiale et mystique d’Ashuruk associée à la foi et aux serments. Dans sa citadelle il est considéré comme le dieu de la nation. Sa bannière arbore une hache enveloppée de flammes. Nekek-Nelem Perchée sur la crête d’une montagne fortement boisée, Nekek-Nelem est une citadelle sombre et troublée qui n’a jamais étendu son autorité, mais qui ne fut jamais conquise non plus, grâce à sa position très facile à défendre. Sa déesse tutélaire est Dame Reshal, nom donné à Nezibkesh le Fossoyeur, gardienne respectée et crainte des profondeurs où les morts demeurent. D’après les vieilles légendes, l’entrée du Monde-du-dessous, Runalla, se trouverait sous les fondations même de la cité. Les bannières de Nekek-Nelem portent une unique bande noire représentant à la fois la mort et le charbon, minerai sacré de Reshal. Dedushak Symbolisée par un grand éclair, la citadelle de Dedushak voue un culte à Kadad, déesse du ciel et avatar de Shamut l’Ailé. Bien que Kadad est sensée contrôler les évènements météorologiques de manière général, elle est le plus souvent associée aux orages, qui sont les manifestations de ses violentes étreintes avec Nezibkesh le Défaiseur, Huzid. Dedushak est une citadelle militariste dominée par le clergé de Shamut, et où l'on peut trouver plus de taurukhs que dans les autres citadelles. Les voyageurs racontent que les énormes cornes de bronze érigées par-delà ses remparts projettent des éclairs à travers la Plaine foudroyée quand la citadelle part en guerre. Kubnut-Bebit La plus orientale des citadelles, Kubnut-Bebit, est influencée par les cultures et les traditions de l’Extrême-Orient. Elle est fabuleusement riche, profitant de la Route de l’acier comme aucune autre citadelle, sauf peut-être Vanekhash. En théorie, cette citadelle est le lieu sacré de Ura, la déesse de la magie, mais récemment les bannières de Kubnut-Bebit s’ornent de l’étoile de Tazda, une divinité étrange, androgyne, qui ne provient pas clairement des Vanebs. Son culte, inspiré des religions orientales, est pratiqué de manière presque monothéiste, à la limite de l’hérésie. Tazda semble être une divinité de vérité et de pure « bonté », du mieux que je puisse traduire le terme abzhaghab. Zetivak Une citadelle ancrée dans l’orbite de Zalaman-Tekash, Zetivak est aussi connue sous le surnom de « Bibliothèque de Zalaman ». Il s’agit du plus grand lieu d’apprentissage de la Plaine foudroyée, disposant du plus grand registre de tablettes et de parchemins conservés par une armée de scribes. De fait, son patron est Kabu, Ashuruk le Scribe, réputé pour son savoir et sa sagesse. C’est une divinité mineure, puisque, hors des murs de Zetivak, Lugar a usurpé depuis longtemps la plupart de ses attributs. L’armée de cette citadelle n’est pas très importante mais elle contribue à fournir aux forces de Zalaman ses plus puissants magiciens. Ces derniers sont identifiables grâce au croissant de lune, symbole de Kabu. Nedzhid Nedzhid est parfois appelée la « Citadelle de la nuit » à cause des fumées opaques qui s’élèvent de ses fabriques, dissimulant le ciel pour tous ceux qui ne vivent pas dans les plus hautes ziggourats. Positionnée au nord de la mer de la Soif, il s’agit probablement du plus grand bastion des industries infernales. C’est une citadelle relativement récente, fondée au cours de la guerre contre les précédents occupants de la mer, les Arandais. Les guerriers de Nedzhid portent sur leurs étendards un engrenage de Ninarduk, un aspect de Nezibkesh l’Inventeur, patron des ingénieurs.
  2. p. 76 Char à kadims Approchez. J’ai beaucoup appris du prisonnier. C’est un invocateur de dieux des peaux-d’acier. Dans son arrogance, cet insensé m’a conté bien des choses. Oui, celui-là, le captif qui conduisait le chariot infernal. Beaucoup ont péri pour ce fait d’armes… Il a chanté pour nous son histoire, et nous avons appliqué les couteaux pour la lui faire chanter encore, chanter plus vrai. Chacun de ses chants était pétri dans le mépris et la haine, mais jamais le chant n’a changé. Son mérite : jamais il n’a montré la peur, même après avoir été désarçonné, même après avoir été cloué à terre par nos lances, par nos haches et nos épées. Je croyais qu’il était en proie au délire de ceux qui se fient à des dieux et à des esprits, mais maintenant, je n’en suis plus certain. Il a affirmé être celui qui a invoqué ces horreurs qu’ils appellent kadims : des déités de feu liées à l’acier. Il a raconté son voyage vers l’Œil-de-feu dans les Grandes Désolations pour y conclure son pacte. Folie, il a invoqué une déité pour tirer son char à la guerre. Arrogance, il pense que seul un Inné est un attelage digne de lui. Insensé, comment ne peut-il voir que c’est le kadim qui en retire toute la gloire et non lui ? Il sait manier les armes, il sait manier les sortilèges, mais comment peut-il penser que son histoire soit suffisamment digne d’être chantée ? Tous se rappelleront l’Horreur-de-flammes, et non le peau-d’acier caché derrière elle. Son propre discours le trahit : il nous a parlé des runes et de ses subterfuges qui le protègent des flammes de la déité. Insolence, il pense que nous ne pourrons jamais délier la trame de ses mensonges, même en cent générations. Voyez la vérité cachée : même les peaux-d’acier redoutent ces horreurs qu’ils prétendent asservir. Ce ne sont ni leurs guerriers, ni leurs champions, ni leurs invocateurs que nous devons craindre. Pas même leurs sorts ni leurs lames affutées. Mais le char lui-même… En cercle. Écoutez bien, jeunes-cornes, la raison pour laquelle vos pères ont souffert. C’est un chant que vous devez apprendre, si vous ne voulez pas partager leur destin, si vous voulez leur offrir leur vengeance. Apprenez. Gagnez la sagesse de nos blessures, car cette connaissance fut acquise au prix de nombreuses pertes parmi les nôtres. Ces chars ressemblent aux nôtres, mais tirés par des choses de feu noir qui sentent la haine et la colère. Forgés, comme des lames de métal, pas en bois, pas en corne, pas en os, car tous ces matériaux seraient consumés par leurs flammes. Façonnés en des formes cruelles et mauvaises : l’un est un taureau, l’autre est un karkadan, ou n’importe quelle autre bête, mais toujours enveloppés de détestables flammes noires. Brûlants, les kadims qu’ils contiennent sont attachés et contraints, brandons en furie. Puissants, brisant les boucliers et fracassant les os, ils font voltiger les corps comme vous jetteriez le noyau d’un fruit. Et malheur à qui tombe sous leurs sabots : leurs flammes brûleront aussi bien leur esprit que leur chair et leur fourrure. Les flammes qui les embrasent ne s’éteignent pas avec la mort, les esprits brûlés ne peuvent rejoindre nos totems. Et chacune de ces pertes nous affaiblit. Dans les plaines de Grandgrain, cette horreur mit fin aux récits du chef minotaure Bras-de-bronze. Ce fut une longue journée de bataille, nos haches tranchaient leurs esclaves et leurs soldats. Loups et gobelins étaient impuissants face à nous. Les cornes-cachées n’ont pas tardé à détruire les machines derrière leurs lignes. Leurs géants tombèrent face au gortach. Seul leur centre tint bon : volonté de fer et expertise aux armes. Les meilleurs d’entre eux, les Immortels. Ils n’hésitaient pas, ils ne criaient pas, ils ne provoquaient pas, ils ne fanfaronnaient pas. Il pleuvait sur eux javelots, flèches et rochers de cyclope. Ils n’ont pas reculé. Les fières-cornes les ont chargés, et ont été repoussés. Ils enduraient. Bras-de-bronze savait que s’ils ne fuyaient pas, c’est qu’ils devaient mourir. Les minotaures ont chargé, les longues-cornes tenaient leur flanc face aux peaux-de-fer plus faibles. Nous avons mis un terme à la vie de ces anciens, et nul n’a fléchi dans la harde de guerre. Enfin, alors que nos cornes percutaient les Immortels, que nous faisions mentir leur nom, le char hurlant a surgi. Les flammes infernales et le hurlement du métal ont percuté la harde du chef de guerre, dispersant les longues-cornes et ses frères minotaures, tels les oiseaux dans le champ quand ils aperçoivent le chat. J’étais présent, et j’ai vu le baroud d’honneur de notre grand chef. J’ai vu les flammes et la fureur le consumer. Il n’est plus que cendres… – Homélie du chamane Corne-de-pierre, traduite par Manfred von Jornburg
  3. p. 72 Kadims 12 auguste On les appelle kadims : esprits surnaturels de terre et de feu maintenus dans le monde matériel par les arts arcaniques des nains orientaux. On dit que les plus grands d’entre eux, les « titans », ont la force d’un millier d’hommes et sont capables de réduire en poussière des cités entières pour leurs maîtres. On appelle « avatars » ceux de taille plus petite, et s’ils n’ont pas la même carrure, il ne faut pas sous-estimer leur capacité à répandre la fureur des flammes sur leurs adversaires. C’est un principe, à mon avis, qui s’applique aussi bien à tous les barbus en tant qu’espèce. Les nains de l’est ont depuis longtemps compris que le savoir faisait le pouvoir. Et à travers ce pouvoir, ils exercent un contrôle irréfutable sur leurs terres par le feu, la foi et la magie. Depuis plusieurs âges, les érudits du temple d’Ashuruk ont découvert qu’il était possible de lier les kadims à leur volonté par l’établissement de contrats, un secret qui leur fut volé par les autres temples. Aujourd’hui, le temple de Lugar est considéré comme ayant surpassé les prêtres-juristes d’Ashuruk dans leur maîtrise de cet art. Hormis ces deux clergés, peu sont arrivés à mettre en place de tels pactes. Je fais aujourd'hui serment de mettre un terme à ce monopole détenu par les nains. Les kadims serviront quiconque aura suffisamment de volonté et de connaissance des lois. Une fois ces esprits guerriers sous mon commandement, mon pouvoir sera immense. Mes ennemis feront face au même choix que celui que les nains donnent à leurs vassaux : soumission ou incinération. J’ai passé des années à apprendre tout ce que je pouvais au sujet de ces kadims. Quand le savoir des humains s’est révélé insuffisant, j’ai voyagé à l’est pour apprendre ce que je pouvais des nains. J’ai récupéré bien des informations des textes qu’ils m’ont permis d’étudier après une donation considérable d’esclaves et d’or au temple de Lugar. J’ai bien tenté de marchander, mal m’en a pris : le prix fut encore plus considérable. 2 tandembre Au cours de mon étude, j’ai trouvé que les inscriptions murales finement ouvragées, gravées sur les murs de la bibliothèque du temple, étaient plus fascinantes que la plupart des tablettes et des parchemins sur le sujet. Elles représentent des kadims bataillant contre de nombreux ennemis, que ce soit des rebelles orques ou des serviteurs des Dieux Sombres. On y trouve aussi des scènes dans lesquelles ils construisent des villes, rendent hommage à des despotes nains, voire témoignent de procédures judiciaires. Il semblerait que les nains considèrent les kadims comme des agents de la loi divine, opposés au désordre, que ce soit en temps de guerre ou en temps de paix. Quel que soit leur rôle, je sens que j’ai appris tout ce qu’un étranger comme moi peut obtenir des nains. Le temps de l’étude touche à sa fin, place à l’action. Un groupe de disciples a quitté la ville il y a trois jours. Ils se sont dirigés au nord, vers la Fournaise. Leurs chariots étaient chargés de lourdes caisses, sans aucun doute les réceptacles qui permettent de lier les kadims à ce monde. J’ai engagé secrètement un groupe de mercenaires guerriers-nés pour les poursuivre. Bientôt, les kadims seront à moi. Je trépigne d’impatience. 18 tandembre La bataille fut féroce mais j’ai vaincu. Le combat fut plus serré que je m’y attendais. Je ne sous-estimerai plus les talents martiaux des nains. Les disciples se sont battus avec force ténacité mais ma magie et le poids du nombre apporté par les mercenaires ont pu en venir à bout. Mes efforts portent enfin leurs fruits ! J’ai récupéré des réceptacles capables de recueillir l’essence d’un kadim. Certains sont des structures de métal tandis que les autres sont des statues de pierre sculptées. Ils ont la forme d’horribles démons ou de monstres des légendes de l’Augée. Les symboles arcaniques inscrits sur eux sont sans nul doute les termes du contrat prévu par les nains. J’ai aussi ce grimoire, encore plus précieux, porté par le plus âgé des disciples. Il décrit le rituel dans ses moindres détails, même si le langage est archaïque, ce qui le rend quelque peu ambigu. Je détiens maintenant les clefs pour lier un kadim à ma volonté ! Je me prends souvent à rire sans véritable raison. 22 tandembre Nous nous sommes dirigés au nord, vers la Fournaise. Sa flamme infernale diffuse une lueur omniprésente à l’horizon. La nuit ne semble jamais tomber sur cette terre maudite, et les étoiles sont totalement invisibles à l’œil nu. J’ai peur qu’il ne devienne impossible de poursuivre notre route. Des nuages d’orage surnaturels s’amassent à l’horizon, fouettant le sol d’énergie magique. Certains des plus petits gobelins sont tombés raides morts à la suite d’une petite exposition au phénomène. Mes talismans sont en train de prouver qu’ils valent bien le prix que j’ai eu à payer à l’époque. 25 tandembre Cela fait maintenant trois jours que nous errons sur cette terre dévastée, et les orques s’agitent de plus en plus. Les provisions s’épuisent, et le peu qu’il nous reste commence à être contaminé. Pire, nous avons évité de justesse une patrouille naine. Il semble qu’ils possèdent une armure qui les protège de l’influence maléfique qu’exercent ces terres sur le corps. Je vais devoir trouver très prochainement un kadim ou libérer les mercenaires de mon service. Ces brutes sont tout prêt de se mutiner. Pire, leur nombre augmente les chances de se faire repérer par les nains. Je dois trouver la gloire maintenant ou me préparer à un échec déshonorant. Inconcevable ! 26 tandembre Enfin ! Le Grand Mage est maître de la flamme immortelle ! J’ai accompli ce que les autres disaient impossible. Pas un, mais trois kadims sont désormais soumis à ma volonté ! Dans un éclair de génie, j’ai ordonné une dernière marche vers la Fournaise. Étant donné qu’ils ne sont pas vraiment de notre monde, les kadims ne peuvent pas s’aventurer très loin de la magie qui les alimente : ils sont donc plus souvent proches de la source. Juste au moment où mes talismans commençaient à se corroder et se décomposer, que les orques étaient au comble de l’impatience, nous les avons vus : trois masses de magma animées, se déplaçant sans but apparent. Retrouvant mon autorité naturelle, je leur ai intimé d’écouter mes paroles. J’ai déjà marchandé avec des démons et lié des djinns à ma volonté, mais les kadims sont des créatures extraplanaires tout à fait différentes. Ils étaient impénétrables, totalement étrangers et leur présence était comme froide. Ils semblaient curieux quand je leur ai mentionné les réceptacles que je leur avais apportés, et comment ils leur permettraient de s’aventurer dans le monde extérieur pour peu qu’ils acceptent de se mettre à mon service. J’ai parlé longtemps, détaillant copieusement tous les termes du contrat, sa durée, la nature des services et la rémunération accordée, et ainsi de suite. Mes paroles furent d’abord accueillies par le silence. J’ai commencé à douter qu’ils m’aient entièrement compris, mais ils finirent par s’approcher doucement. L’un des kadims s’exprima d’une voix profonde et distordue, pareille au rugissement d’une chaudière : « Nous acceptons. » Il toucha de sa flamme le contrat que j’avais préparé dans la langue des lois naines. Le parchemin flamba, et je sentis ses runes brûler sur ma peau tandis que le corps des kadims chatoyait. Le tout ne dura que quelques instants. Leur magma s’écoula dans les réceptacles, qui prirent vie dans une lumière flamboyante. C’est fait. Par les termes du contrat, leur pouvoir est désormais assujetti à ma volonté. Je fus tenté de leur commander de détruire le reste des mercenaires, mais j’eus trop peur de recevoir une flèche noire gobeline dans le chaos du combat qui s’ensuivrait. 34 novembre Le voyage du retour fut long et ardu. J’ai lancé un sort de dissimulation pour éviter les représailles naines, et j’ai finalement pu revoir les rives de la Mer médiane. Arrivé à la maison, j’ai lié les kadims à mon sanctuaire, à l’intérieur de cercles d’invocation conçus pour retenir des êtres bien plus puissants qu’eux. Ils y resteront tant que je n’en ai pas besoin. Ce sera un bon test de patience pour eux comme pour moi. Mon esprit bouillonne de nouvelles idées quant à l’usage de ce tout nouveau pouvoir ! 19 ullose Les kadims s’agitent dans leurs cercles. Ils ont commencé à émettre des demandes, m’accusant de ne pas respecter les termes de notre contrat. Mon majordome me rapporte qu’ils ont tenté de se défaire des entraves magiques par la force, ce qui a ébranlé les fondations de mon manoir. Je dois réviser les sorts qui les maintiennent en place, juste au cas où. Mais je ne crains rien. Ils ne peuvent pas défier ma volonté. – Fragments de journal brûlé retrouvés après le Grand Brasier d’Amarhaq qui a dévasté une portion notable de la ville en 879 A.S.
  4. p. 64 La Mer de la Soif La mer de la Soif est si vaste qu’il est impossible d’en voir les côtes depuis un bateau qui se trouverait au centre. Dans l’ancien temps, ses eaux étaient vénérées sous l'aspect d'une déesse qui aurait donné vie aux premières civilisations. C’est autour de son littoral que s'est développée l’ancienne culture thalassienne de l’Âge d’Or. Cette dernière disputait la domination régionale avec l’Empire nain et le Naptesh. Comme ces autres empires, l’Empire thalassien s’est éteint au début des Âges de la Ruine. Les nombreuses catastrophes naturelles du début de l’Âge de la Mort ont déstabilisé les royaumes thalassiens du Nord et du Sud, dans ces circonstances, ces derniers n’ont pas pu gérer correctement leurs ressources. Mais le point culminant du désastre advint lorsque la mer fut empoisonnée magiquement par un procédé encore mystérieux. C’est dans ce contexte que la mort arriva en Thalassie, et que les vampires corrompirent chacun des deux royaumes. Nombreux sont ceux qui appellent encore cette région le « Tombeau des civilisations ». Peu d’histoires sont avérées concernant l’époque qui suivit la disparition du premier Conclave, mais la mer est restée inféconde depuis lors. Si aujourd’hui, elle n’est plus saturée de magie, l’eau reste hautement toxique à cause de son exceptionnelle concentration en sel. Il se raconte que les riverains de la mer de la Soif sont capables de boire l’eau de l’océan tant elle est pure en comparaison. Mes investigations ont révélé qu’il s’agit plus d’un concept poétique pour décrire la dure réalité qu’un fait pratique. Pourtant, l’infertilité de la mer de la Soif en a fait un emplacement stratégique particulier. Pendant longtemps, la Compagnie marchande sagarikaine d’Aldan essaya de s’accaparer les marais salants locaux. Les minéraux extraits étaient utilisés pour concocter des potasses et pour fertiliser des cultures exotiques dans certaines parties tempérées des Îles blanches. L’entreprise privée bénéficiant de l’accord tacite du Trône de perle mais pas de son soutien déclaré, elle fut forcée de négocier avec les puissances régionales pour maintenir des accès aux routes commerciales. Le contrôle de la mer par les elfes cessa lorsque les nains infernaux prirent possession du territoire par la force au cours du Neuvième Âge. Le conflit entre les deux puissances s’est conclu par un statu quo des plus tendus. Les nains colonisèrent les côtes septentrionales où ils fabriquent du bitume et de l’asphalte dans leurs nouvelles usines construites autour de la citadelle de Nedzhid. Guglielmo di Torenza, ce poète arcaléen fantaisiste, devait certainement penser à cette région quand il inclut la strophe suivante dans le onzième chant de Signore Giovanni : La terre s’agite, l’eau frémit Le sel irrite l’appétit Le ciel s’assombrit, la route métallique Notre temps exquis n’est pas fini Les colonies des Hautes Lignées sont toujours présentes au sud de la mer de la Soif, autour de Gan Harod où elles ont de fréquents accrochages avec les forces daèbes escortant les navires esclavagistes du golfe. Plus au sud, des colonies humaines subsistent, peut-être les descendants de peuplades antiques. Elles se disputent le territoire avec les hardes bestiales du désert : des espèces humanoïdes à moitié caprin, ou peut-être coyote, qui errent dans les dunes et les canyons. On peut aussi citer parmi les puissances régionales, les royaumes gobelins des Monts arides dont les oligarques sont bien connus des marchands vétiens tant ils sont nuisibles au commerce. Ils contrôlent un certain nombre d’avant-postes à l’ouest et au nord de la mer, où leurs nombreuses bêtes apprivoisées protègent leurs cachettes. – Johannes Strabo, extrait d’Histoire et géographie e la soif
  5. p. 52 La Route de l'acier « Hé, pétaradeur ! » cria le ferrailleur lorsqu'il passa sa tête dans l’abri pour me lorgner la tête. La puanteur qui émanait de ses dents jaunes me retourna l’estomac. « Le Gros là veut savoir si ta boîte esploziv’ elle va marcher ou pas. Pasque si non, on va te bouffer bientô – ooohh ! » Le compagnon ogre de la créature, Nöying, balança nonchalamment le ferrailleur en l'air et se baissa pour me rejoindre dans l’abri. Il gloussa d’une manière qu'on eût pu décrire comme fraternelle. « Mon camarade fait bonne blague. On mange grand héros, grand ennemi. Si bombe à toi pas explose, juste on jette toi à tigre. » Après plusieurs semaines à apprécier l’hospitalité rude mais généreuse de ces créatures, je commençais à mieux comprendre quelles menaces de démembrement releveaient de la plaisanterie et lesquelles étaient mortellement sérieuses. Le sonnstahlien de mes hôtes s’était amélioré bien plus nettement que mon ghyengghetat depuis le début de notre coopération, ce qui m’embarrassait un peu. Mais à cette occasion, il était particulièrement difficle de lire l’humeur de Nöying. « Je peux vous assurer, messires, sur mon honneur de diplômé du Collège d’ingénierie de Westerhafen, que les charges et les détonateurs sont de première qualité. Le cylindre principal est chargé de fulminate d’argent pour… » Le ferrailleur, tout en se frottant la croupe, pencha la tête et fit une grimace. « Mais pourquoi un si brillant humain des villes viendrait dans montagne fabriquer boîtes qui esplos’ pour ogres ? » Je rougis. Nöying en parut grandement amusé. « Ah. Il y a eu ce regrettable quiproquo, impliquant la femme du recteur, et, hum, elle s’avérait aussi être la fille du magistrat en chef… — Ha ! ha ! ha ! Alors minus pense être homme pour femme ! Tu dois faire attention ici, » Nöying m'enfonça son doigt massif dans le ventre. « Peut-être jolie ogresse tombe amoureuse et veut bien montre toi comment ça faire. Si elle pas mange toi avant. Ha ! ha ! ha ! » L’exposition de l’idée me fit tressaillir, quand soudain retentit l’appel d’un cor de guerre démesuré. Le grondement assourdissant occasionna une interruption bienvenue. « Bien ! En avant ! C’est heure carnage ! » Nöying vociférait tout en brandissant son hachoir à la lame plus large qu’un pavois. Il aboya dans sa langue un ordre aux deux douzaines de brutes qui s’étaient tapies dans la tranchée derrière nous. Le mince espoir qu’il me restait de rester à l'abri disparut alors que mon interlocuteur m’attrapait par la peau du cou pour m'entraîner à sa suite, malgré mes prétextes bien vains. « Viens ! Tu dis que tu étudie fabrication gros trucs ? Alors tu veux voir ça ! » Il me lâcha sur le sol poussiéreux, probablement plus rudement qu’il ne l'avait escompté. Je clignai des yeux, pas tant à cause de la chute que du spectacle que m’offrait la Route de l’Acier. Et notre cible au milieu. C’était plus facile à imaginer quand ce n’était qu’un point sur la carte : un entrepôt-forteresse conçu pour protéger le chemin de fer passant dans cette région montagneuse. L’endroit servait aussi de dépôt de ravitaillement et de maintenance ; enfin, son emplacement était stratégique car il se trouvait à l'une des quelques entrées des parties souterraines du réseau. Le dépôt était bien défendu. Après toutes ces années à étudier les engins de guerre, j’étais enfin sur le point de constater leurs effets sur le terrain. Des rangées d’artillerie bien alignées se mirent à tirer des salves à une cadence rapide, les obus sifflaient autour de moi, les éclats volaient en tous sens. C’était au-delà de tout ce que j’avais imaginé. J'étais incapable de bouger, le regard rivé sur l’armement infernal, la terreur qu’il inspirait marqua mon esprit à jamais. Ma situation ressemblait de façon troublante aux gravures que notre confesseur utilisait pour nous faire peur lorsque nous nous comportions mal étant enfants : des âmes damnées piégées dans la gueule de l’Abysse. Devant moi se dressait un grand pont d’acier, aisément aussi large qu’une demi-douzaine de portes de mur d’enceinte. Il s’arc-boutait par-dessus le gouffre, et sur chacun de ses côtés s’alignaient des postes de tir fortifiés, certains équipés de batteries de roquettes. Les fortins grouillaient de nains et crachaient une épaisse fumée, produites par les machines à l'origine de l’alarme stridente. Mais le principal des fortifications n’était pas ces postes de garde. De l’autre côté du pont, d’énormes murs d’acier noir recouvraient la montagne. De nombreuses cavités dans les flancs de la gorge, naturelles ou non, vomissaient un brouillard malsain, comme autant de portails vers l’enfer. Enfin, sur la demi-douzaine de chemins de fer grondaient les bêtes métalliques que les ogres nomment « mammouth d’acier » : d’énormes locomotives de métal noir traînant d’innombrables wagons blindés. Je m’interrogeais, et pas pour la première fois, sur l’origine de la force motrice de ces monstrueux engins. Il ne faisait nul doute de la présence de quelque force arcanique : j’avais déjà eu le privilège de voir à l’ouvrage les plus puissantes locomotives à traction de Nevaz Athiz, mais ces dernières se mouvaient deux fois moins vite et avec une charge bien moindre. À moins que que les ingénieurs des forteresses naines n’aient fait qu’effleurer le véritable potentiel des machines à vapeur. J’ignore encore laquelle de ces hypothèses me perturbe le plus. À se retrouver en présence d’espèces plus grandes, il se produit un curieux effet d’échelle. On s'habitue à sa propre petitesse. J’imagine qu’il en est de même pour les gobelins et les nains parmi les humains. Après plusieurs semaines aux côtés avec des ogres, j’ai pu obverser de quoi est capable leur corps massif et j’en avais conclu qu’il leur serait facile de se frayer un chemin dans une forteresse infernale pour peu que ma bombe créer une brèche dans les défenses. Mais ça ! Ils n'en avaient jamais parlé. Je fus horrifié car je réalisais que mon calcul de charge était complètement erroné. Il était impossible que le dispositif qu’on m’avait commandé pût entailler les courtines du dépôt. Et encore eût-il fallu que les ogres arrivent jusque-là ! La ligne de bataille ogre chargeait le long du gouffre en direction de l’entrée, tandis que l'artillerie naine clairsemait sans pitié leurs rangs depuis la forteresse et les tours du pont. Aussi puissants que soient les ogres, ils ne pouvaient espérer survivre à un tel déluge de feu. Ils furent soufflés, découpés en morceaux, tranchés en deux par d’énormes éclats d’obus ou encore brûlés vifs dans des flambées si intenses qu’on pouvait sentir leur chaleur depuis les derniers rangs. Mais les ogres continuaient à avancer ! Je jetai un œil à mon compagnon, cherchant désespérément le moment d’inattention qui me permettrait de fuir sans que ma couardise ne fût remarquée. Mais il semblait calme, sinistrement calme malgré le carnage. Il marmonnait une mélopée guttural que je pense être un moyen de méditation. Ou une prière aux défunts. Une occasion se présenta et je commençais à pivoter, mais Nöying tourna subitement la tête. Mon cœur battait la chamade. Mais il ne regardait pas exactement dans ma direction : il avait repéré un drapeau rouge flottant à peine visible dans le vent chaud, de l’autre côté de la gorge. L’ogre se tourna vers moi, un grand sourire aux lèvres. « Trois… Deux… » Et une immense explosion retentit. Mais très loin de la forteresse. Bien au-dessus du bord opposé du gouffre, bien au-delà des tours de guet du complexe. Un panache de fumée et de poussière s’éleva et des fragments de roches commencaient à tomber en toutes directions. L’avalanche continua sans jamais sembler s’arrêter. L’écho des détonations résonna sur les rebords métalliques du tunnel, qui ressemblaient désormais à une sorte de trompette démoniaque ; je me bouchai les oreilles. Nöying, lui, resta debout à contempler la bouche d’acier en contrebas, rugissant de triomphe. Un nuage de poussière et de cendre surgit du tunnel, qui engloutit rapidement le pont. Finalement tout le champ de bataille fut plongé dans le noir. J’aperçus vaguement deux des mammouths d’acier s’extirper hors de l’ouverture, leurs freins faisant pleuvoir des étincelles dans l’espoir d’un arrêt pas trop brutal. Tous leurs wagons étaient déformés ou écrasés par d’énormes rochers. La poussière voltigeait de toute part lorsqu’une main inhumaine attrapa mon épaule. « Très bien ! Tu as paye. On y va ! Vite ! » Encore secoué par les événements je luttai pour me remettre sur pied. Après avoir toussé de tous mes poumons, je m’enfuis dans le sillage de Nöying. Arrivé à la tranchée, je tombai littéralement dedans, atterrissant sur un ogre qui beugla et me dégagea d’un brusque mouvement irrité. Une petite main gluante tiraillait avec insistance sur mon pantalon. Je jetai un coup d’œil en direction du ferrailleur qui dansait à petits pas, piaillant d’excitation. « Superbe esplozion ! Ces fichus nains ont mordu la poussière ! Les gros rochers ont tout aplati les bêtes de métal. Fais-en plus ! Plus ! Héhéhéhéhéhé ! » J'errai maladroitement à travers le camp, dans la poussière qui commençait à peine à retomber, jusqu’à retrouver Nöying. D’un coup sec de son hachoir, il venait tout juste de trancher la jambe broyée d’un de ses guerriers. Une douzaine de ferrailleurs s’affairait à chauffer à blanc un grand tison pour cautériser la plaie. Étonnamment, quelques instants après avoir hurlé de douleur, la créature blessée avait l’énergie de me montrer du doigt et même m’aboyer quelque chose qui ressemblait à un compliment. Mon camarade qui appliquait le tison brûlant ma parla par-dessus son épaule de façon tout à fait décontractée, comme s’il n’était pas en train d’effectuer une opération délicate. « Achdag dit que ça être bon travail. Fais plus bombes comme ça. Peut-être bientôt, toi célèbre et ogres pense à manger toi ! Ho ho ho ! » Son patient poussa un cri de douleur, la légendaire résistance à la douleur des ogres atteignant ses limites. Nöying hocha la tête, comme pour approuver son travail, puis se tourna vers moi. « Tu as questions ? » Bien des questions traversèrent mon esprit, mais seule une franchit le seuil de ma bouche. « Vous n’avez jamais eu l’intention d’occuper la forteresse pour demander une rançon. » Nöying renifla d'un air moqueur. « Agent ogre a dit ça ? Pff. Il est plus stupide que je pense. Même ogres pas essaye plus gros morceau chaîne casser. Beaucoup gardes, beaucoup canons. Mais ils pensent ogres stupides. Ils pensent ça ogres veut faire, oui. » Il se tapota la tampe. « C’est comme chasse au mammouth. Ogres courageux fait du bruit, attire mammouth avec grosses défenses, pendant chasseur se cache… » Il représenta l’action, faisant marcher ses doigts le long de son bras jusqu’à son poing. « … et jette petite flèche dans œil mou. » Évidemment, le fait que la flèche en question était gros et épaisse qu'un trait de baliste brouillait un peu la métaphore, mais l’exemple était suffisamment clair. « Donc l’assaut était une diversion. Sacrément coûteuse, il semblerait. » L’ogre haussa les épaules, balaya du regard les alentours, les blessés gisant ça et là. « Ils prend or, ils connait jeu. Comme toi. Mais pas pareil. — À ce propos, il était question d’un supplément en cas de succès de la mission… » Le regard de Nöying se durcit. « Comme khan dit : bombe explose, tu as or pour temps et pour bombe. Pour reste… on voit si trou est gros comme tu as vendu. — Comprenez cependant que j'avais calculé en prenant en compte que la bombe devait faire exploser un – » L’ogre leva la main. Je sus qu’il valait mieux ne pas continuer. Il héla une créature plus jeune et plus mince, qui partit à toutes jambes. Il revint quelques minutes plus tard, visiblement porteur d'un message qui satisfait Nöying. « Très bien. Tout plafond tombe avec charge principale, toutes six pistes sous tas de rochers. Frappe devant un mammouths d’acier et lui explose. C’est plutôt bon résultat. On paye tout. Il faut une semaine pour réparer. » Je déglutis bruyamment. J’avais entendu parler de l'ardeur au travail des nains infernaux, mais cela semblait incroyable d’être capable de réparer les dégâts infligés par ma bombe en si peu de temps. « Mais… » commençais-je. « Si la route sera opérationnelle d’ici une semaine, qu’est-ce qu’il y avait à gagner… » Nöying éclata de rire. « Par gosier de Yakha, humains lents comprendre ! » Il approcha son visage tout près du mien. Même après tout ce temps passé en sa compagnie, je ne m'étais toujours pas entièrement habitué à la puanteur de son haleine. Dans son large sourire, sa dent en or scintillait à la lueur du feu. « Pendant une semaine, tous convois direction Huafeng pas utilise cette route mammouths d’acier. Ils utilisent passe de Tchougaï. Notre route. — Hum, et je suppose que, » hasardai-je, « il y aura… un petit droit de passage. » Son sourire s’élargit encore. « Tu apprends vite. Une semaine de péage. Ça paye en or membre tribu perdu aujourd’hui, dix fois même. Ça pas marche toujours bien, défenses des nains bien. Mais quand ça marche… Ça rapporte beaucoup ! » Le potentiel économique du chemin de fer me surprenait encore. Je savais pourtant qu’il formait un vaste réseau reliant le Sagarika, le Tsouan-Tan et toute la richesse de l'Orient. J'avais même entendu parler de nouvelles branches en direction de la Taphrie à l’ouest. Malgré ma propre condition de mercenaire, je ne pus m’empêcher d’être bouleversé par ces vies sacrifiées à la faveur de cette logique froide et mercantile. Nöying remarqua mon malaise et me donna une sacrée claque dans le dos, la bourrade m’étala à terre. « Bienvenue sur Route d’Acier, ami ! Viens, on a encore travail et route. Après repas, bien sûr ! » – De Voyages à dos de cheval à travers les steppes orientales, les mémoires de Holgar Ormerudde, ingénieur mercenaire
  6. p. 36 Prophète 19e jour d'ullose Chère Maman, Comme je l'espérais, ma force d'esprit a fini par impressionner les acheteurs. Du moins, à peu près. Un nain à lunettes vint, seul, inspecter ce qu'avait à proposer notre navire. Il me rappela vivement notre cher Professeur, dans une version « compacte » ; même sa manière de parler était toute pareille, même si, bien entendu, il s’exprimait en langue abzhaghad. Il s'adressa au capitaine, lui demandant si l'un de ses captifs avait une bonne main pour la calligraphie et le dessin technique. Je bondis sur l'occasion, oubliant mon plan de me faire passer pour plus forte que je ne le suis. Au lieu de cela, je profitai de l'enseignement que m'avait donné dame Khezek de cette langue. Je me suis exclamée que j'étais la prisonnière la plus merveilleusement éduquée à avoir jamais traversé ce marché depuis maintes lunes, que j'étais une artiste habile, qu'il ne trouverait sur ce navire personne de plus convenable que moi. Je savais que ce n'était là qu'un mince espoir. Mon accent était effectivement une tare presque insurmontable, qui jetait le discrédit sur mes affirmations. Car apparemment, en ces terres étranges où tout est sens dessus dessous, il s'avère que l'accent de Führberg présente une certaine ressemblance avec le sabir employé par les classes inférieures. Néanmoins, le nain à lunettes dut être impressionné, car il procéda à l'achat… oui, à l'achat ! Les bras du vieillard étaient dotés d’une force surprenante. Je fus traînée de force dans les rues chaque fois que je marquais un tant soit peu le pas. Tout en cheminant, il se mit à m'instruire. « Oui, vous êtes la meilleure esclave pour la tâche que je veux vous confier, qui sera de venir au port pendant de nombreux jours. Ce qui ne veut pas dire que vous soyez bonne. Vous suivrez des leçons d'élocution avec mon apprenti. Si vous parvenez à vous débarrasser de votre accent avant qu'un meilleur candidat ne se présente, vous occuperez alors une excellente position. Secrétaire d'un prophète de Nezibkesh, dieu de la terre ! Quel prestige ! Dans le cas contraire, vous partirez rejoindre les ouvriers de la fonderie. Considérez cela comme une motivation ! » Sur ce, il s'occupa à m'ignorer. Nous laissâmes derrière nous la puanteur rance de sel et de sueur des esclaves non lavés depuis des semaines pour nous enfoncer dans un dédale de ruelles enfumées. Le pied des ziggourats que nous longeâmes disparaissait sous une épaisse couche de crasse, tout comme les visages de la multitude qui m'oppressait. Les gens qui se massaient dans ces rues étaient pour la plupart humains, ce qui me surprit. Néanmoins, pas autant que la bande de bandits armés. Souriant à travers ses dents cassées, leur chef œilla le vieux nain qui retenait mes chaînes. « Nain vieux stupide. Vous, les maîtres, vous pense vous si bien, mais vous oublie : vous a besoin protection. Pas police ici, pas clic-clac sur les pavés sauve vous. Donne à nous votre bourse et clé de son chaîne, peut-être vous va vit encore. Sin– » Ses paroles furent interrompues par le feu dans le regard du vieux nain. Et n’allez pas croire qu’il s’agit d'une métaphore : en vérité, je vis une flamme étinceler derrière ses lunettes, une seconde avant que cette même flamme n'enveloppât le corps des truands. Leur chef flamba comme une torche, et ses vêtements s'embrasèrent tandis qu'il beuglait. Sa peau se mit à peler, sa chair à fondre, et le brasier se répandit en un cercle. L'odeur de poils brûlés aurait dû me donner un haut-le-cœur, mais j’étais si choquée que même mon corps n'eut pas le bon sens de réagir. J'étais pétrifiée, Maman, incapable de bouger. Deux des voyous parurent moins effrayés que les autres ; ou du moins, plus violents. Ils envoyèrent leurs gourdins sur le vieux nain, l'atteignant aux bras. Tout ce qu'ils en tirèrent fut un tintement métallique. La robe du vieux sorcier dissimulait de l'acier solide. Dont une lame. Il tira un long couteau de sa manche, et massacra les deux derniers voleurs sous mes yeux. Il me lança un regard. « Que ceci vous serve également de leçon. Ici, c'est nous qui sommes les maîtres. Ces voleurs pathétiques étaient nouveaux dans le coin ; ils se croyaient intelligents et assez forts. Impitoyables… Alors je les ai attirés. J'avais l'air faible, j'avais l'air vieux… Nous sommes informés de tout ce qui se passe à Vanekhash. » Il sourit, et leva les yeux vers la plus haute des ziggourats, qui dominait la cité de sa masse imposante. « Qu'ils essaient seulement… », dit-il, d’un ton doucereux, sûrement plus destiné à sa propre satisfaction qu'à la mienne. « Ni la justice d'Ashuruk, ni la vengeance de Shamut ne revendiqueront cette petite victoire. » Il poursuivit son chemin. Derrière nous, les cadavres se consumaient lentement, tandis que des bulles éclataient à leur surface. Oh, maman, dans quel royaume cauchemardesque suis-je donc tombée ? Votre fidèle fille, Olivia Postscript : Maintenant que j'ai passé un peu temps avec l'apprenti, la politique locale me paraît plus claire. Il existe une rivalité entre les quatre Temples : celui d'Ashuruk, celui de Nezibkesh, celui de Shamut et celui de Lugar. Ashuruk est le dieu de la loi et de l'autorité, et Shamut est celui de la guerre et de la vengeance. Tous deux cherchent donc à se montrer le plus apte à faire régner l'ordre en ville. En se chargeant lui-même des bandits, le vieux prophète a jeté le discrédit sur ses deux rivaux. Trois, si l'on compte les autorités laïques. D'ailleurs, d'après l'apprenti, ses actions pourraient même mettre en difficulté le Temple de Lugar, dieu de la ruse, car c'est lui que tous soupçonneront en premier lieu ; notre prophète ne devrait donc pas être inquiété.
  7. p. 32 Taurukhs sanctifiés Je dois être sanctifié car j’ai un lien évid très spécial avec les taureaux. Je dois être sanctifié car je suis perspicace et attentif. Je dois être sanctifié car je suis entièrement dévoué au Grand Shamut. De plus, je connais aussi l’histoire des taurukhs par cœur. Je n’ai jamais connu d’autres maisons que le temple de Shamut. J’ai été sauvé de l’autel de Kuulima par le détective Zhegash alors que je n’étais qu’un nourrisson. Depuis, je vis dans l’enceinte du temple. Mes premiers souvenirs remontent à l'époque où je nourrissais les veaux sacrés – ils se blotissaient contre moi pour avoir plus de lait. S’occuper des veaux fut ma charge matinale pendant dix ans et jamais je ne fus en retard ni absent. Je sais quand ils sont malades, je devine quand ils sont inquiets. J’ai vu d’autres acolytes se lier avec les veaux sacrés avant leurs rituels et j’aime tous mes ani protégés pour qu’ils puissent aimer ceux avec qui ils s’uniront. Un même cœur, un même esprit, un même corps. ––– Tous les candidats ne sont pas orphelins, mais ils sont nombreux à partager ton éducation. Tu dois montrer que tu es plus qualifié que les autres. J’ai été entraîné à l’observation et à la déduction par le détective Zhegash. Je sais aujourd’hui reconnaître l’accent de dix-sept citadelles et distinguer à l’oreille s’il vient des hautes ou des basses classes de ces dernières. Je sais reconnaître les signes de la peur dans les yeux des gobelins, des humains aussi bien que dans ceux des nains. J’ai appris les bases de l’alchimie et je suis capable de tester les réactifs des quatre humeurs. Si je suis sélectionné pour l’unification, je postulerai au poste de policier. ––– Et pourquoi tu ne pourrais pas être policier en tant que nain ? Insiste sur les exigences physiques du poste. Les sanctifiés sont encore plus puissants que les autres taurukhs – montre que tu en es conscient et que tu prendras les responsabilités qui t'incombent. Je connais l’histoire des taurukhs dans tous et ses nombreux détails. Pour le reste de mon écrit, je souhaite traiter des épisodes que je considère comme étant les plus importants. Quand le grand prophète Madzhab pria Shamut de lui conférer l'arme qui nous permettrait de rivaliser avec la cavalerie ennemie, notamment les nomades sur loup ghyens qui att harcelaient Vanekhash grâce à leur grande mobilité, Madzhab ne fut pas gratifié du rituel taurukh complet. Les dieux ne nous donnent que ce dont nous avons besoin, pas ce que nous désirons. Soixante de nos valeureux guerriers et huit fois ce nombre d’esclaves et de bœufs furent sacrifiés en quatre tentatives infructueuses avant que le rituel correct ne soit parachevé. L’exploit du prophète Madzhab est d’autant plus important qu’aucun autre temple n’est arrivé à reproduire le rituel sacré depuis des siècles. ––– De quelle manière ? Certains ont pu penser que Madzhab était imprudent, ses expériences ayant épuisé les ressources de sa citadelle, pourtant de plus en plus vulnérable. Mais la preuve de sa grande vision réside dans ses résultats et je considère le grand prophète comme un héros pour son audace face au danger grandissant, et pour le don qu’il a accordé à notre futur. ––– Ta passion ressort particulièrement ici. D'autre part, si les taurukhs ont maintenu l’ordre dans les citadelles depuis que Madzhab maîtrisa pour la première fois la transmutation par le sang, la structure moderne des Forces résulte de l’amendement de Kezibgekh. C'est ironiquement la révolte de Kezibgekh contre le Temple qui a prouvé la loyauté des taurukhs. Nous Les taurukhs ont mené campagne uniquement pour prendre part aux décisions concernant le recrutement de leurs membres. Pour peu qu’il l'eût voulu, Kezibgekh qui était alors aux commandes de ce qui était sans doute la plus grande armée force inter-citadelles de l’histoire, aurait pu s’autoproclamer chef d’un empire nain renaissant. À la place, il a négocié pour ses fidèles. Parmi ses réformes diverses, on peut citer la reconstruction des citadelles pour assurer l’accès et la bonne tenue des étables, la proportinnalité des salaires et l’entérinement de la présence d’élites taurukhs dans le clergé de Shamut, habilitées à choisir les candidats au rituel. Il est communément admis que les taurukhs de Kezibgekh n’auraient jamais combattu pour le couronner empereur. Tu dois répondre à ça. Je ne suis pas en désaccord avec ta conclusion, mais tu dois trouver un meilleur argument. Pour conclure, je ferai un excellent sanctifié car je suis alerte, je suis lié depuis longtemps aux taureaux et je peux m’entretenir d’histoire en restant clair et empathique. Le détective Zhegash, mon père adoptif, m’a très bien préparé pour cela. Choisissez-moi pour la sanctification. ––– La conclusion est un peu trop courte. Et ne mets pas mon nom, c’est à moi de le faire. – Candidature datée de 943 A.S.
  8. p. 26 Immortels J’étais la dernière dans les champs d’orge ce jour-là. Ils disaient que l’orage allait arriver, alors j’essayais de ramener le maximum de la récolte dans la grange. Il faisait presque nuit lorsque je suis rentrée à la maison. Ensuite, je ne me rappelle plus très bien ce que j’ai entendu en premier, si c’était le roulement du tonnerre, ou les cris. La première personne que j’ai vu en rejoignant la maison c’était Casimir. Il gisait dans le fossé, du sang s’écoulait d’une horrible entaille le long de son torse. Lorsque le dernier rayon de soleil disparut j’ai entendu le tonnerre une nouvelle fois puis les bruits de combats. Tous les gens de la ferme se tenaient devant la maison. Ils s’étaient emparés de faux et de fourches pour combattre un ennemi que je n’arrivais pas à discerner clairement. Une petite forme noire se déplaçait au milieu d’eux avec une férocité effrayante. Là où je m’attendais à voir son visage, il n’y avait que le reflet du métal ; mais son horrible arme projetait une lueur plus claire encore. Avant même de pouvoir réagir, trois autres corps étaient étalés par terre. Je suis restée là, immobile, jusqu'à ce que j'entende un cri à l'intérieur de la maison, j’ai couru jusqu’à la porte de derrière et j’ai monté l’escalier à tout vitesse pour arriver dans la chambre principale. Les enfants se sont approchés vers moi et je me suis mise à les serrer tout contre moi. Sains et saufs, dieux merci. Je me suis mise à chercher des cachettes, et c’est là que je réalisai qu’il n’y avait plus de bruits du combat. Milda me demanda « Est-ce que papa va... » mais elle n’a pas fini sa phrase. Des bruits de pas remontaient de l’escalier. « Le placard, vite ! » pestai-je. Je répartis les enfants au milieu des manteaux et des boîtes. Dans l’obscurité, je les ai pris dans mes bras et j’ai couvert leur bouche. Les bruits de pas venaient désormais de la chambre. Pendant un instant interminable, on n'entendait plus que le bruit de la pluie qui tombait dehors. Soudain il y eu un coup de tonnerre, si proche que les murs de la maison tremblaient. À travers les lattes de la porte du placard, j’ai vu la silhouette dessinée par la lumière de l’éclair : un petit homme recouvert d’acier noir, son visage était d’un mystérieux métal froid et insensible. J'aurais juré qu’il nous observait. J’ai falli vomir. Nous avons attendu ainsi un bon moment, peut-être toute la nuit. Finalement, il y a eu un autre éclair qui révéla que la chambre était vide. Le cauchemar était passé, laissant six cadavres dans la boue dehors. – Le témoignage de Zvonimira Chtchekitch sur les évènements du 35 sérembre 957 A.S. ––––– Nous avons poussé l’ennemi à se battre près de Mrozinski. Les infernaux sont en déroute. Nous avons subi des pertes considérables. Sujet préoccupant : des survivants potentiellement dangereux sont peut-être dispersés dans les environs. – Dépêche militaire volskaïenne, 32 sérembre 957 A.S. –––––––––– –––––––––– Nous partons immédiatement. Si vous souhaitez donner à ces visiteurs une leçon, alors je vais leur en donner une qu’ils n’oublieront pas. Ils ne feront pas le poids face à nos canons. Tous nos rapports indiquent qu’ils voyagent léger et n’ont pas pu apporter leur propre artillerie. Mon seul souci est cette considérable unité de gardes du corps qu’ils nomment « Immortels ». Il paraîtrait qu’une sinistre magie imprègne ces nains du pouvoir de leurs ancêtres. Je les ai déjà vus combattre et ils sont vraiment effrayants. Cependant, nous les surpassons en nombre à cinq contre un. – Dépêche militaire volskaïenne, 21 sérembre 957 A.S. ------------- « Je donne ma vie au Peuple. Je ne dois pas mourir, car le Peuple ne doit pas mourir. Je n’aurai pas de visage, et mes visages seront innombrables. J’accepterai ma mort, et j’embrasserai la flamme immortelle. Je n’apporterai que la mort à nos ennemis. Jusque tout soit embrasé. » Ce sont les mots que je prononcerai demain. Les mots qui ont parcouru mon esprit ces douze dernières années, depuis le début de mon entraînement. Douze ans d’une vie, donnés gratuitement. En sachant que seuls les meilleurs seront sélectionnés pour avoir la chance de prononcer ces mots et ainsi sacrifier les années qu’il leur reste. Aujourd’hui, j’ai accompli le rituel de Kibotesh. J’étais face à Mukaz, mon frère d’armes depuis dix ans. Il a toujours été meilleur combattant que moi. Il a bien failli m’avoir une douzaine de fois, mais j’ai senti la flamme brûler en moi, et j’ai vu son sang gicler et maculer mon armure. La dernière épreuve était passée. J’ai prouvé que j’étais suffisamment fort de corps et d’esprit pour porter le masque. Je me dis que cela en valait le coût. Le prophète Taruz m’a demandé de tenir ce journal pour rapporter mon expérience. Ses étranges recherches s’étant avérées utiles dans le passé pour l’académie, ils ont approuvé cette requête et je dois remplir ces pages. Je crois qu’il cherche un moyen de faciliter la production de nouveaux masques. Comme chacun le sait, les nouveaux masques n'acquièrent une utilité qu'une fois que de nombreuses générations sont passés à travers eux. Peut-être que Taruz trouvera une manière d’accélérer le processus et ainsi réduire la pénurie d’antiques masques dont les pertes ne cessent de croître. ––––– La cérémonie ne fut pas telle que je l’imaginais. Je fus conduit dans le temple d’Ashuruk jusqu’aux portes de la plus grande chambre. A l’intérieur, je pus contempler le spectacle tant attendu, une vision que seuls le haut clergé et ceux choisis pour l’immortalité ont le droit de connaître. La Flamme éternelle. Le feu qui demeure ici depuis l’époque de Kemurab, prise à la source même de Teviktelet, né d’une flamme gardée vivace depuis que notre peuple est sorti de l’argile originelle. Je pensais qu’il y aurait des témoins, mais la salle avait été vidée. La porte fut close et barrée après mon entrée. Je me remémorai les histoires de ceux qui sont devenus fous quelques instants à peine après avoir revêtu le masque, certaines des cérémonies se changeaient alors en bains de sang. Il était plus sage de faire face au masque seul. Il m’attendait là, sur un piédestal devant la flamme. L’acier luisait, sauf sur quelques taches noires marquant le passage des âges. Le reflet de la flamme vacillait sur sa surface, et je sus qu’il était particulièrement ancien. Je m’agenouillai et prononçai les mots. Je pris une grande inspiration pour rassembler mon courage et soulevai l’objet. Il semblait petit et froid. Je le retournai pour l’approcher de mon visage. Ce faisant, ma vue se remplit d’un néant noir, ne laissant rien d’autre de visible que deux fragiles fentes lumineuses en son centre. Finalement, il entra en contact avec mon visage comme un souffle glacial. Mon corps tout entier fut pris de spasmes. J’eus la sensation que le froid s’emparait de moi. Je sentis mes nerfs brûler d’une grande force, comme si elle émanait de mon âme. Je m’effondrai à terre, tremblant silencieusement. Enfin, je pus reprendre mon souffle, tout était revenu en ordre. C’est à ce moment que j'entendis les voix. ––––– Aujourd’hui, j'ai été testé au combat. Ils ont envoyé une demi-douzaine de guerriers en armes pour m’attaquer. Ils m’ont donné un bâton en bois pour me défendre. Nous… j’ai tué au moins deux d’entre eux et le reste est à l’infirmerie. Ce fut facile. Nous savions comment nous déplacer et comment frapper bien mieux… qu’avant. La stratégie et des techniques que je n’avais jamais ni expérimentées ni vues me sont venues spontanément. J’ai réagi plus vite que mes adversaires et nous ne sommes plus… troublés par les réflexions et soucis du moment. J’entends les voix. Je sais que ce sont mes prédécesseurs, leurs esprits, comme le mien, contenus à jamais dans le masque. Nous qui connaissons la légion d’acier. Nous qui avons laissé notre… individualité s’évanouir. Nos choix ne sont pas les nôtres. Aujourd’hui, nous avons tué des camarades avant d’avoir pu m’arrêter. Je pensais que j’aurais des remords, mais ils se sont noyés au milieu des autres voix. Avant de connaître le masque, nous pensions que nous serions capables de conserver un certain sens de nous-même. Nous pensions pouvoir maîtriser la puissance du masque. Nous étions faibles et stupides. Le masque et moi ne sommes qu’un. Le retirer serait comme retirer mon propre visage. Nous avons les voix désormais. Nous n’avons plus besoin de nos sentiments. Ils affirment que nous sommes prêts. Nous avons nos premiers ordres. Nous partons pour la Vétie demain. – Traduction de la tablette n° 85831.67, Grande Étagère, citadelle de Zetivak
  9. p. 20 Géant citoyen Le Journal de Gros Pierre Frère Dazra a dit que Gros Pierre devrait écrire un journal. Alors j'écris un journal ici. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris Ashuruk. Ashuruk est très grand, comme Très Grand Pierre, mais plus grand. Ashuruk fait les géants nains et les petits nains. Tous les nains sont parfaits. Gros Pierre est parfait aussi. Gros Pierre pensait que Maman et Très Grand Pierre avaient fait Gros Pierre. Frère Dazra dit qu'ils l'ont fait, mais Ashuruk aussi. Peut-être que Gros Pierre, Ashuruk et Amarad feront Petit Pierre. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris Shamut. Shamut est un taureau géant brûlant. On ne doit pas manger Shamut. Shamut nous aide à combattre. Gros Pierre n'aime pas se battre. Se battre, c'est mal. Amarad a dit. Gros Pierre ne mange plus de taureau maintenant. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris le despote. Le despote est le grand petit nain. C'est l'ami de Shamut, Ashuruk, Lugar et Nezibkesh. Il dit tout ce qu'il faut faire, comme frère Dazra ou Très Grand Pierre. Gros Pierre veut être comme le despote. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris l’armure. L'armure rend solide et brillant. C'est pour se battre. Se battre, c'est toujours mal. Je ne veux pas me battre. Gros Pierre veut être savant, comme frère Dazra. Savant comme Amarad. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris à nous battre. Se battre n'est pas mal en fait. Amarad avait tort. Se battre protège les gens. C'est un devoir. Amarad et Gros Pierre se sont entraînés à se battre. Amarad avait un pistolet. Les pistolets ne sont pas faits pour les doigts de Gros Pierre. Gros Pierre a choisi une arme. C'est un bouclier. Gros Pierre veut protéger les nains. Gros Pierre veut protéger Amarad. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris les ennemis. Les ennemis, c'est mal. Certains sont petits comme des nains, d'autres sont petits comme des taureaux, mais ils sont tous méchants. Les petits nains et les géants nains écrasent nos ennemis méchants. Amarad et frère Dazra et Très Grand Pierre vont aller se battre, dans deux jours. Nous protégeons les nains contre les ennemis. Frère Dazra dit que Gros Pierre est le meilleur géant nain savant. Frère Dazra semble triste. Cela rend Gros Pierre aussi triste. Amarad dit que Gros Pierre peut se blesser au combat. Gros Pierre pas triste si blessé. En colère. En colère comme Très Grand Pierre. Gros Pierre frappe les ennemis. Bloque avec le bouclier. Gagne la bataille. Aujourd'hui, à l'école, nous n'étions pas à l'école. Gros combat aujourd'hui. Gros Pierre est beaucoup blessé. A écrasé des ennemis. Le bouclier est bien. A bloqué les ennemis. Très Grand Pierre avait un marteau. Le marteau était couvert de feu. Très Grand Pierre a brûlé les ennemis. Frère Dazra dit que le feu est sacré. Gros Pierre préfère toujours le bouclier. Le bouclier fait ressembler Gros Pierre à Amarad. Amarad est triste. Elle dit qu’elle a tué un ennemi et elle est triste. Gros Pierre a tué beaucoup d'ennemis. Frère Dazra dit que c'est bien. Amarad dit que Frère Dazra n'a pas toujours raison. Aujourd'hui, à l'école, nous avons appris que frère Dazra a toujours raison. Frère Dazra a toujours raison. Frère Dazra a toujours raison. Frère Dazra a toujours raison. Frère Dazra a toujours raison. Frère Dazra a toujours raison. Aujourd'hui, à l'école, Gros Pierre n'est pas à l'école. Gros Pierre a fui. A sauvé Amarad. Veut protéger Amarad. – Traduction d'un livre géant trouvé à la frontière du territoire des khans
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