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Warhammer Forum

[AoS][VO] Critiques Nouvelles Age of Sigmar


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Bonjour et bienvenue dans cette revue critique de Oaths & Conquests, la dernière anthologie de nouvelles d’Age of Sigmar publiée par la Black Library (à ce jour). Après avoir longtemps traîné des pieds et rechigné à traiter de ce genre d’ouvrage (après tout, entre les sorties 40K, les nouveaux numéros d’Inferno! et mon stock de vieilleries, j’ai largement de quoi m’occuper), je me jette dans le grand bain avec ce recueil, qui regroupe de nombreux (10 sur 13, pour être précis) courts formats déjà sortis par la BL, en tant que nouvelles individuelles et/ou dans d’autres publications. 

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, remarquons la présence au sommaire de ce recueil de quelques nouveaux-venus, pour certains (Hollows, Stephens, Lucas) dans la GW-Fiction, et d’autres (Rath, et le grand ancien Bill King) dans les Royaumes Mortels. Pour le reste, notre casting est assez classique, bien que l’on puisse s’alarmer de l’absence de Josh Reynolds parmi les plumes convoquées ici. Le père nourricier d’Age of Sigmar serait il passé à autre chose, tel Sigmar décidant de se retirer des Royaumes après les avoir créés? Seul l’avenir nous le dira… Pour l’heure, contentons nous de partir à la découverte de ce copieux volume, et de ce qu’il peut nous apprendre du fluff d’Age of Sigmar en ce début troublé de 2020. Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine, pas vrai? 

 

oaths-conquests.png

 

 

The Fist of an Angry God - W. King: 

 

the-fist-of-an-angry-god.png?w=236Assignés à la conquête de la forteresse d'Azumbard, dans le Royaume d'Aqshy, le Liberator-Prime Balthus1 et ses Knights Excelsior sont à la peine. Non seulement la décoration psychédélique et les relents d'encens bon marché de leurs adversaires Tzeentchiens sont un affront à leurs sur-sens de surhommes, mais, nombre sacré du Dieu Poulet oblige, ils ont passé des plombes à sécuriser les neuf tours du bastion adverse, ce qui pèsera lourdement sur leur rémunération variable de l'année, alors que les Hammers of Sigmar affectés au front Slaaneshi ont une charge de travail un tiers moindre. Saleté de numérologie cosmique. Faisant contre mauvaise fortune feu de tout bois, Balthus mène ses ouailles à l'assaut de l'ultime donjon adverse, sans réussir à se défaire d'une étrange sensation de déjà-vu, qui ne lui dit rien qui vaille. L'absence de résistance des disciples de Tzeentch lui semble en effet de mauvais augure, et cette sinistre prémonition se trouve vérifiée lorsque la petite force de Stormcast qu'il commande se retrouve embusquée et submergée par une horde d'emplumés vindicatifs. Ayant pris deux méchants coups sur l'occiput, notre héros tombe dans les bras de morphine, et se réveille enchaîné dans un laboratoire arcanique, où il fait la connaissance de la sorcière Aesha, qui à son grand étonnement, semble le connaître2.

 

Après quelques instants consacrés à tenter de se défaire de ses liens enchantés, sans grand succès (ces derniers se resserrant de plus en plus à chaque fois que Balthus force dessus, conséquence d'un puissant enchantement... ou de l'utilisation d'un simple demi-nœud), le Liberator prisonnier - ironie - accepte d'ouvrir le dialogue avec Aesha, qui, cornes et sabot mis à part, se révèle être une hôte plutôt décente, et se montre plus intéressée par la poursuite des examens initiés sur son sujet d'étude que sur le sacrifice de ce dernier. L'échange permet de comprendre que les motivations de la magus sont, en toute simplicité, de percer à jour les secrets ayant permis à Sigmar de créer les Stormcast Eternals, qu'Aesha considère comme la clé de la transcendance divine. Ayant appris, sans doute à la lecture des tomes de la Fin des Temps (trouvés en occasion sur e-bay), que beaucoup des membres du panthéon de l'Ordre et de la Mort ont commencé leur carrière comme de simples mortels dans le Monde qui Fut, notre ambitieuse sorcière ne voit pas de raison de ne pas tenter le coup à son tour. Horrifié par ce projet blasphématoire, et peut-être également par le résultat de l'IRM complet qu'Aesha lui a fait passé grâce à ses miroirs ensorcelés, Balthus décide de contrecarrer les plans de sa Némésis en... rage-quittant. Ou plutôt, en essayant de rage-quitter. Car sa tentative héroïque de se suicider en tirant à mort (littéralement) sur ses chaînes se fait contrecarrer par Aesha, qui le met en pause avant qu'il ne perde son dernier PV, et profite de son coma réparateur pour infiltrer ce rêve, étrange pénétrant, de la fin inconnue de Balthus. 

 

En des temps très anciens, Balthus était en effet Leoric, prince héritier du royaume d'Asqualon. Son règne fut toutefois aussi court (3 minutes et 26 secondes) que sanglant, puisqu'il hérita de la couronne après la mort de son père pendant la défense du Temple de l'Orage, dernier bastion de l'Ordre face aux assauts du démon Arkatryx et de ses disciples indisciplinés. Garrotté par son adversaire, Leoric invoqua Sigmar pour venger son paternel, et fut exaucé lorsque le Dieu lui envoya un éclair salvateur, non pas directement sur le démon, ce qui aurait été trop simple, mais sur l'épée que notre héros brandissait toujours. Chargé à bloc, Leoric trouva la force d'électrocuter son adversaire d'un ultime horion, avant de partir en direction de la forge divine. Par un hasard qui n'en était sans doute pas un, Aesha était également présente ce jour là (après tout, c'est elle qui a coup fatalisé le roi Aldred), ce qui donne un nouveau sujet de discussion tout trouvé à nos deux personnages une fois Balthus émergé de sa torpeur. S'en suit une joute verbale digne d'un débat de la primaire démocrate, avec Aesha se posant en Bernie Sanders chaotique, en lutte contre le 1% asqualique ayant exploité le petit peuple et fait exécuter son père parce qu'il avait volé une miche de pain. Face à ce déferlement de progressisme, Balthus ne peut que se référer aux bullet points qui lui ont été inculqués pendant sa formation: "l'Ordre, c'est cool" et "Yes, Sig' Can".

 

Ce passionnant échange est toutefois écourté par la notification que reçoit Aesha sur son portable professionnel, l'informant de l'intrusion d'une meute de militants en sigmarite dans son QG, avanie qu'il lui faut gérer sans attendre. "Pas si vite poulette" lui répond Balthus, qui dégaine son special move et gueule "Par le pouvoir du <insert random stuff here> ancestral, je détiens la force toute puissante!", et parvient enfin à se défaire de ses chaînes par l'intervention du saint sigmarite esprit. La fin de la nouvelle voit nos deux protagonistes jouer au chat et à la souris dans le dédale du donjon d'Aesha, jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la salle de téléportation aménagée par cette dernière, et qui se révèle être le Temple de l'Orage où ils se sont rencontrés pour la première fois il y a des millénaires. S'il ne parvient pas à stopper la bougresse avant qu'elle ne s'éclipse, Balthus a au moins la satisfaction de mettre la main sur son ancienne épée, qu'il était le seul à pouvoir retirer de la pierre dans laquelle il l'avait plantée en transperçant le démon (ça me dit vaguement quelque chose...). Un milliard de Tzaangors occis plus tard, notre héros est récupéré par ses frères d'armes, esquinté mais en vie, et ayant inscrit sur sa to do liste de caler un nouveau tête à tête avec Aesha pour discuter du bon vieux temps dès qu'elle se montrera disponible.

 

King fait ses premiers pas dans les Royaumes Mortels de manière assez discrète avec The Fist of an Angry God. Comme on pouvait l'attendre, et peut-être l'espérer, son passif d'auteur historique pour Warhammer Fantasy Battle apparaît clairement dans cette nouvelle à travers le personnage d'Aesha, dont la connaissance du Monde Qui Fut apparaît comme un clin d'œil (je le vois comme ça en tout cas) au parcours de King. Ce dernier prend en marche le train du "Sigmar-bashing" qui sous-tend beaucoup des dernières publications mettant en scène des Stormcast Eternals, et dépeint les méthodes de recrutement du Dieu Roi sous un jour contrasté, tout en justifiant en partie le passage au Chaos d'Aesha. Pas de manichéisme ici donc, et c'est bien le moins qu'on attendait de la part d'un contributeur aussi expérimenté que Bill King, dont les écrits ont toujours mis en avant la "grisaille" ambiante des univers de GW

 

À titre personnel, je suis toutefois déçu de l'articulation de la nouvelle, dont le début est finalement insignifiant (je m'attendais à ce que King fasse une révélation sur un stratagème spatio-temporel utilisé par les disciples de Tzeentch, ce qui aurait justifié la sensation de "déjà-combattu" de Balthus) et la fin hurle littéralement "À SUIVRE..." à la tête du lecteur3. Le fond étant, comme dit plus haut, assez intéressant à défaut d'être captivant (cela montre au moins que King a digéré le background de cette nouvelle franchise), je trouve dommage que la forme n'ait pas été plus pensée et soignée par l'auteur. Ceci dit, King ne s'est jamais montré très doué sur les très courts formats, ses meilleures nouvelles se situant sur la marque des 40/50 pages. Quoiqu'il en soit, il convient de suivre la suite des événements avec attention, et espérer que le King finisse par remettre la plume sur le fils spirituel ayant lui aussi réussi son passage de Warhammer Fantasy Battle à Age of Sigmar, un certain Mr G. Gurnisson...

 

 

: À ne pas confondre (je l'écris car je l'ai fait moi-même) avec Balthas Arum, la réincarnation de Balthazar Gelt dans les Royaumes Mortels. 

 

2 : Le plus étonnant pour le lecteur est surtout la question que pose Balthus à sa geôlière juste après qu'elle l'ait identifié. OSEF quoi mon grand.

 

3 : En plus de passer vraiment vite sur des éléments pas anodins du tout pour l'intrigue, comme la libération miraculeuse de Balthus. 

 

 

The Garden of the Mortal Delights - R. Rath :

 

the-garden-of-mortal-delights.png?w=250&h=385Notre histoire prend place sur une île de Ghyran, où le seigneur slaaneshi Revish l’Epicurien tient cour et jardin. Contrairement à la majorité de ses collègues cultistes, Revish s’intéresse davantage aux plaisirs de la chère qu’à ceux de la chair, et occupe donc une bonne partie de son temps à se délecter des mets les plus recherchés et exotiques, comme le foie gras d’un homme de foi, ou encore les gariguettes bio dynamiques et permacultivées produites ultra-localement par bouturage sur des Dryades préalablement décapitées. Comme il fallait une petite main verte à notre gourmet pour s’assurer du bon approvisionnement de son garde-manger, et qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même un esclave hautement qualifié, notre Hannibal Lecter med-fan s’est assuré les services, pas vraiment librement consentis, d’une sorcebranche du nom de Wilde Kurdwen, capturée avec ses sœurs étêtées lors d’un raid sur un bosquet mal gardé. Bien qu’il lui en coûte, et qu’écouter les greffons décérébrés de ses congénères réciter en boucle leur jingle de bataille1 lui file un bourdon pas possible, Kurdwen a accepté le CDI gracieusement offert par son geôlier, et lui fourni légumes, fruits et baies de première qualité.

 

À l’occasion de la punition d’un larbin qui avait eu la mauvaise idée de grignoter quelques mûres ne lui étant pas destinées, Revish accompagne sa jardinière dans un petit tour du propriétaire, qui leur donne l’occasion de discuter des différences philosophiques entre hédonistes et botanistes. Kurdwen en profite également pour présenter à son boss son nouveau projet : la culture de graines âmes, qu’elle voit comme la première étape d’une future alliance entre Slaaneshi et Sylvaneth contre les armées de Nurgle qui ravagent Ghyran. Jouant sur la fibre paternaliste de Revish, elle use de tous ses charmes végétaux pour plaider sa cause auprès de l’Epicurien, qui se montre finalement assez intéressé par cette joint-venture bouture. Cependant, le projet est accueilli avec une froideur palpable par sa girlfiend Sybbolith2, plus intéressée par la quête de Slaanesh que par le reboisement à impact social. Suspectant que l’apathie gloutonne de Revish est le fruit (mouahaha) des minauderies de Kurdwen, Syb’ convainc ce dernier de placer la sorcebranche devant un choix qui lui permettra de juger de sa véritable allégeance : lorsque Revish revient le lendemain, accompagné par quelques guerriers de sa garde personnelle, il demande à la dryade de lui remettre la graine âme expérimentale qu’elle a fait pousser dans son coin, afin qu’il puisse la déguster. Un refus de sa part signifierait que la loyauté de Kurdwen n’est pas aussi absolue qu’elle voulait lui faire croire. Et devant le peu d’enthousiasme manifesté par la semencière à la demande cannibale de Revish, il semble bien que les carottes soient cuites pour la préposée aux espaces verts...

 

Révélation

N’ayant guère le choix, Kurdwen remet finalement la précieuse cosse à Revish afin que ce dernier puisse y prendre un croc… qui lui est retourné, à sa grande surprise, par l’occupant de la gousse. Fort mécontente de cette mise au monde prématurée, l’âprelarve qui sommeillait dans la graine âme roule en effet un gros patin mandibulé à Revish, ce qui a pour effet de lui arracher un sourire, et la moitié du visage par la même occasion. Comprenant qu’il a été roulé dans la farine de châtaigne, le nabab navré s’élance à la poursuite de la sorcebranche, qui peut cependant compter sur le soutien d’une petite armée de Dryades, soigneusement cultivées depuis les étrons de Revish (on fait avec ce qu’on a).

 

Dans la bagarre qui s’en suit, Revish a l’occasion de se dérouiller un peu les haches en abattant les végétaux hostiles ayant envahi son île, perdant au passage la totalité des guerriers (dont Sybbolith, qui fait prudemment retraite sur le continent après avoir croisé le chemin d’un Homme Arbre nouveau-né à l’écorce trop épaisse pour son fouet de dominatrice), avant de se retrouver en face à face avec Kurdwen. Sans doute un peu fatigué par sa session de bûcheronnage intensive, l’hédoniste se fait hameçonner par sa prisonnière sans coup férir, et se retrouve ligoté sur son trône jusqu’à ce que mort s’en suive. Des décennies plus tard, les (sans doute rares) visiteurs de l’île peuvent en effet admirer une armure et un crâne à moitié absorbé par un chêne gigantesque. D’engraisseur à engrais, finalement, il n’y a que quelques lettres…

 

Robert Rath réussit son coup, et son entrée dans Age of Sigmar, avec The Garden of Mortal Delights, qui offre au lecteur une exploration intéressante à plus d’un titre des particularités du lore de cette franchise. Mariant à la fois concepts intrigants mais tout à fait dans l’esprit du fluff (les Dryades servant de substrat aux plantations personnelles d’un slaaneshi gourmet) et mise en relief d’aspects développés dans les Battle Tomes mais pas encore trop dans la GW-Fiction (les différents courants de pensée à l’œuvre chez les hédonistes ; Revish étant un Invader – assez casanier sur ses vieux jours – alors que Sybbolith est une Godseeker pur jus), cette nouvelle est une vraie bonne surprise, qui illustre bien le potentiel dont dispose le background des Royaumes Mortels, dès lors qu’il est confié à un auteur inventif et concerné. Prometteur pour Robert Rath, qu’il faudra suivre à l’avenir.

 

1 : La légende raconte qu’il s’agit de la musique d’attente du standard téléphonique d’Alarielle.

 

2 : Que la traduction française a criminellement choisi de ne pas baptiser Ciboulette. C’était l’occasion pourtant.

 

 

Shriekstone - E. Dicken :

 

Ratgob, High Creeper - et donc nabab en chef - de la forteresse Gloomspite Gitz de Shriekstone est confronté à un problème littéralement existentiel. Alors qu'il avait mené quelques uns de ses gars massacrer l'habituelle expédition de Duardins malavisés ayant décidé d'explorer les ruines de leur ancienne demeure (Shriekstone étant auparavant connue sous le nom de Lachad, loge et logis de Fyreslayers), il recueille la confession rigolarde d'un des nabots, qui l'avertit que sa mort sera bientôt vengée par l'arrivée d'une armée de rouquins à hache, mobilisée par le Père des Runes Thunas-Grimnir l'inflexible1 pour reconquérir les lieux. Cette funeste prédiction se réalisant sous quelques jours, Ratgob est d'abord tenté de prendre la poudre d'escampette, mais réalise en chemin qu'il ne peut tout simplement pas laisser les avortons barbus lui arracher ce que ses ancêtres ont dérobé aux leurs sans se battre. Question de principe. En plus de ça, sa statue personnelle dans le Hall of Fame2 de Shriekstone n'est pas encore terminée, et ne le sera jamais s'il ne prend pas en charge la défense du bastion. 

 

Première étape pour notre verdâtre héros: convaincre sa myriade de sous-fifres de ne pas déserter leur poste, ce qui est loin d'être gagné à la vue de l'ost mobilisé par Thunas. Heureusement, Ratgob n'est pas devenu High Creeper par hasard, et parvient à rallier tout son monde à sa bannière rapiécée, en affirmant haut et fort qu'il a reçu une vision de la Mauvaise Lune en personne, qui lui a révélé les ruz' nécessaires pour vaincre les Duardin. Devant un tel argument d'autorité, les autres Gobs ne peuvent qu'obtempérer, certains de plus mauvaise grâce que d'autres, comme le shaman et sceptique devant l'éternel Vishuz Spookfinger.

 

Si le siège tourne d'abord plutôt en faveur des défenseurs, qui, guidés par le génie tactique la fourberie mesquine de leur boss, jouent quelques mauvais tours aux Fyreslayers, à base d'attaques sur leur base arrière, de fosses à squigs affamés, de gaz hallucinogène, de lâchers de fanatiques, ou, encore plus mesquin, d'empoisonnement de leur réserve de bière3 (tous les coups sont permis), la férocité, discipline et haine ancestrale qui animent les attaquants contraignent les peaux-vertes à sans cesse reculer. Ayant joué son va tout en provoquant une attaque inconsidérée des Fyreslayers dans l'enclos des Troggoths locaux en poussant ses derniers esclaves dans ce dernier afin de pincer la corde honorable des Duardin, Ratgob n'a plus qu'à vendre chèrement sa vie et celles de ses derniers gars au cours d'un dernier carré davantage provoqué par les événements que choisi par les défenseurs. Notre héros s'est auparavant débarrassé de ce faux-jeton de Spookfinger, qui avait, de façon prévisible, tenté de lui faire la peau (et de façon même pas originale en plus, ce que Ratgob fait remarquer au traître avant de le laisser en pâture aux trolls). 

 

Encerclés par les survivants, bien éprouvés il est vrai, de l'armée du Père des Runes, les Gobelins vendent chèrement leur peau (verte), à l'image de Ratgob qui parvient, au terme d'un duel accroché au cours duquel il finit unijambiste, à refiler une souche ultra virulente du COVID 19 à Thunas-Grimnir. Le virus étant, comme chacun sait, plus mortel chez les personnes âgées, les 267 ans bien tassés de l'Inflexible vieillard le condamnent donc à une suffocation expresse, permettant au High Creeper d'arracher une victoire morale. Et alors que tout semble perdu pour notre héros, à la merci des derniers Fyreslayers, il a la satisfaction d'entendre approcher une horde de ses congénères dans les niveaux inférieurs de Shriekstone, qui se remet à geindre de plus belle après quelques minutes d'aphonie4. Comme dit le proverbe: pierre qui hurle n'amasse pas barbe. 

 

Très sympathique nouvelle de la part d'Evan Dicken, dont la construction minutieuse dénote d'une maîtrise appréciable des codes du genre et de l'univers d'Age of Sigmar. On peut ainsi mettre au crédit de l'auteur tant son choix de renverser les rôles classiquement attribués dans l'affrontement iconique entre Nains et Gobelins (en faisant des seconds les protagonistes et les défenseurs, ce qui est plutôt rare), que sa réussite à faire de Ratgob et de ses sbires des personnages plutôt attachants, en grande partie grâce à leur fibre comique, qui contraste agréablement avec la fureur vertueuse du malheureux Thunas. Au final, le lecteur a bien du mal à prendre un parti entre la cause, fondamentalement noble et justifiée, des Duardin, et celle du charismatique High Creeper, ce qui donne au duel final de la nouvelle une tension narrative très bienvenue. Autre preuve manifeste du soin apporté par Dicken à la construction de son propos, la symétrie parfaite de l'ouverture et de la conclusion de son propos, qui mettent tous deux en scène un personnage mourant annonçant à son vainqueur qu'il va être vengé par ses congénères. C'est net et précis, et ça fait du bien de la part de la Black Library, qui se contente souvent de publier des histoires à l'intrigue et au déroulement approximatifs. Et en plus, on a le droit à un peu de fluff intéressant sur Ghur. Pas grand chose à jeter dans ce Shriekstone, et un parcours de plus en plus intéressant pour Dicken, qui se positionne comme l'une des nouvelles plumes les plus intéressantes des Royaumes Mortels.

 

1: Nommé ainsi à cause de son absence de souplesse légendaire: il n'arrive même pas à toucher ses genoux en se baissant.  

 

2 : Ou, comme on dit chez les Gitz, la Grotte of Grots.

 

3: On découvre à cette occasion que les Duardin des Royaumes Mortels ont "hérité" de leurs ancêtres Dawi du Vieux Monde l'habitude de baptiser leur binouze avec des X. Par respect pour la XXXXXX de Bugman, celle de l'armée de Thunas ne s'appelle que XXXX.

 

4: En fait, la forteresse a été nommée Shriekstone (la pierre hurlante en VO) après que les Fyreslayers en aient été chassés, car la roche s'est mise à produire des sons similaires à des hurlements. On peut penser à de la magie runique ou de l'animisme, mais moi je pense simplement que les Duardin ont volontairement déclenché l'alarme du détecteur de fumée pour faire chier les Gobs. 

 

 

The Serpent's Bargain - J. Crisalli :

 

the-serpents-bargain.png?w=300&h=465Victime des déprédations classées S (pour salaces) d’une bande de Maraudeurs de Slaanesh, le village de Varna ne doit son salut qu’à l’exploitation raisonnée décrétée par l’économe Seigneur Zertalian. Les pillards partis, pour mieux revenir quelques temps plus tard, les survivants sortent de leur trou (littéralement dans le cas de notre héroïne, la précautionneuse mais pas téméraire Laila) et tiennent conseil sur la marche à suivre. Malgré la position stoïque prônée par les anciens du village, qui préfèrent rester chiller au coin du feu dans l’espoir que les Slaaneshii trouvent une autre cible plus juteuse d’ici à leur prochaine crise d’ennui homicidaire, Laila, qui a déjà perdu son mari sous la lame des psychopathes princiers, est, elle, partisane d’une approche un peu plus proactive. Et pourquoi pas aller demander de l’aide aux Blonds1, ces mystérieux reclus qui vivent dans la vallée d’en face et que les légendes locales décrivent comme des adversaires acharnés du Chaos, et en particulier de ces margoulins dépravés d’Hédonistes ? Il paraîtrait même que ces gais lurons volent à la rescousse de ceux qui luttent contre de tels ennemis, ce qui est précisément le cas de nos Varnites.

 

Devant la réaction mitigée que sa proposition suscite auprès du conseil gériatrique du village, Laila décide de faire profil bas, mais n’en résout pas moins d’aller tenter sa chance auprès des Blonds, entraînant avec elle un vieux pote chasseur de niveau 3 (Stefen) et un lancier mercenaire gras du bide mais au pied léger (Ano). Le trio trace la route vers la blonde vallée, bravant pour ce faire le décret de confinement édicté par les anciens, et finit par arriver à bon port, n’ayant perdu qu’un seul de leur membre (Ano le stalker) en chemin. Faisant face à un temple décoré de moultes statues de donzelles en string et en rogne, les deux survivants commencent à douter du caractère véridique de leurs légendes, mais il est trop tard pour faire demi-tour,  et l’entrée du temple étant gratuit pour les filles et interdite pour les mecs, c’est seule que Laila pénètre à l’intérieur. Laissant prudemment le chaudron rempli de serpents à bonne distance, elle marche jusqu’à un petit jardin intérieur, où elle fait la connaissance de Cesse, jardinière manifestement elfique qui consent à écouter la doléance de son invitée. S’en suit une petite négociation, à l’issue de laquelle Cesse accepte d’aller combattre les Slaaneshii, qu’elle et le reste de ses Blondes détestent véritablement, en échange d’un paiement en sang de la part des humains. C’est alors que Laila révéle sa propre blonditude, croyant bêtement que la petite coupure qu’elle hérite pour sceller le pacte consiste en sa part du paiement en totalité. Aha. La cruche. Elle aurait ouvert un Battle Tome Daughters of Khaine, ou même eu la moindre notion en elfenoirologie qu’elle aurait compris qu’elle venait de se faire carroter dans les grandes largeurs. Les dangers de l’ignorance. Bref.

 

Ressortant du temple, Laila découvre avec effroi une flèche brisée et une flaque de sang là où elle avait laissé son chasseur de compagnie, et en conclut que ce dernier n’a pas fait de vieux os. Parvenant malgré tout à revenir jusqu’à Varna, elle relate son périple à ses concitoyens, s’attirant un regard lourd de reproches de la part des vieux de la vieille, qui se doutent bien que le marché passé avec les Blondes a de grandes chances de ne pas se résoudre en faveur des péquenauds. Avec raison. En effet, lorsque les scions de Zertalian décident de refaire une virée pillarde et paillarde en ville, ils ont beau se faire promptement méduser par Cesse et ses groupies, cette dernière demande ensuite que le tribut de sang leur soit remis. Incompréhension, puis mauvaise foi de la part de Laila, qui ne trouve pas ça très charlie. Qu’importe, un marché est un marché, et les Varnites ne sont de toute façon pas en mesure d’empêcher les Fifilles de Kékhaine de prendre leur dû, soit les faibles du village. Comme l’explique doctement Cesse à une Laila qu’elle précipité du haut du mur d’enceinte pour lui apprendre à mal lui parler, il n’y a qu’en supprimant les faibles que les forts pourront survivre, et il s’agit d’une mission de service public, vraiment. Cela ne convainc pas vraiment Laila, qui finit la nouvelle en pleurant comme une madeleine sur sa propre stupidité. Moralité : si les hommes préfèrent les blondes, la réciproque n’est pas toujours vraie.

 

Retour mi-figue mi-raisin pour Jamie Crisalli, qui ne retrouve pas avec ce The Serpent’s Bargain la recette du succès de sa première soumission pour Inferno!. La faute à une intrigue cousue de fil blanc (le marché léonin conclu par un héros ignorant avec des « alliés » pas si sympathiques que cela), exploitée par d’innombrables auteurs dans autant d’ouvrages avant que Crisalli ne revisite à nouveau ce classique des classiques. Si son choix de ne pas faire de la révélation de la fourberie des Blondes le twist final de sa nouvelle est compréhensible, l’absence d’éléments venant enrichir l’intrigue et le déroulé du récit l’est moins. À titre personnel, j’aurais bien aimé que l’auteur passe plus de temps à justifier le positionnement des Filles de Khaine, et pourquoi leur mission d’épuration des faibles leur tient tellement à cœur (ce que Crisalli fait en quelques lignes en fin de nouvelle), ce qui aurait apporté un contrepoint bienvenu à la vision « gentillesque » autant qu’horrifiée de Laila. Je n’ai pas non plus compris ce que Crisalli voulait accomplir avec les personnages de Stefen et Ano, dont la relative importance dans le récit ne débouche sur pas grand-chose. Coup de moins bien, donc. Espérons qu’il ne soit que temporaire.

 

1 : Fair Ones en VO. Ce qui peut se traduire par les Beaux, également. Voyez-y un hommage à Gad Elmaleh, ou à son inspirateur.

 

 

A Tithe of Bone - M. R. Fletcher :

 

a-tithe-of-bone.png?w=533Markash, champion de Tzeentch de son état et philosophe bavard à ses heures perdues (il commence la nouvelle en dictant ses pensées sur la destinée à son scribe Palfuss1) a été envoyé par ses patrons conquérir la ville de Knazziir, en Shyish, histoire d'apprendre à ce vieux chnoque de Nagash que le changement, c'est maintenant. Persuadé d'avoir hérité d'une destinée grandiose, il ne doute pas un instant de réussir là où son ancien mentor, le légendaire Ammerhan, a failli. Cet autre Élu de Tzeentch a en effet cessé de poster sur Instagram peu de temps après avoir commencé sa campagne necrophobe, ce qui laisse à penser que les indigènes ont eu sa peau, ou plutôt, ses os. Ayant réussi à enlever Knazziir en un après-midi de glorieux combat, Markash a passé les dernières semaines à la défendre contre les attaques, à vrai dire mollassonnes, des âmes damnées du grand Nécromancien, qui poppent au petit bonheur la chance de façon régulière. Cela lui laisse donc beaucoup de temps pour enrichir son corpus philosophique, même si son humeur reste, comme son épée démoniaque Ktchaynik2, massacrante (en témoignent les volutes de fumée noire exhalées par les joints de son armure). Alors qu'il était sur le point de revisiter 'I Had a Dream' à la sauce samouraï architecte (du changement), il est interrompu dans son exposé par l'arrivée de son bras droit, le chevalier Stayn Lishik, qui lui annonce que des "morts bizarres" se sont présentés à la porte de Knazziir. Remisant ses souvenirs d'enfance dans sa psyché éclatée, Markash sort de son isolement pour voir de quoi il en retourne.

 

Effectivement, un petit groupe ossu patiente obligeamment devant les murs de la cité. Menés par un Mortisan Soulreaper très poli, les collecteurs de Nagash demandent que la dîme d'os leur soit remise. "Des os neufs" précise Morty, après que Markash lui ait fait remarquer que les alentours de la ville étaient tapissés de cadavres en plus en moins bon état. Le Nag' ne fait pas dans la seconde main (ni pied, ni jambe, ni cage thoracique) pour son élite combattante, c'est bien connu. Peu impressionné par les envoyé mortifères, Markash décide d'aller se dérouiller les solerets et entraîne quelques uns de ses suivants avec lui - laissant la cité aux mains avides de Stayn Lishik en son absence - pour débiter de l'os à moelle. La bataille qui s'en suit se révèle cependant bien plus accrochée que ce à quoi s'attendait le champion de Tzeentch, qui voit ses guerriers se faire abattre, dépecer et recyclerpar les sac d'os, tandis que lui se trouve fort occupé à repousser les assauts d'un Necropolis Stalker en furie, dont l'un des aspects et des crânes se révèle être occupé par feu (rose de Tzeentch) Ammerhan. Après avoir mis son ancien professeur K.O./Chaos, Markash doit recommencer avec un duelliste Aelfe, un Stormcast Eternal, et une maîtresse bâtonnière bien vénère, qui prélèvent chacun un peu de son endurance et quelques éléments de son anatomie au passage. Finalement vainqueur de ce 1 vs 4 imprévu, et seul survivant de l'équipe anarchiste (je ne compte pas Palfuss, qui se contente de prendre des notes dans un coin), Markash exulte un court instant... avant de se faire prendre la tête d'un coup de faux par le Mortisan Soulreaper de garde. Pas très fair play, ça.

 

Par un étrange revirement de situation, peut-être dû à l'endroit où se déroule le récit, ce n'est pas la fin pour notre champion déchu, qui contemple d'un air (et d'un crâne) détaché son corps être collecté par les Ossiarchs, et sa tête incorporée au Stalker qu'il venait de vaincre, en remplacement de ce bon à rien d'Ammerhan. Sonné par l'expérience, il se "réveille" un peu plus tard dans son nouveau corps, totalement rallié à la cause du Nag' grâce aux bons soins des Mortisans Soulmasons, qui ont remplacé toutes les mentions de Tzeentch dans son code interne par Nagash. Voilà un bel exemple d'économie circulaire appliquée. Les Soulmasons ne l'ont toutefois pas débarrassé de sa croyance en la destinée, et Markash se fixe donc le but de grimper dans la hiérarchie des Ossiarch Bonereapers jusqu'à devenir Katakros à la place du Katakros4. Il faut bien avoir des rêves dans la (non) vie. L'histoire se termine avec le retour de notre héros devant Knazziir, où il a le plaisir de défier en duel son ancien assistant de direction, qui n'a pas fait grand-chose pour venir à son secours lorsqu'il en avait eu besoin. Le combat entre un Markash calcifié et un Stayn Lishik sur-stuffé (il a récupéré l'épée de son patron) est rapidement expédié, et le vaincu mis à profit pour construire un petit Kavalos (triste destin pour un chevalier du Chaos). Comme quoi, il n'est jamais trop tard pour opérer une réorientation professionnelle dans le monde merveilleux d'Age of Sigmar.

 

Soumission sympathique de la part de Michael Fletcher, A Tithe of Bone permet au lecteur d'en apprendre un peu plus sur la nouvelle faction des Ossiarch Bonereapers, et plus particulièrement, sur les mortels Necropolis Stalkers que notre héros finit par rejoindre, d'abord à sa tête défendante. Si le titre et la structure de la nouvelle permettent au lecteur d'anticiper le triste destin de Markash, que l'auteur arrive bien à "caractériser" dans les quelques pages qui précèdent sa dernière sortie en ville, le choix de Fletcher de poursuivre la narration après la décapitation de son héros, pour surprenante (dans le bon sens) qu'elle soit, lui permet d'explorer plus en profondeur les arcanes et le fonctionnement de troupes de choc de Nagash. On sort de cette nouvelle avec une meilleure idée du potentiel et de la dangerosité des Ossiarch Bonereapers, qui ne sont définitivement pas venus dans les Royaumes Mortels pour faire de la figuration. Do fear the reapers... 

 

1: Vu de loin, on aurait dit Hitler dictant ses pensées à Rudolf Hess, sauf que le livre se serait appelé 'My Change' au lieu de 'Mein Kampf'.

 

2: D'où dérive ce cri de guerre bien connu: "Ktchaynik, Ktchaynik,Ktchaynik... Aïe Aïe Aïe".

 

3: Les Ossiarch Reapers ont bien des défauts, mais ce sont les champions incontestés du tri sélectif des Royaumes Mortels.

 

4: Ce même sentiment le pousse à bolosser ses camarades de crâne, sur lesquels il a prouvé sa supériorité. Il existe donc dans les armées de Nagash un Necropolis Stalker qui n'utilise qu'un seul Aspect - l'aspect de Bogosserie - pour tataner ses adversaires. C'est ce qui s'appelle avoir une nuque roide. 

 

 

Beneath the Rust - G. Lyon :

 

beneath-the-rust.pngJusqu'où faut-il aller pour conquérir un prospect? Pour Borri Kraglan, Endrinrigger (euse?) de son état, et rattachée par ses supérieurs de Barak-Nar à l'accompagnement de l'expédition de la Fraternité Sigmarite en Chamon, la réponse est assez simple: les Stormcast Eternals qu'elle et ses comparses Kharadron over-chapeautent ayant découvert un réseau de tunnels s'étendant en dessous du lieu qu'ils ont choisi pour bâtir un avant-poste, il faudra accompagner les surhumains azyrites dans leurs aventures cataphiles (contre monnaie sonnante et trébuchante après établissement d'un avenant au contrat, bien sûr). Pour être complet dans notre introduction, précisons en outre que le bout de terrain sélectionné par la Fraternité était auparavant squatté par une horde de disciples de Khorne mal léchés, dispersés à grands coups de marteau dans les gencives pour leur apprendre à respecter le droit de propriété. Sans blague. 

 

En plus de Borri Kraglan, les spéléologues en herbe et armures de plates complètes comptent Mr et Mme Steelfist, respectivement Capitaine Arkanaute et Endrinrigger (et meilleure amie - et bien plus encore - de Borri), accompagnés d'une bande de farouches corsaires Kharadron, et un petit groupe de Stormcast voltigeants (super choix pour explorer des tunnels), menés par le très zen Venator Ferram Drakesbane. Si tout se passe assez normalement pendant les premiers temps de la descente, les choses se compliquent cependant assez rapidement, les visiteurs se trouvant confrontés à une nouvelle vague de Khorneux assez chafouins que l'on vienne à nouveau violer leur intimité (un vrai truc de Slaaneshi!). Après une escarmouche rapidement remportée par les forces de l'Ordre, la tension a bien du mal à retomber entre les Kharadron, qui sont même à deux doigts de commencer à se mettre sur le masque. Grâce à ses super pouvoirs de Reforgé et sa pratique intensive de la méditation, Ferram met toutefois rapidement le doigt sur le problème: une influence maléfique rend les Duardin très irritables (lui-même et les autres Stormcast étant immunisés à ces effets délétères). Rendue consciente du problème, mais ayant bien du mal à ne pas claquer le beignet de Harek Steelfist, auquel elle n'a jamais vraiment pardonnée de lui avoir "volé" sa BFF Mala, Borri fait de son mieux pour ne pas piquer sa crise, d'autant plus que sa chère et tendre n'est pas revenue avec les Prosecutors de Ferram de la poursuite engagée des fuyards chaotiques.

 

Les recherches de nos héros finissent par les amener dans un cul de sac, ce qui énerve (logiquement) suffisamment Harek pour qu'il balance un coup de poing dans le mur... ce qui permet d'ouvrir une porte cachée, apparemment équipée d'un rage-o-mètre intégré1. Derrière cette paroi, l'expédition retrouve enfin Mala, allongée sur autel maculé de sang et entouré d'une douzaine de Bloodreavers, qui ne résiste pas longtemps à la mauvaise humeur ni aux munitions perforantes des Kharadron. Alors que les choses semblent s'améliorer, une remarque malheureuse de Borri à Harek fait déborder le vase à éther-or de ce dernier, qui se met en tête d'apprendre à cette mégère non apprivoisée à se mêler de ses affaires, à coup de hache si nécessaire. Dans la confusion qui s'ensuit, Borri met un coup de scie éthermatique mal placé dans l'autel, qui se fend en deux dans un déferlement de visions sanguinaires. Lorsque notre héroïne revient à elle, le boss de fin de la nouvelle a fait son entrée comme le prince démon de Khorne qu'il est, et s'active à massacrer tout ce qui a le malheur de croiser le chemin de sa hache. 

 

Le petit laïus explicatif de rigueur rapidement expédié par le toujours aussi chill Ferram, il faut maintenant à nos héros trouver un moyen de bannir leur Némésis. Ceci sera fait grâce au détournement des enveloppes porteuses (mon dieu que ce terme est moche) de Borri et Mala, transformées en bombes artisanales en deux tours de clé à molette par les ingénieux Duardin. Il faudra tout de même que Ferram se sacrifie noblement pour aller faire détonner le deuxième drone piégé au contact du démon pour arracher la victoire, qui se soldera en outre par la mort de Mala, qui poussera cet empoté de Harek hors de la trajectoire de la hache de Dédé mais encaissera à sa place l'ultime horion du Khorneux. C'est ça aussi d'avoir une Initiative de 2. Unis dans leur chagrin, mais également dans leur détestation mutuelle, Borri et Harek remontent à la surface, et la nouvelle se termine avec la décision de la première d'aller explorer les Royaumes pour se changer les idées. Après tout, pourquoi pas. 

 

Pas grand-chose à se mettre sous la dent avec ce Beneath the Rust, tant au niveau de l'intrigue, d'une simplicité consommée, que des éléments fluff apportés par Lyon. C'est d'autant plus dommage que l'auteur aurait pu rendre son propos plus intéressant sans apporter de grands changements à son récit, par exemple en gardant la cause de l'énervement suspect des Kharadron pour la conclusion de la nouvelle, au lieu de l'éventer après la première escarmouche: la tension narrative en aurait été préservée. Je note également que Lyon s'inscrit à contre-courant de la tendance actuelle des auteurs d'Age of Sigmar de faire de la Reforge des Stormcast Eternals un événement traumatique et redouté par ceux qui y sont soumis: ce brave Ferram Drakesbane n'hésite en effet pas une seconde à se changer en kamikaze pour remporter la victoire, en justifiant sa décision par son immortalité. Il revient d'ailleurs en fin de nouvelle partager le deuil de ses camarades, sans apparaître avoir changé d'un iota: vu comme ça, c'est vraiment cool d'être un Stormcast. Finalement, l'élément le plus mémorable de Beneath the Rust restera sans doute le triangle amoureux entre Borri, Mala et Harek, inédit à bien des aspects. Ce n'est pas vraiment ce à quoi de m'attendais en commençant la lecture d'une histoire de Nains steampunk se déroulant dans un univers med-fan, mais (à nouveau) pourquoi pas.  

 

1: C'est un peu comme lorsqu'on arrive  faire fonctionner un appareil ménager en tapant dessus. Cette bonne vieille énergie cinétique a accompli bien des miracles que la science peine à expliquer.  

 

 

The Unlamented Archpustulent of Clan Morbidus – D. Guymer :

 

C’est un jour spécial qui se lève commence (le soleil brille-t-il ici ?) à Vile Ville pour Rattagan Borkris, l’honorable Malfaisant Supérieur de l’Eglise de la Ruine Rongeuse. À la suite du décès brutal, mais pas totalement imprévu de l’Archipustulent Heerak Gungespittle, la charge occupée par ce dernier est vacante, et notre héros compte bien la faire sienne. S’il parvient à ses fins, il occupera une position de choix au sein du clan Morbidus, et pourra rêver à siéger un jour au sein du Conseil des Treize, si le représentant actuel de sa faction devait lui aussi avoir un accident malheureux. Pour cela, il lui faut remporter l’élection du Lycée des Lecteurs, dont les vingt-et-un membres doivent se réunir sous peu pour désigner le nouveau chef spirituel du clan. Pouvant compter sur le soutien de huit des cardinaux, Borkris est pleinement confiant dans la suite des événements, n’ayant besoin que de convaincre deux autres votants de la qualité de sa candidature pour accéder à la fonction à laquelle il aspire.

 

Cependant, l’ambitieux Supérieur doit compter avec deux rivaux, tout aussi déterminés que lui à prendre en patte la destinée du clan. Hascrible, un simple moine de la Peste, compensant sa cécité et ses origines serviles par un zèle implacable et une dévotion exubérante envers le Grand Corrupteur, a l’oreille des masses laborieuses et du bas clergé Morbidus, et constitue donc une force avec laquelle il faut compter. Le Verminable Dengue Cruor, 500 ans bien tassés et de fait doyen de l’assemblée, est un autre prétendant valide à l’élévation, et le seul disposant d’une influence à même de rivaliser avec celle de Borkris. Coup de chance pour ce dernier cependant, Nicodemus a eu une panne de rat-veil ce matin, et avec l’absence simultanée d’un autre Lecteur, Drassik, il n’a besoin que d’un vote supplémentaire pour devenir rat-life à la place du rat-life.

 

À quelque distance du Temple Fendillé, où se tiennent les débats, nous retrouvons les deux absents, occupés à d’importants préparatifs. Cruor, en sa qualité de Sage Bilieux de la Voie Extirpée et maître des potions, s’active à une concoction un peu spéciale en vue de faciliter sa future élection. Drassik, de son côté, le seconde de son mieux, en lui fournissant une moustache, puis son dernier rât-le, deux ingrédients nécessaires à la réussite du gaspacho mitonné avec application, plutôt qu’avec amour, par l’ancien maître. N’ayant pas vu passer l’heure, il se hâte ensuite vers le concile, où les choses ont avancé plus vite qu’il ne l’avait prévu. Le premier tour de vote n’a en effet rien donné, Borkris ratant l’élection à une voix près, secondé de plus loin par Hascrible, qui demande de manière véhémente un recomptage des voix (ce n’est pas parce qu’il est aveugle qu’on peut la lui faire à l’envers), et, à la surprise générale, y compris la sienne, par un troisième larron, Salvik Rakititch, joueur du FC Rat-rcelone, plénipotentiaire du clan sur Aqshy. Les débats ayant été levés pour la journée, Borkris s’empresse d’aller à la rencontre de Rakititch afin de lui proposer une offre qu’il ne pourra pas refuser, et cimenter ainsi son prochain succès.

 

Alors que nos deux larrons étaient sur le point de conclure un accord, l’intrusion soudaine de Hascrible et de ses zélotes, animés de mauvaises intentions (ce qui est mal) et armés de fléau à malepierre (ce qui est pire), vient sonner la fin des pourparlers, et force les intrigants à chercher la protection de leurs escortes respectives. Il faudra l’intervention musclée autant que solidaire des septons du Temple Fendillé pour stopper l’alga-rat-de, au cours de laquelle Rakititch essaiera de zigouiller Borisk, sans succès (c’est résistant, un rat de Nurgle), qui lui rendra la pareille de façon plus efficace. Un de moins.

 

Révélation

Le deuxième tour de vote débute donc sous des auspices très différents du premier, avec un Borisk un peu amoché et en situation de faiblesse, un Harscrible renforcé par son coup de force et l’attribution – certes imméritée, mais les voies du Rat Cornu sont tortueuses – de la mort de Rakititch, et un Cruor gardant sa botte secrète en réserve. Profitant de son droit d’adresse avant que le vote ne débute, le Verminable enjoint fortement ses collègues à le choisir, pour la bonne et simple raison qu’ils ont tous été contaminés à leur insu par le splintergut, une infection aussi mortelle qu’horriblement douloureuse, dont seul Cruor possède l’antidote. Consternation dans l’auguste assemblée, sauf de la part de Hascrible, tellement certain de la bénédiction dont il bénéficie de la part de sa divinité tutélaire qu’il n’hésite pas à envoyer grignoter le vieux croûton croûteux. Interprétant mal la défiance de son rival, et suspectant une entente secrète de ses adversaires, Borkris a alors la mauvaise idée de décapiter Cruor, certain que ce dernier se contente de bluffer. Sauf queue (de rat) non. La nouvelle se termine donc sur le renouvellement complet du haut clergé du clan Morbidus, l’ignoble Lycée des Lecteurs ayant pris un aller simple pour la bedaine du Rat Cornu suite à la gaffe de Borkris. Place aux jeunes !

 

Carton plein pour Guymer, depuis le titre savamment sophistiqué de sa nouvelle jusqu’à la conclusion, convenablement tragi-comique (ce terme a été inventé pour les Skavens) de cette dernière. Ayant pu lire beaucoup de bien à propos des ouvrages de notre homme pour la Black Library, sans avoir été personnellement emballé par rien de ce que j’avais pu lire de sa prose jusqu’à présent, que ce soit dans le Monde qui Fut (The Tilean Talisman) ou les Royaumes Mortels (God’s Gift), j’étais plus qu’un peu dubitatif sur la hype entourant le sieur Guymer. The Unlamented… est la soumission qui a mis tout le monde (c’est à dire votre serviteur et le reste de l’univers) d’accord sur le sujet, et plutôt à l’avantage de notre auteur, ce qui est le meilleur scénario possible (croyez-le ou pas, mais je préfère lire des textes qualitatifs, même si, je l’avoue, chroniquer des scories littéraires est généralement une entreprise assez rigolote).

 

Pour aller un peu plus loin dans l’exposition de mes louanges, je distinguerai trois sources principales de satisfaction : le fond, la forme, et le parti pris de narration. Par ce dernier terme, j’entends le choix fait par Guymer de plonger directement dans le lecteur dans le cœur du lore d’Age of Sigmar, sans prendre le temps de lui présenter/prémâcher le background de base des factions mises en scène (ici les nobles Skavens). Je n’ai aucun problème à reconnaître que les premières pages, et la première lecture en général, de The Unlamented… ont été un peu ardues pour moi, même si je me considère comme raisonnablement calé en matière antropomurine. Mon bagage de connaissances, hérité quasi-exclusivement de mes lectures WFB, s’est en effet avéré insuffisant pour couvrir l’organisation ecclésiastique du clan Morbidus1, autour de laquelle Guymer construit l’intrigue de la nouvelle. Entre les noms, les titres et les relations de pouvoirs des membres du Lycée des Lecteurs du Clan, il est assez facile de s’emmêler les moustaches au sujet de qui veut faire quoi et tuer qui. Personnellement, cette approche « rentre dedans » me plaît davantage que la tendance inverse, consistant à tout expliquer, souvent de façon très scolaire – et donc assez ennuyeuse – pour être sûr de ne pas perdre le lecteur, surtout si ce dernier a des chances d’être neuf dans le Zhobby. Inferno! étant un produit plutôt destiné aux vétérans de la BL, le choix de Guymer m’apparaît tout à fait valide, et assez valorisant pour le public, qui appréciera sans doute qu’on ne le prenne pas pour le dernier des noobs (même si nous sommes tous passés par là).

 

Deuxièmement, la forme est donc également une source de satisfaction. On se trouve en présence d’une vraie nouvelle, dont l’intrigue se développe et mature au fur et à mesure que les motivations et les projets des trois personnages principaux sont présentés. Les péripéties s’enchaînent de façon convaincante, alternant entre intrigues et confrontations, parfois violentes, de nos cardinaux scrofuleux. Enfin, la conclusion vient illustrer de façon adéquate pourquoi les Skavens, malgré tous les avantages à leur disposition par rapport aux autres factions d’Age of Sigmar, n’ont pas réussi à conquérir les Royaumes Mortels (et n’y arriveront sans doute jamais). Cette tendance à l’autodestruction, de manière spectaculaire, douloureuse et distrayante (vue de l’extérieur) est en effet une marque de fabrique de cette noble race, et il aurait été déplacé de ne pas y faire référence.

 

Enfin, le fond est lui aussi à l’honneur dans The Unlamented…, Guymer parvenant à retranscrire de belle manière le fonctionnement et les luttes intestines du Clan Morbidus, tout en nourrissant généreusement son lectorat d’éléments fluff sur l’organisation de ce dernier, sa place dans la société skaven et son territoire au sein de Vile Ville. Même si la nouvelle ne contient pas de révélations majeures sur le background raton, elle est suffisamment bien écrite pour satisfaire l’amateur, qui en retirera des éléments intéressants, et une meilleure compréhension de l’organisation (ou de son manque) des suivants du Rat Cornu. Bref, un très bon cru que The Unlamented Archpustulent of Clan Morbidus, et un mètre étalon raton à garder en tête pour les prochaines soumissions de David Guymer.

 

Et pourtant, j’ai une copie des Uniformes et Héraldiques Skavens, dans lequel le Clan a été introduit.

 

 

The Siege of Greenspire – A. Stephens :

 

the-siege-of-greenspire.png?w=392Ambiance tendue dans la tour de guet de Greenspire, dirigée par la Capitaine vétéran Brida Devholm. Eprouvée par des accrochages de plus en plus fréquents avec les mutants et les Tzaangors hantant le Hexwood, sa garnison est en sous-effectif, et les nouvelles recrues qui lui ont affectée en renfort ne se montrent guère à la hauteur des espérances de l'officier. En témoignent les maladresses de Kende, un paysan fraîchement reconverti dans les choses militaires, et qui commence la nouvelle en fracassant un tonneau de poudre noire sur le sol, avant d'être pris en train de roupiller à son poste quelques heures plus tard en compagnie d'une autre novice, Raella. Fort heureusement, Brida peut également compter sur la compétence et le dévouement de ses frères d'armes, à commencer par ceux de son second, le Lieutenant Duardin Drigg, et du Sergent Brock, tout juste revenu d'une mission d'approvisionnement l'ayant mené à Fort Gardus. Chargeant chacun de la supervision d'un des pioupious mal dégourdis, elle organise avec une anxiété croissance la préparation de Greenspire à une nouvelle attaque chaotique, qui ne saurait malheureusement tarder.

 

Les choses prennent un tour encore plus sombre lorsque Drigg découvre à la faveur d'un contrôle de routine que l'un des canons de la tour a été saboté. Un peu plus tard dans la même journée, ce sont les cas de gastro-entérite aiguë qui se multiplient, reléguant une bonne partie de la garnison aux toilettes de l'infirmerie. La nature suspicieuse de Brida ne met pas longtemps à la convaincre qu'un traître est à l'oeuvre à l'intérieur de la tour, mais le temps lui manque pour effectuer une enquête poussée: la vigie signale en effet l'arrivée d'une horde d'emplumés, qu'il s'agit de repousser bellement avant que justice ne puisse être rendue. Malheureusement pour la milice de la Justice de la Dame, l'agent double n'a pas chômé, et ils découvrent bientôt que la totalité de leur stock de poudre est impropre à l'utilisation, tandis que le feu d'alerte au sommet de Greenspire refuse obstinément de passer au rouge (c'est bien la première fois que quelqu'un s'en plaint), et ainsi de signaler aux tours voisines la situation périlleuse dans laquelle Brida et ses hommes se trouvent. Les soupçons de cette dernière se portant sur ce bon à rien de Kende, ainsi que sur la préposée aux canons Orla, dont les agissements au cours des dernières heures lui apparaissent comme hautement suspects, la Capitaine ordonne à Brock de les placer en détention le temps que l'attaque soit repoussée, si elle peut encore l'être...

 

Révélation

Privés de la puissance de feu de leurs canons et arquebuses, les défenseurs ont toutefois les pires difficultés à calmer les ardeurs homicidaires de la ménagerie de Tzeentch, qui commence à escalader les murs avec abandon. Cette situation précaire est irrémédiablement compromise lorsque Brock, qui se révèle être le traître (son petit aller retour en solo sur les routes de campagne de Ghyran ne lui ayant pas porté chance), ouvre les portes de la tour aux assaillants, avant de se faire empaler par un magnifique jet de lance de sa boss. Bien que le mal soit fait, ce javelot cathartique permet au moins au feu alchimique de la tour de passer au rouge, le sort de greenwashing lancé par Brock sur la flamme s'interrompant avec sa mort. Comprenant sa méprise, Brida rallie les survivants pour un confinement héroïque au premier étage de Greenspire, et profite d'une bévue stratégique de la part des Hommes Bêtes pour leur clouer le bec d'une façon définitive, en concoctant une bombe artisanale coupée à la farine avec ses stocks de poudre impropres à la consommation. L'explosion fait un carnage chez les Tzaangors et leurs animaux de compagnie, qui battent en retraite de façon chaotique (c'est fluff), permettant à Brida et ses troupes de reprendre possession de leurs pénates.

 

Lorsque la cavalerie l'infanterie finit par arriver, la bataille est déjà remportée, laissant un goût amer à Brida du fait de la trahison d'un frère d'armes de vingt ans, dont la dernière infamie a été d'exécuter Kende et Orla au lieu de les emprisonner au moment de l'attaque. Moralité: ne jamais se séparer en groupes de un (depuis le temps qu'on vous le dit!), c'est vraiment contre-productif. Les états d'âme de la Capitaine sont toutefois rapidement remisés au second plan, car, une à une, toutes les tours voisines de Greenspire déclenchent leurs feux de warning, signe d'une attaque massive et coordonnée sur la Ligne Émeraude. Le Gondor appelle à l'aide! Ou quelque chose comme ça...

 

Début satisfaisant de la part d'Anna Stephens, qui choisit pour l'occasion de disserter autour de thèmes classiques de ce genre de littérature: le dernier carré épique d'un petit groupe de héros et la présence d'un traître parmi ce même groupe de gens de bonnes mœurs. Mission remplie sur les deux tableaux, même si la brièveté de la nouvelle se ressent sur l'une et l'autre des dimensions narratives choisies: la bombe F (comme farine) concocté par Brida et Cie s'avère d'une efficacité redoutable, tout comme la culpabilité de Brock crèvera les yeux du lecteur familier des romans policiers. En 17 pages, difficile de faire mieux (c'est à dire plus complexe), et quand on compare The Siege of Greenspire à From the Deep, autre récit inaugural d'une auteur bien établie mettant en scène la défense par l'Ordre de ses terres (ou mers) devant l'attaque d'armées chaotiques, on se dit que l'on a définitivement gagné au change. On notera également la fin à suspens dont Stephens gratifie son récit, qui débouchera peut-être sur d'autres textes détaillant ce qui semble être un assaut de grande ampleur des Bêtes du Chaos sur Hammerhal-Ghyra. C'est osé pour une première soumission, mais après tout, les éditeurs de la BL ont laissé faire, donc pourquoi pas... 

 

 

Ghosts of Khapthar – M. A. Drake :

 

ghosts-of-khapthar.pngLa Mer de Khapthar, en Shyish, est tarie. Si on peut remercier les plombiers Skavens pour ce haut fait d'ingénierie appliquée (qui a tout de même provoqué de légers dégâts des eaux et des os dans Vile Ville), ce drainage sauvage n'a pas fait que des heureux, en particulier les habitants de l'enclave Idoneth de Khapthar, que cet assèchement subit autant que subi a placé sous le regard furibard de Nagash (qui n'apprécie guère qu'on lui pique des âmes quand il a le dos tourné). S'étant absentée avec sa partie de chasse pour faire du spiritisme sur les côtes avoisinantes au moment des faits, la Soulrender Akhlys ne peut que constater l'étendue (boueuse et salée) du désastre, et se détourner de sa patrie, désormais perdue, pour entreprendre le périlleux voyage jusqu'à l'enclave la plus proche, Mor'phann. En plus de devoir passer par des territoires tenus par les suivants du Grand Nécromancien, les Idoneth doivent également composer avec la rarification  des courants éthériques qu'ils mettent à profit pour se déplacer,  condamnant leurs poissons de guerre à une asphyxie rapide, et - plus grave - notre héroïne à se débarrasser de son casque cérémoniel, bien trop lourd et encombrant pour être porté à l'air libre. Bref, c'est la lose. 

 

Escortée d'un Tidecaster traditionaliste (Tethyssian), d'un trio d'Akhelians démontés et d'un groupe de Namarti rendus encore plus obtus qu'à l'accoutumée par cette crise inédite de liquidité, Akhlys choisit de privilégier une approche furtive lors de la traversée de l'Isthme Blanchi, qui relie la nouvelle Mer Morte de Shyish - c'est dans l'esprit me direz-vous - au Quagmire qui abrite Mor'phann. Cependant, les survivants auraient grand besoin de récupérer des âmes en route, d'abord pour remettre sur pieds les blessés qu'ils transportent avec eux, mais également redonner du pep's et des yeux runes brillantes à leur contingent de Namarti, et, pourquoi pas, avoir de quoi monnayer leur passage jusqu'à Mor'drechi auprès des autochtones1. Cela tombe bien, un village fortifié se trouve sur leur route, et nos Idoneth mettent à contribution les malheureuses sentinelles qui croisent leur route pour se requinquer, l'altruiste Akhlys décidant de claquer ses âmes mal acquises au bénéfice de la classe laborieuse des Idoneth, plutôt que les garder de côté pour plus tard.

 

La progression de la cinquième colonne finit toutefois par être repérée par les natifs, qui se mettent à donner la chasse aux militants de Sea Shepherd, juchés sur leurs échasses et tromblons à la main (un beau mélange). Ils peuvent également compter sur le support de la milice locale, constituée des cadavres animés de leurs anciens, et sur l'appui aérien prodigué par Batgirl, une vampire ailée à faux cils et faucille, ne se déplaçant jamais sans ses nuées de chauve-souris de compagnie. La nouvelle change alors de rythme, et se mue en retraite stratégique/course éperdue vers l'océan, qui n'est bien entendue pas sans prélever un lourd tribut parmi les Deepkin. Lorsque ces derniers parviennent, après avoir remporté de haute lutte cette course à la mer, à se mettre enfin à l'eau, ils ne sont plus qu'une poignée, dont l'increvable mais bien crevée Akhlys, dont la trépanation sauvage de la suceuse de sang a plongé le reste des poursuivants dans la confusion. Il sera temps plus tard de se soucier de l'accueil réservé par les Mor'phann à leurs cousins mergains, pour l'heure, notre héroïne profite d'une thalassothérapie bien méritée, même si les vagues de la Quagmire ont une qualité huileuse assez particulière. Comme quoi, l'herbe peut être plus verte chez le voisin, mais l'eau n'est pas forcément plus propre.

 

Cette nouvelle soumission consacrée par Drake aux Idoneth Deepkin s'inscrit dans la droite lignée de The Harrowing Deep, publié quelques jours avant la sortie de Oaths & Conquests. On y retrouve le parti pris de l'auteur de plonger sans ménagement son lecteur dans les arcanes du fluff de la faction des Aelfs nautiques, en abreuvant largement ce dernier de références (en particulier géographique) dont il devra se dépatouiller comme un(e) grand(e). Subtilité/complexité supplémentaire, Miles Drake intègre à son intrigue des éléments de background tirés de Malign Portents, où il est pour la première fois (à ma connaissance) fait mention de l'enclave de Khapthar, et des conséquences de ce relativement nouvel arc narratif, comme le drainage de la Mer de Khapthar. Au final, si vous n'êtes pas un minimum familier avec la civilisation des Idoneth (en particulier leur dépendance aux courants éthériques) et avec le néo-fluff des Royaumes Mortels, il se peut que vous ayez un peu de mal à vous repérer dans cette histoire, qui est sinon assez simple dans sa construction (une petite bande de survivants doit aller d'un point A à un point B sans se faire repérer). J'ai d'ailleurs trouvé The Harrowing Deep plus intéressant à lire, car Drake y livrait une double intrigue (la chasse au gros d'un côté et la rivalité entre les héros de l'autre), alors que Ghosts of Khaphtar se rapproche de la nouvelle d'action made in BL, dont le but premier est de romancer une bataille pour permettre à une partie du bestiaire de la faction mise en avant de s'illustrer au combat. Dommage que l'auteur ait terminé son propos avant qu'Akhlys et ses derniers suivants n'aient fait leur jonction avec leurs cousins Mor'phann: assister à la rencontre des ressortissants de deux enclaves Idoneth aurait été intéressant, car les relations ne semblent pas au beau fixe (ou au Grand Bleu) entre les habitants de Bikini Bottom. Au titre des satisfactions, relevons la touche d'exotisme que Drake insuffle à son récit avec sa description des pêcheurs de Shyish, qui avec leurs échasses, leurs arquebuses et leurs accessoires de bois flotté et plumes de mouettes, s'avèrent être hauts en couleurs. En comparaison, la vampire qui sert d'antagoniste principale apparaît comme assez quelconque, et pas vraiment mémorable. Une nouvelle plus compliquée que complexe au final, et s'adressant davantage aux fluffistes acharnés d'Age of Sigmar qu'aux lecteurs casu' de la BL, même si la marche n'est pas inatteignable pour les seconds. 

 

1: C'est bien connu, les Mor'phann sont des morfales (d'âmes).

 

 

Bossgrot – E. Gregory :

 

bossgrot.png?w=531Gribblak, boss du Gobbolog Skrap, rencontre un problème de leadership des plus sévères, qui pourrait bien remettre sa place dans la hiérarchie, ainsi que son intégrité physique, en question. Après une nouvelle bataille catastrophique contre un ramassis de cultistes de Khorne ayant eu la mauvaise idée de faire du camping sauvage dans le parc privé du Loonking, s'étant soldée par une débâcle inqualifiable et la perte de nombreux bons Gits (et d'un Gargant nommé Hurg), Gribblak réunit son Gobex et lui soumet son projet de conquête du jusqu'ici inexpugnable Mont Pizmahr, sur lequel toutes les armées envoyées par Skargrott se sont jusqu'ici cassé le nez (qu'elles ont pointu). Rien de tel qu'une randonnée sous les boulets de canon pour booster le moral des troupes, pas vrai? À sa grande surprise, ses fidèles conseillers, par la voix du chamane Oghlott, expriment un avis contraire de façon très marquée, et enfoncent le clou en révélant au bienheureux Gribblak1 que sa côte de popularité auprès de l'homme de la rue, ou dans notre cas, du Gob' du tunnel, est abyssalement basse, et qu'il ferait mieux de se faire oublier quelques temps s'il ne tient pas à finir en croquettes de squig. 

 

"Basses menteries et piteuses billevesées!" s'exclame Gribblak2, qui décide d'aller prendre le pouls de l'amour que ses troupes lui portent en se rendant incognito (une capuche noire suffit, c'est l'avantage avec les Gobelins de la Nuit) dans les baraquements du Skrap. Et là, surprise et désappointement, il se révèle bien que tous ceux auxquels il parle nourrissent de bien sombres desseins à son égard, et ne rêvent que de le voir périr de la façon la plus divertissante possible. Comprenant qu'il n'est plus le bienvenu parmi les siens, et proprement renversé par le putsch tramé par ce traître d'Oghlott pendant qu'il faisait du micro-trottoir, Gribblak décide de montrer au monde de quel bois il est fait et de prouver à tous que le peuple le plus brave de la Gaule, c'est lui! Ou quelque chose comme ça. En tout état de cause, il profite du tumulte pour aller chercher son véhicule de fonction (un beau duo de Manglers) au sous-sous-sol, et partir en catimini et en laissant ouvert l'enclos à squigs, car sinon c'est pas drôle.

 

Les problèmes se succédant les uns aux autres, il se rend rapidement compte qu'il n'a jamais passé le permis S, et s'il parvient à diriger sa deux chevaux squigs dans la bonne direction, il bute en revanche sur l'usage du levier de vitesse. Repéré par les gardiens du Mont Pizmahr, l'audacieux Git se fait canarder de toute part, crève un pneu, puis l'autre, pour finir catapulté sur le toit d'une des bâtisses du camp retranché maintenu par les cités de Sigmar sur cette montagne. N'ayant heureusement pas été repéré par les zoms qui ont bassement plombé ses montures, notre héros réalise qu'il s'est attaqué à un trop gros morceau, et qu'il sera déjà chanceux de faire ce que la Mauvaise Lune sait faire de mieux: s'éclipser. Trahi par la ferraille mal entretenue qu'il trimbale sur lui, Gribblak attire l'attention de la garnison, mais parvient à subtiliser une arquebuse à l'un de ses poursuivants avant de s'élancer dans un zig-zag éperdu qui finit par l'amener devant un Celestial Huricanum expérimental, en pleine opération de divination...

 

Révélation

...Se souvenant sans doute qu'il appartenait à la Grande Alliance de la Destruction, et peu favorablement impressionné par la luminosité de l'engin, qui lui rappelle celle de son pire ennemi (le soleil), Gribblak commet l'inévitable et l'irréparable en déchargeant sa pétoire volée sur l'instrument arcanique, prestement imité en cela par une bande d'arquebusiers peu finauds cherchant à le mettre hors d'état de nuire. Bien évidemment, ces échanges de tir ont des conséquences catastrophiques, et le fort de Pizmahr finit par être réduit en poussière suite à l'explosion de la machine infernale, mais pas avant que Gribblak ait trouvé le moyen de se carapater. 

 

Ayant retrouvé par hasard le chemin de son Skrap, devenu SGF pour cause de dégâts des squigs majeurs, notre héros est tout prêt à se laisser abattre et manger (et pas nécessairement dans cet ordre) par ses congénères, lorsque ces derniers, rendus conciliants par l'ingestion de vastes quantités de space cake, sont témoins de la fin enflammée de Pizmahr, et comprennent que leur boss a tenu parole et conquis à lui tout seul cette place forte imprenable. Devant un tel exploit, il serait mesquin de leur part de lui tenir rigueur de ses erreurs passées, et voici Gribblak renommé séance tenante Boss du Gobbolog Skrap, sous les yeux dépités mais résignés d'Oghlott. A Star Moon is born.

 

Eric Gregory signe une petite nouvelle très rigolote3, et presque émouvante par endroit (ce pauvre gobbo que personne n'aime alors qu'il se croyait populaire... c'est d'un triste!), qui ferait presque figure de fable dans le monde cruel et sanglant d'Age of Sigmar. Oubliez La Petite Poule Rousse (The Little Red Hen en VO, d'où vient l'expression "the little hen that could"), place au Vaillant Petit Gobelin, qui a réussi - sur une succession de gros coups de bol, il faut le reconnaître - à regagner l'estime de sa tribu et enlever une forteresse qui résistait aux armées de Loonking. Bon, il a probablement causé la mort de quelques dizaines de braves soldats et mages humains, qui étaient sans doute de bons bougres, mais on n'est pas à quelques victimes collatérales près. Il est rassurant de voir que la Black Library n'a pas complément fermé les vannes du second degré en matière de GW-Fiction, et autorise de temps à autre un de ses auteurs à soumettre ce genre de nouvelles. Après le positivement répugnant Gloomspite d'Andy Clark, dépeignant la faction sous son (absence de) jour le plus détestable et sadique, une alternance plus légère complète bien le "spectre" gobelinoïde dans la littérature BL. Il en faut pour tous les goûts

 

1: En même temps, ce serait déplacé que de lui reprocher d'avoir la tête dans la lune: il a tout fait pour et en est très fier, merci pour lui.

 

2Enfin, il aurait certainement dit ça s'il avait le vocabulaire nécessaire. En l’occurrence, il s'est contenté d'un "céfô".

 

3: Ma punchline préférée étant "‘You boys remember,’ Vork interrupted, ‘when we lost a lair to those trees? Trees in a cave. I never.’"

 

 

Ashes of Grimnir – M. Hollows :

 

ashes-of-grimnir.pngLa Loge d'Ealrung traverse une bien mauvaise passe. Située dans un petit volcan de Shyish, elle est assiégée ad vitam aeternam par les hordes désincarnées de Nagash, décidément guère partageur. Sentant la fin arriver sous peu, le Runemaster local, Orrag-Un, en est réduit aux mesures désespérées et se déverse un kilo de coke1 sur le pif, pendant que ses coreligionnaires chantent « pin-pon » (le chant secret des Fireslayers, qui leur permet de résister à la chaleur du magma) autour de lui. Inspiré par l’expérience, il subit plusieurs visions, à commencer par un petit teaser de la chute prochaine de la forteresse, mais parvient tout de même au bout de plusieurs tentatives à visionner le tuto « comment éviter l’annihilation (quand on est petit et roux) » sur la chaîne YouTube personnelle de Grimnir. La réponse divine, qu’il s’empresse de rapporter au Père des Rune Ealgrum-Grimnir et à sa cour (après avoir terminé son bad trip), est d’une simplicité enfantine : il faut que les Fireslayers aillent récupérer l’ur-or qui les attend dans la montagne de chez Smith d’en face. Problème, Ealgrum est moyen-chaud (un comble pour un Fireslayer) pour envoyer des guerriers dans une quête annexe, alors que la survie de la PME familiale est sévèrement menacée. Qu’à cela ne tienne, son unique fille, Varga (Agnès de son premier prénom), est prête à rendre son vieux pôpa fier en allant chercher le bling avec quelques volontaires pendant que ses douze frères se contentent de faire des nœuds dans leur barbe d’un air gêné. Girl powaaa.

 

Accompagnée par Groggni, Oncle des Runes par la force des choses, le fyrd de ce dernier, un apprenti Runesmither raté (Ongrad) et un Berzerker à l’épiderme plus brillant que sa conversation (Ardvig), Varga part en direction de la montagne que lui a indiqué Orrag-Un, qui se trouve être la même vers laquelle son 13ème frère Grumgran s’est dirigé il y a des années, lorsqu’il a tenté (sans succès notable) d’ouvrir une franchise indépendante. Bien évidemment, les morts sans repos ne comptent pas laisser passer les Duardin sans leur jouer de vilains tours, comme leur souffler froidement dans le cou au passage, ce qui est très désagréable. La première embuscade, coordonnée par une Gardienne des Âmes mal-aimable, permet à notre petite troupe de gagner des points de style en fourrageant des spectres de bas niveau (comprendre qu’aucun personnage nommé plus de deux lignes avant ne meurt). Varga fait sa part du travail et mène par l’exemple en (tentant de) piquer à re-mort les assaillants avec vigueur, mais des résultats aléatoires. Saleté de règle spéciale « Ethéré ». Heureusement, Advig le fan de runing2 est là pour dissoudre les ectoplasmes entreprenants, et la petite troupe peut bientôt repartir.

 

Arrivés à destination, les quêteux se rendent rapidement compte que cette dernière a été aménagée par la main de l’homme/du nain. Jonchées de cadavres plus ou moins décomposés, les galeries souterraines s’avèrent être désertes, mais alors qu’ils se rapprochent du cœur de la montagne, les morts se mettent soudainement à se réveiller…

 

Révélation

…Je suis sûr que vous ne vous y attendiez pas. Tout comme vous ne vous doutiez pas qu’à leur tête se trouve Grumgran, un peu moisi mais toujours vaillant. Que de surprises. Bref, c’est de nouveau la baston, et c’est cette fois plus dur pour les Fyreslayers, qui perdent même leur meilleur combattant lorsqu’Ardvig se fait faire une cravate colombienne par ce farceur de Grumgran en combat singulier. Croyez-le ou non, l’expérience se révèle être fatale pour le Berzerker3. Pas de quoi décourager Varga, cependant, qui loote le cadavre en récupérant non seulement la hache runique de son comparse, mais également sa rune de gonflette (qu’Ongrad lui cloue sur le biceps en pleine bataille) pour pouvoir manier l’engin avec plus de facilité. Il n’en faut pas plus pour que notre héroïne calme les ardeurs sororicides de son bro’ en quelques moulinets. Trop facile.

 

Cette bataille remportée, les survivants sont libres d’aller piller la salle du trésor, qui contient une quantité faramineuse d’ur-or. Ayant rempli leurs coffres, ils prennent le chemin du retour le cœur léger… et arrivent trop tard pour sauver leur forteresse. Gag. Ils sont cependant aux premières loges (mouahaha) pour assister à la chute de cette dernière, et entendre le dernier cri d’Ealgrum-Grimnir (« Nagash, viens ici que j’te bute sale enc- ») avant que la poussière retombe sur les ruines de leur foyer. Jurant de revenir relever l’Ealfort et venger sa famille, Vagra est contrainte d’aller se chercher un autre QG ailleurs dans les Royaumes. C’est pas la mort après tout.

 

Michael J. Hollows signe avec Ashes of Grimnir une honnête nouvelle filler, et fait donc ses débuts au sein de la Black Library sans se faire remarquer, ni en bien ni en mal4. En choisissant de mettre en scène une faction (les Fyreslayers) dans une de leurs occupations iconiques (le scrap-booking la recherche d’ur-or perdu), l’auteur fait œuvre de vulgarisation fluffique, ce qui est l’une des lignes éditoriales de Nottingham, ne l’oublions pas. Petit twist dans un tableau sinon très (trop) classique, l’utilisation par Hollows d’un personnage principal féminin, Varga, en lieu et place du héros velu5 que nous étions en droit d’attendre ici, pourra être perçu soit comme une addition bienvenue, soit comme un quota « diversité » requis par l’époque, selon le point de vue depuis lequel on se place.

 

La randonnée mortelle de la Sharon Stone de Shyish (vu son amour pour le meurtre au pic – peut-être à glace – ) et de ses ouailles, s’il elle se révèle aussi mémorable qu’un sommaire de Battle Tome, permet au moins à l’auteur de glisser quelques références culturelles et arcaniques bienvenues, comme ce « clouage de runes » improvisé pendant le combat final, que je ne m’imaginais pas vraiment comme ça, mais maintenant c’est canon. Reste à évoquer la conclusion du récit, et les conséquences aussi tragiques que surprenantes (en termes de déroulé de l’intrigue) du retour tardif de Varga jusqu’à son camp de base. Illustration que la prophétie n’est pas une science exacte, ou perche (magmatique) auto tendue par Michael J. Hollows pour convaincre la BL de le refaire bosser sur la suite de la saga de sa Fifi Brin d’Acier personnelle ? À vous de voir. À noter les points communs entre Ashes of Grimnir et La Route de Volturung (le Berzerker abruti, le Maître des Runes paria), même si la longue nouvelle de Haley est bien supérieure à celle de Hollows.

 

1 : Hollows a beau dire qu’il s’agit des cendres des ancêtres de la Loge, je ne pense pas qu’une substance aussi banale aurait des effets aussi puissants.

 

2 :  À ne pas confondre avec le running. Le runing c’est comme le tuning, mais avec des runes.

 

3 : Je le souligne car l’auteur prend le soin de préciser qu’Ardvig était déjà mort lorsque Varga parvient à le rejoindre après qu’il ait été presque décapité par son frangin. Logique. Il aurait dû investir dans une Rune de Préservation.

 

Je m’attendais à bien pire après avoir lu sur le blog Track of Words (qui chronique de façon semi-officielle les sorties de la BL) que son auteur se refusait à faire une revue de ‘Ashes of Grimnir’, car il n’avait pas été emballé par la nouvelle et ne souhaitait pas écrire de critique négative (ce qu’il ne fait effectivement jamais, même lorsque votre humble serviteur considérerait qu’un peu de vitriol ne ferait pas de mal). À ma connaissance, le malheureux Hollows a été le seul contributeure de la BL à recevoir un tel traitement, j’étais donc aussi curieux qu’inquiet de lire de quoi il en retournait.

 

5Je ne me prononcerai pas sur la présence de barbe ici, le débat faisant encore rage parmi les experts.

 

 

Blessed Oblivion – D. Lucas :

 

blessed-oblivion.png?w=531S’il y a bien une constante dans le monde professionnel, ce sont les effets débilitants et démoralisants que la routine peut avoir sur les travailleurs. Dans le cas, certes assez extrême, de notre héros, le Liberator Klytos de l’ost des Celestial Vindicators, cette routine est littéralement mortelle. Comprendre que le (quasi) quotidien de notre armoire à glace turquoise est de se faire déboîter, éventrer, décapiter, piétiner, empaler, et j’en passe, ce qui le contraint à de fréquents passages sur l’Enclume de l’Apothéose, où il perd à chaque fois des souvenirs de sa vie passée. Et ça, Klytos le vit très mal1. Alors, avant chaque bataille, il passe en revue les éléments – de moins en moins concrets – qu’il lui reste de son existence de mortel : le visage de sa femme et de son bébé, les mains de son père (ou d’un vieux type, il ne sait plus trop). Déployé avec sa cohorte sur une mission humanitaire en Shyish, Klytos n’a pas à attendre longtemps avant d’être à nouveau renvoyé à la case l’enclume départ, après s’être fait ouvrir en deux comme une huître par un Exalted Deathbringer amateur de poésie (et de hache à deux mains).

 

Etant arrivé devant les Six Forgerons juste au retour de leur pause pipe (je les vois mal fumer autre chose), notre héros bénéficie d’une remise en état expresse, et est renvoyé sur le terrain très rapidement, où il retrouve ses camarades éprouvés mais victorieux. Ayant à nouveau perdu un peu de sa mémoire, il sombre dans une rêverie morose tandis les autres Liberators de son unité se livrent chacun à leurs propres rituels post-traumatiques (grosse ambiance chez les Stormcast Eternals). C’est dans cet état contemplatif que son supérieur, le Liberator-Prime Gracchus le trouve. Après avoir proféré quelques politesses mensongères mais motivantes2, Primo décide que le mieux pour Klytos est d’aller voir là-bas s’il y est, ou « mission de supervision de la sécurisation du périmètre allié », comme on dit à Azyrheim. Envoyé se dérouiller les solerets dans les collines avoisinantes, Kly’ tombe par hasard sur une scène de combat opposant un couple de hipsters à un groupe de beaufs. Classique. Sauf qu’à la place des hipsters, il s’agit en fait d’un bretteur et d’une sorcière Aelfe, le premier n’hésitant pas un instant à donner sa vie pour que la seconde puisse jeter un sort mortel aux importuns, en couchant la plupart. Les survivants, un duo de Skullreapers chaperonné par un Slaughterpriest faucheur, n’ont cependant pas de mal à capturer la donzelle pendant la recharge de son blast, et l’histoire se serait sans doute mal finie pour elle sans l’intervention héroïque de Klytos, qui parvient à occire les deux goons. Malmené par le maxi mini-boss, le Liberator se voit déjà repartir à la reforge, mais est à son tour sauvé par l’intervention de la sorcière, qui fait dévorer le prêtre par des lombrics de lumière. Awesome.

 

L’ennemi vaincu, les deux vainqueurs socialisent un peu. L’enchanteresse révèle s’appeler Lichis Evermourn, et être en mission secrète pour récupérer une pierre de royaume cachée dans une maison de campagne abandonnée par son couvent dans l’arrière-pays de Shyish. D’abord peu intéressé par la quête de celle qu’il considère avec méfiance après l’avoir vu égorger son malheureux compagnon (malgré le volontariat de ce dernier), Klytos se fait finalement convaincre par Litchi de lui servir de garde du corps, en échange d’une mémoire restaurée grâce à la magie de la pierre en question. Adieu, veau, Vindicators, cochon, couvée, notre héros déserte et s’embarque pour un trek en pays ennemi avec sa nouvelle patronne. Au bout de quelques jours de marche, les deux lascars arrivent en vue d’une bâtisse qui semble abandonnée… mais ne l’est pas tout à fait. Deux honnêtes cambrioleurs sont en effet à pied d’œuvre lorsque Klytos et Lichis arrivent, ce qui ne plait pas du tout à cette dernière, qui les bouledefeu-ise sur le champ afin de s’assurer qu’ils n’ont pas récupérer la précieuse pierre sur un malentendu. Evidemment, cela ne plaît pas vraiment à Klytos, qui, de rage… se débarasse de son casque. Chacun ses méthodes de gestion de la colère.

 

Rassurée que le grisbi est toujours à sa place, Lichis entraîne son preux mais plus très motivé chevalier servant en sous-sol, où se trouve une crypte. Klytos réalise, un peu tard, que la sorcière n’est qu’une voleuse de tombes de bas étage, ce qui le rend chafouin, mais ses états d’âme sont remis à plus tard lorsque le gardien des lieux se matérialise après que Lichis ait commencé à incanter pour briser le sceau protégeant la pierre. Confronté au cousin germain de Kedrek, Klytos a bien du mal à se faire respecter du Knight of Shrouds en furie et en voix qui se met à le tataner sévère. Entre deux formules ésotériques, Lichis parvient toutefois à balancer un hack à son palouf de compagnie : « Utilise la Force Foi, andouille ! ». Et le pire dans tout ça, c’est que ça marche. Puisant dans des ressources insoupçonnées, Klytos parvient à aligner suffisamment de 6 sur ses jets de dés pour envoyer Shroudie au tapis. Bien joué gamin. Le gardien vaincu et la pierre du royaume récupérée, tout s’annonce pour le mieux pour notre héros, qui insiste pour que mémoire lui soit rendue, malgré la réticence de Litchi…

 

Révélation

…Et pour cause, Klytos ne tarde pas à réaliser qu’il a, en fait, vécu une bonne vie de m*rde. Sa femme s’est fait tuer par un pillard, qui a enlevé sa fille alors qu’elle était bébé. Son père a fait une overdose de chloroquine avariée, et a fini comme un légume sans qu’il ne trouve la force de mettre fin à ses souffrances. Sa mère est morte quand il était jeune, frappé à la tête par le sabot d’une mule grincheuse. Les gens du village d’à côté se sont entre-dévorés lorsque la famine s’est déclarée un hiver. Il a eu plusieurs fois la gastro et s’est souvent cogné le petit orteil sur le coin de son armoire. Ca fait beaucoup. L’épilogue de notre histoire voit Klytos, que cette épiphanie malvenue a plongé dans la folie, ressortir de la crypte et tomber sur une nouvelle bande de brocanteurs opportunistes (ça commence à faire beaucoup), auxquels il demande gentiment de le tuer, sous peine de mort. Confus par cette requête aussi extrême que contradictoire, les pillards décident de battre en retraite, mais pas avant que Klytos le dingue en ait découpé deux pour leur peine. Si seule la mort met fin au devoir, il n’y a plus qu’à espérer qu’elle mette aussi fin à la mémoire, mais rien n’est moins sûr…

 

Surfant sur la vague du Stormcast Blues, cette nouvelle introductive de Dale Lucas dépeint avec justesse l’autre côté du masque de bataille des colosses en sigmarite, qui malgré leurs abords stoïques, restent sujets à des doutes et peurs bien humains. Le personnage de Klytos, tenaillé par son devoir envers Sigmar, qu’il vénère par-dessus tout, et son désir – assez légitime – de ne pas perdre tout souvenir de sa vie précédente, offre un mélange complexe de sentiments tourmentés au lecteur, en plus de poser quelques questions intéressantes en matière de fluff (et si l’amnésie progressive des Stormcast Eternals était finalement une bonne chose pour eux ?). À ce rythme là, nous n’aurons guère à attendre avant que la BL ne nous propose des histoires de Stormcast renégats, ou en tout cas émancipés de leur curatelle divine, ce que je suis tout prêt à lire !

 

Plus sombre et psychologique que la nouvelle Stormcast Eternals classique, Blessed Oblivion a également la bonne idée de mettre en avant une sous-faction assez peu représentée jusqu’ici, les Darkling Covens, et leur rapport pour le moins particulier au concept d’Ordre. Les frictions entre Klytos et Lichis se font ainsi l’écho de l’hétérogénéité des philosophies des différentes cultures que Sigmar et son panthéon ont rallié sous leur bannière, thématique riche de potentiel encore peu explorée par les auteurs de la Black Library, qui ont pour le moment privilégié les coopérations « faciles » dans leurs ouvrages (ceux que j’ai lu en tout cas). Avec autant d’idées pertinentes, et plutôt bien développées, à son actif pour une première soumission, Dale Lucas se positionne naturellement parmi les rookies à suivre de la BL, en espérant que cette dernière poursuive sa collaboration avec cet auteur déjà établi.

 

1 : On pourrait arguer qu’il n’avait qu’à être meilleur à son taf’ au lieu de claquer aussi souvent, comme un noob. Ce serait vrai, mais peu charitable.

 

2 : Gracchus complimente Klytos en lui disant qu’il s’est bien battu ce jour. À moins qu’il ait aussi des problèmes de mémoire, il ne lui aura pas échappé que son protégé s’est fait sortir dans les deux premières minutes de la bataille…

 

 

Blood of the Flayer – R. Strachan :

 

blood-of-the-flayer.png?w=534Dans la vie, il y a des gens qui ne sont jamais contents : Alain Souchon, la mère de l'artiste précédemment connu sous le nom de Prince, ou encore le Seigneur Huthor. Au hasard. Comme vous pouvez vous en douter, notre histoire porte sur le dernier de ces trois individus1, chef d'une bande de Maraudeurs chaotiques tout ce qu'il y a de plus vanille sévissant dans le Royaume de Chamon. Connu sous le nom d’Écorcheur, à cause de sa tendance à mal prononcer le nom de ses interlocuteurs, mais aussi son penchant pour le dépeçage, Huthor voue aux Kharadron Overlords une admiration mêlée de profonde détestation, et aimerait bien aller dépiauter les Duardin volants qui sillonnent les cieux du Royaume, vœu pieux pour le moment. Gardez bien ça en tête, on en aura besoin plus tard.

 

Approché par la sensuelle et aguicheuse Dysileesh, godseeker à plus d'un titre, au sortir d'un petit pillage de village, Huthor accepte de souscrire à une offre de découverte des plaisirs Slaaneshi, sans obligation d'achat. Car s'il y a bien une chose qui vénère notre ombrageux héros, c'est qu'on lui dise - justement - qui vénérer. En attendant, c'est la belle vie pour l’Écorcheur et ses disciples, qui se vautrent dans le stupre et la fornication avec abandon. À tel point que Dysileesh finit par accoucher d'un garçon, Vhorrun, dont la paternité reste sujette à débat entre les Maraudeurs. Ah, c'est ça aussi d'avoir des mœurs libres. Etablis dans les ruines de la Forteresse Dorée, les affreux déprèdent aux alentours dans la joie et la bonne humeur, jusqu'à ce qu'il prenne à Huthor l'idée farfelue d'aller chercher des noises aux Rotbringers barbotant au Nord de son domaine, dans les marais d'Onoglop. L'expédition tourne au fiasco, et notre héros se prend une hache rouillée en plein torse en prime, le condamnant à une longue et douloureuse agonie... jusqu'à ce qu'il se réveille guéri (avec un petit coup de croûte de Nurgle, tout de même). Manque de pot, ses gais compagnons étaient tellement convaincus de son trépas imminent qu'ils ont, pour la plupart d'entre eux (y compris cette insatiable Dysileesh), baffré jusqu'à s'en faire littéralement péter la panse. Ralliant à lui ses derniers fidèles, dont Vhorrun et Vhoss, son plus vieux pote et fidèle bras droit, Huthor décide d'aller se mettre au vert pour un temps, abandonnant son train de vie de bobo dispendieux et vain pour aller au contact de la terre (pourrie). 

 

Accueillis à tentacules ouverts par les ploucs d'Onoglop, l'Ecorcheur et sa bande coulent des jours heureux pendant quelques semaines/mois/années2, mais un nouveau venu, le Magos Tyx’evor’eth, arrive un beau matin sur son disque à jantes alu pour tenter de rallier Huthor, décidément très demandé par les Pouvoirs, à la cause de Tzeentch. S'étant pris huit râteaux d'affilée, mais sentant que la neuvième tentative serait la bonne, Tyx' repart une dernière fois à la charge, et parvient à piquer l'intérêt du bouseux en lui faisant remarquer qu'il est en train de gâcher ses plus belles années à faire du camping dans un marais. Vu comme ça, c'est plus la même, et Huthor se laisse enfin convaincre de s'habiller décemment et de perdre un peu de poids pour rejoindre les armées de l'Architecte du Changement (le Magos se chargeant de faire disparaître toutes les mutations disgracieuses affligeant notre héros et ses fidèles au passage). Comme vous devez vous en douter, ce ne sera à nouveau qu'une parenthèse dans l'existence de Huthor, qui finit par rejoindre Khorne après une bonne pige à se balader en toge et à (tenter d') apprendre des sorts, et une rencontre décisive avec un Champion Bloodreaver malchanceux mais guère rancunier. 

 

La boucle est bouclée, l'Ecorcheur ayant fait le tour du Panthéon chaotique. Désormais accompagné seulement par son peut-être fils Vhorrun (il a buté Vhoss pendant sa période psychédélique, après que ce dernier ait tenté de l'assassiner) parmi ses compagnons initiaux, Huthor n'a plus qu'une chose à faire : aller casser du Kharadron. Je vous avais dit que c'était important. Et comme il a laissé sa collection de disques à Tyx’evor’eth lorsqu'il se sont séparés à l'amiable, il doit utiliser une technique un peu plus rudimentaire : l'assaut aéroporté à base de bestioles chaotiques. Ayant chargé ses suivants de domestiquer toutes les chimères, manticores et autres bêtes de guerre ailées des alentours, il mène son flying circus à l'assaut de la première flotte Duardin ayant eu la mauvaise idée de croiser dans le coin...

 

Révélation

...Cependant, face à la puissance de feu des nains-génieurs, la rage sanguinaire des Khorneux ne fait pas le poids. Ou en tout cas pas assez. Qu'importe, Huthor is living the dream. Alors que ses troupes se font descendre comme des pigeons, il parvient à écraser sa monture sur le pont d'un vaisseau Kharadron, et à enfin massacrer quelques nabots. C'est le moment que choisit Vhorrun pour exprimer son complexe d'Oedipe longtemps refoulé, et de tomber sur le râble de son père (c'est finalement confirmé), qu'il a toujours détesté, notamment à cause de son inconstance. À cela, Huthor n'a pas grand-chose à répondre, ayant lui-même tué son paternel à l'âge de sept ans, après que ce dernier l'ait abandonné en forêt pour se débarrasser de cet enfant turbulent. Le combat qui s'ensuit voit le vieux chef de guerre se faire botter les fesses par son fiston, qui le précipite par-dessus le bastingage par pure malice quand les Kharadron finissent par donner la charge et envoyer les voltigeurs mettre fin à la fête, afin de priver Huthor d'une mort honorable au combat. Alors qu'il voit Vhorrun se faire abattre par les forces de l'Ordre (encore une bavure !), et en attendant de toucher terre, Huthor a le temps de se remémorer de la prophétie qu'il lui avait été faite, et qui lui avait promis qu'il recouvrirait les plaines de Chamon de sang. Ce qui se révélera exact, mais pas de la façon dont il le pensait. Impact dans 3...2...1...

 

La troisième fois aura été la bonne, ou en tout cas la meilleure à ce jour, pour Richard Strachan. Après des débuts en demi-teinte dans la gamme horrifique de la Black Library (The Widow Tide et The Growing Seasons), il signe en effet avec Blood of the Flayer sa contribution la plus aboutie au corpus des Royaumes Mortels avec Blood of the Flayer, variation intéressante sur le thème bien connu de la destinée attendant les adorateurs du Chaos, et des répercussions, tant physiques et psychologiques, que leur allégeance envers l'unes des quatre Puissances auront sur eux et leurs suivants. Avec Huthor, véritable mercenaire de la dévotion, Strachan se paie le luxe de passer en revue toute l'anarchique fratrie au fur et à mesure des réorientations professionnelles de Mr I Can't Get No Satisfaction. On notera, pour les plus anciens des lecteurs, la différence majeure entre la "rétractabilité" tolérée dans les Royaumes Mortels, et le caractère irrémédiable du ralliement à tel ou tel Dieu, qui était la norme (sauf exceptions vraiment rarissimes, comme Bel'akor et Archaon) dans le Monde qui Fut. Vous vous souvenez de l'époque où on choisissait son allégeance une fois pour toute, et on la conservait jusqu'à la mort (et plus si affinité)? Pepperidge Farm remembers.

 

Si on peut discuter de la validité fluffique de l'approche de Strachan (avant tout nécessaire à l'intrigue, et peut-être pas à graver dans la guimauve séance tenante), il faut lui reconnaître une belle maîtrise narrative, donnant à son récit un équilibre et une symétrie peu communs dans le corpus de la BL. À partir du moment où Huthor rallie les redgreen-necks des marais d'Onoglop, le lecteur est en mesure de comprendre où l'auteur veut en venir, ce qui ne gâche pas le plaisir de lecture pour autant, notamment grâce à l'inclusion de la rivalité latente entre le seigneur indécis et son héritier putatif, qui permet de garder un peu de suspens. On peut également saluer le petit twist final et sanguin de Strachan, plus sympathique que renversant (sauf pour Huthor, bien sûr), mais qui vient terminer son propos de façon opportune, tant sur le plan stylistique que fluffique. Après tout, une histoire où le protagoniste est un suivant des Dieux Sombres ne peut pas bien se terminer, c'est contractuel. Bref, une nouvelle bien sympathique, à conseiller à tous les amateurs des Fab 4 (et aux autres), de l'humble Nurgling au vénérable Prince Démon.

 

1 : Ce que je trouve personnellement dommage, car j'aurais bien aimé voir Souchon tenter d'aller voir sous les jupes des Gloomspite Gitz. On avance. 

 

2 : M'est avis qu'ils ont du abuser de champignons et de lichens pour avoir ainsi perdu la notion du temps.

 

***

 

À l’heure des comptes, je dois reconnaître que je suis plutôt satisfait de la qualité et de la consistance de cette anthologie (dont la couverture chromée et Stormcastée me faisait honnêtement craindre le pire). Comportant une majorité de nouvelles intéressantes, bien construites et/ou distrayantes, Oaths & Conquests a également pour lui de brasser large en matière de factions couvertes, y compris certaines jusqu’ici discrètes dans les pages de la Black Library. On attendra encore un peu pour les Seraphons, mais pour le reste, c’est un sans faute. Bien que ne bénéficiant pas d’un grand nombre de contributeurs établis parmi son casting (pas de Reynolds, Haley, Werner, Annandale ici), la jeune garde qui a suppléé ces derniers à la plume levée ne démérite dans l’ensemble pas, et donne envie d’être suivie dans les mois et années à venir. Moi qui m’était emparé de cet ouvrage plus par conscience « professionnelle » que par enthousiasme pur, me voici un peu plus rassuré dans la qualité des recueils de nouvelles siglés Age of Sigmar, et c’est avec curiosité et plaisir que je retenterai l’expérience à la prochaine sortie de ce type. D’ici là, il reste bien d’autres courts formats à chroniquer…

 

- Comme d'habitude, les critiques de ces nouvelles, agrémentées d'éléments fluff pertinents, peuvent être retrouvées dans le sujet central dédié. - 

 

Schattra, promis et conquis

Edited by Schattra
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Ajout des chroniques des nouvelles du recueil Anathemas.

  • anathemas.pngSuffer the Vision (J. Ozga)
  • These Hands, These Wings (L. Gray)
  • A Deep and Steady Tread (D. Annandale)
  • The Shadow Crown (C. L. Werner)
  • Voices in the Glass (R. Strachan)
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Ajout des chroniques des nouvelles d'Inferno! #5.

  • 5-cover.pngWatchers of Battle (B. Counter)
  • Mournclaw (B. Galley)
  • River of Death (A. Stephens)
  • No Matter the Cost (M. R. Fletcher)
  • Trail of Ash (G. Lyon)
  • At the Sign of the Brazen Claw: The Hounds of Nagash (G. Haley)
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  • 1 month later...

Vous souvenez de ce que vous faisiez il y a cinq ans ? C’est la dernière fois que j’utilise cette ouverture, promis juré. Vous l’aurez compris, cette chronique est une réponse du berger à la bergère, à la commémoration des cinq ans de la disparition de Warhammer Fantasy Battle du mois dernier venant s’adosser la célébration des cinq ans de son successeur, Age of Sigmar. Et comme j’aime bien faire les choses symétriquement, quoi de mieux que la critique de la première anthologie de nouvelles publiées (ou plutôt dans notre cas, rassemblées) par la BL pour cette franchise pour prendre la suite du dernier recueil de nouvelles consacré à WFB ? C’est donc logiquement que mon choix s’est porté sur ‘Call of Chaos’, regroupement de 12 nouvelles commercialisées à l’occasion du calendrier de l’Avent 2015 de la Black Library, et faisant la part belle, comme le titre et l’illustration de couverture le laissent deviner sans problème, à l’anarchie la plus totale.

 

Au sommaire de ce premier ouvrage, une majorité de noms connus de l’habitué (Haley, Reynolds, Guymer, Sanders, Thorpe, Annandale, Kyme), et deux petits nouveaux (Clark & Lyon), ayant reçu la lourde tâche d’offrir une première vision de ce, ou plutôt ces, nouveaux Royaumes au lecteur/hobbyiste, à ce stade encore probablement nostalgique du Monde qui Fut. Bien du chemin a été parcouru, et beaucoup d’encre a coulé sous les ponts, depuis ces premiers pas littéraires et il nous faudra donc garder en tête que les auteurs en savaient à cette époque sans doute à peine plus que nous sur ce nouveau terrain de jeu. Ajoutons que les factions d’AoS se comptaient sur les doigts d’une main de Gargant au moment où ces histoires ont été écrites. Soyons donc tolérants si le contenu de ce ‘Call of Chaos’ apparaît répétitif et inimaginatif… Enfin, jusqu’à un certain point, il ne faut pas déc*nner non plus. Surtout qu’avec ses 25€ au compteur, l’ouvrage n’est franchement pas donné pour un recueil de nouvelles. Bref, mes bonnes dispositions envers cette anthologie seront inversement proportionnelles au sentiment d’être pris pour une truffe par les contributeurs de cette dernière. Les voilà prévenus1.

 

1Cinq ans trop tard c’est vrai, mais j’espère qu’ils avaient déjà une éthique professionnelle à ce moment.

 

call-of-chaos-aos.png

 

The Unending Storm – N. Kyme :

 

The Unending StormGhaar’eth (Gareth à partir de maintenant) le Fils de la Guerre, champion de la bande des Sang Forgés1, est un homme qui voit grand. Ayant imposé sa loi sur les Plaines Bestiales (probablement en Ghur) en massacrant tous ses rivaux les uns après les autres, il se dit qu’il serait Bête (c’est fluff) de s’arrêter en si bon chemin, et emmène ses hommes vers un orage tonitruant, considéré par son Prêtre du Massacre, Skarku, comme un bristol de Khorne pour la tenue d’une nouvelle boucherie. La tempête se déchaîne sur la vallée de Varnagorn, où sont plantés quatre totems cyclopéens, que l’on dit mener dans un autre monde, un peu comme le haricot magique de Jacques. Avant que de pouvoir se lancer dans cet ambitieux et exposé solo, Gareth doit toutefois composer avec la présence, assez saugrenue, d’un unique Liberator devant les grandes voies, prêté par Sigmar pour faire le vigile j’imagine. Baptisé Stormrider par Gareth, le Stormcast Eternal ne se dégonfle pas lorsque le champion de Khorne lui saute dessus pour lui racketer son masque (et son crâne avec), bien que l’affrontement tourne rapidement en faveur du chaoteux. Ce dernier, qui n’avait jamais affronté ce genre d’adversaire, est tout surpris lorsque sa victime part littéralement en un éclair, le privant d’un nouveau trophée fashion à mettre à sa ceinture. La vie est parfois cruelle.

 

Nous retrouvons Gareth quelques temps plus tard et quelques hectomètres plus haut, après qu’il ait négocié l’escalade des totems de Varnagorn et atterri probablement en Aqshy, où il s’est fait pirate du désert. Nous le voyons donc s’approcher dangereusement d’un ver des sables de fort beau gabarit, à la recherche d’épice d’un accès vers un autre Royaume, qu’il sait se trouver aux tréfonds du rectum de sa proie. Comment est-ce possible, et comment le sait-il ? Mystère. Age of Sigmar n’a pas de temps à consacrer à ce genre de détail trivial. Sa séance de pêche au gros, qu’il dirige depuis le rostre de sa galère personnelle, comme le psychopathe qu’il est, est interrompue par l’arrivée d’un ost de pioupious clinquants, ou Prosecutors en langage corporate, menés par nul autre que le Stormrider, reforgé de frais. Malheureusement pour le manieur de trident, son surclassement par rapport à sa dernière incarnation ne fait pas le poids face à la force démoniaque de sa Némésis, qui fait Feu (c’est fluff) et l’embroche nonchalamment d’un jet de sa lance, portant le score cumulé à 2-0 en faveur des visiteurs.

 

Vous vous doutez à présent que la scène suivante de la nouvelle est un autre affrontement entre Gareth et son stalker, qui prend place sur le dos d’un cadavre de mammouth animé (ou quelque chose comme ça), et probablement en Shyish. Stormrider est devenu Retributor, tandis que Gareth, la Mort dans l’âme (c’EsT fLuFf), a adopté un Juggernaut à la SPA locale. Leur affrontement, s’il est un peu plus serré que précédemment, se solde à nouveau par la victoire finale du champion de Khorne, qui commence à comprendre qu’il ne sera jamais débarrassé de son adversaire. Et en effet, un quatrième round a lieu dans un marais de Ghyran quelques temps plus tard, alors que les Sang Forgés ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes à la suite d’une campagne d’attrition mal négociée par leur chef, et les ravages du paludisme sans doute2. Stormrider, qui a retenu sa leçon des duels précédents et a obtenu un poste de Knight-Venator de sa hiérarchie, se la joue petit bras et abat Gareth d’une flèche bien placée, sans daigner affronter son ennemi favori au corps à corps. On va dire que ce sont les résultats qui comptent. C’est la Vie (…). C’en est donc fini de Gareth Fils de la Guerre et de sa horde… À moins que ? Car Stormrider pense reconnaître son vieux comparse dans la forme bestiale d’un Khorgorath en vadrouille avec sa bande dans les plaines d’Azyr. Et en effet, c’est bien Gareth, retapé par sa divinité, qui a fait le déplacement, et n’est pas contre la vengeance de la belle du match retour. La légende raconte que nous en sommes actuellement à 835 à 742…

 

Pour ses débuts dans Age of Sigmar, Nick Kyme choisit d’explorer une des caractéristiques les plus marquantes des Stormcast Eternals : leur immortalité. Cette petite nouvelle, répétition ad aeternam/nauseam du combat entre un champion de Khorne et un paladin de Sigmar, fait l’impasse sur l’originalité au profit d’une construction itérative, permettant à chaque round de présenter un petit bout des Royaumes Mortels (dont Kyme arrive bien à retranscrire l’étrangeté et la variété) et une nouvelle classe de Stormcast, depuis l’humble Liberator jusqu’au mortel Knight-Venator. En prime est esquissée l’usure progressive de la Reforge, Stormrider terminant la nouvelle à peu près vide de souvenirs et de personnalité, et se raccrochant seulement à un nom dont il ne se rappelle plus l’origine. L’ultime retour de Gareth, sous sa forme de gorille-poulpe crâneur, fait enfin office de twist final assez bien trouvé de la part de Kyme, qui démontre qu’il n’y a pas que Sigmar qui a investi dans l’économie circulaire. Bref, ça fait la job, comme on dit au Québec, et pour une nouvelle des tous premiers temps d’Age of Sigmar, on ne peut raisonnablement pas reprocher grand-chose à ce ‘The Unending Storm’.

 

1 : À ne pas confondre avec la bande des Sans Forget, une amicale de joueurs de tennis jamais sélectionnés dans l’équipe de France de Coupe Davis dans les années 2000.

 

2 : Les stocks d’hydroxychloroquine du Royaume ayant été dévalisés par la population d’Eaux Grises après une poussée de COVID soudaine.

 

By The Horns – R. Sanders :

 

by-the-horns.png?w=300&h=463Chrysaor le Dévergondé a mené sa horde d’Hédonistes slaaneshi (les Sybariss) à l’assaut d’une tribu de nomades d’Aqshy, qui n’avaient rien demandé à personne et sont logiquement déboussolés par les fumigènes et les brutalités, ni policières, ni policées, employés par les cultistes pour se donner du bon temps. Seul au milieu du carnage, Chrysaor s’en met plein les cornes (à défaut des yeux, qu’une mutation passée a rendu aveugles), ressentant à travers ces organes délicats le monde qui l’entoure. Rejoint par son trio de Démonettes attitrées, qui lui servent à la fois d’auxiliaires de vie (pas facile de s’habiller élégamment quand on ne distingue pas les couleurs), de gardes du corps et des cornes, et, au besoin, de traductrices1, Chrysaor se fait attaquer par la chamane de la tribu, qui ne parvient pas à faire grand-chose d’autre que d’annoncer à son bourreau qu’elle a passé un pacte avec tout le panthéon divin pour provoquer sa perte. Moyennement impressionné par cette malédiction démente, et encore moins par le glaviot qu’il prend en pleine face pour sa peine, Chrystine (& the Queens) prouve à la médisante que, malgré ses basses accusations, il a le cœur sur la main. Enfin, dans.

 

Alors que l’ambiance commence à retomber doucement, faute de bédouins à tourmenter, le sol, lui, part à la hausse. Rien d’anormal à cela car nous sommes dans/sur la Plinte, une région d’Aqshy à la géologie et tectonique indécises, où les montagnes poussent et les vallées se creusent à vitesse grand V, ce qui est pratique pour faire du parapente, mais moins pour faire manœuvrer une armée. En l’état, les Sybariss se retrouvent coincés tout en haut d’un plateau rocheux, et sans le moindre parachute pour rejoindre le plancher des yaks. Cela ne poserait pas de problème insoluble à nos fiers guerriers si l’endroit était désert. Par malchance ou par dessein, ce n’est pas le cas, un ost conséquent de Knights of Aurora faisant de la randonnée pédestre dans les environs. Grâce à ses antennes râteaux, Chrysaor s’aperçoit que la partie est perdue avant d’avoir commencée, ses pauvres 1.000 points de troupes faisant face à un bataillon complet. Comprenant qu’il est sur le point de se faire chambrer, le seigneur de Slaanesh… ne fait absolument rien. Mais vraiment rien. On assiste/écoute donc au massacre des Sybariss, puis des Démonettes, par les stoïques marteliers de Sigmar, avant que Chrys se décide enfin à mettre la main au glaive. Bien qu’il parvienne à renvoyer quelques brutes en sigmarite à la reforge, le Dévergondé finit démantibulé, expérience transcendante pour un jouisseur tel que lui, mais qui se double d’une amère réalisation : Slaanesh n’est pas avec lui, et ne l’a jamais été. Il y a de quoi déposer plinthe, vraiment.

 

Je n’ai pas compris ce que Rob Sanders cherchait à faire avec ‘By The Horns’, ce qui me chagrine un peu. L’histoire qui nous est racontée ici est en effet à la fois très simple et très « étalée », puisqu’elle consiste seulement en l’attaque des Sybariss sur le campement nomade, la malédiction de la chamane, et l’annihilation de la bande d’hédonistes. Cela n’est pas rédhibitoire pour une nouvelle de 12 pages, mais j’ai eu l’impression que Sanders cherchait à faire passer un message ou à provoquer une réalisation de manière assez peu concluante. J’en veux comme illustration le long passage où Chrysaor « regarde » son armée se faire massacrer sans réagir, qui ne m’a pas semblé servir à grand-chose dans la construction ou la conclusion du récit (à vrai dire, je m’attendais à ce que la nouvelle se termine juste après que Chrysaor se soit rendu compte qu’il était piégé et ne pourrait pas s’en sortir). Il n’y a guère que la toute fin de l’histoire, où le héros réalise que sa quête et sa foi ont été vaines, qui apporte un peu de sens à une succession de péripétie martiales convenablement, mais inimaginativement, déroulées par Sanders. Pareillement, l’intervention de la chamane nomade sonne assez creux, sa promesse (tenue, au final) de vengeance tombant comme un cheveu sur la soupe par manque de « préparation » de cette confrontation. À ce stade du récit, Chrysaor est juste un méchant lambda d’Age of Sigmar, qui mérite autant de mourir que n’importe quel autre champion du Chaos des Royaumes Mortels (qui ont tous commis des exactions, j’imagine). D’un point de vue narratif, la malédiction qui lui est jetée est donc trop « banale » pour vraiment fonctionner. Je ne sais pas si j’arrive à bien exprimer mon ressenti face à cette nouvelle, mais je reste en tout cas perplexe devant cette soumission de Rob Sanders, qui m’avait habitué à des travaux plus aboutis.

 

1 : On peut penser ce qu’on veut de Slaanesh, mais au moins il donne une éducation complète à ses démons. Pas comme Khorne, qui mise tout sur l’EPS, ou Nurgle, qui ne jure que pas l’algèbre et les SVT. Je n’ai pas compris ce qu’on faisait dans les écoles de Tzeentch, sans doute parce qu’elles ont la fâcheuse tendance à brûler dès leur ouverture.

 

The Gift of Khorne – G. Haley :

 

the-gift-of-khorne.png?w=300&h=461Gigante le géant (eh oui, il y a des Italiens dans les Royaumes Mortels) s’est donné un objectif précis pour rester dans les bonnes grâces de Khorne, sa divinité tutélaire : raser le petit royaume de Barruscuna, qui résiste encore et toujours aux armées du Chaos qui ravagent Ghyran, bien planqué derrière sa muraille enchantée. C’est un projet au long cours, et semé d’embûches et de défaites, que poursuit notre champion, qui s’est déjà cassé les crocs à plusieurs reprises sur la maçonnerie superlative des honnêtes Barrus. Qu’importe, Gigante a de la ressource, de la ténacité, et une réserve apparemment inépuisable de larbins sanguinaires, tout prêts à mourir pour sa cause. Mieux que ça, Gigi est dans les petits papiers de Khorne, qui l’a arrosé de dons avec une constance admirable et des résultats plutôt monstrueux. En plus d’une taille peu commune et une double queue cracheuse d’acide (son attribut physique favori), notre « homme » est un cyclope à défenses et à cornes. Seul petit problème, qui n’en est pas vraiment un, Gigante a, littéralement, deux mains gauches, ce qui est pratique pour donner des gros coups de hache tout en consultant son profil Tinder, mais tout de même handicapant quand on veut que les choses soient faites.

 

La nème fois est toutefois la bonne pour le pillard obstiné, et ses canons à crânes parviennent à faire une brèche dans les défenses de Barruscuna. Menant ses hommes par l’exemple, Gigante se rue à l’assaut et fait un grand carnage parmi les pauvres piquiers Barrus, dont l’entraînement n’a pas couvert le délicat art de mettre hors de combat un Élu de Khorne à deux doigts/griffes/tentacules (rayer les mentions inutiles) de l’élévation démoniaque. Alors que les carottes de Ghyran semblent cuites pour la principauté, les derniers bataillons de soldats étant repoussés sur les rives d’un lac (et ne savant probablement pas nager), un miracle se produit : les Stormcast Eternals arrivent ! Tout cela n’était en fait qu’une ruse pour forcer la horde chaotique à attaque franchement, et les braillards de Khorne sont bientôt coupés en deux par un fin mais solide cordon de sigmarite. Nullement impressionné par ce retournement de situation, ou ne disposant plus des capacités cognitives suffisantes pour s’en inquiéter (au choix), Gigante repère le meneur ennemi, un Lord Celestant totalement marteau1, qu’il souhaite offrir au Dieu du Sang pour enfin monter de niveau.

 

Le combat qui s’engage, bien que plus serré qu’à l’habitude pour Gigante, qui se mange quelques bonnes pralines pour sa peine, finit par tourner en faveur du mutant, qui broie à mains nues le Stormcast dans sa coquille. Ce triomphe est toutefois de courte durée, car la perte de leur commandant n’a pas empêché les meilleurs de Sigmar de repousser les cultistes, et d’encercler le meneur adverse, sans échappatoire pour ce dernier. À moins que…

 

Révélation

À moins que Khorne ne se décide à troller tout le monde, et à accorder le don « ADN instable » à son champion, qui prend alors l’aspect d’un kit Play-Doh laissé à la disposition d’une classe de petite section de maternelle : coloré, mou et informe. Totalement incapacité par ce cadeau divin, Gigante est une proie facile pour le Lord Castellant de faction, qui se fait un devoir d’éclairer son ennemi sur ses choix de vie discutables et ses mauvaises fréquentations, avec des résultats incendiaires. La hiérarchie chaotique n’est définitivement pas une méritocratie.

 

Guy Haley met au goût d’Age of Sigmar un trope classique de la GW-Fiction, à savoir l’Élu du Chaos qui finit consumé (dans tous les sens du terme) par les attentions de son Dieu, au lieu d’accéder à la démonification à laquelle tous aspirent. Rien de nouveau sous les soleils d’un point de vue histoire, le fluff, romancé ou non, regorgeant de destinées semblables à celle de Gigante, depuis Kurt von Diehl dans ‘The Laughter of Dark Gods’ jusqu’à Scyla Anfingrimm dans les Livres d’Armée Guerriers du Chaos. Haley livre une copie correcte, généreusement dosée en action et saupoudrée de suspens, mais décidément bien courte pour une nouvelle vendue 3,49€ à l’unité, ce qui place la page à près de 50 cents. J’aurais été atterré de payer autant pour cette micro-fiction à sa sortie, et la pilule est toujours amère à avaler aujourd’hui (d’autant plus que ‘Call of Chaos’ n’est pas donné). Voilà pourquoi il faudrait que la BL indique le nombre de pages dans le descriptif des nouvelles, ou adapte plus finement ses tarifs en fonction de la taille des courts-formats proposés à la vente2. Malgré la sympathie que m’inspire Guy Haley et le caractère satisfaisant de ‘The Gift of Khorne’, je dois donc accoler l’étiquette « arnaque » à cette nouvelle. Parfois, la taille compte.

 

1 : J’en veux pour preuve qu’il en porte jusqu’au bout de sa cape.

 

2 : C’est quand même dingue que pour 7€ je puisse acheter ‘The Gift of Khorne’ + ‘The Prodigal’, soit 15 pages au total, ou l’anthologie (format papier) ‘Sacrosaint & Autres Récits’, qui en fait 520.

 

Daemon of the Deep – R. Sanders :

 

daemon-of-the-deep.png?w=300&h=464Dans le paradis rutilant d’Ersatz, île de la Mer de Verre, en Chamon, un seul homme vient briser l’harmonie et la beauté qui caractérisent ce royaume gâté par la nature : Silas Sheldrac. Car le bougre est bossu, ce qui fout la honte à la famille royale dont il est membre. Isolé par sa disgrâce physique, il passe ses journées cloîtré au sommet de la plus haute tour du palais paternel, afin d’éviter les regards blessants et horrifiés de ses concitoyens mieux lotis, et de laisser le temps au concept de to-lé-ranc-e de faire le voyage depuis le continent. Ce qui prend du temps. Malheureusement pour notre héros, pas méchant pour un sou, un jour ses princes (et frères) sont venus, et pas pour lui claquer la bise ou la bosse, mais bien pour se débarrasser une bonne fois pour toutes du vilain petit canard de la lignée, sur le conseil avisé de Maître Norvik, un Prêtre de Sigmar venu du royaume voisin de Tesseraq en compagnie de Dame Teagan, promise au fils aîné du Roi Lundal (père de Silas), Rodric. Car en Tesseraq, le culte du grand barbu au marteau se teinte méchamment d’eugénisme, conséquence imprévue mais compréhensible de la tendance de Ziggie à choisir des bêtes de concours pour rejoindre ses Stormcast Eternals, destin dont tous les membres des peuples libres rêvent sans doute un peu. Bref, Silas est trop moche pour vivre, et, malgré l’héroïque intervention de sa presque future belle sœur en sa faveur, il est traîné manu militari jusqu’à la Grotte, qui sert de décharge publique (et de temps en temps, de point de collecte de bébés contrefaits) à Ersatz. Faisant fi des protestations et des supplications de leur frère, Rodric et Hearn font balancer Quasimodo dans la caverne, espérant sans doute que la chute le tue.

 

La présence et le positionnement stratégique d’une quantité phénoménale de poissons pourris sauvent toutefois Silas d’une mort précoce, bien que notre héros récolte quelques bleus et fractures pour sa peine. Se croyant abandonné dans les ténèbres nauséabondes, il a la surprise de voir un tas d’ordures prendre la forme d’un Grand Immonde et engager la conversation d’un air affable et compatissant. Pas besoin de s’appeler Eldrad pour deviner que le bossu va finir par se ranger aux arguments de son nouveau (et premier) meilleur ami, qui répond au doux nom de Hergustagrue, et propose à Silas de rejoindre Papy Nurgle, un dieu avec une vraie fibr(omyalgi)e sociale. Commence alors un apprentissage de quelques années, pendant lequel Silas va manger beaucoup de poissons pourris (c’est bon pour la mémoire), et passer son BTS de sorcellerie, sous le mentorat attentif du démon.

 

Son diplôme en poche (s’il en a, ce qui n’est pas sûr), Silas retourne à la surface, et fait une entrée remarquable, à défaut d’être remarquée – il se jette un sort d’invisibilité et d’inodorité – en provoquant un échouage massif de poissons sur le littoral d’Ersatz, ce qui consterne les pêcheurs. L’un d’eux envoie son fils Mungo porter la nouvelle au château des Sheldrac et quérir le Prince Rodric… qui a d’autres choses à faire (violer ses concubines, sans doute). D’ailleurs, l’ambiance est vraiment glaciale à la cour, Hearn manquant d’écorcher vif un de ses servants parce qu’il a eu le malheur de rater une maille sur son dernier pull-over, la marmaille de Rodric rivalisant de vice pour attirer l’attention de leur père indigne, et Maître Norvik étant tellement obnubilé par sa quête de perfection physique qu’il se rue sur Mungo un couteau à la main pour lui retirer le grain de beauté disgracieux qu’il arbore au menton. Fort heureusement, le brave Silas intervient à ce moment, et fait son affaire à l’esthète surineur. Cela ne sauvera pas Mungo longtemps, notez, mais c’est toujours mieux que rien.

 

Comme vous pouvez vous en douter, le culte de Slaanesh a depuis longtemps remplacé celui de Sigmar sur Ersatz, dévoiement logique compte tenu du maniérisme et du souci de l’apparence déjà bien ancrés chez les locaux. Tous les tutos maquillage et les cours de zumba du monde seront impuissants pour combattre l’épidémie de peste ichtyenne que le sorcier purulent et revanchard fait s’abattre sur son ancien foyer, et qui n’épargne que la Dame Teagan, enfermée par Rodric dans l’ancienne chambre de Silas après qu’il se soit aperçu que sa promise avait trop de principes moraux à son goût. Bien que Silas ne veuille aucun mal à la seule personne qui l’a défendu lors de son expulsion, son aspect peu ragoutant et ses méthodes de règlements de compte radicales (tout le monde se change – douloureusement – en Portepeste) plongent la captive dans la folie. Gentleman jusqu’au bout des ongles – s’il lui en reste – Silas promet cependant à sa bonne amie de la ramener chez elle, en compagnie de sa petite armée démoniaque et du réjoui Hergustagrue. La croisière va vraiment s’amuser…

 

C’est un grand oui de ma part pour ce ‘Daemon of the Deep’, qui coche toutes les cases de la nouvelle sympathique dans mon cahier des charges : une intrigue robuste (même si pas hyper surprenante), des personnages intéressants (avec des gentils méchants et des méchants gentils, et vice et versa), un minimum de suspens/surprise (Slaanesh qui se cachait sous Sigmar), un respect du lore établi (le caractère à la fois sympathique et impitoyable de Nurgle) et quelques ajouts notables au fluff. Il n’y a rien à dire, c’est du solide de la part de Rob Sanders, qui signe ici l’un des classiques du catalogue Nurglesque d’Age of Sigmar à n’en pas douter.

 

The Last Gift – J. Reynolds :

 

the-last-gift.png?w=300&h=464C’est l’heure du règlement des comptes, du vidage des querelles et l’effacement des ardoises à Rot-Horn, forteresse naturellement délabrée et insalubre du champion de Nurgle Ephraim Bollos, aussi connu sous le nom de Seigneur Rotskull. Sa Némésis, le flamboyant et acerbe Ompallious Zeyros, a emmené sa bande de Disciples de Tzeentch à l’assaut du bastion pestiféré, avec la ferme intention de faire d’une pierre deux coups. En plus de se faire bien voir du patron en massacrant du prouteux, Zeyros souhaite se venger de Bollos, qui dans un temps très lointain, était un de ses frères d’armes. Sa défec(a)tion soudaine et son ralliement à sa majesté des mouches, s’ils restent voilés de mystères pour le lecteur, ont en tout cas poussés par réaction l’ombrageux Ompallious à choisir le chemin opposé sur ce grand rond-point qu’est le Chaos. Après des siècles à se courir après et se faire de coups fourrés, il semble que cette fois-ci soit la bonne pour notre héros, dont les humanoïdes associés ont triomphé de leurs putrides ennemis. C’est donc l’heure du date final entre un Zéro et un Bolos. Quel casting.

 

Après avoir déambulé quelques temps dans les coursives moisies de Rot-Horn, Zeyros arrive dans la salle du trône où l’attend gentiment Bollos. La DLC de ce dernier est tellement dépassée qu’il a commencé à se répandre aux alentours, ne faisant plus qu’un avec la moquette à deux mètres à la ronde. Ce qui est certes exceptionnel d’un point de vue organique, mais guère pratique lorsque l’on veut/doit déguerpir pour éviter de se faire hacher menu. L’état proprement végétatif de Bollos n’affecte cependant pas sa bonne humeur, et il fait bon accueil à son vieil ami, qui, lui, n’a pas d’aussi bonnes dispositions envers son imposante personne. Le petit dialogue qui s’en suit permet toutefois à Bollos de faire comprendre à son futur meurtrier qu’il lui doit beaucoup, et en particulier sa raison de vivre, la poursuite du renégat ayant obnubilé les pensées de Zeyros pendant des décennies. La philosophie zen de son gros copain crasseux ne convainc cependant guère notre héros, qui finit par tailler le problème dans le vif, avant d’y mettre le feu pour faire bonne mesure. Sans se départir de son calme et de sa bonhomie, Bollos saisit le bras de son bourreau et lui annonce qu’il lui fait un dernier cadeau avant de rejoindre pour de bon le jardin de Papy Nurgle…

 

Révélation

…Et ce cadeau, c’est une jolie MST (Maladie Sporiquement Transmissible), Zeyros n’ayant pas eu d’autre choix que d’inhaler quelques particules corrompues par Bollos durant son œuvre de purification incendiaire. C’est ainsi que le vaincu parasite le vainqueur, et poursuit son existence sous une autre forme, dans une fusion intéressante des credos de Nurgle et Tzeentch. Le changement, c’est purulent ! Mais comme dit la chanson, ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine.

 

Avec ses huit pages bien pesées, dont au moins la moitié est consacrée au récit, savamment obscur, de la rivalité entre ses deux protagonistes, ‘The Last Gift’ constitue une bien belle introduction à la saga de l’assez sympathique1 Ompallious Zeyros, aussi nommé le Chevalier Radieux (mais pas ici), plus largement couverte dans ‘Order of the Fly : Tourney of Fate’, autre nouvelle du prolixe Josh Reynolds. En revanche, pour qui juge ce très court texte sur ses propres mérites, et son prix prohibitif de 3.5€, le constat sera sans doute plus réservé. Pas que Reynolds démérite avec cette petite parabole sur la nature circulaire de la philosophie de Nurgle, mais le lecteur n’en a clairement pas pour son argent. Bref, si vous devez choisir, prenez plutôt le plat principal que l’amuse-gueule, vous ne serez pas (ou moins) déçu.

 

1 : Tout personnage de GW-Fiction qui commence sa carrière littéraire par un « Tu l’as dit bouffi » (ou l’équivalent) bénéficie de ma bienveillante neutralité. Ajoutons à cela que Zeyros peut compter sur un sidekick peu commun, une Horreur Bleue sarcastique et jemenfoutiste du nom de Tugop.

 

The Prodigal – D. Annandale :

 

the-prodigal.png?w=300&h=460Il était une fois une ville de lumière, qui n’était ni Paris, ni Beyrouth, mais Lykerna. Située dans le Royaume d’Hysh, elle se situait au cœur d’une montagne, ce qui est plutôt improductif en termes d’ensoleillement, mais n’empêchait pas la cité de faire péter les lux, grâce à un astucieux système de miroirs de marbre. L’avantage de cet emplacement troglodyte était d’ordre sécuritaire, la réclusion volontaire et la difficulté d’accès à Lykerna protégeant efficacement ses citoyens, tous de bons Tyrionites, des déprédations des bandes du Chaos rôdant à la surface.

 

Cette tranquillité se retrouva toutefois brisée par le retour triomphal et énervé de Graunos, un natif de Lykerna ayant eu la malchance de naître aveugle. Isolé par son handicap, et soûlé qu’on lui répète sans cesse que ce dernier constitue une bénédiction de Tyrion en personne1, Graunos avait choisi l’exil, et réussi on ne sait comment à devenir un champion de Khorne, à la vue rétablie grâce à un casque un peu spécial2. Après avoir bien bourlingué, Graunos revint au bercail avec sa bande d’affreux jojos, mettant à profit sa connaissance intime de Lykerna pour guider les pillards jusqu’à bon port (ce qui me paraît compliqué tout de même du fait de sa vision partielle, à moins qu’il n’ait dû détruire tous les rochers, stalactites et stalagmites sur le chemin). S’en suit un affrontement à sens unique, durant lequel le rougevoyant champion fracasse un Luminarque et exécute un Hiérophante, avant de mettre Lykerna à feu et à sang. That’s all folks !!!

 

Reconnaissons à David Annadale qu’il faut un sens de l’ironie poussé pour appeler une nouvelle de cinq pages ‘The Prodigal’ (qui peut se traduire par « copieux » ou « conséquent » quand il est utilisé comme adjectif). Bien sûr, ce titre joue sur la parabole biblique du retour du fils prodigue, qui dans notre cas se contente de prodiguer des coups de hache, tandis que l’auteur peine, lui, à fournir des explications satisfaisantes à sa démarche littéraire. What’s the point of all this, David ? Des champions de Khorne qui étaient auparavant plus ou moins gentils, et qui rasent des villes parce qu’ils sont définitivement méchants, la GW-Fiction en compte des tripotées : l’intérêt de cette nouvelle d’une brièveté confondante ne saute donc pas aux yeux. À la rigueur, et si on est très gentil avec Annandale, on peut reconnaître qu’il lève un peu de mystère (qui n’existait pas à l’époque, tous les Royaumes étant des terra incognita) sur Hysh, et qu’il présente un personnage développé plus en détails plus tard3. Si on est très gentil, et pas très proche de ses sous s’entend, car à 70 cents la page, cela fait cher le teasing. Finalement, le plus prodigue dans cette histoire, c’est sans doute le lecteur…

 

1 : Que le fluff d’Age of Sigmar a transformé en Donald Trump aelfique, ce qui est triste tout de même.

 

2 : D’après ce qu’en dit Annandale, Khorne permet à son champion de voir les choses qu’il doit détruire, et uniquement celles là. Je serais à sa place, j’éviterais les miroirs (des fois que le Dieu du Sang soit d’humeur trollesque).

 

3 : Graunos reprenant du service dans ‘Neferata : The Dominion of Bones’.

 

The Crystal of Fate – G. Haley :

 

the-crystal-of-fate.png?w=300&h=482La guerre ne se passe pas très bien pour le Duc Phostrin des Bancs de Ciel, son pré carré et céleste de Chamon étant en plein sur la route des légions vengeresses de Sigmar. Pas la peine d’espérer une cohabitation avec les nouveaux arrivants, car Phostrin est un Seigneur de Tzeentch et aura donc du mal à convaincre les Stormcast Eternals de le laisser tranquille. Fort heureusement, à défaut de pétrole, ou d’éther-or, Phostrin a des idées, et a conclu un marché avec un sorcier excentrique vivant dans une tour de 1.600 mètres de haut1 pour aller piller un sanctuaire bien particulier à la recherche de quelque relique mystique qui lui donnera l’avantage dans les combats à venir. Après avoir capturé un mutant particulièrement difforme dans les environs, et s’être tapés l’ascension du donjon jusqu’au salon de leur hôte, Phostrin et sa garde rapprochée d’Elus (qui se doutent certainement que leur destin sera de mourir en cours de route) laissent l’arcaniste – Chalix le Gaulois – réaliser un beau mandala à la craie, avant de sacrifier le X-Man rapporté par ses visiteurs, et ouvrir une porte vers la banlieue du Labyrinthe de Cristal de Tzeentch. Il est temps pour la petite bande de passer de l’autre côté du miroir, et de commencer sa quête pour le légendaire Cristal du Destin.

 

Comme on peut s’en douter, le chemin est semé d’embûches, qui viennent à bout de trois des cinq gardes du corps du Duc, victimes des crocs des Hurleurs qui chassent en meute dans la région, ou de leur propre reflet animé. Et, lorsqu’enfin les survivants parviennent à bon port, c’est au tour de Chalix de révéler sa fourberie, en utilisant les pouvoirs du Cristal pour, le croyez-vous, cristalliser ses compagnons dans un éclat de rire mauvais. Scandalisé, mais pas stendhalisé, par cette trahison dont il se doutait tout de même un peu (on ne devient pas Champion de Tzeentch en faisant confiance à son prochain), Phostrin, qui a été sauvé par l’anneau enchanté hérité de son grand-père, met à mort le sorcier pour récupérer le fameux Cristal. Persuadé qu’ingérer ce dernier lui permettra d’accéder au statut de Prince Démon, et donc de pouvoir faire défendre son fief par des hordes d’Horreurs et d’Incendiaires, il ouvre grand son gosier et gobe le talisman, avec des conséquences évidemment spectaculaires…

 

Révélation

…Mais peu satisfaisantes de son point de vue. Car s’il a bien été démonifié, le Duc réalise bientôt qu’il est devenu un minuscule homonculus enfermé à l’intérieur du Cristal du Destin, et à la merci du propriétaire de ce dernier, qui n’est autre que Kairos le Tisseur de Destins. Banni des Royaumes Mortels après une rencontre malheureuse avec les armées de Sigmar, l’Archiduc du Changement n’était pas aussi convalescent que Phostrin et Chalix l’avaient anticipé. Et, s’il a laissé les mortels faire irruption dans sa chambre, c’était surtout pour pouvoir récupérer un nouvel assistant personnel, le précédent étant parti à la retraite (ou quelque chose comme ça) il y a peu. La nouvelle se termine avec la signature d’un CDD2 entre les deux parties, et le début de la formation de Phostrin pour devenir le parfait auxiliaire de non-vie dont Kairos a besoin au quotidien, cécité présentielle oblige. Voilà qui apprendra à notre fouineur de héros à laisser tranquilles les affaires des autres.

 

Petite nouvelle de quête d’une relique mystique, et au final « maudite », par une bande d’aventuriers endurcis (trame classique de la littérature med-fan s’il en est), ‘The Cristal of Fate’ se démarque – un peu – de la concurrence grâce à quelques trouvailles de Guy Haley, comme l’intéressante inversion de perspective qu’il donne au cadre de son récit (contrairement au Monde Qui Fut, c’est le personnage chaotique qui doit défendre son royaume, ou ici duché, contre la venue d’une armée d’envahisseurs apparemment invincibles), ou l’utilisation de deux têtes connues au casting de son histoire, luxe permis même en ces temps précoces d’Age of Sigmar par la fameuse ubiquité démoniaque. On glane également quelques éléments de fluff sur Chamon, les bêtes zodiacales et le Labyrinthe de Cristal, ce qui n’est pas à jeter. Une soumission très convenable, à défaut d’être follement originale, de la part de Guy Haley, en somme.

 

1 : Petite conversion de ma part sur la base des 9.000 marches dénombrées par Haley au début de sa nouvelle. La loi de Blondel considère que la hauteur optimale d’une marche est de 17 centimètres, mais j’ai arrondi à 18 pour des raisons fluffiques.

 

2 : Neuf éternités et un jour. On peut tout de même considérer que Phostrin bénéficie d’une certaine sécurité de l’emploi.

 

Gorechosen – A. Clark :

 

gorechosen.png?w=300&h=485La tribu du Crâne de Fer, joyeux rassemblement de sympathisants de Khorne, dévaste Aqshy sur son passage sous le commandement de son Prêtre du Massacre, le visionnaire Akhagor. Meneur charismatique de la petite armée, Akhagor doit cependant composer avec l’ambition non dissimulée d’un autre champion, le Deathbringer Vorhak, qui ne se gène pas pour contester ses décisions, et en particulier le peu d’empressement du Prêtre d’aller rejoindre Korghos Khul, qui rassemble le ban et l’arrière-ban chaotique pour endiguer la marée métallique de Sigmar. De son côté, Akhagor préfère traîner dans l’arrière-Royaume d’Aqshy, et tient absolument à visiter le Scorchpit, un gigantesque cratère volcanique recouvert de forêts et sillonné par des bandes rivales. Sanguinaire mais pas téméraire, Vorhak prend cependant bien soin de ne pas franchir la ligne blanche rouge avec son boss, qui tolère son insubordination pour des raisons aussi mystiques que mystérieuses.

 

Le trek sauvage dans lequel les Crânes de Fer s’embarquent à la suite de leur champion ne manque pas de décimer la farouche tribu, dont la grande majorité des guerriers finira par connaître la mort violente à laquelle chaque Khorneux aspire, sous les lames des autres factions tournant en rond dans la pampa, ou bien au cours des amicales joutes gladiatoriales organisées chaque soir au moment du bivouac1. La relation entre les deux hommes forts ne s’améliore cependant pas des masses pendant le périple, chacun rivalisant d’exploits martiaux pour s’attirer la fidélité de ses suivants. Lorsque les derniers survivants, qui ont tous gagné une dizaine de niveaux au passage, finissent enfin par sortir du Scorchpit, Vorhak tente sa chance et déclenche une bagarre générale, pendant laquelle il se rue sur son rival…

 

Révélation

…Bien qu’ayant d’abord la main haute dans le combat, le Deathbringer commet l’erreur de sous-estimer son adversaire, qui lui sert la feinte du Père Lafeinte et le décapite sans cérémonie, envoyant s’écraser son cadavre dans le cratère dont il venait à peine d’émerger. C’est là le signe indubitable de la volonté de Khorne, qui préfère que ses champions s’illustrent dans un conflit éternel et peu glorieux, plutôt que d’aller rejoindre la pose de ce causeur de Khul (ou l’inverse). Après tout, si l’herbe est toujours plus verte ailleurs, le sang, lui reste tout aussi rouge…

 

À travers sa nouvelle d’exposition des entrées du (à ce stade futur) Tome de Bataille des Lames de Khorne (Prêtre du Massacre, Deathbringer, Bloodreavers, Skullreapers, Chevaliers sur Juggernaut…), Andy Clark arrive à faire passer un message intéressant, central dans le credo de ce Dieu mais rarement mis en perspective de cette manière dans les œuvres de la GW-Fiction : qu’importe d’où coule le sang. Si en général, cet axiome est illustré par les nombreuses luttes intestines et fréquentes auto-décapitations qui font le charme des bandes guerrières de Khorne, Clark pose le problème d’une façon plus originale : le Dieu du Sang se contrefiche que ses guerriers participent à une grande croisade en son nom ou passent leurs journées à zoner dans le sous-sol du Super U de Brive la Gaillarde, du moment qu’ils font couler le gros rouge à foison et atteignent leurs quotas crâniens. Seul un vrai fidèle arrivera à mettre ses désirs de gloire personnelle au second plan pour servir son patron de la façon la plus « efficace » qui soit, réalisation capitale qui sépare Akhagor de Vorhak. Nous sommes donc en présence d’une sorte de conte philosophique à la sauce grimdark, que je ne placerais pas au même niveau que ‘L’Histoire d’un Bon Bramin’ de Voltaire, mais qui mérite certainement la lecture pour de l’Age of Sigmar.

 

1 : Akhagor profite d’ailleurs de ces moments de convivialité pour siroter son cocktail favori, un blood & sand un peu spécial composé du sang de sa dernière victime, de malepierre et d’ichor démoniaque, saupoudré de poudres alchimiques et relevé d’un trait de tabasco.

 

The Eighth Victory – G. Lyon :

 

the-eighth-victory.png?w=300&h=484Les derniers mois ont été intenses pour Krev Deathstalker et son armée de Lames de Khorne. Assaillis sans relâche par les forces de Sigmar, les chaoteux ont réussi à vaincre à sept reprises leurs adversaires, mais au prix de lourdes pertes. Et, bien que Deathstalker fasse preuve d’un optimisme à tout épreuve auprès de ses lieutenants, dont le vieux Prêtre du Massacre Drane fait partie, les grands desseins de leur chef, persuadé que l’élévation démoniaque sera sienne s’il parvient à atteindre le chiffre magique de huit victoires, suscitent quelques froncements de sourcils parmi les membres de son Comex. Finalement, il revient au Deathbringer Koroth de provoquer une petite explication de texte avec son boss, sous la forme consacrée d’un honnête combat à mort. L’impétueux impétrant voit toutefois ses espoirs douchés par la survenue d’une averse de sang corrosif, manifestement déclenchée par Khorne en personne à la demande de Krev, et qui transforme l’Élu en flaque de barbaque en l’espace de quelques secondes. Le don démoniaque « peau en sucre » n’a pas que des avantages, finalement.

 

Après avoir remis de l’ordre dans sa maison, il est temps pour Deathstalker de mener son armée, très diminuée, à la bataille contre une nouvelle vague de Stormcast Eternals. Étrangement, il insiste pour rester en retrait des combats et garder Drane à ses côtés, pendant que les autres champions prennent place au cœur de la ligne rouge. L’affrontement qui s’engage tourne rapidement en faveur des Sigmarines, dont la puissance, la discipline et l’équipement surclassent facilement les hordes braillardes et chichement vêtues de Deathstalker. Ce dernier reste cependant très calme au fur et à mesure que la situation dégénère et que Drane lui rapporte la mort successive de ses lieutenants, jusqu’à ce que seuls le Prêtre du Massacre et le Seigneur de Khorne demeurent pour guider les quelques dizaines des Bloodreavers survivants de la « horde » de Krev. Il serait peut-être temps d’agir maintenant, non ?

 

Révélation

…Et en effet, Deathstalker passe finalement à l’action. Il explique posément à son dernier sous-fifre qu’il a fait exprès de mener son armée dans une bataille qu’il ne pouvait pas gagner, dans le but d’offrir à Khorne le sang et les morts glorieuses de héros renommés nécessaires à sa promotion prochaine. Comme les Stormcast Eternals ne sont guère partageurs en termes d’hémoglobine et de crânes, leurs restes mortels étant prestement récupérés pour la Reforge par leurs très efficaces moyens généraux, il est revenu aux Lames de Khorne de se taper le sale boulot. Drane devine alors qu’en tant que huitième et dernier membre survivant du cercle intérieur de Deathstalker, il peut commencer à numéroter ses abattis, et se fait sans surprise couper en deux après un court et inégal combat contre son fourbe de patron. Cela en valait toutefois la peine car Deathstalker débloque bien un nouveau skin, ainsi que la capacité d’ouvrir un portail vers les Royaumes du Chaos, ce qui lui permet de remporter finalement la victoire, grâce à l’afflux de troupes fraîches et motivées. Toujours garder son objectif final en vue, c’est la clé des grands Champions. 

 

Autre nouvelle surfant sur la vague sanguinaire du « je m’en fous d’où ça vient du moment qu’il y en a », ‘The Eighth Victory’ aborde une facette importante de la philosophie de Khorne, mais de manière plus passable qu’inspirée1. Les manigances de Deathstalker sont assez transparentes pour le lecteur au fait de son fluff, faisant tomber à plat l’incroyable révélation de ce petit malin de Seigneur du Chaos. À noter tout de même que les Stormcast Eternals en prennent pour leur grade dans cette histoire, à commencer par le piteux Meros Oathkeeper, qui fait ici preuve de l’intelligence, du courage et de l’adresse martiale d’un Nurgling. Les effets secondaires de la Reforge, sans doute…

 

1 : Dommage pour Lyon, mais le positionnement de sa nouvelle juste après le ‘Gorechosen’ d’Andy Clark, qui utilise le même concept comme twist final, dans l’anthologie ‘Call of Chaos’, ne joue pas en la faveur de ‘The Eighth Victory’.

 

Godless – D. Guymer :

 

godless.png?w=300&h=485« Perdu Dieu. Aperçu pour la dernière fois entre Ulgu et Hysh. Câlin et joueur, mais ne répond pas à son nom. Forte récompense (en nature). » Alors qu’ils collaient des affiches dans tous les recoins des Royaumes Mortels pour tenter de découvrir où est passé ce fripon de Slaanesh, Shahleah et sa bande d’Hédonistes sont dirigés par leurs dernières victimes hôtes en date vers la cahute d’un oracle démoniaque, qui pourrait peut-être les aider à resserrer un peu le périmètre de recherche. Après tout, c’est à ça que servent les devins. Pas de bol pour nos quêteurs dépravés, l’individu en question semble être plus qu’à moitié fou, et passe autant de temps à discuter avec son ombre (qui s’appelle Jago) qu’à répondre, de manière peu concluante mais il fallait s’y attendre, aux questions de ses visiteurs. En plus de la Championne Shahleah, qui a hérité du fardeau du commandement parce que, justement, c’est un fardeau, trois autres individus hauts en couleurs ont fait le déplacement : le cosplayer de Shun des Chevaliers du Zodiaque et sado-masochiste Cruciax, la sculpturale et très tendance Prefuria, et la sublime drama queen Hel’ein. Si la discussion trouve rapidement à l’aigre, et finit, comme on pouvait s’y attendre, par le décès brutal de l’oracle (qui demandait rien de moins que de parler en premier à Slaanesh après sa redécouverte pour assister nos héros), notre quatuor de pisteurs est mis sur le chemin de l’Astrosanct, une relique des temps anciens où seraient archivés tous les événements des Royaumes Mortels. Voilà qui est intéressant.

 

La route vers l’Astrosanct est, comme on pouvait s’y attendre aussi, semée d’embûches, les ténèbres grisâtres d’Ulgu se révélant peuplées d’escadrilles de proto-Nighthaunts (nous sommes en 2015) fort peu amicaux. Rien de très sérieux pour les Hédonistes cependant, qui se font un plaisir de repousser les assauts sépulcraux des stalkers embrumés. Les choses prennent toutefois un tour un peu plus sérieux lorsque la bande arrive enfin à destination, devant un bâtiment en bronze recouvert de symboles mystérieux, dont beaucoup représentent des astres…

 

Révélation

…Et annoncent un désastre pour les suppôts de Slaanesh, car la garnison de Seraphons qui constitue le service d’Ordre de l’Astrosanct ne tient pas vraiment à accueillir du public. Un régiment de Saurus se téléporte soudainement devant les cultistes, menés par un Sang Ancien affectueusement baptisé Eclipse par Shahleah, sans doute en hommage au fameux cheval de course du XVIIIème siècle, avec la ferme envie d’en découdre. La bataille qui s’ensuit, bien que plus serrée et exigeante pour nos héros que la précédente, est finalement remportée par les Hédonistes, qui peuvent accéder aux archives tant convoitées. Trouveront-ils à l’intérieur un indice qui les rapprochera de leur cher/chair disparu(e) ? Mystère et boule de gomme. Mais, comme le dit Shahleah à ses collègues (en substance) : « C’est le jeu ma pauvre Lucette ». 

 

David Guymer réussit un tour de force avec cette nouvelle, qui exploite parfaitement le statut AWOL de Slaanesh, une des grandes nouveautés du fluff chaotique d’Age of Sigmar par rapport à Warhammer Fantasy Battle, et présente donc l’intérêt de sortir le lecteur de sa zone de confort et de l’emmener loin des sentiers battus et des stéréotypes éculés trop souvent attachés aux Guerriers du Chaos. On bénéficie également d’une mise en perspective intéressante de la mentalité des Seekers, à la fois désespérés et physiquement éprouvés par l’absence de leur Dieu, mais incapables de refréner leur nature débauchée et jouisseuse même lorsque cela va à l’encontre de leur quête (comme tuer l’oracle alors qu’ils auraient peut-être eu besoin de lui plus tard pour Shahleah et Cie) Voilà pour le fond. La forme est également digne de louanges, car l’auteur parvient à convoquer des personnages d’une singularité et d’une définition (plutôt qu’une profondeur, car il faut tout de même raison garder pour une nouvelle de moins de 15 pages) rares pour un court-format de la Black Library. Qu’il s’agisse de Shahleah et de ses groupies, ou de l’oracle démoniaque, tous présentent des particularités intéressantes, et des personnalités plus fouillées que le clampin de base d’une nouvelle d’Age of Sigmar. Autre satisfaction, la narration de Guymer s’avère être plus ambitieuse que celles de ses petits camarades, avec des zones d’ombres volontairement maintenues par l’auteur (ce qui est fluff, on est en Ulgu après tout) et qui donnent en vie de relire l’histoire pour s’assurer de n’avoir rien raté la première fois. Enfin, merci à David Guymer d’avoir permis aux Seraphons de faire (enfin !) leur entrée dans la GW-Fiction, je commençais à désespérer de voir les lézards holographiques prendre la lumière. Seule petit bemol, ‘Godless’ se termine sur un énorme point d’interrogation, ce qui laisse envisager une suite. Du moins je l’espère, car j’aurais plaisir à recroiser – littérairement plutôt que littéralement – les païens pailletés de Shahleah…

 

The Sacrifice – G. Lyon :

 

The SacrificeLe Magister de Tzeentch Arioso, surnommé le Sage de Minuit, nourrit, comme c’est le cas de beaucoup de ses collègues, une ambition dévorante. Soucieux de s’assurer qu’il marche sur la bonne voie, il a sacrifié 9*9 victimes, dont la dernière est un vampire outré du traitement qu’on lui inflige, à son Dieu pour obtenir rendez-vous avec un démon, et percer le voile de sa destinée, qu’il espère grandiose. Et en effet, la vision que lui accorde son visiteur est prometteuse : à la tête d’une grande armée, il combattra les Orruks dans la Vallée des Dieux Déchus, et connaîtra une apothéose lui permettant d’atteindre la vie éternelle lorsqu’il mélangera les cendres du sacrifié avec le sang de l’éternel. Seule petite ombre à ce teasing très attrayant, la vision s’interrompt juste au moment où Arioso engage le combat avec le chef de guerre ennemi, une sombre brute sur Mawcrusha faisant deux fois sa taille et cinq fois son poids. Notre héros ne serait donc pas contre un partage du director cut de son avenir, histoire d’être sûr de triompher de cet adversaire balèze. Malheureusement, il se prend une fin de non-recevoir polie mais ferme de la part du démon, et raccroche donc avant que la situation tourne au vinaigre. Après avoir assassiné son acolyte, sans doute pour se passer les nerfs, il collecte les cendres du vampire, carbonisé par la session Skype chaotique, et se met en route vers sa destinée.

 

Neuf (quelle surprise) ans plus tard, et après avoir gagné des milliers de followers de toute allégeance et toute race (même des Skavens, c’est dire), et s’être dégoté une panoplie de Seigneur du Chaos digne de son nom, dont un disque d’or en guise de monture dérobé dans le mausolée de Jauni l’Allité, une liche enfermée dans un pénitencier pour avoir mis le feu à ses souvenirs, souvenirs, Arioso, qui se fait désormais appeler le Roi Doré, est enfin au bon endroit au bon moment. Face à son armée se présente une horde d’Orruks, et, bien qu’il n’ait pas réussi à voir la fin de son combat contre sa Némésis pendant son errance, il est raisonnablement confiant sur ses chances de l’emporter. La suite lui donne d’ailleurs raison, le Big Boss finissant avec une big bosse et raccourci d’une tête après un duel rapidement expédié par l’Élu de Tzeentch. Et en bonus, il n’a même pas perdu toute son armée, comme le démon le lui avait pourtant annoncé. La voyance n’est pas une science exacte, c’est vrai. Rendu dans le temple du fond de la fameuse vallée, et ayant trouvé dans ce dernier un calice rempli de sang, Arioso fait ce qu’on attend de lui et verse le contenu de son cendrier portatif dans le Saint Graal, avec des résultats détonants…

 

Révélation

…Et pour cause, notre héros à la surprise de voir se réincarner devant lui le vampire qu’il avait sacrifié il y a toutes ces années, et qui l’a donc trollé en beauté (le démon, c’était lui – me demandez pas comment –). Le sang du calice appartenait au mort vivant, qui a mis son bourreau sur un plan foireux pour hâter sa propre résurrection. Qu’à cela ne tienne, vous me direz, Arioso reste un Seigneur de Tzeentch ayant prouvé sa valeur au cours de dizaines de batailles et équipé de puissantes reliques… sauf que, non. Le Roi Doré se fait victimiser en trois lignes par son adversaire, qui le transforme en mort vivant à sa solde, accomplissant ainsi la promesse d’une vie éternelle qui lui avait été faite. Une non-vie certes, mais techniquement, c’est correct. 

 

J’aurais bien aimé dire de ‘The Sacrifice’ qu’il s’agit d’une nouvelle très classique mais déroulée de façon convenable par Graeme Lyon, mais le résultat final n’est pas au dessus de tout reproche. Si la duperie dont est la victime Arioso était tellement évidente qu’il serait mesquin de ma part de le reprocher à l’auteur, ce dernier aurait pu faire un peu plus d’efforts pour justifier comment un vampire lambda est capable de se faire passer pour un démon et énoncer une prophétie qui se révèle juste à 95%. On peut aussi s’interroger sur les raisons qui ont poussé le buveur de sang à cacher une poche de plasma dans un squat abandonné gardé par des trillions d’Orruks (très pratique pour aller se refaire facilement une santé en cas de besoin), mais ce serait pinailler. Je pense qu’il y avait moyen de boucler la boucle de façon un peu plus aboutie et logique pour cette histoire, et en tiens donc grief à Graeme Lyon ici.

 

Lord of the Cosmic Gate – G. Thorpe :

 

lord-of-the-cosmic-gate.png?w=300&h=483Après des décennies à en chercher l’emplacement, Rikjard l’Enumérateur (Rikjard of the Many Numbers en VO1), Champion de Tzeentch ayant bien réussi dans la vie, est tout proche d’accéder à la mystique Porte Cosmique, dont la particularité est de mener partout. Dans chacun des huit Royaumes Mortels, évidemment, mais aussi au-delà, et jusqu’au Labyrinthe de Cristal de Tzeentch en personne, où notre héros souhaite mettre à l’épreuve ses derniers calculs. Car Rikjard est un peu le Ian Malcom d’Age of Sigmar, soit un mathématicien génial et imbu de sa personne, spécialisé dans la théorie du Chaos, et dont le but ultime est de coucher sur le parchemin l’équation éternelle, qui permettrait de tout comprendre et donc de tout maîtriser. Vaste programme, pour lequel il faut de vastes pouvoirs et une non moins vaste armée, attributs que Rikjard possède bien entendu.

 

Rendu dans la contrée déjà bien chaotique, car éminemment changeante,  des Mille Portails (à ne pas confondre avec la contrée d’Emile et Image, ou, comme on l’appelle parfois, Toulouse), le Magister convoque ses troupes en un claquement de serres, se livre à quelques savants calculs pour déterminer l’angle et le moment exact de l’ouverture de la Porte Cosmique, qui tournicote dans le ciel comme un fond d’écran animé démoniaque, et donne le signal du départ vers une colline voisine où les astres s’aligneront littéralement pour lui. En chemin, et comme il l’avait prédit, sa colonne est embusquée par une grande armée de Seraphons (on reste dans l’esprit Jurassic Park), dont les frappes en profondeur millimétrées s’avèrent compliquées à contrecarrer. Rien toutefois qui ne fasse transpirer un stratège comme Rikjard, que son vieil oncle wargamer a initié à Domination2, et qui peut également compter sur les Dodécaèdres de Dérive Continentale laissés en libre service sur le champ de bataille pour envoyer ses troupes là où elles sont le plus utiles. Pendant que Disciples, Démons et Dinosaures s’étripent dans la joie et la bonne humeur, Rikjard guette l’arrivée du Slann qui commande les Seraphons, dont il a besoin des connaissances arcaniques pour mener à bien son propre rituel. Il croise bien un crapaud tacheté perdu, lâchement balancé à ses pieds par un chevaucheur de Ripperdactyl opportuniste (on ne change pas une technique qui gagne), mais pas de grenouille impotente en vue, jusqu’à ce que, finalement…

 

Révélation

 

…Ce bon vieil Xalanxymanzik fasse son apparition, attirant à lui tout le contingent démoniaque de l’armée de Rikjard, ainsi que ce dernier et sa cavalerie lourde. Alors que l’assaut des séides de Tzeentch est sur le point d’aboutir, le Magister reçoit l’illumination et ressent l’alignement des Mille Portails, qui s’ouvrent sur la Porte Cosmique. Le grand « Eureka » qu’il s’apprête à pousser en découvrant les derniers éléments de l’équation éternelle meurt toutefois sur ses lèvres lorsqu'il s'aperçoit qu'il a fait une erreur de calcul, et pas des moindres. Eurekaka. S’en suit un plantage complet du cerveau de notre héros, avec des conséquences bien évidemment fatales pour ce dernier. Il était pourtant si près du but…

 

Révélation

…Ou plutôt, Xalanxymanzik était près du but. Car c’est le rusé Slann qui avait guidé depuis ses premières parties de jeux de plateau Rikjard vers sa destinée, dans le but d’accéder au Labyrinthe de Tzeentch pour pouvoir remettre un peu d’ordre dans ce boxon innommable. Trop rationnel pour percer seul les mystères de la Porte Cosmique, Xala’ s’est en effet fait une spécialité de susciter des carrières mathémagiques chez des humains prometteurs, espérant que ces derniers parviennent, avec le petit grain de folie qui les caractérise, à craquer l’équation éternelle et permettre aux Seraphons de porter la guerre directement aux Dieux du Chaos. Ce ne sera pas pour cette fois, mais Xalanxymanzik a tout le temps du monde… 

 

 

Nouvelle sympathique que ce ‘Lord of the Cosmic Gate’, qui voit Gav Thorpe surfer avec brio et inspiration sur les fantasmagories propres au Chaos (ici d’un point de vue plutôt géographique et topographique), et donner au lecteur un aperçu saisissant de l’étrangeté intrinsèque de cette dimension parallèle. Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé le style de Thorpe plus riche et littéraire qu’à son habitude, ce qui est bien sûr positif. En plus de cela, il parvient non seulement à mettre les Seraphons en vedette de son histoire (ce qui intéressera plus d’un amateur Homme Lézard, je gage), mais également à leur donner un véritable potentiel dans l’équilibre des forces d’Age of Sigmar. J’imagine que cela est couvert dans le Battle Tome qui leur est consacré, mais cela n’avait pas été le cas dans mes lectures d’œuvre de GW-Fiction jusqu’ici, et c’est donc un ajout que j’accueille avec plaisir. Cerise sur le linteau (on parle de portail après tout), le twist final de ‘The Lord of the Cosmic Gate’ est plutôt bien pensé et amené, alors que je craignais que les débuts prometteurs de cette nouvelle ne débouchent que sur une sorte de meta rapport de bataille entre Disciples de Tzeentch et Seraphons. Ce n’a pas été le cas, et c’est tant mieux !

 

1 : On peut aussi interpréter ce patronyme peu commun en considérant que notre héros possède un grand nombre de cartes SIM, qu’il utilise pour filtrer les appels des individus qui lui déplaisent.

 

2 : Un jeu qui existe vraiment , et auquel Thorpe a peut-être déjà joué dans sa jeunesse (sorti en 1982).

 

***

 

 

Voilà qui termine cette revue de ‘Call of Chaos’, première anthologie de courts formats pour Age of Sigmar, et malheureusement pas à la hauteur de ses glorieuses (même si un peu baroques et kitsch parfois) aînées. Si l’ouvrage n’est pas sans compter quelques nouvelles valant le détour, ces dernières ne sont pas en majorité, et la brièveté de certaines vient souligner douloureusement le prix excessif de ce recueil. On a donc mieux fait d’acheter les pièces de valeur à l’unité, ce qui est un comble pour ce type de publication. Ajoutons à cela un regrettable manque de coordination entre les différents contributeurs, qui vient faire flotter un air de déjà-lu sur les dernières histoires, un flagrant manque d’ambition de la part de la Black Library sur la ligne éditoriale de cette anthologie1, et des apports en fluff et lore au final plutôt limités (ce qui aurait pourtant dû être un point fort de ‘Call of Chaos’ au moment de sa sortie), et on se retrouve avec un recueil assez classique pour de la GW-Fiction, mais vendu à un prix trop élevé et sur lequel des attentes trop fortes ont été placées. Comme dit le proverbe, les choses se bonifient avec le temps, et c’est définitivement le cas avec la production de courts formats pour Age of Sigmar. Dommage pour ce premier jet, mais cela incite au moins à attendre les prochaines sorties avec impatience!

 

1 : D’autant plus dommage que la BL fit travailler ensemble ses auteurs sur des arcs narratifs communs quelques temps plus tard (‘Mortarch of Night’ par exemple).

 

Schattra, saison haute

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call-of-chaos-aos.pngAjout des chroniques des nouvelles de 'Call of Chaos'.

  • The Unending Storm (N. Kyme)
  • By the Horns et Daemon of the Deep (R. Sanders)
  • The Gift of Khorne et The Crystal of Fate (G. Haley)
  • The Last Gift (J. Reynolds)
  • The Prodigal (D. Annandale)
  • Gorechosen (A. Clark)
  • The Eighth Victory et The Sacrifice (G. Lyon)
  • Godless (D. Guymer)
  • Lord of the Cosmic Gate (G. Thorpe)
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Et nous revoilà partis pour une folle semaine de speed reviewing, grâce/à cause de la Character Week nouvellement lancée par la Black Library. Comme le nom l'indique, il s'agit pour nos amis de Nottingham de mettre en avant leurs héros les plus... hum... caractéristiques, pour le plaisir et l'amusement du lecteur. Ce qui n'est pas une tâche très compliquée en soi pour les contributeurs d'icelle. Nous commençons la semaine avec une sommité, en la personne, aigrie, caustique et mortelle, de Gotrek Gurnisson himself, affectueusement surnommé Planetslayer par les transfuges du Monde Qui Fut, mais jamais quand il est dans le coin. Il a en effet la rancune tenace... 

 

Death on the Road to Svardheim - D. Hinks :

Révélation

 

death-on-the-road-to-svardheim.pngEn route vers la cité de Svardheim pour une raison sans doute logique mais inconnue de l’auteur de ces lignes au moment de l’écriture de cette chronique, le duo le plus mal assorti des Royaumes Mortels1 passe le temps et les kilomètres sur la route 88 (c’est tout plat, désertique et décoré avec des monceaux de crânes) en discutant théologie, comme à leur habitude. Bien évidemment, la situation finit par gentiment dégénérer, l’anticléricalisme blasphématoire d’un Gotrek toujours chafouin de s’être fait rouler dans la farine par les Dieux du Monde Qui Fut mettant sur les dents, qu’elle a éclatante, la dévote Maleneth. À force d’enquiller les bornes, elle finit même par les dépasser, allant jusqu’à accuser son rusé et runé camarade de servir le Chaos, à l’aide de l’argument, bien connu de George W. Bush, du « si tu n’es pas avec moi (et Ziggie) tu es contre moi ». Avant que la situation ne dégénère trop franchement, et que le Tueur vétéran ne doive se trouver encore un nouveau sidekick, les comparses tombent sur le théâtre d’une embuscade ayant été fatale à une bande de prêtres sigmarites, dont les corps décapités jonchent les alentours d’une carriole incendiée.

 

Après une rapide enquête, il s’avère que les assaillants n’ont pas réussi le perfect en matière d’élimination de témoins, une pauvre nonne répondant au nom de Carmina se présentant à nos héros et leur expliquant que sa congrégation s’est fait dérober une relique irremplaçable, le Poing Incorruptible, dont elle avait la charge et promenait de ville en ville pour ranimer la foi des locaux. Avant que Gotrek n’ait pu marquer de nouveaux points d’athéisme hardcore en demandant à Carmina en quoi un poing pouvait être corrompu, pour commencer (il en serait capable le bougre), Maleneth se fait embringuer dans une mission de récupération du saint gantelet, qu’il s’agit simplement de reprendre des mains malpropres d’une petite vingtaine de bandits, retranchés dans une forteresse abandonnée à quelque distance de la route. Rien que de très banal pour notre Tueur, qui accepte toutefois de mettre les formes et de suivre un plan un minimum intelligent (attendre que Maleneth se soit mise en position derrière le bastion pour intercepter d’éventuels fuyards) avant d’aller toquer à la porte le plus naturellement du monde.

 

La prévoyance de l’Aelf paie rapidement car il se fait bientôt jour (enfin, nuit, mais je me comprends) que les brigands sont un peu plus qu’une bande de maraudeurs sanguinaires, mais bien une authentique secte de Khorne, en train d’invoquer un démon de fort belle taille à l’aide de leur collection bien mal acquise de grigris et talismans. Maleneth n’a pas le temps de signaler qu’il y a une courge dans le potage que Gotrek est cependant déjà en train de défoncer la porte et de se tailler un chemin à travers les mobs de bas niveau, jusqu’à poser l’œil sur une Némésis digne de lui, qu’il engage évidemment en combat singulier dans la plus pure tradition du genre. Etant un VIP incontournable du multivers, Gogo est reconnu par son adversaire, qui a la mauvaise idée d’insinuer que le Tueur a fui son monde au moment de la Fin des Temps au lieu de rester et de se battre pour le défendre. Cela met notre nabot en rogne, et les deux adversaires se balancent quelques baffes amicales, sans trop d’effet de part et d’autre, jusqu’à ce que Meleneth ait l’idée géniale de confisquer les reliques ayant été mise à profit pour invoquer le démon, et dont ce dernier a encore besoin pour maintenir sa présence dans les Royaumes Mortels. Au fur et à mesure que les héros shootent dans les breloques, leur adversaire perd en taille et en carrure, jusqu’à finir rachitique et malingre, et se faire décapiter sans cérémonie par un Gotrek enfin à la bonne taille pour jouer de la hache.

Ceci fait, le duo infernal n’a plus qu’à remettre le Poing Incorruptible à la brave (en fait pas trop) et reconnaissante Carmina, qui s’en va à cheval remettre le précieux héritage en sécurité, pendant que nos héros continuent à pied leur périple. Poing/t final de notre histoire ?

 

Révélation

Eh bien non (comme la balise spoiler ne le laissait pas du tout envisager), car lorsque nos voyageurs, fourbus (surtout pour Maleneth) et assoiffés (surtout pour Gotrek) tentent d’obtenir le gîte et le couvert d’un monastère sigmarite croisé un peu plus loin sur la route, se disant à juste titre que tous les culs bénis à la ronde leur sont redevables de leurs récents exploits, c’est pour entendre un son de cloche bien différent. Carmina était en fait une voleuse ayant mené sa bande, déguisée en prêtres, dérober le fameux Poing Incorruptible (mais pas Inatteignable) de la garde des vrais fidèles de Sigmar, en tuant quelques uns au passage. L’abbé outré qui fait ce récit aux voyageurs est persuadé que l’iconoclaste va briser la relique en mille morceaux pour revendre la Pierre de Royaume dont elle est faite au plus offrant, au mépris de tous les commandements de Sigmar. C’est donc une grosse boulette, sur laquelle Maleneth manque de s’étouffer, mais qui ne déclenche chez ce philosophe de Gotrek qu’un rire tonitruant. Il en a certes vu d’autres… 

 

Eh bien ça y est : après avoir laissé Gotrek (et le regretté Felix) à leurs aventures dans le Monde Qui Fut, je renoue enfin avec ce héros mythique sous sa nouvelle incarnation, à travers ce court format signé du père adoptif #3 du Tueur de… trucs, Darius Hinks. Ce qui m’intéressait particulièrement dans ces retrouvailles était de voir ce qui avait changé, et ce qui était resté, des précédentes aventures de M. Gurnisson, qui constituaient un sous-genre de la littérature BL à elles seules. L’équilibre n’était pas facile à trouver entre respect servile du cahier des charges, forcément un peu obsolète, établi par King et Long en la matière, et innovations radicales, qui auraient enlevé tout le sel de ce come-back improbable. Et je dois dire que Darius Hinks s’en est plutôt bien sorti, tant sur le fond que sur la forme. On est bien en présence d’une aventure de Gotrek & Cie, avec notre petit rouquin teigneux, grincheux et pince sans rire s’embarquant dans un combat à haut risque contre un adversaire très balèze (sur le papier en tout cas), au grand désespoir de son partenaire attitré. Ce qui change ici est que Gotrek est devenu un mécréant militant, gardant sa dernière dent contre tout le panthéon divin (à commencer par Sigmar, qui s’en prend plein les tresses), alors que Maleneth est, sous ses abords de tueuse froide, une zélote du grand barbu, ce qui est à la fois surprenant (c’est le type qui la voyait comme une pseudo Assassin druchii qui parle) et intéressant. Notons également que Hinks ne se gêne pas pour glisser quelques références au passé proprement légendaire de son héros et donc à feu Warhammer Fantasy Battle, ce qui devrait faire plaisir autant qu’intriguer le lecteur historique de la saga. Bref, le contrat est bien rempli dans ce 'Death on the Road to Svardheim', qui tient son rang parmi les cohortes de nouvelles Gotrekesques publiées par la BL depuis des temps immémoriaux. Reste à savoir ce que cette dernière compte faire de son increvable héros sur le long terme, maintenant qu’il ne peut absolument plus mourir (ce serait un énorme fail), mais ceci est une autre histoire.

 

1 : Gotrek est un Nain (et pas un Duardin) roux exhibitionniste, et Maleneth est une Aelf brune gothique.

 

 

Schattra, Monday monday...

 

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il y a une heure, gilian a dit :

@Schattra j'avais un peu peur avec Hinks mais du coup je vais peut etre me laisser tenté par tueur de Goules

 

Tu te lances sur Age of Sigmar en plus de Dark Imperium et de l'Hérésie ? ? On ne t'arrête plus! ^^

 

Sinon, c'est le meilleur texte que j'ai lu de Hinks à ce jour. La barre n'était pas très haute et ça ne fait que quelques pages, mais il a sensiblement haussé le niveau par rapport à ses nouvelles pour WFB.

 

Schattra, "ce soir, tête à tête avec Célestine"

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il y a une heure, Schattra a dit :

Tu te lances sur Age of Sigmar en plus de Dark Imperium et de l'Hérésie ? ? On ne t'arrête plus! ^^

On se calme tout de suite ?

J'aurais jamais le temps ... BL sort trop de livre, je me demande même si en VO quelqu'un lit tout...

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On termine cette Character Week avec une des reines de la nuit d'Age of Sigmar, l’irrésistible Nefarata, qui a une méthode bien à elle pour négocier les vigiles qui ne veulent pas la laisser entrer dans le club... 

 

The Threshold - D. Annandale :

Révélation

 

the-threshold.png?w=300Bien qu’il lui en ait beaucoup coûté, aussi bien physiquement (bras gauche, œil droit, rotules…) que mentalement, le Seigneur Ormand a réussi à atteindre le but qu’il s’était fixé : libérer sa cité de Lugol de la domination de Nagash et de Neferata. Ce qui n’est pas un mince exploit quand on réside au cœur de Nefaratia (le royaume personnel de la Mortarque du Sang), et que l’on ne peut plus compter sur les Stormcast Eternals de l’affable Sigmar pour faire service d’Ordre. Au prix de mesures drastiques (interdiction des cimetières, crémation obligatoire en dehors de la ville le jour même du décès) et arcaniques (mise en place d’un sceau magique autour de la ville pour en interdire l’accès à tous les morts vivants), Lugol est devenu indépendant, et Ormand a la satisfaction de pouvoir passer ses derniers jours avec la satisfaction du devoir accompli.

 

Alors qu’il effectuait sa balade quotidienne jusqu’aux ruines de la passerelle qui reliait précédemment la forteresse de la cité à la passe de Blindhallow, détruite lors de l’ultime siège subi par la cité1, notre héros à la désagréable surprise de se faire héler par nulle autre que Nefarata, venue par Adevore express tailler le bout de gras avec celui qui a osé la défier. Assise posément de l’autre côté de l’abîme, la Mortarque ne semble pas nourrir, ou boire, de mauvaise intention envers Ormand, et se montre simplement curieuse à propos des ambitions poursuivies par le mortel à travers cette émancipation « amortelle ». D’abord suspicieux, et on le comprend, Ormand se laisse finalement convaincre de revenir dialoguer le lendemain, malgré les protestations de sa fille et héritière Kristane, qui flaire un coup fourré de la part de la vamp. La conversation reprend donc, et après avoir flirté un moment avec la haute philosophie (Nefarata demandant à son interlocuteur que valait une liberté achetée au prix d’une peur et d’une vigilance constante2), finit par porter sur le crépi (Nefarata trouve que l’extérieur de Lugol est tristounet) et les divertissements (Nefarata est convaincue que les Lugolois s’ennuient à – presque, vue que c’est interdit – mourir). Ormand n’a beau ne pas être d’accord, il peine à contredire son adversaire, et passe une très mauvaise nuit à imaginer des répliques percutantes qu’il aurait pu lui sortir pour lui rabattre le caquet.

 

À son réveil, cela va tellement peu fort qu’il se persuade rapidement que son heure est arrivée. N’ayant donc plus rien à perdre, ni à craindre, il tue le temps en attendant d’aller poursuivre son entretien avec une vampire en faisant un petit tour en ville, où, effectivement, ce n’est pas la joie qui étouffe ses sujets. Qu’importe pour Ormand, dont la thanatophobie militante s’accommode bien de quelques sacrifices. C’est donc le cœur léger mais le souffle très court que le vieil homme rejoint son siège près du pont, pour une ultime joute verbale avec la Reine des Mystères…

 

Révélation

…Qui évidemment, ne s’est pas tapée le voyage depuis Nulahmia et deux nuits en camping sauvage au pied des murailles de Lugol pour repartir bredouille. Comme craint par la sagace Kristane, Nefie avait un plan pour reprendre le contrôle de la cité : donner à Ormand le baiser de sang pour en faire son serviteur. Sans blague. La vraie question est de savoir comment elle va s’y prendre, étant donné que l’accès de la ville lui est impossible, et que notre héros n’est pas assez bête pour l’inviter à entrer. Eh bien, par l’hypnose, pardi ! Nefarata baratine quelque peu son public sur la « joie du sang » et la « beauté de la mort », et quand elle claque des doigts, Ormand est devenu son vassal. Simple, basique. // Ta Gueule, C’est Magique. Pas la peine d’être plus précis, cette histoire est déjà finie. Ormand pète le sceau protecteur le soir même, convertit sa fille à l’hématophilie, et l’envoie ouvrir la porte à Neferata, qui prend possession de Lugol comme si de rien n’était. Une reconquête sans arme ni haine ni violence, ça se respecte.

 

David Annandale retombe dans ses travers passés de jemenfoucécool-iste décomplexé avec la conclusion de ‘The Threshold’, qui était pourtant assez plaisant jusqu’à ces fatidiques deux dernières pages. Les bonnes idées de l’auteur, telles que donner le beau rôle à l’adversaire de Neferata, ou privilégier la réflexion (pseudo) philosophie à l’action frénétique, se retrouvent en effet battues en brèche par le dénouement proprement scandaleux que l’auteur nous sort de son stylo, justifié par une pauvre phrase balancée par Nefarata au détour d’un paragraphe3, comme si de rien n’était. Au-delà du fait qu’il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour cafards volages, et que ce qu’a fait Annandale correspond à annoncer « bombe nucléaire !!! » dans une partie de chifoumi, cela ouvre une longue et large faille de « mais si…, alors… » dans le background, ce qui est cher payé pour pouvoir offrir un twist final à une nouvelle de 12 pages. À moins qu’il soit de notoriété publique et fluffique que dans Age of Sigmar, on peut donner le baiser de sang par message vocal, auquel cas, je retire mon accusation d’opportunisme narratif envers Annandale. Mais on ne me retirera pas de l’esprit qu’il y avait moyen de faire, et surtout, de finir, mieux que ça.   

 

1 : Quand il dit qu’il coupe les ponts, il ne fait pas semblant.

 

2 : Ormand, qui a fait un bac pro et pense que Kierkegaard est une marque de baskets, ne sait pas trop quoi répondre.

 

3 : “VaMpIrIsM cAn TaKe MaNy FoRmS.

 

Schattra, it's Friday I'm in love (and in week-end)

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  • 2 weeks later...

Bonjour tout le monde et bienvenue dans cette demi-critique de la dernière anthologie de nouvelles de la Black Library (à ce jour), 'The Hammer and the Eagle' ou 'L'Aigle et le Marteau' en version française. Le choix de Nottingham de combiner dans un même ouvrage des textes des deux franchises majeures de la GW-Fiction me donne en effet la possibilité de couper cette poire de papier en deux, et de traiter dans un premier temps Age of Sigmar avant de me tourner vers Warhammer 40.000. C'était ça ou vous donner rendez-vous à la mi-Septembre, temps nécessaire pour venir à bout de ce pavé de plus de 600 pages, contenant une petite trentaine de nouvelles. Peut-être un peu plus tôt si le confinement reprend à la rentrée. Mais ne parlons pas de choses qui fâchent.

 

Comme vous le savez sans doute déjà, la ligne éditoriale de 'The Hammer and the Eagle' est de mettre en avant les icônes de Games Workshop. Et comme les rusés pontes de Nottingham veulent également vendre des livres, ces icônes en question se doivent d'avoir leurs aventures racontées, en plus de la nouvelle introductive intégrée dans le recueil, dans au moins une novella ou un roman additionnel, subtilement proposé au lecteur à la fin de chaque histoire. La ficelle est grosse mais on ne peut pas reprocher à une entreprise à but lucratif de vouloir faire de l'argent. Si cette double condition ne réduit drastiquement le champ des possibles, le caractère relativement récent d'Age of Sigmar a logiquement conduit la franchise med-fan de la BL à se retrouver sous représentée (7 nouvelles) par rapport à sa grande et grimdark sœur (20 nouvelles). Sans doute que les choses seront plus équilibrées dans 25 ans. On peut remarquer que Warhammer Fantasy Battle fait un peu de résistance, puisque deux des icônes sélectionnées nous viennent tout droit du Monde qui Fut. Au programme, et c'est tant mieux pour moi, une majorité de rééditions déjà croisées dans d'autres recueils, ce qui explique en grande partie pourquoi cette première partie vous arrive si vite1. Pas de grosse surprise au niveau des auteurs, Guymer (2 nouvelles), Reynolds, Annandale et Werner étant des habitués, et Horth et Clark sur le chemin de le devenir. Sur ce, place à l'action et aux célébrités, avec cette revue people des Royaumes Mortels...

 

1: En bonus, ça me permet d'arriver à pile 100 nouvelles critiquées sur ce sujet, ce qui est un cap important. 

 

the-hammer-and-the-eagle.png

 

 

Ghosts of Demesnus // Les Fantômes de Demesnus - J. Reynolds :

 

ghosts-of-demesnus.png?w=533Profitant d’une permission bien méritée, le Lord-Celestant Gardus Steel Soul, tourmenté par des rêves le ramenant sans cesse à son passé de mortel, s’embarque pour une croisière bucolique jusqu’à la cité où il a vécu sa première existence, dans l’espoir de pouvoir mettre des mots sur sa soudaine mélancolie. Débarqué incognito (enfin, aussi incognito qu’une taille et une stature de Stormcast Eternal peuvent conférer) dans la riante Demesnus, port fluvial d’importance du royaume de Ghyran, Gardus, autrefois Garradan, baguenaude pensivement de ruelles en parcs, à la recherche des bribes d’un passé déjà lointain. À peine a-t-il le temps de rosser un trio de faquins cherchant des noises à une accorte damoiselle en représailles de la lépreuse compagnie qu’elle entretient, et d’échanger quelques platitudes avec son professeur de philosophie de terminale, que les voix qui le hantent l’amènent droit dans les ruines de son ancien hospice. Dans une autre vie, Gardus était en effet ostéopathe guérisseur, et avait dédié sa vie et ses économies à accueillir les nécessiteux des alentours, avec un dévouement ayant fini par attirer l’oeil de Sigmar en personne, qui, à la faveur d’une attaque de Skineaters1, drafta le malheureux praticien dans sa team de surhommes. Sûrement qu’il avait besoin d’un massage, aussi. Malgré l’aspect décrépit du lieu, laissé à l’abandon depuis belle lurette, Gardus a la surprise de tomber sur une communauté de squatteurs, pas vraiment présentables et majoritairement scrofuleux, pestiférés, voire pire, mais persuadés que Saint Garradan les a appelés en ce lieu pour qu’hommage lui soit rendu.

 

Un peu gêné par la situation, qu’il n’a en aucune mesure orchestrée, le probe Gardus accepte l’hospitalité de ses nouveaux amis, dont fait partie la pauvresse qu’il a secourue sur les docks quelques heures plus tôt. Cette dernière, et le Prêtre Guerrier de Sigmar invalide à 134% qui sert d’autorité morale à la croûteuse congrégation, attendent le prochain signe de Gare du Nord avec un zèle admirable, totalement oublieux aux réalités les plus basiques, comme le droit de propriété. D’où la visite de courtoisie que vient leur rendre le possesseur du terrain en question, un maquignon à la retraite du nom de Sargo Wale, bien décidé à lancer les travaux de réhabilitation de l’ancien hospice dans les meilleurs délais, et par la force s’il le faut. Il faut reconnaître qu’il a la loi de son côté, la trêve hivernale ayant expiré et le conseil municipal lui ayant délégué tout pouvoir pour faire triompher l’intérêt commun. Entre l’alignement légaliste bon de Wale et celui chaotique (un comble pour un Stormcast Eternal) bon de Gardus, aucun compromis ne peut être trouvé, mais, confiant dans son bon droit à défaut de l’être dans les chances de sa bande de ruffians face à l’opposition ferme et polie (comme son épée runique de deux mètres) du colosse servant de videur aux éclopés de l’hospice, le diplomate propriétaire laisse une journée entière de réflexion à la partie adverse, et s’en va comme un prince.

 

Ce délai supplémentaire sera mis à fort bon usage par Gardus, qui n’a pas toute l’éternité pour régler le problème qui le tourmente, tout comme Reynolds n’a pas 300 pages pour conclure son propos. La nuit suivante verra donc un esprit Kaonashi geignard s’extirper du sol pour aller se repaître des humeurs (de manière littérale et figurée) des malades endormis. Surpris par le Gardus de garde et son sixième sens de preux paladin, la mystérieuse entité se fait rapidement la malle, mais reparaît quelques heures plus tard, trop affamée pour prêter beaucoup d’attention au demi-Primarque qui patiente dans sa zone de spawn, des questions plein la bouche et une épée enchantée à la main. Manque de bol pour notre héros, l’amalgame pleurnichard qui lui fait face est plus intéressée par la boustifaille que par la discussion, et l’attaque sans sommation, sous le regard bienveillant de Wale, qui se révèle être un cultiste de Nurgle. Après avoir constaté que ses gros muscles ne sont d’aucune utilité face aux assauts de suçons de son adversaire, Gardus dégaîne son special move, c’est à dire son énorme… empathie, et sert donc le démon dans ses bras puissants en lui susurrant des mots de réconfort aux oreilles. Et ça marche. Touché par tant de compassion, et sans doute un peu par la pure lumière céleste que Gardus est capable d’exsuder sur commande, telle une luciole d’Azyrheim (séquelle plutôt kioul de sa seconde reforge), la vilaine bête fond comme un lépreux dans un pédiluve, libérant une à une les âmes des malheureux qui lui servaient d’ancrage. Ceci fait, Gardus n’a plus qu’à régler son compte au traître Wale, qui malgré sa force démoniaque et son épée rouillée, ne fait pas le poids face au double quintal de JUSTICE du Stormcast Eternal. Convaincu d’avoir accompli sa mission, et débarrassé Demesnus d’un détestable faux jeton, Steel Soul peut reprendre le ferry de 06:39 pour regagner sa caserne et l’éternelle lutte contre les ennemis de Sigmar. Voilà un week-end productif.

 

Les turpitudes psychologiques de Gardus Steel Soul, pour lequel la conciliation du moi, surmoi et ça ne relève pas de la sinécure, ne m’ont que moyennement intéressées, comme la plupart des soumissions mettant au premier plan des Stormcast Eternals je dois le reconnaître. Reynolds m’ayant habitué à des nouvelles bien plus travaillées en termes d’intrigue et de progression narrative, la grande simplicité avec laquelle notre Action Man blanchi sous le harnais résoud le problème auquel il est confronté, m’a laissé un goût d’inachevé. Toutefois, je dois reconnaître que l’inclusion de The Ghosts of Demesnus dans cette anthologie introductive est un choix des plus pertinents de la part des éditeurs de la BL, puisqu’il permet aux nouveaux lecteurs de découvrir une facette intéressante de la faction reine de l’univers (la difficile conciliation entre leur passif de mortels et leur mission de soldats de Sigmar par les Stormcast Eternals), tout en les immergeant dans le quotidien d’une cité libre de Ghyran, loin des batailles contre les forces du Chaos déjà abondamment couvertes dans le jeu de figurines et les suppléments s’y rattachant.

 

Ajoutez à celà des personnages un brin complexes (en particulier Sargo Wale, qui est loin d’être un chef de culte à tendance mégalo-anarchique, comme c’est souvent le cas) et l’habituel nappage de fluff que Josh Reynolds se fait un point d’honneur à servir, et vous obtenez un récit d’une honnêté insoupçonnable. On peut cependant reprocher à Ghosts…, même si dans une moindre mesure que pour God’s Gift, son manque de singularité, évidemment causé par le fait que Gardus est, comme Hamilcar, un héros récurrent de la BL, dont les aventures passées rejaillissent fatalement sur les évènements narrés dans la nouvelle. Ici, c’est l’inclusion du vieux sensei Yare, compagnon d’aventure d’une précédente épopée, qui fait figure de passage obligé à la valeur ajoutée assez limitée. Rien d’horripilant là non plus, mais pas l’idéal pour accrocher le lecteur novice ou indifférent. Bref, une première incursion honorable, à défaut d’être mémorable, dans le monde metallisé des meilleurs de Sigmar.

 

1 : Le nom peut faire peur, c’est vrai, mais si on y réfléchit deux secondes, il inclut également les Garra Rufa (poissons docteurs), d’excellents auxiliaires de pédicure. Du coup, la légende du Garra Dan en prend un coup.

 

 

One, Untended // Sans Surveillance - D. Guymer :

 

one-untended.pngUne fois n’est pas rancune, nous retrouvons le Tueur préféré de ton Tueur préféré, Gotrek Gurnisson, dans le mal le plus complet au début de cette nouvelle aventure, qui sera sans aucun doute trépidante, mais qui commence par être vomissante. Notre héros est en effet pris d’un mal de ventre carabiné, ce qui, de l'aveu piteux et pâteux qu'il fait à son acolyte Maleneth, ne lui était jamais arrivé avant. Et si l’Aelfe sigmarite, en bonne camarade qu’elle est, prend soin de tenir la crête de Gotrek pour éviter que cette dernière ne prenne une couleur et une texture encore plus dégoûtantes qu’à l’accoutumée, elle n’est pas étrangère à cette gueule de bois subite. Bien au contraire, c’est elle-même qui en est la cause, ses tentatives d’empoisonner le Nain afin de lui dérober la rune majeure de Krag Marteau Noir pour la ramener à Azyrheim n’ayant eu pas plus d'effet qu’un émétique avarié sur la robuste constitution du Tueur1. Ses vaillants efforts pour se débarrasser de Gotrek devront cependant attendre un peu, car les éructations du transfuge du Monde qui Fut sont dérangées par une scène de ménage entre plusieurs individus aussi louches qu’imbibés. La raison de ce tapage nocturne se fait bientôt jour : un jeune bambin du nom de Tambrin a échappé à la vigilance légère de ses parents (Junas et Magda), et s’est semble-t-il enfoncé dans les catacombes d’Hammerhal Ghyra, que l’on dit hantées par le spectre vengeur d’Hanberra (à ne pas confondre avec celui d’Harambe, même si ça lui donnerait une bonne raison de persécuter les garçonnets), un ancien héros local ayant renoncé à servir Sigmar sous la forme d’un Stormcast Eternal à sa mort, et à la recherche des enfants qu’il n’avait pas pu sauver de son vivant depuis lors. La perspective de se frotter à un spectre légendaire pique bien évidemment l’intérêt professionnel de Gotrek, qui insiste pour prendre la tête de l’expédition de secours mise sur pied par les habitués de la taverne où les deux compères ont passé la nuit. En plus de Junas, qui sert de videur à l’auguste établissement, on retrouve la Ranger retraitée Halik et le Prêtre d’Alarielle Alanaer, qui serviront donc de meatshields aux véritables héros de l’histoire. Dommage que personne ne les ait prévenus.

 

La descente s’engage donc, et après quelques heures de progression dans les boyaux insalubres de la cité, un premier ennemi pointe le bout de ses moustaches. Il ne s’agit pas de Philippe Martinez, mais d’une bande de Moines de la Peste, peut-être syndiqués, squattant le bas de la cage d’escalier comme un gang de trafiquants de la cité Péri. Et à propos de périr, laissez moi vous dire que les ratons ne font pas long feu face à la colère incandescente de Gotrek, qui peut désormais passer en mode super saiyan lorsqu’il est très énervé, et élever la température autour de lui à des niveaux insupportables. Sa nouvelle hache de fonction, si elle est sans doute un peu moins cheatée que l’ancienne (dur de battre une arme forgée par Grugni pour Grimnir, tout de même), s’avère également très efficace, et la menace murine est donc prestement éliminée par les aventuriers, qui peuvent poursuivre leur route sans autre dommage qu’un pif écrasé par un coup de matraque pour Junas.

 

Le moment tant attendu de la confrontation avec Hanberra finit enfin par arriver, l’esprit ayant bien dérobé/envoûté Tanbrin (qui dort comme un bienheureux) qu'il a pris pour son propre fils, Hangharth, et refuse d'en démordre. Némésis de Gotrek oblige, le combat est bien plus serré que précédemment, la pauvre Halik rendant les armes et l’âme au premier cri poussé par le poltergeist kidnappeur, qui prouve au monde entier qu’il existe des Banshees masculines. Non mais. L’évanescence intermittente du fantôme n’est pas sans poser quelques problèmes au Tueur, ce qui ferait plutôt les affaires de Maleneth, toujours déterminée à récupérer la rune majeure tant convoitée de sa dépouille, mais il lui faut pour cela donner une raison à Hanberra de se battre à fond, ce que sa main mise sur Tambrin l’empêche de faire. La cultiste de Khaine repentie puise donc au fond de sa sacoche un clou de ci-gît Rolf2, souverain contre les ectoplasmes tenaces (et les Mortarques collants), et le frotte vigoureusement sur le bras porteur d’Hanberra pour lui subtiliser son précieux. N’ayant plus rien à perdre, le spectre va certainement réduire Gotrek en bouillie…

 

Révélation

…Eh bien non (quelle surprise). Mais le plus étonnant n’est pas tant le résultat final que le dénouement, non violent, de cet affrontement. Le Tueur parvient en effet à faire entendre raison à son adversaire par le dialogue au lieu de lui faire manger sa hache, et ce dernier se dissipe donc de lui-même, comme le malentendu qui l’avait mené à dérober les enfants des autres depuis quelques siècles. Tout est donc bien qui finit bien (sauf pour Halik et la bière que Gotrek avait laissé sur le comptoir3), mais Maleneth la malhonnête devra trouver une autre combine pour récupérer la précieuse broquille incrustée dans le pectoral de son compagnon.

 

David Guymer, qui avait écrit les dernières aventures de Gotrek (et Felix) dans le Vieux Monde, signe avec ‘One, Untended’ un parfait récit de transition et d’acclimatation pour les lecteurs familiers du personnage mais pas des Royaumes Mortels. Au-delà du déroulé précis de cette quête, tout à fait classique sauf dans son dénouement, ce sont les informations que l’auteur donne sur ce nouvel univers, les changements subis par son héros (nouvelle arme, nouvelle rune, nouveau sidekick) depuis qu’il y a fait son entrée, et les motivations, pas vraiment charitables, de Maleneth, qui rendent cette lecture intéressante, et même indispensable pour qui voudrait reprendre la suite de la geste de Gotrek sans passer par la case romanesque (‘Realmslayer’). L’auteur parvient également à aborder des éléments de fluff relevant de la sociopolitique, comme l’acculturation progressive des habitants de Ghyran aux mœurs d’Azyr, qui donnent une profondeur et un réalisme très appréciables à une franchise qui en manquait (et en manque toujours) cruellement par rapport à Warhammer Fantasy Battle. Bref, c’est une transition très réussie que Gotrek Gurnisson doit à David Guymer, bien que le flambeau des rancunes soit passé peu de temps après à Darius Hinks.

 

1 : Maleneth ne sait pas que la glotte de sa cible est marquée de la rune majeure de Cubi, le dieu Nain de l’alcoolisme.

 

2 : Vous me pardonnerez le calembour, mais traduire ‘wightclove’ en français n’est pas facile.

 

3 : À ce propos, il est probable que ce soit elle qui ait donné son nom à la nouvelle (que l’on pourrait aussi traduire par ‘Laissé(e) sans surveillance’) et non pas Tanbrin.

 

 

Gods' Gift // Don des Dieux - D. Guymer :

 

gods-gift.png?w=535Prenant place après les évènements narrés dans Great Red et The Beasts of Cartha, pour ne citer que deux des précédentes aventures de notre fougueux héros, God’s Gift voit Hamilcar et quelques uns de ses potes des Astral Templars accomplir une mission d’intérêt général, sans doute pour avoir commis quelque tour pendable à une chambre rivale lors d’une permission à Hammerhall. Il s’agit en l’état de punir et faire stopper les exactions d’une bête monstrueuse s’amusant à disposer des hardis bûcherons d’un camp de colons récemment implanté dans les terres farouches de Ghur, tâche récréative pour des Stormcast Eternals de la trempe de nos gais lurons. Guidés par un local – Fage – qui malgré son âge vénérable semble tout émoustillé par la seule présence des Elus de Sigmar, Hamilcar & Cie s’embarquent donc dans une épopée aussi directe et rapide qu’une quête de zone de didacticiel de World of Warcraft.

 

Depuis le relevé de empreintes jusqu’à la constatation de l’heure du décès, ou plutôt, de l’abattage, il ne se passera ainsi qu’une petite journée, soit une vingtaine de pages pour le lecteur, juste le temps pour Ham’ de piquer un roupillon qui lui apportera un rêve plus ou moins prophétique, dans lequel un chêne vient lui chanter Je suis malade (ce qui est ‘achement dur pour un végétal, et mérite le respect), ce qui lui permettra de prendre une décision des plus inspirées quelques heures plus tard. La nouvelle se terminant pour un petit cliffhanger pas vraiment haletant, mais sans doute important pour la suite de la saga d’Hamilcar (Mark de son prénom), le lecteur en est quitte pour embrayer sur directement sur la première, ou plutôt le premier roman dédié à Guymer à sa coqueluche hirsute (Champion of the Gods), dans lequel il est presque certain que des réponses seront apportées aux questions laissées en suspens à la fin de God’s Gift.

 

Malgré les dizaines de titres que compte sa bibliographie BL à l’heure actuelle, ce n’était que la deuxième soumission de Mr Guymer m’étant tombée sous la main depuis l’inaugural The Tilean Talisman, initialement publié en 2011. Et je dois dire que mon appréciation de l’œuvre du bonhomme est resté scrupuleusement identique, huit ans plus tard : des aptitudes certaines en terme de narration, avec des personnages au minimum distrayants, à défaut d’être immédiatement attachants (mention spéciale à Brouddican, l’Hillarion Lefuneste personnel de cette grande gueule d’Hamilcar), relevé par quelques notes boisées – c’est le cas de le dire – de fluff, plombées par une vacuité de l’intrigue assez rédhibitoire. C’est bien simple, celle de God’s Gift (d’ailleurs, on ne comprend pas vraiment quel est le don auquel Guymer fait référence dans le titre de sa nouvelle2) s’articule en deux temps trois mouvements, sans qu’on ait l’impression d’une quelconque progression entre le début et la fin de la nouvelle. Hamilcar traque un monstre. Hamilcar rêve d’un chêne. Hamilcar tombe dans une embuscade d’Hommes Bêtes (il faut bien qu’il montre qu’il est un cador du corps à corps). Hamilcar débouche sur un bosquet de chênes sacrés, gardé par… le monstre qu’il traquait. Coup de bol. Baston. Victoire. Fin.

 

Bref, rien de bien challengeant pour l’intellect du lecteur, qui aurait pu s’attendre à quelques liens de causalité entre les différents éléments constitutifs du propos de Guymer. Rien de tel ici, ou de manière tellement évidente et peu fine que les relever n’a pas grand intérêt. Comme dit plus haut, cela peut sans doute se justifier par le fait que God’s Gift est un rehaut littéraire à un travail plus conséquent, avec lequel l’auteur prend bien soin de faire la liaison. Telle la rondelle de tomate venant décorer une entrecôte frites, cette nouvelle peut être consommée si on a vraiment faim, mais ne remplira pas l’estomac pour autant. Et comme dit plus tôt (Décembre 2014, pour être précis), c’est plutôt cher payé pour ce que c’est. On me souffle dans l’oreillette que c’est fois ci, c’est gratuit. Bon. Mais avant cela, cela ne valait certes pas les 2,99€ demandés. Rem-bour-sez nos in-vi-tat-tions !

 

1 : L’Homme Arbre qui s’était chargé de la besogne de déshumanisation – c’est comme la désinsectisation, mais avec des primates – servant de pied à terre racine à humus à une sylvaneth passablement enrhumée.

 

2 : Soit ce sont les visions vagues envoyées par Sigmar, soit c’est le photophore magique remis par icelui, et qui permettra à notre fier héros de venir à bout de Marylise Lebranchu. Au lecteur de décider s’il prend le messie ou la lanterne.

 

 

The Dance of the Skulls // La Danse des Crânes - D. Annandale :

 

the-dance-of-the-skulls.pngInvitée à honorer de sa présence un bal donné par la reine Ahalaset et le seigneur Nagen dans la cité de Mortannis, Nefarata se doute bien que cet évènement mondain n’est qu’un prétexte commode pour permettre à ces deux grandes lignées d’agir à ses dépends, ce qui ne l’empêche pas d’accepter gracieusement de se rendre sur place, n’ayant de toute façon rien d’autre de prévu ce soir là. Voyant d’un mauvais œil le rapprochement s’étant opéré entre Ahalaset et Nagen, la Mortarque de Sang suppute avec raison qu’un piège va lui être tendu, et se réjouit d’avance de cette (més)aventure, le quotidien de Nulahmia devant apparemment être assez terne.

 

Après avoir été accueilli avec tout le faste et la pompe liés à son rang (et infligé râteau sur râteau à ce pauvre Nagen, auquel elle promet toutefois une danse plus tard dans la soirée1), Neffie se voit proposer par son hôte une dégustation privée de crus tirés de l’hématothèque personnelle d’Ahalaset, ce qui ne se refuse pas. Guidée jusqu’à un salon lounge où l’attendent une dizaine d’esclaves qui s’appellent tous Mathusalem ou Réhoboam, notre rusée vampire à tôt fait d’identifier l’aiguille d’argent se terrant sous la roche, en l’occurrence un assassin assermenté doté d’une fourchette à escargot à la place du bras (c’est la mode à Hammerhal). Ayant raté son test d’Initiative, le faquin est toutefois aisément neutralisé par sa victime supposée, qui l’attache à son service d’un langoureux battement de cils. Satisfaite de la tournure prise par les évènements, et comme toute quinqua-millénaire de la bonne société après une dure journée de labeur, Neferata s’accorde un petit verre (et fracasse au passage toutes les « bouteilles », qui espéraient peut-être qu’on les laisse tranquille le temps qu’elles refassent le plein) aux frais de ses hôtes avant de revenir se joindre à la fête.

 

Là, il est temps pour la Lahmiane de porter l’estocade aux traîtres débusqués, et en musique s’il vous plaît, la danse des crânes consentie à ce benêt de Nagen donnant amplement le temps à notre héroïne de cimenter sa victoire en enchantant légèrement son cavalier, qui ne trouvera rien de plus malin lorsque l’assassin d’Ahalaset viendra sonner les douze coups de minuit à son ancienne patronne à l’aide de son argenterie intégrée, de lancer sa devise dans le silence de mort (héhé) qui s’ensuit. Cette dernière tombera à plat comme la totalité de ses blagues, et, mal comprise par la garde de la reine défunte, aura des conséquences tragiques pour notre pauvre Nagen. Un verre ça va, trois verres… 

 

C’est peu de chose de dire que la prose de Herr Annandale n’était pas tenue en haute estime de ce côté du clavier, depuis la chronique de ses débuts pour la BL (The Carrion Anthem, Hammer & Bolter #11) jusqu’à aujourd’hui. Les choses ont légèrement évolué avec cette Danse des Crânes, qui s’affirme facilement comme la meilleure soumission de notre homme que j’ai pu lire à ce jour. Certes, on parle ici en progrès relatif plutôt qu’en performance absolue, cette courte nouvelle ne se comparant guère aux travaux d’auteurs que je considère être plus méritants que David Annandale, Abnett, Dembski-Bowden, Farrer et Fehervari en tête, pour n’en citer que quelques uns (la liste serait assez longue sinon), mais j’aurais trop beau jeu de ne pointer que les trous dans la cuirasse ou les défauts dans la raquette des travaux de ce régulier de la BL, sans souligner les sources de satisfaction à la lecture de ces derniers. L’Empereur sait qu’ils sont encore rares à cette heure.

 

Alors, quels sont les éléments positifs de La Danse des Crânes ? Pour commencer, une absence de ce que l’on peut presque appeler une « annandalerie », terme forgé par serviteur et désignant une mauvaise, grossière ou grotesque exploitation d’une idée de départ pourtant assez sympathique, pour des résultats évidemment décevants. Le huis-clos victorien qui nous est proposé ici ne pêche ainsi pas excès de zèle ou manque de structuration, les péripéties s’enchaînant de façon tout à fait convenable et crédible, ce qui pourrait sembler aller de soi mais n’était pas gagné d’avance au vu du pedigree de l’auteur. On sent que ce dernier a réfléchi à la manière dont il devait dérouler son récit pour que le plan alambiqué de Nefarata puisse se dérouler sans (trop) d’accroc, et même si l’usage d’un petit TGCM en fin de nouvelle pour parfaire le triomphe de Mama Lahmia peut être noté, c’est finalement peu de chose comparé aux problèmes structurels émaillant quelques unes des précédentes soumissions de David Annandale.

 

Autre source de contentement, la description intéressante qui nous est faite de la haute société morte-vivante, nid de vipères aux crocs acérés et n’hésitant pas un instant à comploter pour précipiter la chute de leurs prochains, alors même que les ennemis extérieurs se comptent par milliers, et qu’un brin de solidarité entre macchabées ne serait pas de trop pour défendre le pré carré de Nagash. Le fait que cette société, mêlant vampires et humains à tous les échelons, apparaisse comme fonctionnelle et pérenne (en même temps, c’est bien le minimum quand on est immortel) est une autre réussite d’Annandale, qui parvient à donner un volume fort bienvenu à une faction qui jusque là se réduisait à des légions de squelettes traînant leur mélancolie dans des déserts violacés. On peut s’amuser aussi en Shyish, telle est la morale de cette petite histoire.

 

1 : En même temps, cette coquetterie de laisser dépasser une canine par dessus sa lèvre inférieure ne doit pas aider à lui donner un air très intelligent.

 

 

The Old Ways // Les Vieux Us - N. Horth :

 

callis-and-toll_the-old-ways.pngAffecté à la surveillance de la cité d’Excelsis, dans le royaume de Ghur, le répurgateur de l’Ordre d’Azyr Halliver Toll, escorté de son sidekick Armand Callis, est envoyé par ses supérieurs tirer au clair une sombre histoire de disparition à Marshpoint, une ville agricole située en périphérie de la Cité des Secrets. Le fils aîné de la puissante famille Junica n’a en effet plus donné signe de vie après avoir eu maille à partir avec quelques soldats de l’autre grande famille locale, les Dezraed, qui l’ont poursuivi jusque dans les profondeurs de la forêt d’Ulwhyr. L’entente entre Junica et Dezraed n’ayant jamais été cordiale, c’est une vendetta en bonne et due forme qui menace d’éclater entre les Capulet et les Montaigu de Ghur, guéguerre qui mettrait en péril l’approvisionnement des régiments d’Excelsis en précieuse soie d’acier, ressource collectée depuis les fermes arachnides de Marshpoint. Il va donc de l’intérêt général que cette triste affaire soit réglée dans les meilleurs délais, et qui de plus qualifié qu’un répurgateur pour traiter ce problème ?

 

Nous suivons donc Thalys et Colle au cours de l’enquête à laquelle ils se livrent à leur arrivée dans le bourg miteux et boueux de Marshpoint. Après un interrogatoire croisé des patriciens des deux familles, l’énorme et suintant Fenrol var Dezraed, autoproclamé Gardien de Marshpoint du fait de sa capacité de bloquer à lui seul l’entrée de la ville s’il lui prenait l’envie de s’asseoir en travers du portail, et le sec et irritable Kiervaan Junica, nos experts se rendent sur les lieux de la disparition à proprement parler, escortés par l’homme de confiance du patricien Junica, un natif du nom de Ghedren, et par un trio de gardes Dezraed. Et s’il se pourrait bien que la rivalité larvée entre familles nobles ait bien fait couler le sang, les enquêteurs feraient bien de prendre au sérieux les rumeurs entourant la Sorcière Blanche d’Ulwyhr. Après tout, ils ont pénétré sur son domaine…

 

C’est avec enthousiasme que j’avais vu revenir la figure iconique du chasseur de sorcières/répurgateur dans le lore d’Age of Sigmar, que son inclinaison high fantasy aurait pu « immuniser » à l’introduction de ce type de personnage, très grimdark par nature. La lutte contre les cultes chaotiques gangrénant le nouvel ordre rutilant de Sigmar constitue en effet à mes yeux un axe de développement des plus intéressants, et une prise de recul bienvenue sur le manichéisme caractéristique des premières années d’AoS. Encore fallait-il que l’image d’Epinal Hammerhal de l’inquisiteur traquant le vice et la trahison parmi les sujets obéissants de l’autorité centrale (préférablement divine, c’est plus classe) soit convenablement adaptée dans cette nouvelle franchise, la profession en question exigeant une rigueur morale confinant à la psychose, ce qui n’est pas franchement la norme parmi la soldatesque sigmarite (ces martel-sans-rire de Celestial Vindicators mis à part), dépeinte à de nombreuses reprises comme adepte du compromis et de la tempérance. Qu’en est-il avec la paire Callis & Toll, promise à un bel avenir au sein de la BL à en juger de la façon dont leurs noms ressortent dans tous les ouvrages auxquels ils ont été inclus ? Eh bien, c’est plutôt pas mal, encore que pas spécialement pour les raisons détaillées ci-dessus. Je m’explique.

 

Si le fanatisme (dans le bon sens du terme, car, si si, dans la littérature med-fan, cela existe) de nos héros laisse à désirer, la retenue dont fait preuve Toll, sensé être le vrai bad guy du duo, dans le jugement qu’il délivre au coupable, le plaçant à un petit 2 sur l’échelle de Mathias Thulmann (le référentiel absolu de la maison à cet égard), Horth se rattrape néanmoins en glissant quelques remarques de bon aloi à propos d’un certain White Reaper (Cerrus Sentanus sur son état civil), Stormcast Eternal pas vraiment Charlie, à tel point que son nom est utilisé pour effrayer les enfants d’Excelsis. Voilà un type qui mérite que l’on suive, et j’espère bien que ça sera le cas dans un futur pas trop lointain. Cela étant dit, The Old Ways a d’autres qualités, la première étant de proposer une petite enquête policière pas trop mal troussée au vu du nombre de pages limité avec lequel elle doit composer1, l’atmosphère horrifique du passage « sylvestre » du récit étant une autre source de satisfaction. D’autre part, cette nouvelle présente également l’intérêt de creuser le background de la cité libre d’Excelsis, qui devrait normalement ne pas disparaître corps et bien dans les annales du fluff, au vu du nombre d’apparitions qu’elle a faite dans divers écrits depuis son introduction dans le background. En apprendre plus sur cette bourgade présente donc un intérêt pour le fluffiste, tellement bombardé d’informations géographiques par ailleurs qu’on ne peut lui reprocher de ne pas prendre note de tout ce qu’on lui soumet.

 

Enfin, de façon plus large, elle fait ressortir un concept intéressant : le fossé existant entre natifs d’Azyr et populations locales au sein des cités libres, les seconds étant généralement mal considérés, voire méprisés par les premiers, qui les qualifient « d’Amendés » (traduction personnelle de Reclaimed, qui peut aussi s’entendre comme « Récupéré ») ou de « Sang Maudit » (curseblood), ce qui n’est pas très sympathique, mais ajoute de la profondeur à la société sigmarite. Quand on lit que même un personnage « égalitariste » comme Toll n’aurait pas de problème à raser toutes les forêts de Ghur pour pouvoir accélérer la colonisation de ce Royaume, au grand désarroi des locaux qui ont appris à vivre dans les étendues sauvages et à les respecter, on se dit que la possibilité d’un soulèvement des indigènes contre la métropole et ses représentants est une possibilité réelle… et c’est tant mieux en termes de potentiel narratif ! Bref, une plongée satisfaisante dans l’arrière-pays d’Excelsis, et une nouvelle qui vaut le coup d’être lue pour qui s’intéresse au fluff des cités libres.

 

1 : On saluera également le twist proprement « meta » de Horth, qui fait dire à Toll qu’il avait identifié le coupable depuis belle lurette et attendait juste de voir combien de temps il faudrait à Callis (et donc au lecteur) pour faire de même. On ne me l’avait jamais faite celle-là.

 

 

Hunting Shadows // La Traque des Ombres - A. Clark :

 

hunting-shadows.pngNeave Blacktalon, Knight-Zephyros des Hammers of Sigmar et chasseuse de têtes personnelle du grand barbu, opère traditionnellement seule. La mission sur laquelle son divin boss l’a mise, et qui l’a conduite sur les terres désolées d’Ashy, s’avère cependant tellement délicate que les autorités compétentes ont jugé bon de lui adjoindre du renfort, sous la forme du Knight-Venator Tarion Arl (et son aigle étoilé Krien) et d’une unité de Vanguard-Palladors, menée par une vieille connaissance avec laquelle elle a déjà coopéré pour disperser une bande de hippies ayant monté une opération escargot1 dans les Royaumes Mortels, Kalparius Foerunner. Je sais, je sais, cela fait beaucoup de jargon sigmarite en peu de lignes, mais rassurez-vous, savoir qui fait quoi est moins important que de se souvenir de la hiérarchie héroïque à l’œuvre dans cette nouvelle, qui décidera de qui devra mourir et à quel moment.

 

Blacktalon les traîne un peu à l’idée de devoir faire équipe avec des collègues, mais un ordre est un ordre, et si l’on en juge par les charniers calcinés que sa proie (qu’elle peut traquer avec l’espèce de GPS sensoriel peu précis dont Sigmar lui a fait don) a laissé derrière elle, un peu d’aide sera en effet utile. Passées les formalités d’usage, la petite bande part donc en courant/volant/transmutant dans la direction indiquée par la chasseresse, qui ressent de façon diffuse que sa cible possède un moyen de brouiller sa ΣG embarquée. En gros, si elle est toujours capable de savoir vers où se diriger, elle ne peut pas jauger de la distance qui la sépare de son gibier, ce qui aura son importance plus tard. Pour l’heure, la fine équipe, en retard sur l’abomination qu’elle pourchasse, doit faire un choix potentiellement lourd de conséquences à proximité de la ville de Sigenvale, qui a reçu la visite du monstre et a été réduite en miettes/cendres par ce dernier. Neave est plutôt partante pour se remettre en route sans tarder, mais Tarion parvient à la convaincre de faire un crochet rapide par les ruines, histoire de secourir d’éventuels survivants. Malheureusement pour l’altruiste voltigeur, la Marque ténébreuse n’en a laissé aucun, et bien que les chasseurs puissent se passer les nerfs sur un pauvre corpsejaw ne faisant que ce que la nature l’a équipé pour faire (c’est-à-dire bouffer les cadavres croisant sa route), il se fait vite jour que le mystérieux prédateur/incendiaire/décapiteur est déjà loin des lieux du crime. Il faut donc à nos héros repartir sans tarder, d’autant plus que le cogfort sensé participer à la traque semble être avoir fait une mauvaise rencontre quelques kilomètres plus loin, comme le bruit de ses canons l’atteste sans doute possible.

 

Bien évidemment, les traqueurs arrivent trop tard sur place pour secourir la machine de guerre (représentez vous le fruit des amours incestueux entre une Forteresse de la Rédemption et une Arachnarok), qui s’est faite éventrer et toute sa garnison massacrée par l’insaisissable bestiole. Blacktalon est colère devant ce carnage dont elle impute en partie la responsabilité à ce gros sensible de Tarion, mais avant qu’elle puisse reprendre les choses en main et relancer la poursuite, une forme colossale émerge soudainement du lac de montagne à côté duquel reposait la carcasse du cogfort…

 

Révélation

…Les pouvoirs de brouillage arcanique dont dispose la cible des chasseurs lui a en effet permis de tendre un piège à ces derniers, qui se retrouvent confrontés à… pour faire simple, représentez vous Clifford le grand chien rouge, mais dont la maîtresse ne serait pas la gentille et aimante Emily, mais Valkhia la Sanglante. C’est donc à un pitbull mécanique de Khorne et de fort belle taille (et crachant le feu) que les Stormcast Eternals doivent faire face, avec des résultats peu concluants, comme on peut s’en douter. Très étrangement, ce sont d’abord les Palladors qui sont envoyés pallader par le juggernaut, rapidement suivis par le brave Foerunner, ne laissant que Blacktalon et Tarion, tous les deux sévèrement blessés, pour tenter de renverser la situation. Ce n’est cependant pas chose facile car leur ennemi est très grand, très fort, très rapide, très costaud, et sans faiblesse apparente, mis à part l’écoutille chaînée qui lui sert de nombril.

 

Après quelques moments difficiles dans les décombres du cogfort où les deux héros ont trouvé un refuge précaire le temps de décapsuler quelques potions de vie, le traditionnel plan de la dernière chance est conçu et immédiatement mis à exécution, permettant aux gardes chasses de Sigmar de remporter la victoire. Pour information, le haut fait en question nécessitera que Neave se déchaîne, et que son comparse loge un tir de l’aigle dans un cratère volcanique chatouilleux, ce qui aura pour effet final de noyer l’habitacle de la machine démon dans la lave. Statistiquement improbable je vous l’accorde, mais la high fantasy et les nouvelles d’action de la BL ne s’embarrassent pas de détails de ce genre. Ceci fait, les deux Knights-…, devenus bons copains dans l’adversité, peuvent reprendre le chemin d’Azyr, où ils pourront passer une convalescence bien méritée, ou se suicider pour être reforgés et ainsi redevenir opérationnels plus rapidement. Les politiques sociales sigmarites sont un peu particulières…

 

Introduction au personnage de Neave Blacktalon (et à celui de son sidekick, Tarion Arl), ‘Hunting Shadows’ met particulièrement l’accent sur les caractéristiques de super héros des Stormcast Eternals (Blacktalon bénéficie en effet de sens ultra développés, et est capable de courir grotesquement vite - pensez Bip Bip et Vil Coyote), faisant de cette traque monstrueuse une sorte d’adaptation de comics Marvel dans les Royaumes Mortels. Je ne dis pas que c’est foncièrement désagréable, mais ça surprend tout de même un peu. Autre point saillant de cette nouvelle, son côté technique en matière de bestiaire et de hiérarchie Stormcast Eternals. C’est bien simple, on dirait qu’Andy Clark a fait exprès d’aller piocher dans les entrées les plus baroques du Battletome pour trouver ses protagonistes, ce qui peut aisément dérouter/saouler le lecteur non averti. En cela, ‘Hunting Shadows’ n’est pas très newbie-friendly, même si l’intrigue reste relativement facile à suivre, du fait du schéma narratif très simple utilisé par l’auteur. En fait, le seul suspense de l’histoire repose dans l’identité de la proie traquée par Blacktalon et ses sous fifres, qui, manque de pot, se trouve être une création inédite de la part de Clark (à moins que la gamme chaotique d’Age of Sigmar comporte un modèle de chien de métal géant). Manque de pot car le lecteur ne peut même pas au final tenter de deviner qui est derrière ces exactions sanglantes et fumantes en se basant sur sa connaissance du fluff. Petite frustration, mais frustration quand même. Pour conclure, j’ai été très moyennement convaincue par cette démonstration de force de la Wonder Woman d’Azyrheim, héroïne certes très balaise mais assez peu attachante. Peut-être que cela est corrigé dans le roman qu’Andy Clark lui a consacré ?

.

1 : Organisée par l’incontournable Horticulous Slimux bien sûr.

 

 

Shiprats // Rats de Cale - C. L. Werner :

 

shiprats.pngLa malchance légendaire qui colle à la carène du Dragon de Fer et la peau de son capitaine, le Kharadron Brokrin Ullisson s’abat une nouvelle fois sur le fier navire et son équipage. N’ayant pas trouvé de filon d’aether-or au cours de sa dernière campagne, le navire Duardin s’est résigné à se faire cargo de grain pour au moins rentrer dans ses frais, et a chargé une cargaison de blé dans la ville de Greypeak, qu’il espère vendre à bon prix de retour à Barak-Zilfin. Ce beau projet est toutefois menacé par la présence de passagers clandestins dans la cale du Dragon, une colonie de rats bien décidée à faire bombance sur les stocks des Arkanautes. Entre les petits barbus et les encore plus petits moustachus, il ne saurait y avoir de terrain d’entente, mais que faire pour débarrasser le vaisseau de l’infestation de vermine sans endommager ce dernier ? Alors que Brokrin et ses hommes se trouvent réduits à chasser les importuns à coups de pelle, avec des résultats peu concluants, comme on peut se l’imaginer, une bonne et potentiellement riche idée est soumise : pourquoi ne pas faire un détour par la Lamaserie de Kheitar, dont les moines ont par le passé rendu un fier service aux Kharadrons en débarrassant le Dragon de la nuée de crapauds célestes (car apparemment, c’est un aléa climatique assez courant dans les Royaumes Mortels) qui avait élu domicile sur le navire à l’aide d’une fumigation un peu spéciale ? Aussi dit, aussitôt acté, la possibilité de soutirer aux bonzes une de leurs fameuses tapisseries pouvant même permettre d’espérer un profit au trésorier de la petite bande, passablement dépité par le tour pris par les évènements. Après tout, quoi de mieux qu’un lama pour venir à bout d’un rat1 ?

 

Arrivé sur place, Brokrin emmène une poignée de ses gars à la rencontre des paisibles habitants de Kheitar, dont les ancêtres étaient tellement zens qu’ils ont réussi à apprendre à un démon les bienfaits de la méditation. Brokrin, qui connaît personnellement le grand Lama (Serge), est bien étonné de voir apparaître à la place de son vieux pote un nouveau père supérieur (Bernard), qui a la peine de lui apprendre que Serge n’est pas simplement malade (comme on pouvait s’y attendre), mais a carrément atteint l’illumination en commettant le suicide rituel du tulku, un lent empoisonnement débouchant sur une momification graduelle de l’ascète. Malgré cette triste nouvelle, Bernard se montre particulièrement conciliant avec ses hôtes, acceptant non seulement de procéder à la dératisation demandée (sous réserve que les Duardins permettent aux rats de quitter le navire, car telle est le niveau de antispécisme des bonzes), mais offrant même à leurs hôtes non pas une, mais cinq de leurs précieuses tapisseries, pour une contribution laissée à la discrétion des bénéficiaires. En cela, Bernard fait une grave erreur car cette générosité excessive ne manque de déclencher l’alerte piège à khon que tous les Kharadrons possèdent dans un coin de leur esprit. Suspectant une entourloupe, Brokrin charge donc un de ses matelots d’escorter les moines tapissiers jusqu’à bon port, tandis que lui et le reste de son escorte acceptent l’offre de Bernard de rendre visite à Serge, qui serait contre toute évidence, encore vivant. Bernard commet alors sa deuxième boulette, pas aussi grave que celle du Bordeaux – Paris de 93, mais pas loin : soucieux de faire respecter les traditions non-violentes de Kheitar (où même les démons fument du chichon), il somme ses visiteurs de déposer leurs lames avant d’entrer dans le saint des saints. Toujours un à lire les petites lignes de contrats et à trouver les failles dans les termes et conditions qui lui sont proposés, Brokrin fait remarquer à ses hommes que l’injonction du grand Lama ne couvre pas les armes à feu, et emboîte donc le pas à Bernard toujours armé de sa pétoire.

 

Un peu plus loin, les mirifiques carpettes de Kheitar sont entreposées sans heurts dans la cale du Dragon de Fer, sous l’œil attentif et circonspect d’un ratophobe déclaré, le sergent arquebusier Drumark, dont le paternel a été fauché dans la fleur de l’âge lors d’une bataille contre les Skavens. Souhaitant s’assurer que la vermine qui grignote son grain ne s’attaque pas aux précieux tapis, il laisse remonter ses comparses et attend dans la pénombre de voir comment les choses vont évoluer. Quelle n’est pas sa surprise de voir s’extraire des rouleaux apportés par les bonzes une demi-douzaine d’hommes-rats, qui comptaient sans doute s’infiltrer discrètement dans le navire en attendant de jouer un tour pendable à ses occupants légitimes. Les plaisanteries les plus courtes étant les moins longues, Drumark a tôt fait de sonner la fin de la rat-cré, l’arsenal Kharadron ayant rapidement raison des manigances Skavens. Tout cela n’augure toutefois rien de bon pour Brokrin et ses suivants, qui ne tardent pas non plus à découvrir le pot au rat, à la suite d’une performance misérable du Jeff Panacluc Skaven, un dénommé Kilvolt ayant « jeanmarquisé » le cadavre de Serge. Sommé de révéler au véritable maître de Kheitar les secrets de l’ingénierie Kharadron, Brokrin refuse avec noblesse, et met à profit la bévue de Bernard pour arroser les hommes rats venus à la rescousse de Kilvolt avec du Kharaplomb. L’algarade ne dure cependant pas longtemps, l’arrivée de Drumark et des arquebusiers convainquant définitivement les Skavens de la futilité de leur approche. Profitant de l’accalmie, Brokrin et Cie repartent ventre à terre sur le Dragon, non sans avoir pris soin de looter quelques tapisseries supplémentaires en guise de dédommagement. De voleur à vendeur de tapis, il n’y a que peu de chose au fond.

 

Accompagnement au roman qu’il a consacré aux plus blindés des Duardin (Corsaires du Dragon de Fer //Overlords of the Iron Dragon), ce Rats de Cale de Werner s’avère être d’une lecture globalement satisfaisante. Notre homme retrouve avec bonheur ses victimes favorites (les Skavens), qu’il gratifie comme à son habitude d’une inventivité et d’une ambition proportionnellement inverse à leur compétence, pour un résultat aussi spectaculaire que dérangeant2. S’il y a un contributeur de la BL qui sait s’y prendre pour donner aux hommes rats leurs lettres de bassesse, c’est bien l’homme au chapeau, et on ne peut que souhaiter que Nottingham lui confie davantage de commandes portant sur les funestes et fumistes machinations des rejetons du Rat Cornu. On appréciera également l’exotisme du propos, la visite guidée de la Lamaserie de Kheitar permettant au lecteur de se remémorer l’immensité des Royaumes Mortels, où la présence d’une communauté de bonzes vénérant un démon du Chaos ayant trouvé la paix intérieure en téléchargeant Petit Bambou sur son portable est tout à fait possible. On peut regretter que l’accent ne soit pas davantage mis sur la culture des protagonistes, abordée assez succinctement à travers la mention des différentes fonctions des membres de l’équipage de l’Ang Drak et du fameux Code des Kharadron (qui sanctuarise les partenaires de commerce équitable, ce qui doit indiquer que les bananes et le chocolat sont tenus en haute estime par le Geldraad), mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir dans une nouvelle de 25 pages. Le casting très développé des Arkanautes, conséquence logique de leur inclusion dans le roman cité plus haut, est un autre facteur pouvant diminuer (légèrement) le plaisir de lecture, mais, rassurez-vous, savoir qui est qui n’a que peu d’intérêt au final. Le plus important restant bien sûr de souquer les artimuses.  

 

1 : Si vous répondez : un chat, sachez que le félin apporté à bord par les Duardin a fait acte de mutinerie peu de temps après sa prise de fonction. C’est ce qui s’appelle avoir un poil dans la patte.

 

2 : Sérieusement, imaginer la transformation d’un cadavre de bonze en marionnette animée, c’est un coup à faire des cauchemars.

 

***

Voilà pour cette première partie de critique, dont le rendu final est, comme à chaque fois, mitigé. Si les nouvelles sont plus ou moins bonnes, elles ont toutefois pour elles de présenter assez convenablement leurs protagonistes aux lecteurs, qui pourra donc décider en son âme et conscience s'il souhaite poursuivre l'aventure avec l'une ou l'autre de ces icônes, et de ces auteurs. On peut regretter que le casting ne soit pas représentatif de la diversité des races et factions des Royaumes Mortels, puisqu'en plus de la prédominance des Stormcast Eternals (le bon Gardus, la brute Blacktalon et le truand Hamilcar), on s'enquille un duo de chasseurs de sorcières et deux Duardins pour la grande alliance de l'Ordre, et la seule Nefarata pour apporter un peu de variété. S'il n'est pas étonnant que la Destruction ne soit pas représentée, puisqu'elle se cherche encore une figure de proue, l'absence du Chaos est beaucoup surprenantes, Orpheo Zuvius, Ompallious Zeyros ou même Archaon pouvant tout à fait jouer les VIP pour la bonne cause. 

 

Pour terminer, je conseillerais aux lecteurs intéressés par cette anthologie mais ne souhaitant pas se plonger dans Warhammer 40.000 de considérer la possibilité d'acheter de 'Sacrosaint et autres récits' (6.99 €) à la place de cet ouvrage. En plus d'être moins cher et plus long (9 nouvelles et 1 novella), ce recueil contient 3 des 7 nouvelles détaillées ci-dessus, ce qui en fait un concurrent sérieux à 'L'Aigle et le Marteau'. La même chose peut être dite de 'Hammerhal et autres récits' critiqué avec soin par @Foudrolle sur ce forum.

 

Schattra, "le moins dur est fait"

 

Edited by Schattra
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Ajout des chroniques des nouvelles de 'The Hammer & the Eagle' :

  • the-hammer-and-the-eagle.pngGhosts of Demesnus (J. Reynolds)
  • One, Untended & Gods' Gift (D. Guymer)
  • The Dance of the Skulls (D. Annandale)
  • The Old Ways (N. Horth)
  • Hunting Shadows (A. Clark)
  • Shiprats (C. L. Werner)

 

Schattra, pluri-centenaire

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Début de semaine avec nos amis Gotrek et Maleneth, sur la route de Memphis (entre autres). Nous avons une chance sur trois pour que la prochaine nouvelle du Black Library Advent Calendar 2020 soit également consacrée au petit teigneux et sa garde de la rune, qui veut prendre les paris?

 

Death on the Road to Svardheim // Morts sur la Route de Svardheim - D. Hinks :

Révélation

 

death-on-the-road-to-svardheim.pngEn route vers la cité de Svardheim pour une raison sans doute logique mais inconnue de l’auteur de ces lignes au moment de l’écriture de cette chronique, le duo le plus mal assorti des Royaumes Mortels1 passe le temps et les kilomètres sur la route 88 (c’est tout plat, désertique et décoré avec des monceaux de crânes) en discutant théologie, comme à leur habitude. Bien évidemment, la situation finit par gentiment dégénérer, l’anticléricalisme blasphématoire d’un Gotrek toujours chafouin de s’être fait rouler dans la farine par les Dieux du Monde Qui Fut mettant sur les dents, qu’elle a éclatante, la dévote Maleneth. À force d’enquiller les bornes, elle finit même par les dépasser, allant jusqu’à accuser son rusé et runé camarade de servir le Chaos, à l’aide de l’argument, bien connu de George W. Bush, du « si tu n’es pas avec moi (et Ziggie) tu es contre moi ». Avant que la situation ne dégénère trop franchement, et que le Tueur vétéran ne doive se trouver encore un nouveau sidekick, les comparses tombent sur le théâtre d’une embuscade ayant été fatale à une bande de prêtres sigmarites, dont les corps décapités jonchent les alentours d’une carriole incendiée.

 

Après une rapide enquête, il s’avère que les assaillants n’ont pas réussi le perfect en matière d’élimination de témoins, une pauvre nonne répondant au nom de Carmina se présentant à nos héros et leur expliquant que sa congrégation s’est fait dérober une relique irremplaçable, le Poing Incorruptible, dont elle avait la charge et promenait de ville en ville pour ranimer la foi des locaux. Avant que Gotrek n’ait pu marquer de nouveaux points d’athéisme hardcore en demandant à Carmina en quoi un poing pouvait être corrompu, pour commencer (il en serait capable le bougre), Maleneth se fait embringuer dans une mission de récupération du saint gantelet, qu’il s’agit simplement de reprendre des mains malpropres d’une petite vingtaine de bandits, retranchés dans une forteresse abandonnée à quelque distance de la route. Rien que de très banal pour notre Tueur, qui accepte toutefois de mettre les formes et de suivre un plan un minimum intelligent (attendre que Maleneth se soit mise en position derrière le bastion pour intercepter d’éventuels fuyards) avant d’aller toquer à la porte le plus naturellement du monde.

 

La prévoyance de l’Aelf paie rapidement car il se fait bientôt jour (enfin, nuit, mais je me comprends) que les brigands sont un peu plus qu’une bande de maraudeurs sanguinaires, mais bien une authentique secte de Khorne, en train d’invoquer un démon de fort belle taille à l’aide de leur collection bien mal acquise de grigris et talismans. Maleneth n’a pas le temps de signaler qu’il y a une courge dans le potage que Gotrek est cependant déjà en train de défoncer la porte et de se tailler un chemin à travers les mobs de bas niveau, jusqu’à poser l’œil sur une Némésis digne de lui, qu’il engage évidemment en combat singulier dans la plus pure tradition du genre. Etant un VIP incontournable du multivers, Gogo est reconnu par son adversaire, qui a la mauvaise idée d’insinuer que le Tueur a fui son monde au moment de la Fin des Temps au lieu de rester et de se battre pour le défendre. Cela met notre nabot en rogne, et les deux adversaires se balancent quelques baffes amicales, sans trop d’effet de part et d’autre, jusqu’à ce que Meleneth ait l’idée géniale de confisquer les reliques ayant été mise à profit pour invoquer le démon, et dont ce dernier a encore besoin pour maintenir sa présence dans les Royaumes Mortels. Au fur et à mesure que les héros shootent dans les breloques, leur adversaire perd en taille et en carrure, jusqu’à finir rachitique et malingre, et se faire décapiter sans cérémonie par un Gotrek enfin à la bonne taille pour jouer de la hache.

 

Ceci fait, le duo infernal n’a plus qu’à remettre le Poing Incorruptible à la brave (en fait pas trop) et reconnaissante Carmina, qui s’en va à cheval remettre le précieux héritage en sécurité, pendant que nos héros continuent à pied leur périple. Poing/t final de notre histoire ?

 

Révélation

Eh bien non (comme la balise spoiler ne le laissait pas du tout envisager), car lorsque nos voyageurs, fourbus (surtout pour Maleneth) et assoiffés (surtout pour Gotrek) tentent d’obtenir le gîte et le couvert d’un monastère sigmarite croisé un peu plus loin sur la route, se disant à juste titre que tous les culs bénis à la ronde leur sont redevables de leurs récents exploits, c’est pour entendre un son de cloche bien différent. Carmina était en fait une voleuse ayant mené sa bande, déguisée en prêtres, dérober le fameux Poing Incorruptible (mais pas Inatteignable) de la garde des vrais fidèles de Sigmar, en tuant quelques uns au passage. L’abbé outré qui fait ce récit aux voyageurs est persuadé que l’iconoclaste va briser la relique en mille morceaux pour revendre la Pierre de Royaume dont elle est faite au plus offrant, au mépris de tous les commandements de Sigmar. C’est donc une grosse boulette, sur laquelle Maleneth manque de s’étouffer, mais qui ne déclenche chez ce philosophe de Gotrek qu’un rire tonitruant. Il en a certes vu d’autres… 

 

1 : Gotrek est un Nain (et pas un Duardin) roux exhibitionniste, et Maleneth est une Aelf brune gothique.

 

Eh bien ça y est : après avoir laissé Gotrek (et le regretté Felix) à leurs aventures dans le Monde Qui Fut, je renoue enfin avec ce héros mythique sous sa nouvelle incarnation, à travers ce court format signé du père adoptif #3 du Tueur de… trucs, Darius Hinks. Ce qui m’intéressait particulièrement dans ces retrouvailles était de voir ce qui avait changé, et ce qui était resté, des précédentes aventures de M. Gurnisson, qui constituaient un sous-genre de la littérature BL à elles seules. L’équilibre n’était pas facile à trouver entre respect servile du cahier des charges, forcément un peu obsolète, établi par King et Long en la matière, et innovations radicales, qui auraient enlevé tout le sel de ce come-back improbable. Et je dois dire que Darius Hinks s’en est plutôt bien sorti, tant sur le fond que sur la forme. On est bien en présence d’une aventure de Gotrek & Cie, avec notre petit rouquin teigneux, grincheux et pince sans rire s’embarquant dans un combat à haut risque contre un adversaire très balèze (sur le papier en tout cas), au grand désespoir de son partenaire attitré. Ce qui change ici est que Gotrek est devenu un mécréant militant, gardant sa dernière dent contre tout le panthéon divin (à commencer par Sigmar, qui s’en prend plein les tresses), alors que Maleneth est, sous ses abords de tueuse froide, une zélote du grand barbu, ce qui est à la fois surprenant (c’est le type qui la voyait comme une pseudo Assassin druchii qui parle) et intéressant. Notons également que Hinks ne se gêne pas pour glisser quelques références au passé proprement légendaire de son héros et donc à feu Warhammer Fantasy Battle, ce qui devrait faire plaisir autant qu’intriguer le lecteur historique de la saga. Bref, le contrat est bien rempli dans ce 'Death on the Road to Svardheim', qui tient son rang parmi les cohortes de nouvelles Gotrekesques publiées par la BL depuis des temps immémoriaux. Reste à savoir ce que cette dernière compte faire de son increvable héros sur le long terme, maintenant qu’il ne peut absolument plus mourir (ce serait un énorme fail), mais ceci est une autre histoire.

 

Schattra, ...et dix de der

Edited by Schattra
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Eh bien Gotrek ne pointera pas le bout de ses moustache aujourd'hui, mais il a été remplacé au pied levé par un représentant de son espèce: le capitaine Fairgold Zaynson, qui aura la gentillesse de nous démontrer qu'on ne fait d'omelettes sans casser des Zog!

 

Buyer Beware - G. Thorpe :

Révélation

 

buyer-beware.pngNotre histoire commence par une descente de boardercross Kharadron, qui, comme chacun sait, se court en combinaison intégrale de laine de goret à poils longs de Chamon. Partis à cinq de la ligne de départ, située dans le nid d’une Maw-Crusha en attente d’un heureux événement, seuls quatre Duardin parviennent à boucler la course dans les temps impartis et en un seul morceau. On portera longtemps le deuil de Rogoth (casaque, culotte et barbe jaune poussin), dont les tendances gauchistes lui ont été fatales. Les Nains sont un peuple de (virage à) droite, c’est bien connu.

 

Parvenus jusqu’à la sécurité – toute relative – de leur vaisseau (Night’s Daughter), le capitaine Karazi ‘Fairgold’ Zaynson et ses acolytes n’ont pas besoin de signaler au reste de l’équipage qu’il serait de bon ton de souquer les aethertibuses, comme on dit à Barak-Mhornar : les rugissements tonitruants et les attaques en piqué de la mère poule dérangée dans sa retraite étant une motivation suffisante. Un tir de mitraille bien senti plus tard, l’affaire est réglée aux torts partagés : une gueule et une épaule chevrotinée pour le Maw-Crusha, ce qui l’oblige à rejoindre le plancher des Squigs, et une méchante estafilade de coque pour la Night’s Daughter. Pas assez pour amener le fier vaisseau par le sol, mais assez pour occuper l’endrineer de bord et son assistant pendant une bonne partie du voyage jusqu’à la destination fixée par Fairgold : un avant poste Orruk où l’attend le deal de sa vie. Car oui, à Age of Sigmar, les Nains et les Orques ne sont pas irrémédiablement et définitivement fâchés, et peuvent (apparemment) faire affaire quand la situation l’exige. En l’état, Fairgold a besoin de renflouer les caisses en exploitant un filon d’aether-or localisé par la tribu peau-verte avec laquelle il a rendez-vous, afin de financer une nouvelle expédition pour localiser l’épave d’un navire familial, le Night’s Gift. Une raison qui en vaut une autre, et se révèle donc assez impérieuse pour justifier les tractations contre nature dans lesquelles le capitaine entraîne ses matelots.

 

Arrivés à bon port après ne s’être que légèrement écrasés dans la forêt proche du village Orruk (équipage secoué + immobilisation), les Kharadron envoient une délégation réduite négocier l’accord avec la partie adverse, tandis que le reste de l’équipage s’emploie à remettre le châssis en état, sous les ordres de Verna (l’endrineer susnommée). À terre, Fairgold et ses compagnons rencontrent finalement le massif Orgaggarok, chef de la tribu du Poing qui Tombe, qui possède ce qu’ils désirent : une carte localisant l’emplacement précis du gisement d’aether-or convoité, flairé par les pouvoirs surnaturels du Wardancer local1.  Mais en échange, Orgaggarok veut les trois œufs de Maw Crusha que ses invités ont apportés avec eux, ce qu’un négociateur vétéran comme Fairgold ne peut laisser passer sans froncer de la moustache. Après un marchandage vindicatif et énergique, l’accord est sur le point de sans conclure sans le moindre sang versé sur la base de deux filons contre trois œufs, lorsque l’expert en ruralité profonde que le chef Orruk a amené à la table au tronc de négociation, lui hurle dans l’oreille qu’il est en train de se faire avoir comme un bleu. Les taches caractéristiques qui ornent la coquille des œufs montrent en effet de façon formelle que ces derniers viennent des Pics de Fer… qui sont sur le domaine des Poings qui Tombent. Oupsie.

 

Vendre un bien que l’acheteur possédait déjà étant une pratique universellement condamnée, le dialogue tourne court et les lames sortent des fourreaux (pour ceux qui en ont). Bien que tenus en respect par l’arsenal de leurs visiteurs, les Orruks sont tout prêts à foncer dans le tas pour apprendre les bonnes manières leurs visiteurs, mais l’arrivée de deux catastrophes aériennes coup sur coup va donner à Fairgold et ses matelots la distraction nécessaire pour se sortir de ce guêpier. D’abord, Mama-Crushaw débarque au village, guidé par son instinct maternel infaillible, ou la puce de géolocalisation qu’elle avait placé sur ses œufs (allez savoir, c’est de la high fantasy, je ne serais même pas surpris). Puis, c’est la Night’s Daughter, enfin réparée, qui arrive à son tour, abat pour de bon le lézard volant en rut, défonce la palissade Orruk, et maintient les sauvages en respect assez longtemps pour permettre aux VRP de remonter à bord. Bien entendu, Fairgold a trouvé le moyen de chiper la carte d’Orgaggarok au passage, et tout est bien qui finit donc bien pour nos petits gars et filles. Même mieux que bien, car ils ont gardé le dernier œuf de Maw Crusha pour eux, et que ce dernier vient d’éclore. Et une mascotte pour la Night’s Daughter, une !

 

1 : Spécialisé dans les souffles (ou pets, si on demande à ce diplomate né de Fairgold) de Mork, nom donné par les Orruks à ce type de filon.

 

Après des débuts discrets à Age of Sigmar (comparé à sa production soutenue pour Warhammer Fantasy Battle ; 40.000 et l’Hérésie d’Horus), Gav Thorpe signe une petite nouvelle posant tous les jalons d’une suite plus ambitieuse avec ce ‘Buyer Beware’. J’en veux pour preuves la galerie conséquente de personnages qu’il prend le temps de nous présenter, ainsi que les relations particulières qui unissent certains d’entre eux (Fairgold et Verna semblent très proches), mais également la mise en perspective de la quête inlassable de Fairgold pour le Night’s Gift, qui justifie tous les événements narrés dans ce court format. Il est encore trop tôt (au moment où cette chronique est écrite) pour acter de la véracité de cette intuition, d’autant plus que Thorpe a déjà une série de romans sur le feu – ça se passe à Aqshy après tout – pour AoS, avec ‘The Red Feast’ (et sa.es suite.s), mais il y a des signes qui ne trompent pas. Pour le reste, ‘Buyer Beware’ tient assez bien la route, sans originalité folle ni style flamboyant, mais avec un dosage correct d’action et d’humour, et surtout sans les incongruités regrettables dont Gav Thorpe parsème parfois ses soumissions à écrire sans se poser de questions. Qualité naine, dirons-nous.

 

Schattra, "A Maw-Crusha furieux, on ne regarde pas les dents" (proverbe Duardin)

Edited by Schattra
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On arrive à mi-chemin de ce Calendrier de l'Avent 2020 avec une sombre et mal éclairée histoire de racket en Chamon, qu'un jeune et presque honnête envoyé d'Azyr va tenter d'interrompre au péril de sa vie et au profit de son compte en banque. C'est en tout cas comme ça que les locaux s'en souviennent.

 

The Offering - A. Clark :

Révélation

 

the-offering.pngC’est la belle sombre nuit de Noël Nost’rnight, ce qui signifie une chose pour les habitants de Breaker’s Vale, avant-poste minier de Chamon : leur offrande doit être livrée au pied de l’arbre du don sans tarder, sous peine de terribles représailles. Guidée par leur Aîné, une petite délégation de péquenauds chemine donc péniblement jusqu’au point de drop ‘n collect le plus proche, chargée des maigres richesses que les locaux ont mis de côté à cette fin au cours de l’année écoulée. Au moment de repartir se calfeutrer dans les chaumines, le jeune Narry choisit cependant d’initier sa crise d’adolescence en questionnant tout haut le choix de ses concitoyens de détourner une partie de la production de Breaker’s Vale pour payer un tribut à ce qu’il considère n’être que de vulgaires brigands. Le moment a beau être très mal choisi, l’Aîné prend sur lui de remettre le petit rebelle à sa place, en lui racontant ce qui s’est passé l’année où l’offrande n’a pas été faite…

 

À l’époque, Breaker’s Vale venait d’accueillir son nouveau maire, Gustav Thatcher, fils exilé pour détournement de fonds d’une grande famille azyrite. Ce châtiment n’avait cependant pas suffi pour guérir Gus de sa sale manie de truquer les registres et s’en mettre plein les poches (ou dans le cas précis, le coffre), l’édile malgré lui de Breaker’s Vale ne comptant pas rester toute sa vie à moisir rouiller dans l’arrière-pays chamoniard, et ayant besoin d’accumuler un petit pécule pour pouvoir faire son retour dans le game. Un amoureux des livres (de compte) comme lui ne pouvait donc pas manquer de rapidement remarquer les discrètes mais visibles modifications apportées par un quidam tout aussi filou que lui à son propre registre, preuve indiscutable que le PIB de Breaker’s Vale se faisait siphonner par de multiples fripouilles. On pourrait presque parler de république bananière si Sigmar n’était pas un despote (et plutôt foudroyant qu’éclairé, si vous voulez mon avis).

 

Guère soucieux de partager, et encore moins ravi d’avoir été pris par une andouille par ses administrés, Gustav remonta rapidement à l’origine du problème, et fit main basse sur le butin collecté par les locaux, malgré les supplications de son majordome (Saul) de laisser les habitants déposer leur offrande annuelle aux Grobbi Blackencap, sous peine de représailles. Croyant avoir affaire à une vulgaire superstition paysanne, Gustav refusa tout net, ce qui mena Breaker’s Vale à connaître une nuit très agitée, comme vous pouvez vous en douter. Mécontents de n’avoir pas reçu leur dû, les Gits locaux organisèrent une soirée à thème « Spores sur la ville », résultant en de multiples vomissements et purulences fatales parmi la population. Sauvé par le dévouement de ses gardes et le bon cœur de Saul, Gustav parvint à s’enfermer dans son coffre alors que les séides de la Mauvais Lune prenaient d’assaut son manoir, laissant son majordome s’expliquer avec les intrus. Ce fut toutefois la fourberie de trop pour l’arnaqueur de la métropole, qui se rendit compte un peu trop tard que Saul connaissait lui aussi le code de la chambre forte, et n’avait plus aucun scrupule à laisser son employeur s’expliquer en tête à tête avec la mafia gobelinoïde chamoniarde (et le Troggoth du parrain à capuche local).

 

Son récit terminé, l’Aîné (un Saul un peu décrépit par le poids des années) constate avec satisfaction que cette grande gueule de Norry n’a plus rien à redire au versement de la dîme, et enjoint son monde à regagner ses pénates métalliques en attendant que le soleil se lève. Comme on dit dans le coin, entre la caverne et le fungus, mieux vaut ne pas mettre le doigt.

 

Andy Clark retourne aux champignons avec ‘The Offering’, nouvelle mettant à nouveau en lumière (de la Mauvaise Lune) les déprédations micellaires des Gloomspite Gitz, quelques mois après la sortie de son roman ‘Gloomspite’. Ce court format se suffit à lui même1, et nous sert une variante AoSesque du récit classique du tribut versé par une communauté démunie à une force maléfique pour éviter les ennuis. Le déroulement de cette petite fable sera donc familier à la majorité des lecteurs, l’originalité et la valeur ajoutée de ‘The Offering’ résidant (un peu) dans les quelques descriptions graphiques des maléfices dont sont capables ces farceurs de Gitz, et (un peu aussi) dans la révélation de l’identité « secrète » de l’Aîné, qui aurait pu être aussi bien un Thatcher assagi par son accrochage avec la ruralité profonde de Chamon que le très évident Saul. À titre personnel, et ayant lu à de nombreuses reprises que Clark avait produit pour ‘Gloomspite’ des passages proprement nauséeux (ce qui est une bonne chose pour de la littérature gobeline, j’imagine), je suis resté sur ma faim : mis à part la classique mouche dans le potage – ici livrée sous sa variante d’asticot dans le pudding – et quelques inhalations de spores aux effets dermatologiques regrettables, rien n’est vraiment dégoutant. Un peu trop insipide à mon goût donc, même si l’ensemble reste très correct.   

 

1 : On notera tout de même la présence d’un personnage nommé Saul dans les deux histoires. Comme quoi, en cas d’infestation gobeline, better call Saul.

 

Schattra, bien mal acquis ne profite jamais surtout si on se le fait piquer à son tour

Edited by Schattra
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Je ressors pour la 3ème fois de l'année la critique de cette nouvelle de Bill King, sa première pour Age of Sigmar. C'est dire si la BL veut que vous en preniez connaissance.

 

Le Poing d'un Dieu Courroucé // The Fist of an Angry God - W. King :

Révélation

 

the-fist-of-an-angry-god.png?w=236Assignés à la conquête de la forteresse d'Azumbard, dans le Royaume d'Aqshy, le Liberator-Prime Balthus1 et ses Knights Excelsior sont à la peine. Non seulement la décoration psychédélique et les relents d'encens bon marché de leurs adversaires Tzeentchiens sont un affront à leurs sur-sens de surhommes, mais, nombre sacré du Dieu Poulet oblige, ils ont passé des plombes à sécuriser les neuf tours du bastion adverse, ce qui pèsera lourdement sur leur rémunération variable de l'année, alors que les Hammers of Sigmar affectés au front Slaaneshi ont une charge de travail un tiers moindre. Saleté de numérologie cosmique. Faisant contre mauvaise fortune feu de tout bois, Balthus mène ses ouailles à l'assaut de l'ultime donjon adverse, sans réussir à se défaire d'une étrange sensation de déjà-vu, qui ne lui dit rien qui vaille. L'absence de résistance des disciples de Tzeentch lui semble en effet de mauvais augure, et cette sinistre prémonition se trouve vérifiée lorsque la petite force de Stormcast qu'il commande se retrouve embusquée et submergée par une horde d'emplumés vindicatifs. Ayant pris deux méchants coups sur l'occiput, notre héros tombe dans les bras de morphine, et se réveille enchaîné dans un laboratoire arcanique, où il fait la connaissance de la sorcière Aesha, qui à son grand étonnement, semble le connaître2.

 

Après quelques instants consacrés à tenter de se défaire de ses liens enchantés, sans grand succès (ces derniers se resserrant de plus en plus à chaque fois que Balthus force dessus, conséquence d'un puissant enchantement... ou de l'utilisation d'un simple demi-nœud), le Liberator prisonnier - ironie - accepte d'ouvrir le dialogue avec Aesha, qui, cornes et sabot mis à part, se révèle être une hôte plutôt décente, et se montre plus intéressée par la poursuite des examens initiés sur son sujet d'étude que sur le sacrifice de ce dernier. L'échange permet de comprendre que les motivations de la magus sont, en toute simplicité, de percer à jour les secrets ayant permis à Sigmar de créer les Stormcast Eternals, qu'Aesha considère comme la clé de la transcendance divine. Ayant appris, sans doute à la lecture des tomes de la Fin des Temps (trouvés en occasion sur e-bay), que beaucoup des membres du panthéon de l'Ordre et de la Mort ont commencé leur carrière comme de simples mortels dans le Monde qui Fut, notre ambitieuse sorcière ne voit pas de raison de ne pas tenter le coup à son tour. Horrifié par ce projet blasphématoire, et peut-être également par le résultat de l'IRM complet qu'Aesha lui a fait passé grâce à ses miroirs ensorcelés, Balthus décide de contrecarrer les plans de sa Némésis en... rage-quittant. Ou plutôt, en essayant de rage-quitter. Car sa tentative héroïque de se suicider en tirant à mort (littéralement) sur ses chaînes se fait contrecarrer par Aesha, qui le met en pause avant qu'il ne perde son dernier PV, et profite de son coma réparateur pour infiltrer ce rêve, étrange pénétrant, de la fin inconnue de Balthus. 

 

En des temps très anciens, Balthus était en effet Leoric, prince héritier du royaume d'Asqualon. Son règne fut toutefois aussi court (3 minutes et 26 secondes) que sanglant, puisqu'il hérita de la couronne après la mort de son père pendant la défense du Temple de l'Orage, dernier bastion de l'Ordre face aux assauts du démon Arkatryx et de ses disciples indisciplinés. Garrotté par son adversaire, Leoric invoqua Sigmar pour venger son paternel, et fut exaucé lorsque le Dieu lui envoya un éclair salvateur, non pas directement sur le démon, ce qui aurait été trop simple, mais sur l'épée que notre héros brandissait toujours. Chargé à bloc, Leoric trouva la force d'électrocuter son adversaire d'un ultime horion, avant de partir en direction de la forge divine. Par un hasard qui n'en était sans doute pas un, Aesha était également présente ce jour là (après tout, c'est elle qui a coup fatalisé le roi Aldred), ce qui donne un nouveau sujet de discussion tout trouvé à nos deux personnages une fois Balthus émergé de sa torpeur. S'en suit une joute verbale digne d'un débat de la primaire démocrate, avec Aesha se posant en Bernie Sanders chaotique, en lutte contre le 1% asqualique ayant exploité le petit peuple et fait exécuter son père parce qu'il avait volé une miche de pain. Face à ce déferlement de progressisme, Balthus ne peut que se référer aux bullet points qui lui ont été inculqués pendant sa formation: "l'Ordre, c'est cool" et "Yes, Sig' Can".

 

Ce passionnant échange est toutefois écourté par la notification que reçoit Aesha sur son portable professionnel, l'informant de l'intrusion d'une meute de militants en sigmarite dans son QG, avanie qu'il lui faut gérer sans attendre. "Pas si vite poulette" lui répond Balthus, qui dégaine son special move et gueule "Par le pouvoir du <insert random stuff here> ancestral, je détiens la force toute puissante!", et parvient enfin à se défaire de ses chaînes par l'intervention du saint sigmarite esprit. La fin de la nouvelle voit nos deux protagonistes jouer au chat et à la souris dans le dédale du donjon d'Aesha, jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la salle de téléportation aménagée par cette dernière, et qui se révèle être le Temple de l'Orage où ils se sont rencontrés pour la première fois il y a des millénaires. S'il ne parvient pas à stopper la bougresse avant qu'elle ne s'éclipse, Balthus a au moins la satisfaction de mettre la main sur son ancienne épée, qu'il était le seul à pouvoir retirer de la pierre dans laquelle il l'avait plantée en transperçant le démon (ça me dit vaguement quelque chose...). Un milliard de Tzaangors occis plus tard, notre héros est récupéré par ses frères d'armes, esquinté mais en vie, et ayant inscrit sur sa to do liste de caler un nouveau tête à tête avec Aesha pour discuter du bon vieux temps dès qu'elle se montrera disponible.

 

King fait ses premiers pas dans les Royaumes Mortels de manière assez discrète avec The Fist of an Angry God. Comme on pouvait l'attendre, et peut-être l'espérer, son passif d'auteur historique pour Warhammer Fantasy Battle apparaît clairement dans cette nouvelle à travers le personnage d'Aesha, dont la connaissance du Monde Qui Fut apparaît comme un clin d'œil (je le vois comme ça en tout cas) au parcours de King. Ce dernier prend en marche le train du "Sigmar-bashing" qui sous-tend beaucoup des dernières publications mettant en scène des Stormcast Eternals, et dépeint les méthodes de recrutement du Dieu Roi sous un jour contrasté, tout en justifiant en partie le passage au Chaos d'Aesha. Pas de manichéisme ici donc, et c'est bien le moins qu'on attendait de la part d'un contributeur aussi expérimenté que Bill King, dont les écrits ont toujours mis en avant la "grisaille" ambiante des univers de GW

 

À titre personnel, je suis toutefois déçu de l'articulation de la nouvelle, dont le début est finalement insignifiant (je m'attendais à ce que King fasse une révélation sur un stratagème spatio-temporel utilisé par les disciples de Tzeentch, ce qui aurait justifié la sensation de "déjà-combattu" de Balthus) et la fin hurle littéralement "À SUIVRE..." à la tête du lecteur3. Le fond étant, comme dit plus haut, assez intéressant à défaut d'être captivant (cela montre au moins que King a digéré le background de cette nouvelle franchise), je trouve dommage que la forme n'ait pas été plus pensée et soignée par l'auteur. Ceci dit, King ne s'est jamais montré très doué sur les très courts formats, ses meilleures nouvelles se situant sur la marque des 40/50 pages. Quoiqu'il en soit, il convient de suivre la suite des événements avec attention, et espérer que le King finisse par remettre la plume sur le fils spirituel ayant lui aussi réussi son passage de Warhammer Fantasy Battle à Age of Sigmar, un certain Mr G. Gurnisson...

 

: À ne pas confondre (je l'écris car je l'ai fait moi-même) avec Balthas Arum, la réincarnation de Balthazar Gelt dans les Royaumes Mortels. 

 

2 : Le plus étonnant pour le lecteur est surtout la question que pose Balthus à sa geôlière juste après qu'elle l'ait identifié. OSEF quoi mon grand.

 

3 : En plus de passer vraiment vite sur des éléments pas anodins du tout pour l'intrigue, comme la libération miraculeuse de Balthus. 

 

Schattra, one more for the road

 

Edited by Schattra
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Passage de relai avec le personnage mythique de l'auteur ci-dessus, passé de plume en plume depuis maintenant plus de 30 ans. Vous ne voyez pas de qui on parle? Lisez plutôt...

 

The Dead Hours - D. Guymer :

Révélation

 

the-dead-hours.pngEreintés après une rude journée de tuerie en Shyish, Gotrek et Maneleth ont fait halte dans la petite ville de Skeltmorr pour se requinquer en attendant l’aube. Lorsque commence notre histoire, le Duardin a sombré dans le sommeil du juste après avoir vidé un tonneau de de bière et s’être fait un masque de beauté à base de jeune d’œuf et de bacon (c’est ça où il fait la vaisselle avec la langue et sans les mains). Maneleth s’est elle éclipsée pour prendre l’air, et, d’après la discussion entre les deux occupants de l’auberge investie par le vieux couple, aurait fait une mauvaise rencontre sur le chemin. Skeltmorr doit en effet un bon paquet d’os à Nagash, et les rares visiteurs sont donc invités à faire des donations en nature à l’œuvre de salut public municipale. Un tel destin attend également Gotrek, dont l’état comateux n’inspire pourtant pas confiance à Nieder Pedsen, le malabar chargé de l’amener, mort de préférence, jusqu’au repaire du redouté Tithekeeper.

 

La méfiance du reître était justifiée car le nabot émerge du coltard au moment où Pedsen s’apprête à lui faire tâter de son gourdin, et parvient à massacrer l’aubergiste (qui pour sa défense, venait de lui tirer dessus à la chevrotine) et à traîner son complice dans la rue malgré une gueule de bois carabinée. Sous ses abords bougons, Gotrek ne peut en effet laisser Maneleth dans les griffes des locaux, et demande donc à être conduit jusqu’à ce fameux Tithekeeper afin de plaider sa cause (un peu) et de planter sa hache (surtout). Sans doute nommé Lagardère sous sa cagoule de fonction, c’est le fonctionnaire tortionnaire qui vient toutefois à lui, en même temps que la moitié de la ville, réveillée par les beuglements imbibés du Duardin. Trop musclé/runé/ravagé pour être incapacité par les faibles attaques des Skeltmorriens, Gotrek massacre sans distinction tous ceux qui ont le malheur de croiser le chemin de sa hache, à commencer par le Tithekeeper. Le « boss final » de la nouvelle a donc mordu la poussière alors que nous n’en sommes qu’à la moitié du récit : comment Guymer va-t-il meubler la fin de ce dernier ?

 

La réponse est : avec des étagères Ikea et une petite visite dans la crypte du temple de Sigmar local, reconverti il y a quelques millénaires en entrepôt de stockage par les autorités de Skeltmorr. C’est en effet là qu’attend cette princesse de Maneleth que son chevalier servant vienne la secourir, ou plus précisément qu’un gentleman vienne lui rendre le couteau qu’elle a laissé planté dans la dépouille de son agresseur (ce sera Pedsen qui lui rendra ce service). Au passage, Gotrek réduira en cendres une meute de chiens issus de la filière de recyclage des déchets organiques de la ville, et que le Tithekeeper gardait pour lui tenir compagnie. Jamais à court de bonnes idées et toujours prêts à rendre service, les deux compagnons finissent la nouvelle en saccageant les stocks de cendres, d’os et d’âmes accumulés par leurs hôtes, actant par là leur « libération » de la tutelle de Nagash, mais signant plus certainement l’arrêt de mort des derniers habitants de Skeltmorr lorsque l’heure de la dîme aura sonné. Mais après tout, ils l’ont bien cherché.

 

Péripétie très mineure de la nième saison des aventures de Gotrek, ‘The Dead Hours’ est plus intéressant par les détails fournis sur la vie en Shyish que par ses péripéties combattantes, ni Gotrek ni Maneleth ne rencontrant ici un adversaire digne de ce nom1. Cela sent vraiment la panne d’inspiration devant un travail de commande pur et dur pour David Guymer, dont la tentative de s’écarter un peu du schéma classique de la nouvelle gotrekienne (embrouille, fessage de goons, gros monstre final) s’avère aussi peu concluante ici qu’elle l’avait été bien des années plus tôt avec ‘The Tilean Talisman’, son tout premier travail publié par Nottingham. Je sais bien qu’il est dur de faire des variations sur un thème usé jusqu’à la corde, mais une soumission classique mais sérieuse aurait été plus appréciable que cette improvisation assez peu concluante. Le mieux est l’ennemi du bien, du rien, et du Nain.

 

1 : Cela aurait été le cas si le Tithekeeper avait été la vieille qui se met à flécher Gotrek depuis sa fenêtre, avant de se faire fracasser les côtes d’un grand coup de boule. Sans doute le combat le plus mémorable de notre Nain depuis la Fin des Temps.

 

Schattra, va mourir 

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  • 4 weeks later...

Bonjour et bienvenue dans cette revue de Direchasm, recueil de 11 nouvelles consacré à l’exploration et l’enrichissement du background de la franchise GW la moins « réceptive » à ce genre d’attention : Warhammer Underworld. Qualifiez-moi de vieux reac si vous le souhaitez, mais j’ai en effet tendance à considérer que les adjectifs « compétitif » et « fluffique » comme étant antinomiques. De ce fait, voir la Black Library sortir une anthologie de courts formats centrés sur le jeu de figurines compétitif ultime (si on en croit la pub qui en est faite), m’a de prime abord semblé très contrintuitif, pour ne pas dire absolument bizarre. La suspicion ayant fini par tourner à la curiosité, renforcée par la présence au sommaire d’un certain nombre d’auteurs peu ou pas familiers d’Age of Sigmar (Danie Ware, Thomas Parrott, Nicholas Wolf, Gary Kloster et Denny Flowers), ainsi que le contenu totalement inédit de cet ouvrage, j’ai donc sauté le pas et pénétré à la suite d’innombrables bandes d’aventuriers dans les ténèbres du sous-sol des Royaumes Mortels. Attention à la marche.

 

Je préfère préciser ici que je me suis attelé à cette lecture avec une connaissance très rudimentaire de Warhammer Underworlds et de ses extensions, aussi bien en termes de jeu (jamais pratiqué) que de place au sein du background d’Age of Sigmar. Mon seul point de référence récent étant Warcry (qui a également bénéficié d’une couverture narrative), je m’attendais à ce que chaque nouvelle soit centrée sur une bande en particulier, et que l’intrigue tourne en général autour d’un affrontement avec un ou plusieurs rivaux, afin d’illustrer le gameplay de Warhammer Underworld1. Rien de particulièrement novateur, ni de prime abord passionnant, mais ce cahier des charges strict permettrait au moins de juger tous les auteurs convoqués sur un pied d’égalité, afin de faire émerger le ou la champion.ne de Direchasm après cette joute littéraire sans merci. C’est donc en « touriste expérimenté » que j’ai ouvert ce bouquin, prêt à découvrir les us et coutumes d’un monde inconnu, mais également à souligner sans pitié les errements de construction, de style et de fluff, comme pour tout autre publication de la BL. Dans le doute, toujours revenir aux fondamentaux.

 

1 : J’espérais aussi que les références à des cartes d’action ne soient ni trop nombreuses, ni trop cryptiques, même si je suis le premier à apprécier les références cryptiques quand je lis de la fiction.

 

direchasm.png?w=450&h=691

 

The Mountain's Call - G. Lyon :

 

À la lueur des lunes de Ghur, une chasseresse humaine – qui n’a pas de nom et que nous appellerons donc Chantal – arrive dans les ruines d’une ancienne cité sigmarite, détruite depuis longtemps. Elle a à peine le temps de s’émerveiller devant les bas reliefs décorant la tour centrale de la ville abandonnée, et qui racontent le glorieux ragequit de Sigmar à la fin de l’Âge des Mythes, qu’un portail des Royaumes s’ouvre devant elle. N’écoutant que sa prudence, elle se cache derrière une pierre pour éviter de se faire repérer par les quatre (cinq si on compte le hibou) individus qui pénètrent en Ghur par cette ouverthur. Il s’agit des (presque) célèbres Purificateurs de Myari, venus dans le Royaume de la Bête pour tenter de calmer la Beastgrave. Les rêves du mage à catogan qui dirige la petite bande l’ont en effet averti que l’esprit de cette montagne risquait de s’éveiller, avec des conséquences aussi floues que terrible pour Hyish. Ces songes troublés ont apparemment convaincu Teclis de laisser partir son sous-fifre avec quelques copains (le Stoneguard Bahannar, la Sentinelle Senaela et la Je-N-Ai-Pas-D-Entrée-Dans-Le-Battletome-Mais-Je-Ressemble-Fortement-A-Un-Maître-D-Epee Ailenn), pour aller…heu, purifier le massif. On leur souhaite bonne chance.

 

Chantal, qui a révélé sa présence d’un sonore « c’est diablerie ! » lorsqu’elle a vu que Myari se déplaçait en flottant au dessus du sol1, croit sa dernière heure arrivée. Cette bête bête ne fait en effet pas la différence entre un Idoneth et un Lumineth, qui sont pourtant deux sous espeth différentes, comme le fait remarquer Bahannar2. Les nouveaux venus ne veulent aucun mal à la pauvrette, et acceptent même de lui filer un coup de main pour traquer la bête qui a massacré son village3, et dont elle a suivi la trace jusqu’ici, en échange d’une excursion guidée jusqu’à la Beastgrave. Tope là c’est entendu. En bon leader incompétent, Myari envoie ses guerriers chercher des empreintes de la bestiole dans les ruines, pendant qu’il reste à tailler le bout de gras avec Chantal. Bien évidemment, le monstre (une sorte d’araignée géante avec des aiguilles à tricoter à la place des pattes) profite de l’éloignement relatif – une heure à l’aller, cinq minutes au retour – des Aelves pour passer à l’attaque. Et bien évidemment, Myari se révèle trop coriace pour le nuisible, et tient la baraque assez longtemps pour permettre à ses gardes du corps de revenir terrasser le mob. Ceci fait, il est grand temps de partir pour Beastgrave.

 

Pendant que les cinq pèlerins cheminent jusqu’au piedmont, nous faisons la connaissance de leur contrepartie maléfique : l’Effroyable Parade (Dread Pageant) du Champion de Slaanesh Vasillac le Doué. Il y a là le Slangor Slakeslash, l’archer Hadzu et la vougière Glissete, qui s’amusent comme des petits fous dans les tunnels de la Beastgrave. Sur place depuis longtemps, ils ont vite réalisé que les énergies magiques de la montagne ramenaient à la vie tous ceux qui mourraient sur place, ce qui est une véritable aubaine pour des sadomasochistes comme nos amis. On apprend aussi (un peu plus loin mais je condense), que Vasillac a un grand plan pour réveiller pour de bon Beastgrave, en lui sacrifiant 216 (6x6x6) victimes d’un coup. Ca fait beaucoup de bandes d’Underworlds à neutraliser, même en prenant en compte la Garde Sépulcrale, mais les pervers ont de la ressource, c’est connu.

 

Retour sur Myari et Cie, qui finissent par arriver à bon port, entrent dans les galeries et… se perdent. Car notre bande de fiers Lumineth (+ Chantal) n’avait pas de plan précis pour mener à bien sa mission. Ca fait un peu tache, si je peux me permettre. Heureusement, l’endroit est animé et les Aelves ne tardent pas à faire leur première rencontre : la Grymwatch du Duc Crakmarrow. Entre les chauves souris par paquets de douze et les Goules véhémente, nos combattants d’élite se trouvent en mauvaise posture, jusqu’à ce que Vasillac et ses punks débarquent. Crakmarrow finit écrasé sous un rocher, et ses séides mis en déroute, mais l’aide des Slaaneshi a un prix élevé pour les Hyishiens : Chantal finit étripée par Slakeslash, et Bahannar se fait capturer après s’être fait assommer par Hadzu. Je répète : un Stoneguard aguerri en armure lourde s’est fait surprendre et assommer par un archer en tutu. Je ne sais pas s’il revient aussi à la vie ici, mais le respect est bel et bien mort.

 

Pendant que Bahannar se fait torturer pour expier sa nullité crasse, ce qui ne l’émeut pas plus que ça, Chantal revient « miraculeusement » à la vie quelques heures plus tard, ce qui surprend ses compagnons d’infortune4 mais leur fait comprendre que le terrain est vraiment spécial. Ils partent alors à la recherche du Stoneguard, qui se lance Force Tectonique sur lui-même, beacause why not, se libère de ses liens, fracasse Hadzu qui essayait de le faire réagir à ses tortures en lui jouant les sketches du spectacle d’Arthur, et s’en va en petite foulée vers… loin d’ici (toujours pas de plan, ça fait plaisir). En chemin, il croise un golem de roche, décide de faire demi-tour pour le guider vers le QG de Vasillac, sur lequel il tombe littéralement au détour d’un couloir. Pendant que les Slaaneshi sont occupés à concasser de la caillasse, Bahannar trouve le journal intime de Cadillac, le lit (eh oui), vomit, escalade une paroi, et décide de faire de la slackline sur une chaîne incrustée de squelettes. Si vous avez l’impression de suivre le compte rendu d’une partie de D&D dirigée par un MJ très peu concerné, c’est normal. Ces péripéties confusantes laissent au moins le temps à Miyari et ses copains d’arriver dans la salle en question, et l’Effroyable Parade leur tape dans la main comme au catch pour les laisser gérer le golem pendant qu’eux se cassent. Ou quelque chose comme ça. Le salut, ou en tout cas la diversion, viendra du mage au hibou, qui claquera tous ses points de mana pour invoquer un élémental de pierre, permettant aux Aelves et à Chantal de partir discrètement à leur tour pendant que Jean-Pierre et Jean-Roc s’expliquent.

 

Tout est prêt pour le grand final de la nouvelle, puisque sa malsaine lecture a permis à Bahannar de percer à jour le plan et la planque des chaoteux. Les Purificateurs tentent donc d’interrompre le rituel de Vasillac, en engagent enfin la bande adverse (Hadzu a ressuscité pour l’occasion). Bilan des courses : Bahannar tue (à nouveau) Hadzu, Ailenn tue Slakelash mais se fait tuer par Glissete. Chantal décoche un magnifique throatshot enflammé à Vasillac, mais se fait brûler au troisième degré par la flèche elfique qu’elle avait emprunté à Senaela (qui ne sert absolument à rien – qui a dit que les Sentinelles Lumineth étaient pétées ? –), puis étriper par Vasillac en représailles, avant que Myari ne décapite sa Némésis d’un revers de son bâton à anneaux. C’est dire s’il a tapé fort. Cette victoire indéniable calme un peu la montagne, mais les Aelves ont compris qu’ils ne peuvent pas quitter les lieux (Chantal semble définitivement morte, elle), et prennent le parti de rester sur place pour empêcher Vasillac (qui ressuscite lui aussi à la toute fin de la nouvelle) de recommencer à faire des sournoiseries.

 

Mes attentes étaient modérées pour une nouvelle de commande mettant aux prises les deux bandes de la boîte Direchasm, mais Graeme Lyon n’a pas rempli sa (faible) part du contrat avec ce ‘The Mountain’s Call’. Il n’y a pas grand-chose d’intéressant, ni sur le fond, ni sur la forme, dans ces péripéties mal rythmées et erratiques, commises par des personnages auxquels on a bien du mal à s’attacher (particulièrement les Aelves, qui ne sortent jamais de leur stéréotype de nobles-mais-distants-êtres-de-lumière). Le dernier tiers du récit m’a paru particulièrement peu maîtrisé, l’intrigue se résolvant d’elle-même grâce à la toute puissante magie des coïncidences (en même temps, ça a l’air d’être la spécialité de Teclis, donc on peut considérer que c’est fluff), perdant petit à petit toute crédibilité et tout intérêt pour un lecteur de plus en plus blasé. Je dois ici reconnaître que je n’étais pas au courant des pouvoirs de régénération apportés par Beastgrave, qui sont certes pratiques pour justifier la présence récurrente de bandes nommées dans le jeu de figurine, mais un « tue l’intrigue » absolu pour la mise en scène d’œuvres de fiction. Quand personne ne peut vraiment mourir, à quoi bon s’intéresser au devenir des personnages, qui seront libres de « retenter leur chance » jusqu’à parvenir à leur fin ? Sans même un peu de fluff à se mettre sous la dent, la récolte est maigre pour cette nouvelle.  

 

1 : Un pouvoir bien cool, qu’il n’utilisera plus du tout par la suite. Allez savoir pourquoi.

 

2 : Qui ferait mieux de ne pas la ramener car son pouvoir spécial de sentinelle endormie n’envoie pas du rêve.

 

3 : Les Lumineth croient que cette rencontre n’est pas le fruit du hasard, mais une conjuration de Teclis. Ce qui voudrait dire que le noble et lumineux mage suprême a planifié la destruction d’un village humain pour obtenir un sherpa pour ses acolytes. Pas très Charlyish ça.

 

4 : Qui en profitent pour lui demander son nom (ils n’avaient pas pensé à le faire avant sa mort…). Elle ne répond pas mais ça en dit long sur le degré de compassion et d’altruisme des Lumineth.

 

Last Rite of the Hag Queen – D. Lucas :

 

La sortie entre filles/femelles (comment qualifier une Melusai ?) organisée par la Hag Queen Morgwaeth la Sanglante jusqu’à Beastgrave est en train de virer en jus de boudin. Et pas au sens propre, notez bien (normal que le sang coule à flot quand les fifilles de Khaine entrent dans la danse), mais au sens figuré. La raison de l’ambiance délétère qui menace de diviser un groupe jusque là uni est assez simple : l’incapacité notoire et démontrée de Mo’ d’emmener son équipe jusqu’au Fragment de Khaine que Morathi les a envoyés chercher dans la montagne de Ghur. Le dernier accrochage en date avec une bande d’Hédonites plus démonstratifs que dangereux a en effet ouvert la voie vers une tombe prometteuse… mais qui s’est révélée être totalement vide. Pour ne rien arranger, une trentaine de Slaaneshi en rut s’est manifestée pour menacer les arrières des Furies, ce qui est une perspective terrifiante (et interdite au moins de 18 ans) quand on y réfléchit deux secondes. Fort heureusement, les pouvoirs conférés à Morgwaeth par son statut de Mémère Mégère Vénère (la seule traduction française acceptable de Hag Queen, si on me demande mon avis) lui permettent de faire s’effondrer le tunnel par où arrivait les importuns, laissant le Clan de la Lame (Blade-Coven) vaquer à ses occupations.

 

Ce n’est qu’un pis aller pour Morgwaeth, qui sent et voit bien que son autorité naturelle est en train de s’effriter. Si le niveau de bitcherie de ses deux Witches, Lethyr et Kryssa, ainsi que celui de sa Sœur du Massacre Kamyss, sont encore à un niveau raisonnable, on ne peut pas en dire autant de celui de la Melusai Blood Stalker de la coterie, la (naturellement) fourbe Kyrae. Ainsi, lorsque leur chef leur donne l’ordre de se séparer pour explorer les différentes intersections d’un carrefour, Kyrae pousse un grand soupir sifflant en levant les yeux au ciel, en mode « nan mé halo kwa1 » assumé. Isolée de ses subalternes par la force des choses, Morgwaeth a tout le temps de débattre avec elle-même de sa situation peu enviable, des imprudences passées qui ont probablement conduit à son exil (elle a eu l’audace de critiquer publiquement Morathi, et pas qu’une fois), et des solutions qui s’offrent à elle pour regagner son statut écorné par l’échec. Mais cette voix froide et cassante qui résonne et raisonne dans son crâne, est-ce bien sa conscience (professionnelle), comme elle le pense, ou un tour pendable que lui joue Beastgrave ? Qui peut dire de quelles fourberies la Montagne qui Dort est capable…

 

Mo’ a toutefois de la chance dans son malheur car son boyau finit par l’amener jusqu’à une corniche surplombant une salle où quatre Orruks et trois Ogors s’affairent à déblayer un éboulis. Enfin, les Orruks travaillent pendant que les Ogors regardent, ce qui est dans l’ordre naturel des choses, et si les Peaux Vertes ne sont pas d’accord, c’est même tarif (avec une baffe en plus). Tout cela est rendu plus intéressant pour la Matriarche lorsqu’un coup de pelle enthousiaste libère l’accès de la salle suivante, qui exhale un subtil fumet de tripoux avarié. L’odeur caractéristique de l’aftershard de Khaine, pour sûr, et une nouvelle occasion inespérée pour Morgwaerth de remonter le moral des troupes.

 

Le retour au bercail, s’il se fait en courant de la part de notre héroïne, est toutefois accueilli froidement par ses plus si fidèles que ça harpies. Profitant de l’absence prolongée de sa suzeraine, Kirae s’est en effet mis à siffler dans les oreilles de ses camarades, et a réussi à convaincre Lethyr de rejoindre sa cause. Ces dissensions ne pouvant plus être ignorées, Morgwaerth accepte d’affronter la Melusai en duel rituel pour mettre une fois pour toutes les choses au clair et prouver à son monde que c’est elle qui porte la culotte le string clouté. Dans la plus grande tradition des affrontements décisifs, la protagoniste commence par avoir le dessous, et se retrouve en fâcheuse posture, à un doigt de se faire poinçonner la brioche par une dague chargée à bloc d’énergie mystique. Qu’à cela ne tienne, la Sanglante utilise un life hack littéral pour siphonner en douce la force vitale emmagasinée par Kirae dans son coupe chou de fonction, et qu’elle réservait plutôt à Morathi en honnête Stalker qu’elle est. L’overdose de sangria qui manque de lui liquéfier le cerveau permet cependant à la Hag Queen de remporter son combat en balançant la couleuvrine sur le mur de la caverne, ce qui met tout le monde d’accord… au moins pour le moment. Il est donc temps pour le Clan des Chipies de reprendre sa quête : je connais des Ogors qui vont se faire méchament crêper le chignon2.

 

Nouvelle sympathique de Dale Lucas, qui présente de façon romancée et assez prenante le background du Clan de la Lame de Morgwaerth, en n’hésitant pas à prendre un peu de distance et en convoquant Morathi pour un petit cameo (deux bonnes idées) pour ce faire. On peut savoir gré à l’auteur d’être parvenu à instiller un peu de suspense dans son récit, en faisant sourdre la mutinerie des grognardes de Hagg Nar contre leur supérieure hiérarchique, et d’avoir utilisé de façon bien sentie les effets délétères de Beastgrave sur la psyché de ceux qui y pénètrent. La montagne est elle vraiment capable d’influencer l’esprit de ses hôtes, où est-ce seulement la paranoïa naturelle des Aelves qui parle ? Le mystère reste entier et c’est très bien comme ça. En conclusion, une belle entrée en matière pour Morgwaerth et ses filles, qu’on aurait presque envie de suivre plus amont dans leur quête du Khlou du spectacle.

 

1 : Une antique imprécation khainite, peu facilement traduisible dans notre langue grossière.

 

2 : Je n’inclus pas les Orruks, qui sont chauves comme chacun sait.

 

The Gnawblade – D. Flowers :

 

Skritch Spiteclaw est un chef de meute Skaven avec un talent très spécial : la détection d’artefacts imprégnés de malepierre. Cette aptitude enviable l’a par exemple mené à acculer un Homme-Bête portant une amulette que notre pusillanime héros lui enviait, et qu’il finit par récupérer sur le cadavre de son adversaire après que ses trois derniers Guerriers des Clans valides soient vaillamment morts au combat pour leur boss. Fort heureusement, nous sommes à Beastgrave, où le turn over est rapidement compensé, comme Skritch le sait bien. Tout ce qu’il a à faire pour s’assurer de sa main mise sur ses hordes rongeuses fraîchement ressuscitées est de leur fournir un buffet d’accueil pour qu’ils évacuent leur fringale passagère, et de demander à son garde du corps attitré, Krrk le Presque-Confident de tailler des croupières aux plus belliqueux des revenants pour asseoir son emprise sur la meute. Une cérémonie d’accueil que notre héros maîtrise sur le bout des griffes.

 

On découvre bientôt que la babiole luisante récupérée par Skritch n’a pas une simple valeur esthétique, mais est également imbue de la présence d’un authentique Verminlord Warpseer, qui invite le chineur à moustaches à une petite visite onirique/cauchemardesque du champ de ruines qui lui sert de permanence. Le rencard est intéressé, comme toujours avec les Skavens, car le démon souhaite mettre Skritch sur la piste d’un authentique incunable : la Rongelame de Vile-Mort (Gnawblade of Fell-Death), forgée à l’origine pour occire Sigmar en personne, dans la plus grande tradition théocidaire des hommes rats1. Une arme tellement toxique qu’elle a fait un trou dans la réalité pour finir sa course dans une caverne de Beastgrave, et attend depuis qu’un porteur assez ignoble s’en saisisse. Et ce porteur, ce sera Skritch, bien évidemment.

 

Les jours passent, les tunnels se creusent, et la horde vermineuse finit enfin par toucher au but, guidée par l’instinct infaillible de son commandant et le renforcement progressif des radiations débilitantes de la Rongelame. Comme rien n’est jamais facile dans les Royaumes Mortels, les ratons devront négocier non pas une, mais deux autres bandes rivales (Orruks et Stormcast Eternals), fort heureusement déjà occupées à se claquer le beignet à leur arrivée, pour accéder au butin. Ou plutôt, Skritch laisse ses sbires ralentir l’adversaire le temps qu’il puisse se saisir de la relique… qui lui donne aussi sec un debuff de Force et d’Endurance. Une grosse arnaque ? Pas tout à fait, car le contact avec la magie fulgurante des armes de sigmarite des Stormcast « met en marche » la Rongelame, qui se met à siphonner les batterie arcaniques aux alentours au profit exclusif de son porteur. Résultat des courses, Skritch devient proprement invulnérable, inarrêtable, insécable et injouable pour l’adversaire, ce qui est tout aussi bien car toute sa clique a rencontré une mort violente à l’arrière plan (même KrrK a rendu son tablier). Cependant, dans la grande tradition Skaven, le triomphe final du héros est contrecarré au dernier moment par un détail trivial, ici un Aetherwing kamikaze qui distrait suffisamment longtemps le maniaque pour permettre aux envoyés de Sigmar de mettre au point une nouvelle stratégie. Ramassant les armes pourraves de leurs adversaires défunts pour éviter de recharger la Rongelame, les colosses en sigmarite parviennent à désarmer le champion du Rat Cornu, qui voit avec désespoir son couteau à fromage maudit tomber dans une faille de Royaume, en mode Athame automatique (automathame ? Athamatique ? le mystère demeure). Un tel événement n’est pas sans s’accompagner de répercussions géologiques notables, et l’effondrement de la caverne permet à Skritch de tirer sa révérence… mais pas d’échapper au courroux de son commanditaire. Car à Beastgrave, les morts ne le restent jamais longtemps, et sans buffet froid pour calmer la faim de ses séides revenus d’entre les morts, c’est notre héros qui va devoir donner de sa personne…

 

Avec seulement deux personnages nommés à se mettre sous l’incisive (une caractéristique de la bande de Skritch), Denny Flowers rend une copie honnête mais pas transcendante avec cette histoire de quête d’artefact de pouvoir typiquement Skaven (l’artefact et la quête). Le petit clin d’œil au Monde Qui Fut est appréciable, comme l’ajout au background que représente la Rongelame ayant donné son nom à la nouvelle, mais l’ensemble s’avère correct plus qu’enthousiasmant. On est encore assez loin de la maestria murine développée par C. L. Werner ou Robert Earl, même si les bases sont là : à retenter un peu plus tard, et avec une soumission un peu plus ambitieuse, pour voir ce que ça donne.

 

1 : Flashback pédagogique sur l’exemple de Nagash dans le Monde Qui Fut à l’appui. Pas sûr que Skritch ait compris la référence, mais sympa pour le lecteur.

 

Claws of Famine – M. A. Drake :

 

Assiégée pendant un hiver par une harde d’Hommes Bêtes en maraude, la garnison de Gryphon Watch a connu des heures sombres et affamées avant que le noble roi Ghorphang ne vienne mettre en déroute les viles créatures à la tête de son armée. Et pendant que le monarque donne la chasse aux mutants, il revient au Duc Crakmarrow et à ses chasseurs expérimentés de ramener la tête de l’instigateur de l’attaque, un Chamane bestial (despoiler alert : it’s Grashrak) s’étant enfui en direction de Beastgrave lorsque la siège a été levé. Nous suivons particulièrement la traqueuse Valreek, dont le sommeil reste perturbé par des cauchemars récurrents des terribles mois de lutte et de famine qu’elle a vécu avant le retour du roi™. Ces songes agités ne remettent cependant en rien en cause sa détermination à rendre justice aux nombreux compatriotes qu’elle a perdus dans cette épreuve, et elle guide donc ses compagnons (le Duc et son garde du corps Gristlewel, l’Emissaire de la Nuit, le Boucher Royal et Maître Serre et ses oiseaux de proie) sans trembler dans le dédale souterrain où leurs proies se sont réfugiées.

 

Si la chance commence par sourire à la Grymwatch (le nom trop kioul qu’ils se sont donnés), qui rattrape rapidement les traînards de la bande adverse, occupés à repêcher un cadavre pas trop abîmé d’une des nombreuses flaques d’ambre qui parsèment les cavernes de Beastgrave, les choses se compliquent méchamment par la suite. L’arrivée du Chamane et d’un Gor particulièrement costaud sur les lieux de l’affrontement contraint Valreek à battre prudemment en retraite lorsque l’Homme Bête la prend pour cible, ce qui l’isole du reste de ses compagnons. Bien qu’elle parvienne à se débarrasser de son agresseur en le faisant tomber dans un gouffre d’un jet de coutelas bien placé, la fatigue, la faim et le stress accumulés au cours des derniers jours la plongent bientôt dans un sommeil agité, où elle revit à nouveau la fin du siège de Gryphon Watch, juste avant que les renforts ne viennent renverser le cours de la bataille. Et, surprise, ce ne sont plus des Hommes Bêtes qui massacrent les prisonniers humains dans la grande salle de la citadelle, mais une horde de cannibales dégénérés…
 

Révélation

…Sous l’emprise de Beastgrave, Valreek va passer une semaine à errer dans les tunnels de la montagne, cherchant à retrouver ses compagnons mais se sentant également traquée par une bande de Goules, qu’elle essaie déspéremment de distancer. Elle est sur le point de mourir de faim lorsque la Grymwatch la localise enfin, et que le noble Krakmarrow lui fait boire un peu de son sang pour la remettre sur pied. Requinquée par ce bon coup de rouge, Valreek peut prendre place sur la feuille de match du grand final de la nouvelle, qui voit les traqueurs se faire embusquer par les Hommes Bêtes dans une salle recouverte de miroirs d’ambre. Dans la confusion de la bataille, notre héroïne se mange le bâton du Chamane en pleine poire, ce qui lui fait voir 36 chandelles… et lève temporairement le voile de folie qui lui obscurcissait les sens. Elle voit alors ses compagnons pour ce qu’ils sont vraiment, c’est-à-dire un ramassis de Goules pas vraiment recommandables, se rend compte qu’elle ne vaut pas mieux qu’eux, et se souvient du véritable déroulé du siège de Gryphon Watch, qui s’est terminé en orgie sanguinaire lorsque les nécrophages de Ghorphang ont submergé les défenseurs. Tenaillée par la faim, Valreek a accepté l’offrande de viande que le Vampire a présenté aux prisonniers humains, scellant ainsi son sort et la transformant à son tour en monstre.

 

Cette triple révélation étant aussi dure à avaler qu’un bout de cadavre en putréfaction, Valreek accueille avec soulagement la flèche d’Ungor qui met fin à sa vie alors que la bataille est sur le point d’être remportée par la Grymwatch. Toutefois, comme rien ne meurt vraiment à Beastgrave (air connu), elle a la surprise de se réveiller un peu plus tard, ses camarades à son chevet. Heureusement pour elle, son trouble de la personnalité semble s’être totalement dissipé, et elle est à nouveau convaincue d’être une honorable (et pas du tout à poil) chasseresse, au service du grand et beau et noble (et chauve) Duc Krakmarrow. Ce dernier lui apprend d’ailleurs que son auguste majesté Ghorphang a donné, par pigeon interposé, de nouveaux ordres à ses loyaux serviteurs : s’assurer que le cadavre du monstre que le Chamane voulait réveiller dans les profondeurs de Beastgrave ne vienne pas menacer les paisibles sujets de son royaume. Une nouvelle mission pour la Grymwatch, qui saura se décarcasser pour l’amour de son suzerain…

 

On commence à voir émerger un sous-type de nouvelles mettant en vedette les Flesh Eater Courts, et jouant sur les illusions dont se bercent les membres de cette faction, dans lequel on peut parfaitement ranger ce ‘Claws of Famine’ (je pense également à ‘He Feasts Forever’ de Lora Gray). Pour un lecteur un peu au fait de l’historique de cette faction, ou simplement du visuel de la Grymawtch, la révélation apportée par Drake au cours de l’histoire ne sera pas absolue, mais l’auteur parvient cependant à mettre en scène de façon prenante la réalisation, graduelle, délirante et douloureuse, de son héroïne qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, ce qui rend cette nouvelle assez intéressante à lire (plus que la moyenne des soumissions de ‘Direchasm’ en tout cas). Il s’agit d’une bonne illustration romancée de la lubie persistante qui frappe les cannibales naturistes d’Age of Sigmar (une des meilleures trouvailles de Games Workshop en termes de lore à mon humble avis), venant s’appuyer sur les éléments saillants du fluff de Beastgrave (les effets délétères de la montagne, l’ambre qui suinte de la moindre fissure, l’immortalité de fait des combattants), mais n’hésitant pas à avancer d’autres idées pour enrichir l’intrigue et le développement de cette dernière. Une offrande solide de la part de Miles A. Drake.

 

The Chains of Fate – N. Wolf :

 

Après des centaines d’années, et autant d’échecs patentés et de morts honteuses, à tenter de relier Shadespire aux Tours d’Argent de leurs patrons Gaunt Summoners, les Yeux des Neuf se retrouvent catapultés dans Beastgrave à l’insu de leur plein gré. Pendant que son maître, le Magister Vortemis, fait style qu’il avait prévu ce changement de décor pour maintenir son image de profond devin auprès des acolytes Narvia et Turosh, le Tzangor K’Charik, à travers les yeux duquel cette histoire nous est racontée, se met à rêver d’une liberté retrouvée. En effet, si l’immortalité apportée par Shadespire l’avait condamné à une éternité de servitude auprès de Vortemis, dont la mort seule peut libérer l’Homme Bête de sa condition de garde du corps récalcitrant, Beastgrave devrait permettre à notre héros à bec de reprendre son indépendance, une fois que le boss aura mordu la poussière, pas vrai ? PAS VRAI ? C’est en tout cas l’avenir radieux que K’Charik a entrevu dans les entrailles du Kurnothi capturé et sacrifié par les Yeux des Neuf peu après leur arrivée en Ghur.

 

Les semaines qui suivent voient les serviteurs de Tzeentch errer piteusement dans les boyaux de la montagne, sans évidemment pouvoir reconnaître publiquement qu’ils sont perdus (ce qui serait une faute lourde pour un arcanite). La situation devient tellement critique que Narvia, puis Turosh, font défection à leur patron, croyant pouvoir rejoindre leur ancien terrain de jeu de Shadespire par leurs propres moyens au lieu de poursuivre l’atelier spéléologie avec pépé Vortemis. Mais cela, le Magister l’avait évidemment prévu, comme il avait prévu l’attaque de la Chasse Sauvage de Skaeth1, qui est déclenchée alors que les deux rescapés se trouvent dos à, devinez-quoi, un gouffre sans fond. C’est décidemment le décor favori de ‘Direchasm’.

 

Ayant bêtement claqué son premier bolt sur le Malkyn de la bande, dans un remake high fantasy de la rivalité entre Titi et Grominet, Vortemis se retrouve rapidement dans de sales draps, et oblige son obligé à s’exposer dangereusement pour venir à son secours. Ne pouvant désobéir aux injonctions de son maître, ni au collier enrouleur magique qui lui enserre la gorge depuis qu’il est entré au service du Magister, K’Charik se débrouille pour venir à bout de ses adversaires, encaisser une volée de flèches, et se placer entre Vortemis et Skaeth, en bon garde du corps qu’il est. Mais en bon garde du corps qui hait (son patron), K’Charik voit surtout les planètes s’aligner et le temps se ralentir alors que sa vision de la mort de Vortemis est sur le point de se concrétiser. Il attaque alors son maître, dans l’exact enchaînement travaillé à l’entraînement… mais ce fieffé coquin de Magister décide de tourner à gauche plutôt qu’à droite, ce qui lui vaut d’être quasi décapité par le Tzangor plutôt que par le Maître de la Chasse. Cette petite improvisation à part, le résultat convient tout à fait à K’Charik, qui ne bénéficie cependant que de cinq secondes de liberté avant que Skaeth ne lui règle son compte à lui aussi. Au moins, cette mort mettra fin à son intreminable service, pas vrai ? PAS VRAI ?

 

Eh bien, non. Car, comme le chantent les poètes, RiEn Ne MeUrT vRaImEnT à BeAsTgRaVe, et K’Charik émerge bientôt de son coma profond pour découvrir que Vortemis n’a pas eu l’amabilité de décéder. Les deux loustics ont quelques mots durs en salle de réveil, mais peuvent repartir d’un bon pied/sabot une fois leur sac vidé et leur déception bue (pendant que Narvia et Turosh sont condamnés à respawner dans un bloc d’ambre et à étouffer dans leur prison gluante pour expier leur désertion un peu plus loin). Vortemis est en effet convaincu que Tzeentch l’a guidé jusqu’à cet endroit et à cet instant, et reste persuadé de sa capacité à faire basculer Ghur dans le Labyrinthe de Cristal pour la plus grande gloire du Chaos. Un projet comme un autre pour meubler une nouvelle éternité.

 

The Chains of Fate’ se distingue des nouvelles Warhammer Underworlds sur deux points essentiels : l’emploi d’une narration à la première personne (choix intéressant de Wolf de prendre un Tzangor comme protagoniste), et la bonne dose de second degré qui imprègne le récit. K’Charik voit en effet son boss comme un parfait incapable, et ses collègues de bureau (Narvia et Turosh) comme deux sycophantes aussi carriéristes qu’immatures, ce qui tranche agréablement avec la révérence aveugle habituellement réservée par les cultistes du Chaos à leurs supérieurs. On appréciera également la bonne exploitation que fait l’auteur de l’ancienneté supérieure des Yeux des Neufs par rapport à d’autres bandes de Warhammer Underworlds pour justifier le complot de K’Charik, qui croyait laisser l’immortalité subie de Shadespire derrière lui à son arrivée à Beastgrave. Tout cela donne un certain charme à ‘The Chains of Fate’, qui, s’il se finit comme la majorité des histoires de ‘Direchasm’ sur une résurrection attendue qui remet les compteurs d’intrigue à zéro, a fait preuve avant cela d’une originalité bienvenue.

 

1 : Bien aidée dans sa traque des cultistes par les traces de sang laissées à dessein par K’Charik derrière lui, comme un petit poucet suicidaire et hémophile.

 

The Rage of the Mountain – D. Ware :

 

Gitmob exilé, Rippa Narkbad est arrivé à Beastgrave avec ses deux compagnons d’infortune Stabbit (lancier) et Mean-Eye (archer), trois Snarlfangs très malins (ils comprennent vraiment tout ce qu’on leur dit), et des rêves de revanche plein la tête. Son objectif dans la vie est de trouver le plus loppest de tous loppas, ce qui passe dans son cas par de multiples, et souvent infructueuses, tentatives de racket à destination des autres bandes qui zonent dans le périmètre. Ce qui suit est son histoire.

 

La première partie de la nouvelle est consacrée à la préparation de l’embuscade que Rippa souhaite tendre à un trio de Fyreslayers transportant (peut-être1) un loppa digne de lui. Peu aidé par sa sale tendance à psychoter sur le moindre détail de son environnement dès qu’il y pose les yeux plus de cinq secondes consécutives, et par le caractère Looney tunesque de ses sous fifres, qui font foirer consécutivement deux pièges soigneusement préparés2, le grot en chef finit par se rabattre sur le plan C : une prise en tenaille sur un pont étroit surplombant un gouffre hanté (peut-être le même que celui traversé par Morgok dans ‘The Jabberslythe’s Grin’). Laissant la troupe prendre position, il prend la lourde responsabilité d’aller harceler les nabots.

 

S’approchant à pas de loup de ses cibles, qui chantent ‘Fyre Jacques’ avec une insistance proprement migraineuse, Rippa a la déception de constater que les avortons se sont déjà faits embusqués par une bande de fantômes aussi importuns qu’inefficaces, puisqu’ils se font bannir (ou en tout cas disparaissent) sans blesser le moindre Duardin. La voie étant libre, notre héros commence à arroser les rouquins de flèches, ce qui attire leur attention et attise leur colère de manière certaine. Il est à noter ici que Rippa est un tireur d’élite au talent rare, capable d’atteindre sa cible même juché sur un Snarlfang lancé au galop. Quel gâchis qu’il ne soit équipé que de flèches en mousse, qui se plantent dans la peau épaisse des Fyreslayers sans grand effet sur leur endurance et leur détermination.

 

La deuxième et dernière partie de l’histoire traite de l’interminable 3 vs 3 qui se déroule sur le pont d’Avignon, étiré sur des pages et des pages par Danie Ware. Je vous fais grâce des péripéties intermédiaires, à l’exception du double bull’s dwarf’s eye obtenu par un Rippa qui a appris à Legolas à bander (UN ARC, EVIDEMMENT), pour vous donner les résultats des courses : victoire 3 à 1 pour les peaux vertes, la chute malheureuse de Stabbit et du mirifique loppa dans l’abysse dans les derniers moments de l’accrochage venant ternir cette autrement belle performance des gobbos. Ceci dit, comme le fait remarquer Mean-Eye à son boss, nous sommes à Beastgrave et une autre chance de récupérer le grisbi ne tardera pas à se présenter, une fois que les PNJs auront eu l’amabilité de ressusciter. Qui sait, cela laissera peut-être le temps de préparer un piège cette fois-ci…

 

Je ne me cache pas d’être un sceptique irrepenti de la prose GWesque de Danie Ware, réservée jusqu’à ce ‘The Rage of the Mountain’ aux ténèbres du quarante-et-unième millénaires. Pour être tout à fait franc, je m’attendais à pire que cela (on ne ressort pas indemne des aventures de la Sœur Supérieure Augusta ‘Hold my Faith’ Santorus… surtout si on est un Boss Ork), et doit donc reconnaître que cette nouvelle est une des meilleures de cette auteure qu’il m’ait été donné de lire. Ce qui reste assez peu de chose, finalement. Le propos est en effet assez quelconque, les personnages peu attachants, le déroulé décousu ou « dilué » jusqu’à l’ennui, et le titre sans grand rapport avec l’intrigue. Ce qui fait soit beaucoup, soit peu, pour un texte de moins de vingt pages, selon la perspective que l’on adopte. Histoire de finir sur une note positive, soulignons tout de même que Danie Ware tente, contrairement à la plupart de ses condisciples, de créer une continuité dans l’univers Warhammer Underworlds en mentionnant le nom d’une bande rivale (les Morgok Krushas), ce qui est une attention louable. Mais cela reste tout de même très insuffisant.

 

1 : Notre héros bave dessus pendant des pages, mais il n’apparaît pas une seule fois à l’écran (de la liseuse). Si ça se trouve, les nabots revenaient bêtement de la boulangerie avec des baguettes dans leur cabas.

 

2 : La première plantade est la responsabilité de Rippa, qui fait creuser une fosse de belle taille (trois mètres de profondeur tout de même) à Stabbit et Mean-Eye dans une cuvette qui se remplit d’ambre – on est en Ghur – à vitesse grand V. Le trou se transforme donc rapidement en bassin… et on passe à autre chose.

 

The Jabberslythe's Grin – B. Counter :

 

Morgok est un Boss Ironjawz et un Orruk avec des goûts simples, tels que prouver qu’il est le plus fort (pour le plus beau on repassera), tuer des trucs, et prouver qu’il est le plus fort en tuant des trucs. Cette saine philosophie le conduit assez logiquement jusqu’à Beastgrave, attraction incontournable et haut lieu de l’inculture Ghuresque, où il espère bien mettre le kikoup’ sur un trophée digne de lui. Comme sied à un nabab de sa trempe, il s’est fait accompagner dans sa quête meurtrière par toute sa bande de Boyz, dont le ruzé Thugg et le brutal Ardskull. Et la nouvelle commence bien pour Morgok, puisqu’il arrive à abattre un Jabberslythe particulièrement vicieux, dont la tête fera un très pittoresque presse papier. Il faut maintenant aux survivants se frayer un chemin jusqu’à l’air libre, ce qui est, on s’en doutait un peu, une autre paire de manches.

 

Car Beastgrave est une montagne possessive, qui accueille tout le monde mais dont peu arrivent à revenir. Galeries mouvantes, précipices à pic, monstres en maraude, illusions plus vraies que nature, mais également bandes rivales : tous les moyens sont bons pour assurer un taux de remplissage optimal, et les Krushas de Morgok sont rapidement mis à rude épreuve. Seul parmi les verts à garder la tête froide, le Boss a fort à faire pour garder ses guerriers dans le rang (façon de parler, bien sûr), et s’il parvient à calmer les visions fiévreuses de Thugg en lui aplatissant le pif d’un fraternel coup de boule, il n’aura d’autres choix que de tuer Ardskull en duel après que ce dernier ait défié son leadership.

Enfin, un doux mais musqué vent de liberté vient souffler sur les crânes chauves des derniers Ironjawz alors qu’ils arrivent à proximité d’une sortie. Cependant, Beastgrave n’a pas dit son dernier mot (ni son premier, si on y réfléchit : les montagnes ça ne parle pas) et a placé une grosse bande de Skavens sur la route des peaux vertes. Dans la bagarre qui s’en suit, Thugg se fait carboniser par une malefoudre peu réglementaire, car jouer un Prophète Gris à Warhammer Underworlds semble un chouilla déséquilibré. La charge chevalorkesque de Morgok pour régler son compte au rat bou gris qui vient de carboniser son second se heurte toutefois à un problème de taille, ou plutôt d’épaule. Démise lors du combat avec Ardskull, cette dernière constitue un point faible que le Skaven exploite brillamment, sa transformation temporaire en Rat Ogre (aucune idée que les Prophètes Gris maîtrisaient ce sort) lui permettant de sonner son adversaire, qui se fait achever par un Assassin sorti des ombres. Cette bande était véritablement cheatée, c’est moi qui vous le dit.

 

Fort heureusement, rien ne meurt jamais vraiment à Beastgrave, et Morgok, Thugg et Ardskull respawnent naturellement sur leur dernier point de sauvegarde, sans les trophées collectés jusqu’ici cependant. Philosork, le Boss conclut qu’il s’agissait d’un test de brutalité auquel il a échoué, mais qu’il est tout prêt à repasser encore et encore, jusqu’à ce qu’il batte la montagne à son petit jeu. Les Orruks sont bornés, tout le monde sait ça.

 

Ben Counter trousse en quelques pages une origin story convaincante pour les Morgok Krushas, dont la chasse au gros gibier n’est pas près de s’arrêter. On retrouve bien la philosophie Orruk, un équilibre subtil entre violence débridée, stoïcisme assumé et humour morbide, sous la plume de l’auteur vétéran, avec le Jabberslythe titulaire et grimaçant dans le rôle de la marque de la faaaataaaaaliiiitéééé, à laquelle nul ne peut se dérober. Sans être la nouvelle la plus inspirée ni plus dépaysante de Counter, cette soumission tient bien son rang parmi le corpus de Warhammer Underworlds, et est un bon exemple d’un travail de commande de bon standing.

 

Heart of the Beast – G. Kloster :

 

Le Chasseur Ogor Hrothgorn s’est aventuré dans le dédale de Beastgrave avec armes et bagages larbins (les Gnoblars Luggit & Thwak, Bushwakka et Quiv), sans oublier sa fidèle Frost Sabre Thrafnir, afin de ramener la pelisse d’une bête fantastique qu’il a surprise au sortir de son bain, et qui s’est enfuie dans les boyaux de la montagne pour échapper au traqueur. C’est le début des ennuis pour l’amateur de gros gibier, qui ne tarde pas à découvrir que Beastgrave n’est pas un terrain de chasse comme les autres, et qu’il est lui-même devenu la proie du massif bestial, ce qui ne lui fait pas du tout plaisir. En plus d’errer depuis des jours/semaines dans les traîtres tunnels de Ghur, Hroth crève la dalle de façon inquiétante (surtout pour ses Gnoblars d’ailleurs), car les seuls adversaires qui croisent sa route sont des squelettes animés qui jaillissent des mares d’ambre parsemant les cavernes et les galeries de Beastgrave, et donc assez peu nutritifs. Voilà qui est fort mesquin.

 

Fort heureusement, une rencontre fortuite avec les Pillards de Garrek, qui avaient certainement décidé de passer le week-end à la campagne, loin de l’agitation frénétique de Shadespire, donne l’occasion à notre Ogor de se requinquer un chouilla. La crevasse qui sépare les deux bandes joue en effet en faveur de celle qui possède la meilleure puissance de feu, et les carreaux à tête chercheuse et piégeuse de Hrothgorn ont tôt fait de ramener un Khorneux écumant du bon côté de l’abysse. Après avoir cassé la khroute, les belluaires se remettent en chasse, et finissent enfin par rattraper leur proie. S’en suit un combat en trois actes, assez répétitif je dois dire. À chaque fois, le monstre se jette sur la petite bande depuis un trou dans le plafond, Hrothgorn essaie de lui décocher un carreau mais rate (sauf une fois), la bête essaie de lui rouler une galoche avec la langue mais se la fait couper (elle repousse en x+1 exemplaires dix minutes après), et s’enfuit pour aller lécher – façon de parler – ses plaies pendant un quart d’heure.

 

Ce cycle vicieux finit par s’interrompre lorsque la bête parvient à entraîner Hrothgorn et Cie jusqu’au campement des survivants de Garrek, qui se font ignominieusement défoncer par la team Destruction, sans même réussir à coucher un Gnoblar. C’est Khorne qui doit être fier de ses petits gars1. Cette brève algarade est cependant assez longue pour permettre à la galinette cendrée de Ghur de semer ses poursuivants, ce qui enrage le Chasseur mais lui fait réaliser que son destin est désormais de chasser éternellement sa proie dans les ténèbres de Beastgrave, ou de devenir celle de la montagne. Tant qu’il trouve à grignoter de temps à autres, notre Ogor philosophe ne demande pas mieux.

 

Gary Kloster fait le strict minimum avec ce ‘Heart of the Beast’, qui met en scène les Piégeurs d’Hommes de Hrothgorn dans une traque sans surprise ni grand intérêt. Si l’action ne faiblit pas d’un bout à l’autre de la nouvelle, le peu de suspense ménagé par l’auteur dans le déroulé de l’intrigue rend rapidement la lecture rébarbative, tant il apparaît certain que Hrothgorn, en tant que leader incontournable et irremplaçable2 de la bande, est protégé par une armure en scenarium massif (qui s’étend d’ailleurs à ses larbins). Ce sont Garrek et ses pillards qui font les frais de l’invincibilité littéraire et littérale de leurs adversaires, et se transforment en bêtes faire valoir, ce qui est dommage en soi et particulièrement insultant pour des guerriers de Khorne confrontés à des Gnoblars. L’affrontement avec la bête traquée par le Chasseur est pareillement insatisfaisant : non pas parce que la nouvelle s’achève sans que l’Ogor ait pu lui tailler des croupières (ce qui était attendu), mais bien parce que rien de bien intéressant ne s’est passé entre les deux protagonistes, comme leurs trois rounds en mode Ctrl+C/Ctrl+V dans l’octogone le démontrent par l’absurde. Bref, une soumission absolument dispensable, à ranger avec ‘Mountain Eater’ (Andy Smilie) dans les déceptions ogresques de la BL.

 

1 : Mention spéciale à Thrafnir, qui fait un croche patte à Garrek alors qu’il tentait de charger Hrothgorn. Le chef maraudeur finit écrasé comme un cafard sous la semelle de l’Ogor.

 

2 : Et plutôt culturé, comme ses lignes de dialogue le laissent apercevoir. Ça ne « sonne » pas très Ogor, si je puis me permettre.

 

Halls of Gold – T. Parrott :

 

Bjorgen Thundrik et ses profiteurs (de guerre) n’ont pas tardé à se rendre compte qu’aller piller Shadespire n’était pas une idée brillante. Echoués dans la cité miroir comme une baleine immortelle sur un banc de sable fragmentaire, les Kharadron ont fait l’horrible expérience de la malédiction katophrane, et sont tous morts et ressuscités plusieurs fois (huit, enfin peut-être, pour Thundrik) depuis leur entrée dans les faubourgs de la ville nagashisée. Alors que la folie qui les guette s’apprête à leur sauter dessus une bonne fois pour toute, et surtout sur Thundrik qui éprouve de grandes difficultés à garder son calme devant les pop up constants des anciens habitants de Shadespire dans le moindre tesson de verre, et leurs demandes incessantes d’éclats de shadeglass. Il n’y a pas écrit La Poste Carglass, non plus, ho.

 

Aussi, quand un portail vers un ailleurs certes inconnu et potentiellement dangereux, mais qui présente l’immense avantage d’être potentiellement loin d’ici, se met sur leur chemin, nos cinq Duardin (Thundrik, Drakkskewer, Ironhail, Alensen et Lund) n’hésitent pas longtemps avant de tenter leur chance. Il ne surprendra personne que la destination des nabots se trouve être Beastgrave, dont l’ambiance tamisée et nerveuse les change agréablement de la mornitude consommée de Shadespire. Ne sachant pas où ils ont atterri, les profiteurs partent explorer les souterrains, et, ô miracle, trouvent un tunnel qui les conduit à l’extérieur de la montagne. UNBELIEVABLE. Ce qui aurait pu être une série parfaite pour les Kharadron est toutefois interrompue par la mauvaise idée de Thundrik de revenir en arrière pour tenter de dégotter un trésor digne d’être ramené à Barak Narr, un équipage digne de ce nom ne pouvant pas rentrer bredouille au port. Son infaillible sixième sens d’aether chimiste ayant détecté de l’aether or dans l’atmosphère de Beastgrave, et confiant dans la capacité des Duardin de retrouver leur chemin vers la sortie dès que nécessaire, le capitaine convainc son équipage de ne pas l’abandonner, pour l’amour de Gold l’or.

 

L’intuition de Thundrik commence par payer lorsque la bande découvre dans une caverne un véritable magot laissé à l’abandon. Louche autant que suspect me direz-vous, et vous avez raison. Les Gitz de Zarbag (de vieilles connaissances de Shadespire) zonaient dans le coin et sont tout aussi attirés par le loot repéré par les profiteurs que ces derniers. La négociation à l’amiable que lui impose son adhésion au code des cieux n’ayant rien donné, Thundrik se voit contraint d’employer la manière forte pour défendre ses vues sur le magot, et lorsque la poussière et l’ambre finissent par retomber, il est le seul humanoïde debout. Pire que cela, le trésor que lui avait fait miroiter Beastgrave a disparu à 99% (il reste un petit lingot d’aether or en guise de lot de consolation), tout comme le tunnel menant à la sortie qu’il avait emprunté pour venir. Cela sent l’arnaque à plein nez, mon petit, non ? La nouvelle se termine toutefois avec la réincarnation réglementaire de son équipage, confirmant aux Duardin que comme dans le bouquin de Lampedusa qu’aucun d’eux n’a lu, il fallait bien que quelque chose change pour que tout reste pareil. Ici, le décor. Bienvenue à Beastgrave, moussaillons !

 

Thomas Parrott traite son sujet avec sérieux et compétence dans ce ‘Halls of Gold’ qui se positionne parmi les meilleures soumissions siglées Warhammer Underworlds que j’ai pu lire à ce jour. Les raisons de cette réussite sont simples et peuvent être résumées par l’expression « contexte & continu ». Parrott prend en effet le temps d’expliquer d’où viennent les profiteurs avant d’arriver à Beastgrave, et comment ils s’y sont pris pour changer d’air, ce que tous les auteurs de la franchise n’ont pas pris le soin de faire, ou pas de façon très détaillée. On a également droit à une mise en scène plus inspirée que la moyenne du « piège » de Beastgrave, c’est-à-dire la réalisation par le héros qu’il est prisonnier de la montagne, sans espoir d’en sortir. Le fait que les profiteurs soient passés à un poil de barbe d’une rédemption miraculeuse, et aient été condamnés par leur avidité naturelle de Duardin, est tellement in character que l’on se doit d’attribuer quelques points de style à Parrott, qui réussit une fusion assez inspirée entre nouvelle d’action med-fan (mention honorable également à l’affrontement entre les deux bandes, qui est nerveux, sanglant, équilibré et plus prenant que beaucoup des échauffourées relatées dans le reste de ‘Direchasm’) et la fable philosophico-fluffique. 15 pages de bonne facture.

 

The Root of Death – C. L. Werner :

 

Les Wurmspat sont dans la place et prêts à encrasser des bouches. Vomis par le Wyrmaggot que Papy Nurgle a réquisitionné pour leur servir d’Uber Pool jusqu’à Beastgrave, Fecula Flyblown, Sepsimus Plaguesworn et Ghulgoch le Boucher (sans oublier le glaviche – mélange entre un glaviot et un caniche – de compagnie de Fecula) sont en mission sacrée pour le Grand Père, qui s’inquiète de l’immortalité de fait qui frappe les visiteurs de la montagne de Ghur. Si ce mal venait à s’étendre à travers le Royaume de la Bête, le merveilleux cycle de déchéance et renaissance du Dieu de la pestilence, de l’économie circulaire et du maroilles serait mis en péril, et ce n’est certes pas notre projet. Nurgle a donc envoyé sa Very Impotente Prêtresse et ses deux Rotguards d’élite remettre de l’ordre et/ou du Chaos, dans ce pierrier. Une quête d’intérêt général, en quelque sorte.

 

Comme chacun sait, Beastgrave est envahie par des dizaines de bandes rivales, ce qui rend la progression de nos héros difficile. Le baptême du feu s’opère lorsque les Wurmspat contre-embusquent une patrouille de miliciens des cités libres de Sigmar, menée par un Prêtre Guerrier d’icelui1. Malgré l’avantage du nombre, la tentative de prendre à revers les pestiférés, et les éclairs balancés par leur chef, la soldatesque citadine ne tarde pas à mordre la poussière, vaincue par la résistance écœurante (à plus d’un titre) de leurs adversaires, et l’arsenal de sorts de Fecula. Cette dernière demande toutefois à ce qu’on lui amène un prisonnier vivant, ce que Ghulgoch se fait une joie de lui fournir, en réalisant un cataplasme de morve sur le moignon d’un épéiste en état de choc. Le survivant ne fera toutefois pas long feu, étant « proprement » éventré par la sorcière pour servir de Mappy arcanique aux prouteux. Direction donc les niveaux inférieurs, où réside la source du malaise.

 

En chemin, les Wurmspat croisent quelques Skavens passifs, mais surtout la Chasse Sauvage de Skaeth, qui se voit obligée d’attaquer les suivants du Dieu qui a voulu refiler ses MST à leur précieuse Alarielle durant l’Âge des Mythes. Entre les cervidés et les Covidés, le combat fait rage et les coups pleuvent, jusqu’à ce que Ghulgoch cisaille Karthaen et son hélicon, et que Fecula vomisse un nuage de mouches qui permet aux agents à doubles mentons de Nurgle de filer à l’anglaise. Cette diversion insectile, doublée d’un effondrement de galerie pour faire bonne mesure, laisse une avance confortable à nos héros, qui finissent par déboucher dans une caverne traversée de part en part par une racine titanesque… et corrompue par la grande baie vitrée donnant ce qui semble être Shadespire, qui occupe le fond de la salle.

 

Les préparatifs de purification putride de Fecula, bien décider à (se) faire les carreaux, sont toutefois interrompus par le début du deuxième round contre Skaeth et ses échassiers, qui ont semble-t-il trouvé un raccourci bien pratique. Sans doute une intervention de Beastgrave, qui se sentait menacée. Ce nouvel affrontement est tout aussi serré que le précédent, jusqu’à ce que l’esprit de la racine (Jean ?) décide de s’en mêler, et vienne attaquer sans distinction les représentants du règne animal qui se chicanent sur ses rhizomes. Face à cet assaut de type hentai, Fecula riposte par l’entaille, et c’est super efficace !  Pendant que ses gardes du corps se font molester par les Kurnothi, Mlle Flyblown s’épanche de manière sanguine et bilieuse sur le végétal malfaisant, qui a l’amabilité de se décomposer à vue d’œil. C’est dire si elle a de mauvaises humeurs. Ce don de sa personne n’est toutefois pas gratuit en termes de points de vie, et Fecula sent que la vie la quitte en même temps qu’elle empoisonne la racine. C’est un prix qu’elle est prête à payer, mais le sol se dérobe sous ses pieds avant que la vidange ne soit complète, et lorsque notre héroïne revient à elle, quelques minutes plus tard… elle se rend compte que le problème n’est pas résolu. En effet, Ghulgoch est plus ou moins frais et dispos lui aussi, alors qu’il s’était fait tuer par Skaeth d’un jet de javeline rageur lors de la mêlée générale. C’est la preuve irréfutable que l’influence néfaste de Shyish pèse encore sur Beastgrave, et que les Wurmspat doivent poursuivre leur œuvre mortificatrice pour la plus grande gloire de Nurgle. Avec un tel comité de salut public, on peut s’attendre au triomphe des bonnes morts, à défaut de mœurs…

 

C. L. Werner revient à Beastgrave, qu’il avait défriché avec son roman du même nom avant la parution de ‘Direchasm’ où cette nouvelle a été publiée. Foin d’Hommes Bêtes en rut et de Dryades à montée de sève ici, mais c’est sans doute pour le mieux car les Wurmspat forment un groupe de protagonistes hauts en couleurs, le mélange de compassion dévoyée, humour gras et caustique, et morbidité répugnante propre aux fidèles de Papy Nurgle étant au rendez-vous. Autre réussite notable de l’auteur, on n’a pas l’impression de lire une histoire à l’intrigue aussi figée qu’un aventurier malchanceux dans un bloc d’ambre, comme c’est parfois le cas pour les nouvelles de Warhammer Underworlds. Certes, Fecula et ses boys ne parviennent pas à traiter à fond la racine maléfique qui donne son titre à ce court format, mais ils s’approchent concrètement de leur objectif (et le lecteur en est quitte pour un peu de lore sur les liens entre Shadespire et Beastgrave) au lieu de se contenter d’errer dans les boyaux de la montagne en faisant des mauvaises rencontres/se disputant, comme beaucoup d’autres bandes. On peut souvent compter sur Werner pour soumettre des nouvelles de bon niveau, et c’est ici à nouveau le cas, même si on sent nettement que le sujet ne l’a pas inspiré outre mesure. C’est ça aussi, être un auteur professionnel.

 

1 : On sait maintenant pourquoi il n’y a pas de Prêtres Guerriers dans le Battletome : ils sont tous partis en même temps purger Beastgrave, et ne reviendront jamais.

 

Ghastlight – A. Stephens :

 

Le Dread Pageant s’est semble-t-il lassé de torturer Beastgrave en laissant toutes ses victimes à 0.1 PV pour empêcher la montagne consciente de se nourrir de la mort, même temporaire, de ses squatteurs1. Désormais guidés par les visions géniales de leur leader suprême Vasillac et les lumières spectroscopiques (ghastlights) émises par Uhl-Gysh, où se trouve la légendaire cité de Shadespire, les quêquêtteurs de Slaanesh cherchent à accéder à la ville maudite en empruntant une fissure de Royaume, par manque de qualificatif plus probant. C’est en effet là que Vasillac pense trouver le légendaire Livre de Slaanesh, réputé contenir tous les sales secrets de la divinité AWOL, à commencer par sa géolocalisation exacte. Une motivation comme une autre.

 

Ayant rapidement expédiés ad patres une bande de Skavens de bas niveau, et fait un prisonnier (Ytash, et son stash) que Vasillac veut utiliser comme monnaie de passage au péage interdimensionnel, les DP passent beaucoup de temps à s’engueuler, un peu moins à se rabibocher (cruelle galoche entre Glissete et son harceleur de boss à l’appui), et des lustres à faire de la randonnée jusqu’à l’origine du monde Royaume, emplacement de la faille magique qui leur permettra de changer de niveau. Pendant qu’elle marche vers sa destinée, Glissete a le temps de réfléchir sur sa situation personnelle, professionnelle et spirituelle, qui ont toutes trois beaucoup progressé depuis son arrivée à Beastgrave, à son pas du tout humble avis. Certes, elle ne peut pas blairer le Slaangor Slakeslash, qu’elle trouve de plus en plus incontrôlable, ne s’est jamais entendu avec l’archer Hadzu, et a mal vécu sa rupture avec Vasillac, mais comme on dit chez les Hédonites : qu’importe l’émotion tant qu’il y a l’excès. Et à ce compte là, son expérience troglodyte s’est montrée particulièrement riche.

 

Ces puissantes ruminations finissent par être salutairement interrompues par la rencontre fortuite avec une vingtaine d’Ironjaws, poussant les Slaaneshi à une retraite prudente. Bien que poursuivis par une meute d’Orruks plus costauds et plus nombreux qu’eux, nos héros trouvent tout de même le temps de faire des pauses méditations au milieu des couloirs, et même de se battre à mort entre eux. En effet, Glissete a surpris Slakeslash à faire une danse de la victoire de Fortnite au dessus de la forme avachie de Vasillac, et a logiquement conclu à une nouvelle crise de la vache folle. L’euthanasie du cheptel n’a cependant pas été du goût du Seignuer de Slaanesh, qui était simplement en train de faire une projection astrale pour trouver son chemin, et a failli mourir lorsque son garde du corps s’est mis à lui meugler dans les oreilles après avoir pris un coup de glaive dans les faux filets. Une bête méprise.

 

Punie de sa prise d’initiative désatreuse, Glissete est envoyée récupérer Hadzu et Ytash en queue de peloton. Après quelques péripéties mineures, toute la bande finit enfin par arriver devant la faille tant recherchée, et qui se trouve gardée par des morts vivants peu conciliants. À Age of Sigmar comme dans le monde réel, les migrants ne sont jamais bien accueillis par les locaux. La situation précaire tourne au totalement bordelique lorsque les Ironjaws finissent par faire leur retard et se jeter dans la mêlée : en même temps, Warhammer Underworlds n’est pas pensé pour des affrontements à trois joueurs, what did you expect. Profitant de la confusion, Vasillac sacrifie en 2-2 Ytash, se lave les mains dans le sang du Skaven et passe de l’autre côté du miroir, rapidement suivi par le reste de sa bande. Il aura fallu attendre la dernière page de la dernière nouvelle de ‘Direchasm’, mais il s’est enfin produit quelque chose de non-scripté dans ce recueil ! Le champagne attendra ceci dit, car comme dit le proverbe, il en restait encore plein de là où il en venait, c’est-à-dire des morts vivants patibulaires et Shadespire. L’intégration des nouveaux venus ne va pas être une partie de plaisir…

 

Je suis partagé sur ce ‘Ghastlight’, que j’ai trouvé être assez vide pour une nouvelle de 23 pages, les déambulations et ressentiments de Glissete, personnage principal de l’histoire, formant la majeure partie de cette dernière. Autre déception : l’absence manifeste de continu entre la nouvelle de Lyon et celle-ci, alors qu’il aurait été très sympa et relativement simple pour la BL de lier, même à la marge, ces deux histoires. D’un autre côté, Anna Stephens réussit bien à retranscrire la philosophie particulière des Hédonites, qui font feu de tout bois pour nourrir leur excessivité naturelle, et (d)ébauche des relations intéressantes entre les différents membres de la bande, en particulier Vasillac et sa sous-fifre/ex. Le portrait d’Ytash, le Skaven otage, est à mon sens bien moins réussi, car le raton fait vraiment trop humain dès qu’il ouvre la bouche (on notera qu’il respawn immédiatement dans Shadespire à la fin de la nouvelle, malgré avoir été sacrifié à Beastgrave : phénomène physique intéressant que des générations de fluffistes ne manqueront pas d’analyser). Deux point positifs additionnels pour terminer : un détail fluff qui mérite la mention à défaut du détour (le Livre de Slaanesh), et une fin à suspens qui donne envie de connaître la suite de la saga des Dread Pageant. J’ai peu d’espoir à ce sujet, mais qui vivra verra (et qui mourra renaîtra, ce qui revient au même finalement).

 

1 : Se référer à ‘The Mountain’s Call’ (Graeme Lyon).

***

Alors, que retenir de ce ‘Direchasm’ maintenant que la messe est, si ce n’est dite, au moins lue ? Eh bien, c’est une sensation de gâchis qui me vient immédiatement à l’esprit quand je considère ce recueil. Le mot est fort, mais il reflète bien ma déception devant un tout qui ne parvient pas exploiter le potentiel démontré par ses parties, et qui est donc loin de sublimer la somme de ces dernières. Car, et il faut le souligner d’office, il y a (à mes yeux) davantage de bonnes que de moyennes/mauvaises nouvelles dans cet opus, ce qui est déjà respectable pour un titre de la Black Library. Autre point positif: le nombre de bandes différentes abordées dans ces 11 nouvelles (15 en tout, soit la moitié du nombre total sorties jusqu'à ce jour).

 

Cependant, la répétition ad nauseam des mêmes intrigues (« on dirait bien que je ne peux pas mourir en fait ! »), mêmes décors (coucou les gouffres) et mises en avant d’éléments de (littéralement) background (ooooooh, de l’ambre mâââââléfique, what a surprise), finit par venir à bout de la plus farouche volonté, et des meilleures dispositions. Lire ‘Direchasm’ d’une traite et rapidement peut être décrit comme l’équivalent d’un footing d’une heure dans un stade : on a beau aimer l’activité – pour les plus chanceux d’entre nous – le temps passe beaucoup plus lentement et l’effort semble bien plus pénible que la même distance courue sur un parcours varié.

 

Et le premier responsable de cette lassitude, c’est bien sûr l’éditeur de la BL, qui aurait pu et dû coordonner davantage ses contributeurs, afin d’éviter qu’ils écrivent « en silo » et rendent quasiment tous la même copie. Il y avait pourtant de quoi faire, et assez facilement je gage, en pairant les auteurs autour d’un même événement vu par deux bandes différentes, ou en décrétant un fil rouge auquel faire des rappels de nouvelles en nouvelles (même la mention d’un simple mot clé, comme Mhurghast à Warhammer Horror, est bigrement efficace). La BL l’a déjà fait, en plus. Malheureusement, cela n’a pas été le cas ici, et, un peu comme ‘No Good Men’ pour Warhammer Crime, la routine s’installe vite à la lecture. Déjà que Warhammer Underwolds partait avec un désavantage de poids par rapport à d’autres franchises de GW Fiction en termes d’intérêt littéraire (cette fameuse étiquette de « compétitivité über alles » qui lui a été collée dans le dos), ce je m’en foutisme éditorial achève de faire de ‘Direchasm’ la lecture la plus dispensable du catalogue d’Age of Sigmar à mon avis. Les recueils généralistes récents sont bien plus complets et versatiles (en plus d’être pour certains moins chers), et si vous voulez un peu plus d’exotisme et/ou de cohérence, ‘Warcry’ est une réussite notable. Ne restent donc que les hard readers de la BL pour trouver un intérêt sensible à cette acquisition, ce qui est encore une fois dommage car prise individuellement, beaucoup des nouvelles critiquées plus haut tiennent la route. Mais que voulez-vous, ce n’est pas parce qu’on dispose de bons ingrédients que le plat sera forcément réussi…

 

Schattra, "pas de Dire Straits, non"

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Ajout des nouvelles de 'Direchasm'.

  • direchasm.png?w=450&h=691The Mountain's Call - G. Lyon
  • Last Rite of the Hag Queen - D. Lucas
  • The Gnawblade - D. Flowers
  • Claws of Famine - M. A. Drake
  • The Chains of Fate - N. Wolf
  • The Rage of the Mountain - D. Ware
  • The Jabberslythe's Grin - B. Counter
  • Heart of the Beast - G. Kloster
  • Halls of Gold - T. Parrott
  • The Root of Death - C. L. Werner
  • Ghastlight - A. Stephens
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On atteint le milieu de cette Black Library Celebration Week 2021 avec l'unique nouvelle Age of Sigmar de la semaine, consacrée à l'amie d'un ami. Ou quelque chose comme ça.

 

The Perfect Assassin - G. Kloster :

Révélation

 

the-perfect-assassin.pngCoincée dans le bourg décati de Losten, en Ulgu, Maleneth Witchblade tourne en rond comme une lionne en cage pendant que Gotrek s’amuse à lentement drainer de sa bière une taverne qui croyait malin de proposer une offre « boisson à volonté » à celui qui battrait le champion local (un Ogor) au bras de fer. Les Nains ayant la constitution robuste et la rancune tenace, il ne fait aucun doute que le Tueur réformé arrivera à son objectif, une pinte à la fois, mais à son rythme de sénateur alcoolique, il s’en faudra d’encore quelques jours avant que le duo ne puisse quitter Losten. Aussi, lorsqu’une aristocrate du nom de Talm et se revendiquant comme l’une des notables de la ville se présente à elle et met un contrat sur la tête d’un mystérieux Seigneur des Ombres, accusé d’avoir assassiné deux aristocrates en autant de jours nuits pénombres (dur à dire en Ulgu), la cultiste de Khaine repentie se pique au jeu et se met à suivre son employeuse à bonne distance, laissant Gotrek chanter Les Lacs du Kone Mharag seul dans son bouge.

 

Plus intéressée par le challenge de se frotter à un collègue assassin semble-t-il compétent que par l’accomplissement scrupuleux de sa mission de protection de Talm, Maleneth laisse cette dernière et ses gardes se faire écharper par un assaillant mystérieux, semblant se matérialiser depuis les ombres, en plus d’être protégé des coups par une chappe d’obscurité. Elle note cependant que le reître porte autour du coup un pendentif orné d’une pierre pourpre, assez semblable à celui, vert, qu’arborait feu Talm au moment de sa mort. Comme elle ne tarde pas à l’apprendre en rendant une petite visite à l’Office de Tourisme local (l’Aethaneaum1), ces colliers sont l’apanage des sept grandes familles de Losten, et la lignée des Verska était celle qui avait choisie le magenta comme couleur. Les Verska étaient des maîtres assassins réputés, et de ce fait, les véritables maîtres de la cité, jusqu’à ce que leur patriarche, Novim, pousse le bouchon et le stylet un peu trop loin, et se mette à massacrer sans discrimination ennemis, critiques et mécontents. À sa mort, son héritier se révéla ne pas être aussi doué en ninjutsu que son prédécesseur, et se fit donc neutraliser par ses pairs de manière préemptive. Ce qui aurait dû mettre fin à la lignée des Verska. Mais rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît.

 

Ainsi rencardée, Maleneth décide logiquement de se rendre dans l’ancien manoir des Verska, où elle trouve facilement le dernier rejeton de la famille, un avorton nommé Arvis, fort occupé à essayer de récupérer sa cape que le sang de sa dernière victime a malencontreusement taché. Si Arvis est un bretteur assez quelconque, la breloque qu’il a piquée dans le mausolée de son grand-père, l’illustre autant qu’obscur Novim, compense largement son jeu de jambes médiocre et sa synchronisation déficiente. Capable de se matérialiser depuis les ombres, qui parent à sa place les coups assenés par l’Aelf, le dernier Seigneur des Ombres donne du fil à retordre à Witchblade, jusqu’à ce qu’elle identifie le point faible de son adversaire : une aversion pour les liquides. Un jet de cire brûlante à la figure plus tard, voilà l’apprenti surineur en PLS sur le sol, paralysé par le poison dont Maleneth a enduit sa dague et délesté de son précieux colifichet. Malheureusement pour notre héroïne, la relique ne peut-être palpée que par un membre de la lignée des Verska, et lui glisse entre les doigts comme la savonnette que Gotrek n’a jamais utilisé depuis qu’il a prêté le serment du Tueur. Dommage. Elle rend toutefois son calme à Losten en exécutant sans état d’âmes le jouvenceau vengeur, dont la vendetta était motivée par le meurtre de ses parents par les autres familles nobles de la ville, comme vu plus haut. Ceci fait, elle peut retourner à l’auberge que le Duardin n’a toujours pas fini de tarir, et sonner la fin de la beuverie en mettant le feu au local comme elle l’avait pour le manoir des Verska. C’est un Gotrek bougon mais philosophe qui finit par émerger du brasier, un dernier tonneau de bière sous le bras pour solde de toute ardoise. Le déicide est une activité déshydratante, c’est bien connu.

 

Depuis sa renaissance dans les Royaumes Mortels, Gotrek Gurnisson est passé sous la plume de nombre d’auteurs, perpétuant une tradition datant du Monde Qui Fut, où le petit rouquin a été mis en scène par un aéropage de collaborateurs de la Black Library, depuis King, Long et Reynolds jusqu’à Brunner, Guymer ou Goulding, pour n’en citer que six. Gary Kloster s’attaque avec ce ‘The Perfect Assassin2à un sous-sous-genre particulier : la nouvelle de Gotrek & Felix sans Gotrek (ni Felix, pour des raisons évidentes), qui permet de développer un peu plus le compagnon du nabot irascible sans que ce dernier ne vienne résoudre l’intrigue à grands coups de hache. Tout le monde n’a pas réussi à mener à bien ce genre de projet de façon convaincante (je pense en particulier à ‘The Oberwald Ripper’), mais Kloster s’en sort de manière honorable. Cette petite virée en tête à tête avec Maleneth Witchblade permet ainsi d’en apprendre plus sur le passif et les motivations de l’Aelf au couteau, tout en insistant sur ses points communs et ses différences par rapport à Gotrek. Ainsi, si les deux comparses peuvent être qualifiés de tueurs chevronnés, là où le Duardin est honorable (à sa manière) et frustre, l’agente de l’Ordre d’Azyr est sans pitié (comme le montre son exécution sans complexe d’un antagoniste pas foncièrement mauvais et qui ne lui avait rien fait) et raffinée. La dynamique intéressante que l’auteur souligne entre ces protagonistes mal assortis mais complémentaires fonctionne bien, et donne envie de voir ce que Kloster pourrait faire du duo le plus iconique d’Age of Sigmar si l’occasion se représente.

 

1 : Où Gotrek était venu chercher quelques jours plus tôt des informations sur la meilleure façon de tuer un dieu. Sans grand succès d’ailleurs (une autre raison pour se saouler).

 

2 : Un homonyme presque parfait d’une autre nouvelle de la Black Library, ‘Perfect Assassin’ de Nick Kyme. Un hommage à l’éditeur senior de la part du nouveau-venu Kloster, ou une simple coïncidence ?

 

Schattra, si quelqu'un passe par ici

 

Edited by Schattra
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Ajout des nouvelles de 'Black Library Celebration Week 2021' et 'The Harrowed Paths'.

 

  • The Perfect Assassin (G. Kloster)black-library-celebration-week-2021.png

 

  • Tesserae (R. Strachan)the-harrowed-paths.png
  • Into Dark Water (J. Ozga)
Edited by Schattra
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Ajout des nouvelles d'Inferno! #6' et compléments de retours sur les nouvelles de 'Hammerhal & Other Stories'

  • 6-cover.pngRed Knight (M. A. Drake)
  • Mourning in Rainhollow (D. Gross)
  • Blood Drought (E. Fomley)
  • The Nefarious Antipustulent of Clan Morbidus (D. Guymer)
  • Roadwarden (L. Merciel)
  • hammerhal-autres-rc3a9cits.pngHammerhal & Assault on the Mandrake Bastion (J. Reynolds)
  • Vengeance Eternal (M. Westbrook)
  • Beneath the Black Thumb (D. Guymer)
  • Heartwood (R. MacNiven)
  • The Keys to Ruin (D. Annandale)
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