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Jeunesse, vie et déclin


Imperator

Messages recommandés

Bah dis-donc !

J'aime vraiment cette histoire, tout y est très bien décrit parfois de manière très dure comme le début avec la vue de cette enfant mais c'est toujours très poétique.

J'ai trouvé quelques trucs bizarre mais je n'ai pas tout relevé (parcequ'il est quand même très long ton texte !), une virgule en trop à un endroit, ou un chiffre qui est venue remplacer une lettre. Rien de bien important.

J'attend la suite avec impatience.

Frak.

Elle est quand même dure ton histoire.

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  • 2 semaines après...

Bon, vous m'excuserez de sacrifier mon temps à cela plutôt qu'à la section, mais j'ai été soudain pris d'une folle envie d'écrire (et puis, j'ai une bonne muse :wub: ).

Bref, voilà la suite des aventures de Claire, et la bataille promise:

Escapade :

J’étais endormie, rêvant de je ne sais quel folie, ou simplement d’un grand voile noir, lorsqu’un léger bruit me ramena à la réalité. Au départ, je ne su en comprendre l’origine, me contentant, sans ouvrir les yeux, d’écouter encore et encore ce son inopportun, jusqu’à ce que, n’y tenant plus, je soulève mes paupières et me sorte de mon lit.

Il faisait nuit et une grande ombre s’était abattue entre les murs de ma chambre, cachant tout à mon regard, sauf la fenêtre qui paraissait, au milieu des ténèbres, comme une porte vers le salut, une ouverture vers un autre monde. Le son se répéta et je m’approchais de la vitre d’où le tintement semblait provenir.

J’ouvris les battants sans aucune difficulté, et la nuit s’offrit à moi dans toute sa splendeur et son calme puissant. Un large croissant de lune illuminait le ciel, et les cimes des arbres semblaient chercher vainement à le détrôner, sombres et inquiétantes silhouettes liées à l’horizon, formant l’horizon. Alors que je contemplais ce spectacle, toujours un peu endormie, ne croyant pas encore m’être réveillée, une main surgit de l’ombre pour me saisir le bras, et je réprimais un cri en entendant la voix d’Aerion.

Il apparut alors. Sa tenue était très simple, réduite à une tunique tout au plus, et son visage était plus magnifique que jamais entouré ainsi par la nuit omniprésente. De tout son être se dégageait une forte sensation de gravité, comme si quelque chose de terrible était en train de se produire. Avant que je ne puisse poser la moindre question, il me demanda :

« Claire, j’aimerais te montrer quelque chose, si tu le veux bien, et te poser une question très importante. »

Je faillis éclater de rire à l’idée de ce rêve absurde, et je m’imaginais déjà au lendemain, racontant à Aerion comment je l’avais imaginé grimpant jusqu’à ma fenêtre pour simplement me montrer quelque chose… Un moment, je me mis à imaginer ce que pouvait être ce quelque chose, mais je n’eus pas le temps d’explorer énormément de possibilités, car mon grimpeur, impatient sans doute, avait sifflé, et un autre son y répondit, celui de branchage qui remuent. Rapidement, une branche plus large que mon bras vint se présenter sous la fenêtre, et Aerion y grimpa avant de me tendre la main :

« Allons, viens avec moi. »

Je ne cherchais plus à comprendre, et sautais à mon tour sur le large branchage. Au fond, je voulais absolument connaître le fin mot de l’histoire.

Je nous sentis descendre, et très vite nous fûmes engloutis par la nuit, puis touchâmes le sol. Là, Aerion me fit mettre pied à terre, et me conduisit par la main jusqu’à un petit espace que la lune, perçant au travers des arbres, éclairait, et où un magnifique destrier, non harnaché, nous attendait.

Nous le montâmes, et nous mîmes en route pour une destination qui m’était encore inconnue. Je voulus questionner mon compagnon là-dessus, mais il me fit un signe et en resta là. Je me contentais alors de voir défiler les troncs, du moins ceux que la lune réussissait à me montrer, et je pris un grand plaisir à sentir la brise légère et froide me caresser le visage.

Le chemin se mit à monter, et finalement nous arrivâmes au sommet d’une petite colline. La monture s’arrêta et Aerion me fit descendre. Nous marchâmes un moment jusqu’à arriver tout proche d’une falaise, et nous nous assîmes au pied d’un vieil arbre, ou tout du moins qui semblait vieux dans les ténèbres.

Il commença alors à parler :

« Claire… J’ai tant à dire, et je ne sais par où commencer. Peut-être ne devrais-je pas te le confier, peut-être aurais-je dû te laisser dans l’ignorance, loin de mes soucis, loin de mes peurs… Mais c’est justement parce que j’ai peur que je tiens à te parler.

Oui, j’ai peur, plus peur qu’on ne pourrait l’imaginer ! J’ai vécu plus d’années que tu ne pourrais simplement l’envisager. J’étais là bien avant la déchirure, et l’avènement des hommes, certains diraient que j’étais là dès l’avènement des premières plantes. Qu’importe. Demain, dès le levé du soleil, il va me falloir aller reconquérir un trône, mais plus encore je vais devoir affronter mon propre frère, et peut-être devrais-je le tuer…

Et puis… J’ai un peu honte de l’avouer, mais ce n’est pas tant sa mort probable que la mienne qui m’inquiète. Oui, moi, un elfe, le roi des elfes de Loren, l’immortel aux innombrables années, j’ai pour la première fois une peur panique de mourir, de perdre dans le grand voyage la seule chose qui me maintient en vie. »

Il s’arrêta un moment, pour me regarder longuement, jugeant le pour et le contre, puis reprit plus lentement :

« J’ai pensé à fuir, oui, à fuir… J’ai voulu partir très loin, sans me retourner, en oubliant toutes mes promesses, mes serments et mon devoir. Aujourd’hui j’ai compris ce qui poussait les hommes à la lâcheté et à la faiblesse, et je partage avec eux le poids immonde de la trahison, sinon de fait, du moins d’esprit.

Tu ne comprendra peut-être pas, mais c’est de toi que j’ai besoin pour rester, pour affronter la réalité et mener à bien la mission qui m’est confiée. Je n’ai pas le droit de fuir, je ne peux pas ! Si je partais, je condamnerais en même temps ma forêt bien-aimée et tout ceux qui la protègent, et qui ont cru et croient encore en moi. Je ne peux pas avoir peur, non pour moi, mais pour eux, parce que j’ai promis de les diriger, de les mener dans les ténèbres jusqu’à la lumière, que je craigne ou pas ces ténèbres.

Alors je ne sais pas trop comment, mais j’ai besoin de toi pour me retenir, j’ai besoin de ton regard pour puiser le courage qui me fait défaut, j’ai besoin de ta silhouette pour me rappeler le but de mon combat, j’ai besoin de ta voix pour évacuer de mon corps toute la faiblesse qui l’a envahit. J’ai besoin de tout ce que tu possèdes, et ne peux ni ne veux le prendre de force. Je ne veux qu’une seule chose… »

Il approcha son visage du mien, et je restais immobile, tout de même secouée de légers spasmes, sentant mon cœur qui battait si fort qu’il semblait vouloir transpercer ma poitrine, et la chaleur d’Aerion à mes côté, si proche, vraiment si proche…

« Oui, une seule, une seule petite unique chose, et pourtant plus que ne pourraient me donner les dieux eux-mêmes… »

Nos lèvres se touchèrent, je ne respirais plus, lui non plus, et nous restâmes un moment indécis, jusqu’à ce que, poussés par l’envie, il pénétra ma gorge et moi la sienne, et nous nous unissions dans une symbiose parfaite, dans la plus grande gloire du soleil naissant.

Le rêve, toutefois, ne dura guère plus de quelques secondes, que j’eus voulu compter par milliers, et il s’écarta de moi, l’air un peu penaud, bien qu’intérieurement réconforté, puis il déclara :

« Merci, mille fois merci Claire. La nuit m’a fuit, et sous le soleil je me sens revivre ! Non, je ne fuirais plus, et mènerais à bien ma mission, et c’est grâce à toi Claire. Je t’en suis reconnaissant, plus que tu ne peux seulement l’imaginer. Désormais, ni mon frère, ni tout les démons du chaos corrompus ne sauront freiner ma course, et j’irais au cœur du sanctuaire sacré faire reconnaître mon droit ! Que sonnent haut et fort les clairons et les trompettes, que partout dans la forêt l’on apprenne que le roi est de retour, et qu’il réclame justice, et vient l’accomplir ! »

Et sur ces mots, il s’en fut, non sans s’accroupir avant devant moi, pour déposer sur mon front un baiser plus doux que la brise d’été et les rires enchanteurs du printemps.

J’observais un moment la forêt à mes pieds, rêveuse, puis je m’en allais aussi, étrangement heureuse, assister au triomphe de mon ami…

La revanche

Je revins juste à temps pour voir les troupes rassemblées se mettrent en route pour l’ultime combat. Jamais encore je n’avais vu autant d’elfes, de soldats et de créatures rassemblées en un seul point, jamais je n’aurais imaginé que la Loren pouvait contenir de telles forces. Les arbres eux-mêmes s’étaient mis en route, côtoyant les loups, les ours et les puissants guerriers sur leurs fiers destriers. Ce n’était pas une armée, mais la forêt elle-même qui partait à l’assaut, et je me mis à la suivre tant bien que mal, jusqu’à ce qu’un cavalier se détache de la longue colonne pour me tendre la main. Je levais des yeux reconnaissant lorsque je le reconnus, mon ami du balcon, le seul qui aie prêté attention à moi au milieu de cette tempête de cris et d’armes. Il me fit monter devant lui et rapidement nous nous retrouvâmes à l’avant des troupes, où nous restâmes toute la journée jusqu’à présent.

Car la route fut longue, et malgré notre entrain toujours croissant, le soleil avait eu le temps de monter et redescendre avant que nous ne puissions apercevoir le palais. Mais il est là désormais, et avec lui sont apparu toutes les légions de Sereth. Je m’étais attendue à les voir innombrables, mais ils ne sont que quelques régiments à nous barrer la route, frêle rempart entre nous et la forteresse. Mais déjà le piège se referme, et de tout côté je vois nos troupes les encercler et les charger. Alors, à ma grande surprise, les bataillons de Sereth lâchent lances et arcs, et s’agenouillent.

« Se pourrait-il donc qu’il n’y aie pas de bataille ? » me demandes-je… Les quelques troupes que notre adversaire a réussi à rassembler se sont retournées contre lui, et seul un drapeau plus noir que la nuit défie encore la puissante armée montée contre lui. Mais l’air est trop lourd, les visages trop tendus sous leurs masques de haine pour qu’il n’existe pas un obstacle.

Je le vois enfin, et sa vision m’horrifie. De toutes les portes et fenêtres du palais sortent d’épais ruisseaux noirs, d’où s’échappent parfois des tentacules, des visages déformés et divers infâmies dont l’origine ne fait aucun doute : le chaos. Avant que je n’aies eu le temps d’esquisser le moindre geste, mon ami me soulève et délicatement me fait mettre pied à terre avant de lancer sa monture au triple galop rejoindre sa formation. Je vois les nuées se rapprocher, et commence à distinguer les silhouettes hideuses des monstres qui les constituent. Je voudrais fuir, mais mes jambes se refusent à tout, avancer comme reculer : je suis pétrifiée par l’horreur.

Le secours me vient de Deleth qui, m’ayant certainement aperçue, s’est approché de moi et me tire par la main pour m’entraîner à sa suite. Je n’oppose aucune résistance et nous nous enfonçons sous les frondaisons épaisses. Je me déplace comme dans un rêve, et contemple avec étonnement les divers groupes que nous croisons, les visages résolus et les charges diverses. Je ne fais plus attention à rien, ni aux bruits, ni aux êtres de la forêt, ni aux racines et branchages contre lesquels je trébuche et me heurte sans que cela ne freine durablement notre course, à Deleth et à moi.

Enfin, nous arrivons à notre probable destination, une petite hauteur, non loin des premiers murs du palais. Là nous attendent Aerion et quelques gardes en armures dorées. Je détourne un moment le regard, et observe la vaste clairière derrière moi. À perte de vue il n’y a plus qu’une immense vague noire à peine contenue par un frêle mure de verdure et d’éclats d’argent. Je perçois les cris des mourants, et les hurlements des abominations tranchant dans la chaire avec volupté. Un instant, je crois voir le mur s’effondrer, et la vague submerger les elfes, mais un magnifique serpent argenté s’élance, toute une cavalerie qui s’enfonce avec puissance au milieu de la vermine, faisant renaître l’espoir et donnant un second souffle à l’armée. De où je suis, j’aperçois aussi les quelques petits groupuscules imprudents qui, ne s’étant pas repliés à temps, sont encerclés par l’ennemi et, incapable de se défendre, fondent rapidement, absorbés par la masse. Une main, soudain, se pose sur mon épaule.

C’est Aerion, il me fait signe de le suivre. Je veux le questionner, l’interroger sur la bataille, savoir s’il pense pouvoir gagner, mais sa seule réponse est :

- Le véritable combat ne se passera pas sur l’herbe, mais à l’intérieur même du palais, et j’aurais certainement besoin de toi pour le gagner.

Et sans en dire davantage il se met en route, suivi des gardes, de deleth et de moi-même. Notre petit groupe se met alors à courir vers un rocher et, à ma grande surprise, tous, les gardes y compris, disparaissent à sa surface, comme aspirés à l’intérieur. Abasourdie, j’hésite un instant, puis, sans plus réfléchir, je m’élance à mon tour et au moment d’entrer au contact, j’abaisse mes bras en prévision du choc futur, me maudissant pour cette très mauvaise idée.

Pourtant, je traverses moi aussi sans encombre, et alors que je me relève, une main vient m’aider, celle d’Aerion. Son visage éclairé par une torche huileuse me sourit, et un moment je crois qu’il se moque de moi, mais je n’ai pas plus le temps d’y songer, car nous nous remettons en route. Nous descendons d’abord un long escaliers au milieu d’un petit couloir, puis débouchons dans une grande salle superbement décorée. Rapidement je me mets à me remémorer les lieux, tout ceux que j’avais visité à l’époque de mon séjour ici, car nous sommes maintenant dans le palais.

Soudain, de longs hurlements déchirent le silence, et nous nous mettons à courir. Un tournant à gauche, puis à droite, et encore à droite… Je commences à m’épuiser, et alors que je commences à envisager de m’effondrer, nous débouchons dans une large rotonde très lumineuse et qui m’est très familière, mais dont je n’arrive décidément pas à me rappeler l’utilité. En face de nous apparaissent des gardes elfiques, portant le signe de Sereth, et à leur tête Sereth lui-même. Je m’attends à les voir nous charger, et un féroce combat s’engager, mais nous restons où nous sommes, et eux aussi. Seul Aerion s’avance, et, alors même qu’il s’arrête, Sereth commence à lui parler :

- Alors comme cela, tu as réussi à survivre aux humains…

- Oui mon frère, et il est temps pour moi de revendiquer ce qui m’appartient.

Étrangement, Sereth n’est plus comme dans mon souvenir, pas que son corps n’aie changé, mais son regard et sa voix sont plus doux, plus profonds, presque emplis de sagesse. Si je devais lui donner un seul qualificatif, je choisirais « épuisé ». Mais le voilà qui reprend :

- La couronne de Loren ne t’appartient pas, tu ne la mérite pas !

- Ce n’est pas à toi d’en décider, mon frère.

- J’agis pour le bien de notre peuple, des elfes et de la forêt, je veux la protéger de l’extérieur, à n’importe quel prix, et avant tout je veux la protéger de toi !

- De moi ?

Nous nous sommes rapprochés, et, bien que je ne comprenne pas exactement ce qui se passe, j’ai le vague sentiment que quelque chose d’important se déroule…

- Oui, de toi. Toi, Aerion, le « roi ». Tu n’as jamais apporté que le malheur avec toi, tu as détruit l’âme de la forêt, tu as fait partir Erdraug l’esprit de la forêt, et si je n’avais rien fait les humains eux-mêmes seraient venu souiller notre territoire.

- Tu délires, mon frère.

- Oserais-tu nier que le grand dragon d’or soit parti, oserais-tu nier que les humains ont mis le pied chez nous, et que depuis notre peuple est corrompu ? Regarde autour de toi, la Loren crois en toi, tu as pu assembler toute une armée, mais l’âme de notre peuple se meurt. Tout est la faute des humains !

- Les humains n’y sont pour rien.

- Si, ils y sont pour quelque chose, et tu le sais, tu le sais pertinemment mais tu refuses de l’admettre. Les humains sont faibles, mortels et corruptibles, les humains ont imaginé le chaos, les humains ne sont qu’un amalgame en la lâcheté et l’égoïsme…

- Ils ont un bon fond !

- Un bon fond, Aerion mon frère ? Tu n’es pas aussi naïf que tu voudrais me le faire croire. Même toi tu sais que leur fameux bon fond n’existe que pour mieux assurer leur sécurité. Ils ne connaissent que les lois qui les arrangent, ils nous détestent et pourtant nous embrassent comme des amis. Et depuis qu’ils sont là, nous aussi nous sommes mis à ne penser plus qu’à nous, et à ignorer la nature. Ce palais même en est la preuve la plus sûre. Oserais-tu nier, mon frère, qu’avant que les humains n’arrivent ce palais n’existait pas, oserais-tu nier que tu l’as fait construire en copiant les humains ? La nature a été négligée, nos anciens sanctuaires souillés ou abandonnés… Nous nous sommes mis à nous soucier plus de la beauté et la magnificence de nos demeures que de la santé de la forêt.

- Est-ce ainsi que tu parles, toi qui as amené ici le chaos et tout les malheurs de ce monde ? Toi qui as assassiné sans hésiter bêtes et elfes, qui n’a pas hésité à me livrer aux humains et à livrer la Loren aux pillards gobelins ? Est-ce ainsi que tu comptais résoudre la situation ?

- Il me fallait agir, j’ai fait ce qu’il fallait, usé des moyens que je possédais. Tout ce qui a été brûlé repoussera, c’est la loi de la forêt. Plutôt que de le voir sombrer lentement dans la mort et la désolation, j’ai agi.

- Qu’importe, il est temps maintenant, la couronne m’appartient, c’est mon fardeau, et tu vas me la donner.

- Jamais…

- …

Un lourd silence s’ensuit de ces dernières paroles…Je m’attends à les voir se sauter dessus, mais Sereth ne bouge pas, visiblement en colère, et, étrangement, c’est Aerion qui, souriant malicieusement, reprend :

- Je sais pourquoi tu m’as laissé venir jusqu’ici, et je sais pourquoi tu n’oses pas me tuer…

- Alors donnes-moi ce qu’il me manque !

- Tu te trompes, ce n’est pas moi qui l’ai, mais toi qui dois aller le chercher, et c’est pour t’en montrer le chemin que je suis venu.

Il s’arrête et, se retournant, se dirige vers une portion du mur et s’arrête devant un modeste morceau de pierre, qui ressemble à une fontaine grossièrement façonnée par l’eau…

- La fontaine !

Sereth m’a précédée. La fontaine, bien sûr… Le souvenir de cette journée avec Kal me reviens alors dans son ensemble. Toutefois, je n’arrive toujours pas à voir où ils veulent en venir.

- Oui, Sereth, la fontaine. Aurais-tu été trop aveugle pour la voir, ou en aurais-tu eu tout simplement peur ?

À ces mots, Sereth semble se recroqueviller, malgré de petites tentatives pour rester fièrement debout.

- Oui, tu en as peur, et c’est bien normal, car tu sais comme moi ce qu’il en est. Pourtant, c’est le seul moyen qu’il existe pour recevoir ce qui te manque, la bénédiction d’isha, l’aval de la nature. Oui, je l’ai compris dès le départ, lorsque je me suis aperçu que tu avais eu recours à quelque maléfices pour te maintenir au pouvoir. La nature te fuis, Sereth, car Isha ne t’as pas reconnu. Viens, et fais-toi reconnaître à présent.

Tout en prononçant ces mots, il tend la main en direction du bassin, mais Sereth ne semble toujours pas se décider.

- Allons, mon frère, du courage. Tu dis n’avoir rien à te reprocher, tu ne risques donc rien, la fontaine n’a jamais frappé que les vils et les êtres mauvais…

- Cesses ce jeu cruel, Aerion, où je te fais vraiment exécuter ! Je ne regarderais pas dans cette fontaine, elle n’apporte que la mort. Je régnerais autrement, je trouverais un moyen…

- Ce moyen n’existe pas, Sereth.

Le ton d’Aerion est devenu dur, autoritaire. Durant un instant, j’ai l’impression de le voir en une sorte de dieu réincarné, soumettant son sujet infidèle…

- Si tu veux diriger la Loren, tu dois observer ton reflet. Avance et accompli ta destinée. Je ne suis pas venu me battre, mais tu ne m’en as pas laissé le choix. Saches juste que si tu es reconnu par Isha, alors, et seulement alors, je m’inclinerais.

Enfin, lentement toutefois, Sereth s’avance. Ses yeux sont fuyant, la peur transpire de tout son être, puis il se ressaisit. Arrivé au bord de la bassine, il se retourne un instant vers Aerion et lui dit :

- Tu sais, mon frère, je ne sais pas ce qu’il va arriver à présent. Sache tout du moins que malgré tout ce que j’ai pu dire ou faire, je n’ai jamais eu d’autre préoccupation que le bien de la Loren. Si je venais à périr à présent, souviens-toi de ce que j’ai dit : « tout le mal que nous possédons dans la forêt, qui nous ronge et nous tue comme la maladie tue le malade, tout ce mal vient des humains »… Aerion, tu sais… Quoi qu’il arrive désormais, je voudrais que tu sache qu’au milieu de tout tes défauts, et malgré le fait que j’aies dû te combattre, je n’ai jamais cessé de t’admirer, et même si tu as fait des erreurs, je te réserves une place d’honneur dans le royaume de la Loren.

La main du roi de Loren se pose sur son épaule, deux petits mais sincères sourires sont échangés, puis, prenant sa respiration à fond, il se penche au-dessus du bassin et ouvre grands les yeux qu’il n’avait pu s’empêcher de fermer. Une puissante lumière envahit la pièce, et je vois distinctement le corps de Sereht trembler, un peu d’abord puis violemment. Il veut crier, détacher son regard de la surface de l’eau, mais il reste bloqué, et sa peau commence à s’écailler. De ses orbites semblent sortirent de petites flammes, et une seconde plus tard, il implose, propulsant un flot de fine poussière dans un dernier cri.

Dehors, un petit chant d’oiseau retentit, et le bruit sourd de la bataille qui avait accompagné jusque là la scène vient de cesser. Une douce odeur de printemps vient d’envahir l’air, et même les murs respirent le bonheur et la joie, libéré de l’emprise maléfique qui y régnait. À l’endroit même où, auparavant, se tenait Sereth, pousse maintenant et à une vitesse hallucinante, un petit lierre au vert pétillant. Aerion, un instant, le saisit, et, avec douceur, lui murmure :

« Dors mon frère, puisses-tu trouver la paix au royaume d’Isha ».

Il se retourne, et, un peu désorienté, son regard vient rencontrer le mien. Ne sachant que faire, je prononce soudain :

- Alors, c’est fini ?

- Non, Claire, il reste une dernière épreuve à passer…

Et à son tour il se penche au-dessus du bassin, et ouvre grands ses yeux pour observer dans l’eau sacrée, son reflet…

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Au fond, je voulais absolument connaître le fin mot de l’histoire.

cette phrase me paraît bizarre au milieu de ton récit, surtout l'expression "le fin mot de". Ca a une forte tendance familière, et quand elle dit "nous mîmes, cela change. On a de plus l'impression qu'elle parle au présent, rexpliquant maintenant pourquoi avant elle l'a suivi. je préférerais: "ne comprenant ce mystère, je l'accompagna", même si ce n'est pas très joli.

Je voulus questionner mon compagnon là-dessus

Tu as voulu éviter de répéter Aerion, mais cela crée une certaine distance avec lui. je ne sais comment mieux expliquer, peut-être avec "le questionner" sinon.

que je craigne ou pas ces ténèbres.

même si aerion est paniqué, il en garde son vocabulaire :wub: : "que je craigne ou non". l'anaphore ne me gêne pas du tout, comme cela montre bien sa peur (relevé comme anaphore, ça ne peut que être positif :( )

« Merci, mille fois merci Claire. La nuit m’a fuit, et sous le soleil je me sens revivre ! Non, je ne fuirais plus, et mènerais à bien ma mission, et c’est grâce à toi Claire. Je t’en suis reconnaissant, plus que tu ne peux seulement l’imaginer. Désormais, ni mon frère, ni tout les démons du chaos corrompus ne sauront freiner ma course, et j’irais au cœur du sanctuaire sacré faire reconnaître mon droit ! Que sonnent haut et fort les clairons et les trompettes, que partout dans la forêt l’on apprenne que le roi est de retour, et qu’il réclame justice, et vient l’accomplir ! »

Et sur ces mots, il s’en fut, non sans s’accroupir avant devant moi, pour déposer sur mon front un baiser plus doux que la brise d’été et les rires enchanteurs du printemps.

C'est magnifique ce passage: une très belle description de l'amour :( . Cerla s'insère très bien dans ton récit, nous surprend vraiment beaucoup au premier abord (je pensais à l'elfe sans nom), mais finalement c'est logique: pourquoi l'aurait-il sauvé sans cela???

où nous restâmes toute la journée jusqu’à présent.

concordance des temps: passé simple avec présent. Si ça se trouve c'est jsute mais ça me gêne pas mal: cela fait une phrase bizarre.

me demandes-je

Je ne sais pas, une nouvelle fois, mais c'est bizarre: "je me demande" autrement: c'est habituel au passé mais pas au présent.

Sinon c'est bizarre ce passage au présent, cela annonce la fin on a l'impression: elle conte l'histoire à partir de ce moment on a l'impression: elle "vit" en "temps réel"

suivi des gardes, de deleth et de moi-même

Deleth :D

-Tu délires, mon frère

trop familier je trouve, et c'est un mot trop nouveau.

Je préfère "Tu deviens fou"

la bénédiction d’isha, l’aval de la nature

Isha

Cesses ce jeu cruel

cesse (impératif)

prenant sa respiration à fond

Cela me paraît très familier. "prenant sa respiration avec courage" ou je ne sais pas trop en fait :D .

et à une vitesse hallucinante

Là aussi cela apparaît familier et moderne. "et à une forte vitesse" "et rapidement"...

Sinon un grand bravo, d'abord pour le texte, et ensuite pour avoir pris de ton temps (merci :blink: ). Tu nous amènes de rebondissements en rebondissements (l'amour d'aerion pour Claire, ainsi que celui de l'elfe sans nom (du moins, le texte en donne l'impression), l gentillesse de Sereth qui apparaît presque logique (ça surprend, mais l'explication est bonne. Mais on a tellement l'habitude de penser à lui méchant que ça change). Enfin Aerion qui lui-même n'avait pas la bénédiction d'isha, on ne s'y attendait vraiment pas.

Je crains que ce ne soit la fin :wink:8-s:wink: et c'est bien dommage si ça l'est: qu'est-il advenu de Kalith??? de l'elfe sans nom??? et que va-t-il advenir de Claire et Aerion (vont-ils vivre dans un fugitif bonheur (le temps qu'elle meure))????

Bon, vous m'excuserez de sacrifier mon temps à cela plutôt qu'à la section, mais j'ai été soudain pris d'une folle envie d'écrire (et puis, j'ai une bonne muse  ).

Tu es tout excusé

Iliaron, ça fait du bien une suite :(

Modifié par Iliaron
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Tu délires, mon frère

trop familier je trouve, et c'est un mot trop nouveau.

Je préfère "Tu deviens fou"

"Délire" est un mot qui vient du moyen-âge, voire des latins. Bon, c'est sûr qu'accolé à "mon frère" ça peut porter à confusion :wink:

A part ça tu écris toujours aussi bien (j'ai pas suivi l'histoire donc je me contente de parcourir mais c'est du bon :wub: )

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Premiers pas :

Enfin arriva l’heure de ma revanche… J’avais alors 15 ans. J’étais encore la crétine, mais peu de personnes usaient de ce surnom. D’habitude, l’on ne me parlait pas, et si l’on le faisait, c’était pour me remettre à ma place. L’une de celles qui m’avaient accueillie eut le malheur de me remettre à ma place une fois de trop. En allant me coucher

Dans la prison, nous sommes des filles et des garçons. Les garçons dorment dans une aile, nous dans une autre. On ne se voit que la journée, et la nuit pour certaines qui font venir leur ami dans leur(?) cellule. Ce sont alors des hurlements bestiaux

Page 2

Willou^

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Je ne sais pas, une nouvelle fois, mais c'est bizarre: "je me demande" autrement: c'est habituel au passé mais pas au présent.

Sinon c'est bizarre ce passage au présent, cela annonce la fin on a l'impression: elle conte l'histoire à partir de ce moment on a l'impression: elle "vit" en "temps réel"

Tout au long du récit je joues avec cela, passant du moment où elle se souvient à celui où elle vite l'action. Du reste, je n'y peux rien, le texte est construit ainsi et je me vois mal changer de style en cours de route...

Tu nous amènes de rebondissements en rebondissements (l'amour d'aerion pour Claire, ainsi que celui de l'elfe sans nom (du moins, le texte en donne l'impression), l gentillesse de Sereth qui apparaît presque logique (ça surprend, mais l'explication est bonne. Mais on a tellement l'habitude de penser à lui méchant que ça change). Enfin Aerion qui lui-même n'avait pas la bénédiction d'isha, on ne s'y attendait vraiment pas.

Les deux amours sont prévus, et la situation va encore se compliquer avec les amozurs d'Ikha et l'arrivée d'un seigneur humain...

Sereth, pour tout dire, est vraiment gentil et pense bien faire, mais n'a fait qu'une erreur, celle d'user de tout les moyens pour rétablir l'ordre.

Enfin, Aerion va avoir la bénédiction d'Isha, mais cela vous le verrez dans le chapitre suivant (ainsi que toute l'explication du passage de la fontaine, car je n'ai pas voulu donner de renseignements trop précis au travers de leur dialogue pour éviter l'effet "l'auteur explique au lecteur mais c'est illogique et ça se sent trop".

Vous verrez qu'en fait Aerion dois regarder dans le bassin, car lui doute de sa mission, devant la justesse des propos de son frère, comme il le confiera à Claire. Je souligne aussi l'importance du passage sur "Erdraug, l'esprit de la forêt"... Celui-ci reviendra rapidement et prendra toute son importance dans peu de temps, pour peu que je m'en occupe.

Le reste des critiques me semble justifiées, mais je reprendrais tout le texte une fois celui-ci fini, voire peut-être jamais. Mon premier but est de le finir, le peaufinement viendra ensuite, peut-être... J'ai encore tant de projets à finir...

J'espère tout du moins que l'intrigue vous aura plu. J'essaie de ne pas trop compliquer pour que vous puissiez comprendre le principal de ce que j'essaie de dire au travers de cette histoire de misère. J'ajoute qu'en ce moment nous sommes dans une partie "belle" de l'histoire, et que les horreurs ne vont recommencer qu'avec l'arrivée de l'humain (si je m'en sens l'envie :wub: ).

Sur ce, Impe: "tout, tout est absolument de la faute de l'humain, toute la corruption, le mal et l'infâmie, tout est de sa faute et il s'en vante!"

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Tout au long du récit je joues avec cela, passant du moment où elle se souvient à celui où elle vite l'action. Du reste, je n'y peux rien, le texte est construit ainsi et je me vois mal changer de style en cours de route...

J'ai du mal m'exprimer: c'est bizarre mais ça rend très bien: cela rend la bataille plus angoissante (en effet, elle risque quelque chose, pas comme si c'était au passé, car si elle raconte elle a survécu)

J'espère tout du moins que l'intrigue vous aura plu. J'essaie de ne pas trop compliquer pour que vous puissiez comprendre le principal de ce que j'essaie de dire au travers de cette histoire de misère. J'ajoute qu'en ce moment nous sommes dans une partie "belle" de l'histoire, et que les horreurs ne vont recommencer qu'avec l'arrivée de l'humain

Et moi qui croyais qu'il n'y aurait plus qu'une courte conclusion. me voilà rassurer, même s'il faut attendre longtemps.

"tout, tout est absolument de la faute de l'humain, toute la corruption, le mal et l'infâmie, tout est de sa faute et il s'en vante!"

Vivement la suite, que l'on puisse les haïr à juste raison :wub:

Iliaron

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Il faisait nuit et une grande ombre s’était abattue entre les murs de ma chambre, cachant tout à mon regard, sauf la fenêtre qui paraissait, au milieu des ténèbres, comme une porte vers le salut, une ouverture vers un autre monde.

La phrase est un peu hachée, je trouve

tu ne la mérite
La nature te fuis

Deux fautes d'accord qu'on retrouve assez souvent d'ailleurs ! :wub:

Sinon, pour le fond, c'est excellent ! Ta muse fait du bon boulot ! 8-s L'aventure avec son ami était attendue mais est quand meme introduite. La bataille est legerement elipsée, je m'y attendais ... T'es pas dans ton style : je raconte des batailles :wink: Mais on fait avec. Le passage entre les deux "rois" est aussi bien mené. J'ai vraiment pas de reproches à faire, je veux une suite digne de ce que tu viens de faire :wink:

@+

-= Inxi =-

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Je vous trouve bien gentils dans votre critique :wink: . Toutefois, je vous en remercie. J'ajoute encore ce soir un petit morceau, afin de vous donner une idée de ce qui va suivre. Je rappelle aussi que mon but est de d'abord finir ce texte, et ensuite le retravailler, et donc pour le moment seul le style et l'intrigue m'intéressent :wub: . Toutefois, les autres types de critiques peuvent servir par la suite.

Renouveau

Tant de choses se sont déroulées depuis le retour d’Aerion sur le trône… Je me souviens parfaitement du moment où, courbé au-dessus de l’eau, la lumière s’était déclenchée, et nous avions tous cru qu’il finirait comme son frère. Mais lorsque nous pûmes voir à nouveau, il était toujours là, inflexible, mais le visage plus grave et anxieux que jamais. Je voulus le questionner mais il ne me regarda même pas au moment de quitter la pièce, et je ne devais plus le revoir durant des jours entiers.

Durant ce temps, je pus recouvrer un semblant de tranquillité, ma principale activité étant la lecture. Je lus des ouvrages sur les anciennes coutumes elfiques, et je lus bien des histoires de combat, de terres que je ne verrai jamais, et de personnages que je ne rencontrerai jamais. Je devais même trouver, au milieu de tout les rouleaux de la bibliothèque, un écrit sur un certain Tyrion, descendant du grand Aenarion. Toutefois, au milieu de cette paix, je ne cessais de penser à Aerion, et errais souvent dans les couloirs en espérant le croiser.

Ce ne fut pas avant une semaine que, soudain, au détour d’un couloir, je l’aperçus, regardant le paysage au travers d’une vaste fenêtre ouverte, le regard fixe et les sourcils légèrement froncés par la nervosité. Je m’approchais de lui, et il me laissa faire sans réagir. Enfin, n’y tenant plus, je lui demandais de m’expliquer ce qui se passait. Sa tête se tourna lentement vers moi et, avec une tristesse presque insoutenable il me répondit :

« Sereth avait raison… »

Je fus d’abord surprise et, poussée par je ne sais quelle force, je l’obligeais à me fournir de plus amples informations, ce qu’il fit aussitôt :

« J’ai vu, me dit-il, j’ai vu Claire, dans l’eau du bassin sacré d’Isha… J’ai vu tout le mal que j’ai fait à la forêt, j’ai vu la corruption des humains, j’ai vu absolument tout ce qui, en ce moment même, ronge le royaume par ma faute… »

Il s’arrêta un instant…

« J’ai été aveugle, et plus encore j’ai été sourd aux appels de mon frère. J’aurais dû l’écouter, j’aurais dû comprendre. Ce n’est pas lui, mais moi qui aurait dû être puni par Isha. Sa cause était juste, et pourtant c’est moi qui reste… »

Je lui pris la main et tenta de le réconforter avec quelques mots doux… Il commença à réussir à réprimer ses sanglots, et je lui demandais de m’expliquer tout depuis le départ, et avant tout quel était le rôle exact de la fontaine, car il m’était encore, à cet instant, inconnu.

« La fontaine, Claire, est l’un des cinq yeux d’Isha, et le seul qui se trouve en la Loren. Il est dit que quiconque ayant une prétention au trône de la forêt doive regarder son reflet dans le miroir du bassin, afin qu’Isha le reconnaisse et lui donne sa force et sa bénédiction. Alors, et seulement alors le roi de Loren peut espérer faire croître la forêt et fructifier arbres et buissons. »

Enfin je commençais à comprendre, mais avant que je n’aies eu le temps de réaliser il continuait déjà :

« Vois-tu, Claire, le miroir a un terrible pouvoir, et celui qui ose y plonger son regard sans avoir un cœur parfaitement pur se voit immédiatement détruit, ou ramené à la nature. C’est pour cela que jamais personne n’y regarde, et pour cela que j’aurais dû disparaître… »

« Mais, lui-dis-je alors, ne pouvant me retenir, je me rappelle très bien m’y être regardée dans ma jeunesse, alors que Kal… »

Je m’arrêtais, réalisant ce que ce que je venais de dire impliquait.

« Oui, me répondit-il, tu t’y es regardée et il ne s’est rien passé. Kal me l’a avoué bien après. Comprend bien cela Claire, il ne peut y avoir qu’une seule explication à ce fait, et c’est que ton cœur soit absolument pur aux yeux d’Isha… »

Je restais un moment muette, puis, reportant mes pensées sur un autre sujet, je demandais :

« Et Kal, quand va-t-il revenir, maintenant que la guerre est finie ? »

Il me regarda tristement et, en soupirant, répondit :

« Il ne reviendra jamais plus… J’ai appris de mon tortionnaire qu’il avait tenté de me défendre jusqu’à son dernier souffle lors de ma capture, et qu’il avait été tué sur place par les hommes. J’en eu pour preuve son talisman, celui qu’il portait toujours et dont jamais il ne se serait séparé, même pas pour se sauver la vie. »

Je ne sus que répondre. J’aurais voulu le consoler, mais je sentais bien que c’était inutile, et j’aurais voulu pleurer, mais le souvenir de Kal était bien trop flou et malgré moi, sa disparition m’apparut comme presque normale dans ces temps troublés. À cette idée, je finis par tomber en larmes, me maudissant d’être aussi indifférente envers quelqu’un qui m’avait aimée, et plus encore protégée, et qui avait eu le courage de protéger Aerion jusqu’à la fin.

« Allons, Claire, sèches tes larmes. Je t’assure qu’il est à présent là où nous rêverions tous d’être. Il a trouvé la paix, et ne supporterais pas d’apprendre que nous le plaignons alors que lui se porte mieux que nous. »

À ces mots, je vis apparaître, fugace, un petit sourire au coin de ses lèvres.

« Je n’ai que trop pleuré moi-même, continua-t-il, et le sang de la Loren a coulé en vain ces derniers temps. Tout ces morts doivent être honorés, et de leur sacrifice doit renaître la Loren, grande et resplendissante comme aux temps anciens ! »

il me regarda rapidement et, pris dans son élan, s’écria :

« Je vais faire raser ce palais, jusqu’à la dernière pierre, ainsi que toutes les forteresses du royaume. Nous allons rétablir l’ancien code, et retaurer notre demeure du Niefhiel. Nous allons replanter les arbres, et au printemps nous pourrons chanter la gloire des coquelicots dans toute leur splendeur ! Et surtout, nous allons bannir à jamais les humains de ces terres, non pas les mépriser, mais nous en défier. »

J’eus la gorge serrée et, l’interrompant, je lui murmurais :

« Et moi ? »

Il s’arrêta et, s’accroupissant, déclara gentiment :

« Isha elle-même ne t’a-t-elle pas reconnue comme pure ? Tu es ici mon invitée, et tu peux rentrer et sortir de la Loren à ton gré, autant de fois et aussi longtemps que tu le voudra bien. Quiconque s’y opposerait devra en répondre devant moi. »

Il se releva, et je fis de même. Je l’accompagnais un moment, puis nous nous séparâmes devant une grande porte, non sans qu’il m’aie promis de bien vite me rejoindre.

Le lendemain, je quittais le palais à ses côtés, et me retournant une ultime fois, j’aperçus les arbres qui, tranquillement, sûrs de leur puissance, s’acharnaient déjà à abattre le palais, faisant s’écrouler les murs, et recouvraient de leur immense verdure les immenses toits de la grande demeure…

Comme vous pouvez le voir, au programme rétablissement de la Loren et renouveau. La fin se fait proche, les denriers actes se préparent, le contexte final se met en place... Encore quelques pions à bouger et nous serons prêts pour l'ultime bataille de la vie, pour passer au déclin...

Sur ce, Impe...

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Désolé de relever trois fautes d'orthographes (encore qu'une ne soit qu'une majuscule :wink: ). Comme ça tu peux quand même modifier :wub:

et ne supporterais

supporterai: le sujet est Kalith

sèches tes larmes

sèche (impératif)

il me regarda rapidement

Il

Sinon c'est beau, c'est magnifique. Bravo pour avoir prévu dès le début l'histoire de la fontaine, ça me blufferéellement. Il n'y a, j'ai l'impression, qu'un problème: quand sereth et Aerion se rencontrent avant la mort du premier, ils sont dans le château, donc en détruisant le château ils détruisent la fontaine. A moins que j'ai mal compris l'histoire (vu que je ne connais pas ce mot "rotonder, je vais chercher après).

L'histoire est claire maintenant, même si ça paraît simple que comme par hasard Claire se sauve avec un roi, le roi de la Loren, et que cette fille soit bénie par Isha car elle est pure de coeur, et permette à Aerion d'y trouver courage. A moins qu'il ne l'ait gardée car il a senti quelque chose en elle. Pour qu'elle se sauve avec lui, il n'y a qu'un problème: pourquoi il allait dans cette région, car comme c'est le seul elfe ou presque à sortir de Loren, il est normale qu'elle soit tombée sur lui.

Vivement une prochaine suite, tant que tu es motivé et comme la fin approche 8-s , il faut apprendre. En plus, tu ne vas pouvoir que nous surprendre, car je ne vois pas ce qu'il risque de se passer (à part une bataille contre les hommes vouée à l'échec.

Critique plus courte, car à part ça je n'ai rien à redire. C'est trop bon :wink:

Iliaron, mais c'est merveilleux tout ça, de l'histoire de mes deux races préférées (HE et ES)

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Comme ça tu peux quand même modifier 

Un jour, pourquoi pas... :wink:

ils sont dans le château, donc en détruisant le château ils détruisent la fontaine.

Oui, le château a été construit sur l'emplacement de la fontaine... Mais en vérité, et on y retournera certainement, le château va être remplacé par un modeste sanctuaire voué à cette fontaine, et là où s'élevait tout le palais il n'y aura plus que de l'herbe et des arbres...

si ça paraît simple que comme par hasard Claire se sauve avec un roi, le roi de la Loren, et que cette fille soit bénie par Isha car elle est pure de coeur

Remarque, on peut se demander à quel point cette fontaine est infaillible, vu qu'elle a laissé survivre Aerion, celui-ci ayant offert son peuple ne pature aux humains...

Mais à vrai dire, la principale caractéristique de Claire est d'être innocente, avant tout innocente. Elle ne fait que très rarement quelque chose ne pensant à mal, et c'est cela qui la rend pure. Pour le reste, ce n'est qu'une humaine, et très faillible comme vous vous en rendrez compte. Le conte de fée va rapidement prendre fin, je vous l'assure...

et permette à Aerion d'y trouver courage.

Ce passage servait avant tout à montrer la faiblesse des hommes (cf, je partage avec eux la lâcheté...) et à servir de transition avec la bataille, en plus de montrer, juste après le passage de l'elfe du balcon, qu'Aerion aussi aime Claire (mais ça on commençait à s'en douter, :wub: ).

pourquoi il allait dans cette région,

Dans le background, il allait offrir des armes à ce qu'il considérait comme un allié humain (d'où les caisses d'armes qui restent dans la ville tandis que le convoi s'en va en Loren...). Pour le texte, ça n'a aucune importance. 8-s

Sur ce, Impe, qui a bien envie de continuer, mais qui sait que ça devra attendre... Fatigué et j'ai encore trop à faire à côté, déjà sacrifié trop de temps à ça.

ps: indice pour la suite, j'aime les elfes et les imagine comme la race parfaite par excellence, et je compte leur rendre leur grandeur. Par contre, Aerion a fait une erreur, qui va lui coûter très cher, lors de l'énumération de ses projets d'avenir, une erreur qui m'a pris plus de lignes que tout le reste...Une erreur ou une fatalité...

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Hé bé... 8-s

...

Ca a l'air gai ton récit! :(

Bon, plus sérieusement: je suis désolé, je n'ai lu que le dernier passage afin au moins de te faire un commentaire sur la forme (même si, d'après tes derniers mots, ce n'est pas ce que tu désires le plus).

Donc voilà ma critique: (ce ne sont que pécadilles, mais bon... :wink: )

la lumière s’était déclenchée

Je ne sais pas pourquoi, dans ce passage, le terme "déclenchée" me choque...Ca fait un peu trop "mécanique, rouage, technologique.." en tout cas, ca ne m'a pas aidé à plonger dans le fantastique. :D

A modifer donc, de préférence.

lentement vers moi et, avec une

Bon j'ai pris ces mots à titres d'exemple. Ce qui intéressant de remarquer ici, c'est que tu places une virgule avant le "et"...ou alors dans d'autres cas, la virgule puis un "et": leur addition n'est pas d'une rythmique très intéressante, je trouve.

Et puis, quand j'étais petit, on m'a toujours dit: pas de virgule après un "et"

Alors depuis j'applique...et je fais passer: il y en a beaucoup dans ce passage: à toi de voir si tu veux modifier...

Ensuite, en parlant de la virgule baah...y en a un peu trop, non? Essaye de "casser" tes phrases ou alors pense à utiliser le ":" dans le cas d'une pause rythmique entre un fait et sa conséquence... A méditer.

Et pour finir, comme je voix que tu es fâché avec le passé simple aux personens du singulier...On dit:

Je mangeai

Tu mangeas

Il mangea

Bon, pour l'histoire moi ce que je peux en dire: Ton récit a l'air très bien construit et très bien organisé (je pouvais pas en dire autant avant d'avoir fait les mises à jour! :wub: ) Et la narration descriptive est toujours aussi gouleyante! Donc, continues! :wink:

Sur ce, amicalement...@+

Le Warza (Ca faisait un bail...)

Modifié par Warzazatt
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longtemps que tu le voudra bien.

Hop ! Voici ma seule remarque sur la forme ! Donc, il doit surement en avoir d'autres mais elles sont pas genantes :evilgrin:

Bon, par contre, je sais pas si c'est normal mais on a, au final, que très peu d'indices sur ce qui va se passer précisement ! On sait le contexte général mais pas une idée des actes précis !

Bon sur ce passage, j'ai pas trop de remarques. Je développerai simplement le passage des sentiments, la ou elle regrette. Ca donnerai un petit plus au passage ainsi qu'au personnage !

Voila tout !

@+

-= Inxi =-

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Vraiment superbe ! J'ai adoré vivement la suite ! Niveau fautes, quelques unes mais sa arrive a tout le monde et ca ne gène pas la lecture :D

Sinon question fluff : la ofntaine existe elle vraiment ?

Willou^ - Je passerai plus souvent dans la section :D

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Invité Snikch, le maître de la nuit

Très bon...

Bon même si je ne suis plus très actif en ce moment sachez que je vous lit encore...

Je reviens à ton récit:

On voit que ca avance, et Aerion est maintenant... plus qu'un ami pour claire :D ...

J'ai été moi aussi surpris que claire puisse se regarder dans la fontaine, mais il est vrai qu'elle est innocente. D'ailleurs le pardon à sa tortionnaire (oups j'ai oublié le nom...)

le montre bien...

Bon j'arette de polluer le forum avec des réponses aussi inutiles, et je te souhaite un bon courage pour l'écriture de la suite.

Encore du grand art, j'adore...

@+

-=Snikch=-

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Bonjour à tous !

je m'étais promis de venir lire les passages que j'avais loupé et après moults reports, je suis enfin parvenu à trouver un petit temps !

je me demandais comment tout ça allait évoluer, il faut croire que je ne suis pas déçu !

bon, certes, tout ça n'est pas très fluffique mais comme il n'y avait pas la moindre prétention de ce côté, je n'ai rien à dire ! (alors pourquoi je le dis me diras-tu ??)

tu arrives vraiment bien à nous faire rentrer dans ton histoire.

pour ma part, je n'ai pas l'impression de m'incarner dans Claire, comme dans la plupart des recits, mais plutôt d'être une tiers personne qui assiste à toutes les scènes. il n'y a pas à dire, ce style d'écriture transporte !

du point de vue de l'histoire, je me demande comment tu vas renverser le conte de fée en tragédie, à voir (avec impatience)

bonne continuation !

Linuath - jeunesse vie et ... DECLIN ! -

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Invité Elgalen

Cela fait déjà quelques mois que je suis ton histoire et je prends donc enfin le temps de te faire part de mes quelques commentaires :D

Tout au long on sent que tu maitrises presque parfaitementns le retour de certains éléments clés comme par exemple cette fontaine sacrée du dernier passage. Tu attires assez l'attention sur ces éléments quand on les rencontre pour la première fois, sans pour autant nous permettre de deviner à quoi ils pourraient servir par la suite... c'est un effet très réussi :D

C'est bien dommage que l'on approche de la fin, surtout vu le nombre d'intrigues que tu souhaites apparemment encore développer. J'avoue que j'ai un peu hâte que les intrigues et toutes sortes de problèmes reviennent, parce que là j'ai l'impression qu'on apprend un peu subitement que tous les "méchants" sont en fait "bons", que tout le monde est d'accord et donc que tout va très bien. Du coup j'ai l'impression que l'histoire a beaucoup ralenti, ou plutôt qu'elle est beaucoup moins dense: plusieurs années passent en quelques lignes, alors qu'au début il arrivait des tas de catastrophes à Claire en quelques jours et les passages plus longs (comme l'attente d'Aenarion) nous semblaient vraiment longs, autant qu'à elle-même.

Enfin, un récit aussi long n'est pas du tout facile à gérer et peut-être une fois que tu auras fini tu auras l'occasion d'étoffer certains passages un peu déséquilibrés.

Elgalen, qui espère que tu nous enverras bientôt la suite :D

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Je profite de mes derniers moments de libre pour continuer mon texte... La transition s'est avérée un problème, et j'avoue être très pressé d'arriver à l'arrivée de l'humain, mais il reste encore tant à dire...

Je vais certainement le continuer ce soir, en espérant arriver à l'instant qui m'intéresse au plus vite.

J'ajoute aussi que la suite que j'écris de ce texte s'adresse assez directement à une personne qui l'a lu, et qui compte beaucoup pour moi, même si j'ai de plus en plus de mal à croire que je compte pour elle...

Ceci étant dit, voici la suite:

La Loren :

Le printemps est maintenant bien avancé, et le soleil qui l’avait vu naître n’a pas cessé de rayonner depuis. Il n’y a pas un matin où je ne me sois pas levée sans m’extasier devant la magnifique verdeure de la belle Loren.

Nous sommes arrivé ici après un bien long voyage durant lequel j’ai vu évoluer toute la nature autour de nous. Aerion chevauchait devant, et les fleurs éclosaient sur son passage, l’herbe retrouvait des couleurs scintillantes et les arbres semblaient soudain danser une farandole joyeuse le long du sentier. Plus nous avancions, et plus les animaux se mirent à être nombreux. Nous fûmes, en vérité, rapidmenet escortés par une foule de lapins, lièvres, biches et mésanges, écureuils et moineaux. La nuit, lorsque nous campions, il suffisait de légérement tendre l’oreille pour entendre des rires lointains, ou quelques chant joyeux d’un animal ennivré par le bonheur.

Malgré tout, je me rappelle très bien être restée étrangère à tout ce qui se déroulait sous mes yeux, aux rires, aux pleurs de joie, aux chants et même à la florissante nature. J’avais sur le cœur une lourdeur indéfinissable qui ne cessait de le ronger, et qui m’empêchait de ressentir une quelconque excitation dans la déferlante de bonheur. Une lourdeur que je sentais toujours plus lorsque j’apercevais Aerion, et jamais plus que lorsqu’il me regardait.

Je devais néanmoins l’oublier un instant, car nous arrivâmes à notre destination, une immense clairère parsemée de nombreux bosquets abandonnés, et que la végétation avait envahi mais dont on apercevait ci et là quelques vestiges d’occupation ultérieure. Il y eut un instant de recueillement, puis chacun partit de son côté, se dispersant de tout côté pour aller s’occuper qui d’une plante, qui d’un arbe et qui de l’herbe… Je retrouvais bientôt prise dans une gigantesque valse de jardiniers affairé, lente mais belle valse, qui prit de la vitesse à mesure que le soleil montait haut dans le ciel, et qui ne cessa que lorsque le grand astre se mit à redescendre. Je pus alors apercevoir une partie de la beauté du site, et particulièrement un petit arbrisseau qui trônait au centre de tout le reste, plus blanc que la neige, plus frêle et fragile qu’un brun d’herbe.

J’étais perdue dans sa contemplation lorsqu’Aerion m’aborda pour me dire :

« La graine d’Yvraine, l’arbre séculaire, l’enfant de la forêt… Il aura besoin de bien des soins pour retrouver sa splendeur d’antan, et de bien plus encore pour la dépasser. »

Et ce disant, il me prit la main et me fit signe de l’accompagner. J’obtempérais, et tout en cheminant je remarquais que les elfes s’étaient remis à l’ouvrage, avec plus de calme, plus de soin, et plus de discrétion. Je n’imaginais pas alors que ce travail qui s’accomplissait sous mes yeux durerait jusqu’à aujourd’hui, et ne devrait jamais avoir de fin.

Nous sortîmes de la clairière et traversâmes quelques fourrés pour déboucher au pied d’un puissant rocher. Nous contournâmes une de ses saillies et entrâmes à l’intérieur de ce qui allait devenir mon logement. En effet, percevant bien que je ne pouvais vivre au rythme des elfes, Aerion nous avait fait précéder de quelques bâtisseurs qui avaient pris soin d’aménager une demeure à l’intérieur même du rocher. Elle restait sommes toute simple, avec une grande salle au niveau du sol, et un petit escalier de bois et de lierre qui menait à la chambre au-dessus. Par un miracle du génie elfique, l’ensemble s’avérait aussi bien éclairé qu’en plein jour, et l’on pouvait deviner la position du soleil alors même que l’on se trouvait dans ce que je me suis décidée à nomme le salon. Je ne fus pas non plus peu surprise de découvrir un peu partout des plantes vertes et un nombre considérable de fleurs qui donnaient à cet appartement une touche de gaieté aussi folle et joyeuse que tout ce qui régnait à l’extérieur. Je devais aussi m’apercevoir rapidement qu’un petit sentier dans le roc permettait de relier le « toit » de ma demeure à la grande fenêtre de ma chambre. C’est de là-haut que je devais admirer mon premier coucher de soleil.

Le temps passant, je devais m’habituer à notre nouveau train de vie. Ce dernier était d’ailleurs tout à fait merveilleux. L’allégresse des premiers jours ne semblaient ne jamais devoir retomber, et bien au contraire augmentait à mesure que les jours s’écoulaient, et chaque matin la grande clairière, à l’instar du reste de la forêt, se montrait plus belle, plus resplandissante de verdeur et de fraîcheur. S’il devait n’y avoir ne serait-ce qu’un paradis en ce monde, je suis certaine que ce serait celui-là.

Ikha est venue habiter avec moi, encore qu’elle ne dorme jamais à l’intérieur, trop heureuse qu’elle est, comme elle me l’a confiée, de pourvoir à nouveau s’éveiller en pleine nature. Elle me convainquit même de l’acompagner une fois lors d’une nuit particulièrement chaude, et au début de laquelle je m’étais plainte de ne pouvoir fermer l’œil, dans une de ses escapades nocturnes, et je devais me réveiller au petit matin au son du piaillement de quelques oisillons particulièrement rébarbatifs à l’idée de manger tout ce qu’Ikha leur proposait, et je restais là toute la journée à la voir user de tout ses moyens pour satisfaire les petites boules rouges et bleues avant le retour de leur mère. En dehors de ces aventures, je passe mon temps à lire dans mon lit, ou à parler avec Ikha. Parfois, nous recevons la visite d’Aerion, et plus rarement celle de Deleth. Le plus souvent, ils viennent ensemble, et quelquefois nous partons nous promener tous ensemble pour découvrir les merveilles de la nature, et la joie omniprésente régnant sur la Loren. Avant chaque ballade, Aerion sort de son long manteau une petite rose, parfois tirant sur le rouge, très souvent allant d’un rose pâle à un blanc immaculé, et il me sourit.

Si nous devons nous promener le soir ou la nuit, nous prenons des chevaux, et je ne peux m’empêcher de rire lorsqu’Aerion, cherchant à rappeler Dirathnir, soupire en apercevant une vingtaine d’équidés différents, et qui cherchent à lui lécher la main ou le visage.

Mais malgré tout, il est resté parfois des signes, des indices rappelant à tous que le monde est ce qu’il est, et renouvelant en moi la profonde blessure de souvenirs douloureux. Je devais découvrir le plus frappant d’entre eux lors d’une de nos plus longues promenades à cheval.

Nous étions partis la veille, et toute la nuit s’était écoulée sans que nous ne nous fûmes arrêtés. Ikha m’avait demandé la permission de rentrer, et Deleth s’était lui aussi excusé, si bien que seul moi et Aerion arrivâmes devant un petit sanctuaire de pierre blanche, recouvert par un puissant lierre. Je me retournais, et, prise que j’étais dans le rêve d’être seule avec Aerion, je lui demandais de m’expliquer ce qu’était cet endroit, et pourquoi un sanctuaire s’y élevait, comme je le faisais depuis des heures. Mais cette fois-ci, j’aperçus sur son visage non pas la marque d’amusement qui y siégait normalement lors de mes abondantes questions, mais un petit mais sensible renfrognement. Il se reprit rapidement et déclara :

« Peut-être n’aurions-nous pas dû revenir ici… Mais si tu y tiens, descends et va observer l’endroit, tu le reconnaîtra très rapidement… »

Sans comprendre, je descendis de ma monture et, après un dernier regard vers mon compagnon, je me mis à monter les marches qui menait au centre du sanctuaire. Je suais à grosse goutte, et ressentais jusqu’au tréfond de mon âme la puissante oppression qu’excerçait l’air en ces lieux. J’en suffoquais tant que par un manque d’attention, je trébuchais, mais réussis tout de même à me raccrocher à un morceau de lierre providenciel. Me relevant, j’aperçus alors la bassine, le miroitement de l’eau, et je détournais déjà les yeux alors que le nom de l’œil d’Isha ne sorte de ma bouche. Je sentis soudain quelque chose qui m’agrippait la main, et rejetais au loin le bout de lierre que j’avais oublié de lâcher. Déboussolée, je chancelais, et vins chuter sur le sol carrelé. Je voulus me relever, mais mes yeux virent alors ce que je pris d’abord pour un petit caillour gris au bord de la bassine. Guidée alors uniquement par une curiosité étrangement éveillée, je m’approchais et découvris alors le corps inanimé d’un petit oiseau au plumage gris et au ventre blanc. Ses pattes étaient recroquevillées, et je m’aperçus que sa tête ne se soutenait plus lorsque je le soulevais. Enfin, comme si un voile se déchirait devant mes yeux, j’aperçus sur son petit ventre blanc un mince filet rouge et noir. Je voulus pleurer, puis, sans trop réfléchir, je me mis à courir vers Aerion, puis à ralentir. Il me vit alors sortir lentement du sanctuaire, la tête courbée au-dessus de mes mains en coupe, m’arrêter devant lui et, en tendant les bras, lui montrer ce que j’avais découvert. J’aurais voulu parler, lui dire ce que je ressentais, mais pas une parole ne s’échappa de ma gorge, trop sèche, et comme nouée par une puissante poigne. Je laissais donc parler mes larmes.

Aerion descendit à son tour de sa monture, puis, en s’approchant de moi, me déclara :

« Claire… ne pleure plus, d’accord, il ne faut pas pleurer… N’y penses plus… »

Je le regardais et, avalant ma salive et tout ce qui semblait obstruer ma bouche, je demandais faiblement :

« Il est… »

Il regarda un instant le sol, puis releva les yeux et avant même qu’il n’incline la tête en avant en prononçant le « oui » fatidique, je savais quelle allait être sa réponse.

« Mais il n’a rien fait » m’écriais-je…

Il essaya de me calmer, puis répondit :

« Claire, regarde-moi, s’il te plaît… Non, il n’a rien fait, pas plus que toi, pas plus que moi ni qu’aucune créature vivante. Mais c’est ainsi que sont les choses, rien n’est éternel, absolument rien en ce monde, et il devait mourir… »

Je me retournais, le regard embué, honteuse qu’il me voie ainsi pleurer, et je demandais :

« Que va-t-on faire ? »

« Il vaudrait mieux l’abandonner ici, et laisser la nature suivre son cours, et le destin s’accomplir… »

Je sursautais.

« Pourquoi ne pas l’enterrer ? Pourquoi le laisser à la merci de n’importe quel prédateur ? Comment oses-tu parler ainsi de le laisser se faire dévorer ? »

Et ce disant je tentais de le frapper sur la poitrine sans plus de résultat que de me fatiguer. Il arrêta enfin mes coups, et me murmura :

« Claire, on ne peut changer ce qui est. L’enterrer n’y changerait rien, pas plus que de tenter quoi que ce soit. Il est mort, il nous faut l’accepter. Son rôle désormais est de servir de nourriture à une autre créature, comme nous-même nous nourrissons parfois de la chair d’animaux, ou des fruits des arbres. Si tu l’enterres, ce seront les vers qui viendront le manger, et si tu l’enfermes dans la plus inviolable des tombes, ce sera le temps, et le plus fin des courants d’air qui le réduira doucement en poussière. »

Je me blottis alors contre lui, et, en tentant tant bien que mal de faire cesser mes pleurs, déclarais :

« Tout de même, c’est injuste… »

Je sentis ses bras m’enserrer, et nous restâmes là un temps indéterminé, à réchauffer nos cœur mutuellement, dans le plus grand silence. Soudain, son étreinte se désserra, et il me murmura :

« Claire, si tu devais faire un vœu, là, en cet instant, quel serait-il ? »

Je m’écartais un peu, sans réussir à comprendre, et il renouvela sa question en me faisant signe de lui faire confiance. Désorientée, je déclarais que si je devais souhaiter quelque chose, ç’aurait été de voir l’oiseau bouger, battre des ailes et s’envoler…

« C’est bien ce que je pensais… Tu sais, Claire, ce n’est pas l’oiseau que tu pleures, mais ce qu’il représente à tes yeux, et… »

Je ne l’écoutais plus, je m’étais assise et boudais. Dans mon cœur, un instant, j’avais cru qu’il y avait un espoir…

Dans mon dos, j’entendis Aerion qui s’était mis, après avoir cessé son sermon sans l’avoir fini, à prononcer des mots que je ne reconnus ni en tant qu’elfique, ni dans la langue humaine. C’était des mots à la sonorité parfois dure, parfois douce, souvent suave, triste, colérique et joyeuse tout à la fois. Enfin, il s’arrêta de psalmodier et s’agenouillant à mes côté, me tendis ses mains refermées en boule, et me demanda de recueillir le corps de l’oiseau, et de le serrer aussi fort que possible contre mon cœur, afin que je puisse lui offrir un peu de châleur.

Je sentis mes yeux pétiller à nouveau et se réteindre lorsque je reçus l’oiseau et m’aperçut qu’il était toujours inanimé. De chagrin, je le rabattit sur ma poitrine, et le serrais aussi fort qu’il m’était possible, lui souhaitant adieu pour une dernière fois. Enfin, épuisée, je le posais à terre, et sans plus y prêter attention, me relevait pour m’en aller au plus vite de ce lieu maudit, lorsqu’Aerion me rattrapa, et me fit signe de regarder par terre, là où j’avais déposé l’oiseau, tout en me demandant :

« Surtout, quoi qu’il arrive par la suite, ne parle jamais de ceci à quiconque, d’accord, ni à Deleth, ni à Ikha, ni à qui que ce soit, pas même à un animal… »

Je ne l’écoutais plus. Là, par terre, à une si petite distance de moi que je n’aurais eu qu’à étendre le bras pour l’attraper, je voyais le cadavre se relever, la tête se secouer et, soudainement, le bec s’ouvrir et un chant joli et joyeux s’élever. J’avais cru rêver, mais l’oiseau continuait à bouger ; il marcha un peu, puis déploya ses ailes et les secoua un peu. N’y tenant plus, je l’attrapais, et rouvrant légérement la prison de mes doigts, l’observait qui se blottissait contre moi, et dans ma paume je ressentais sa châleur.

« Laisse-le s’envoler… »

C’était Aerion.

« Laisse-le s’envoler puisque tel était ton souhait… »

Je voulus lui demander comment un miracle pareil était possible, mais il apposa son doigt sur mes lèvres, et, me souriant avec malice, désserra mon étau et libéra ainsi l’oiseau qui alla rapidement rejoindre les cieux. Je restais là, immobile, cherchant fébrilement et intérieurement quand et comment j’allais me réveiller.

« Viens à présent, plus rien ne nous retiens ici. »

J’obéis sans aucune opposition, et avant même que je ne m’en rende compte tant j’étais absorbée par ce qui s’était déroulé sous mes yeux, nous étions revenu devant ma demeure, et Aerion me quittait en em recommandant encore de n’en parler à personne, et ajoutant qu’une surprise m’attendait dans ma chambre.

J’y montais sans grande conviction, comme un fantôme, et aperçus alors, sur mon lit, un petit oiseau qui dormait, il était gris, et son ventre était blanc, d’un blanc légérement maculé de sang, et dont la respiration soulevait et reposait régulièrement son petit corps au rythme lancinant des secondes…

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Je commence un commentaire mais je ne sas pas si j'aurais le temps de finir (DS demain). Au pire je le reprendrais demain.

verdeure

verdure

rapidmenet

rapidement

Je retrouvais bientôt

Tu as oublié le "me" (enfin il me semble)

à nomme le salon

à nommer

Elle me convainquit même de l’acompagner une fois lors d’une nuit particulièrement chaude, et au début de laquelle je m’étais plainte de ne pouvoir fermer l’œil, dans une de ses escapades nocturnes, et je devais me réveiller au petit matin au son du piaillement de quelques oisillons particulièrement rébarbatifs à l’idée de manger tout ce qu’Ikha leur proposait, et je restais là toute la journée à la voir user de tout ses moyens pour satisfaire les petites boules rouges et bleues avant le retour de leur mère.

La phrase est très longue. Tu devrais mettre un point quelque part, sûrement après qu'elle se soit endormi ou réveillé.

caillour

caillou

en em recommandant

en me

Sinon on sent que Claire a réellement grandi, et elle est bien plus sérieuse, son vocabulaire est plus recherché, et elle semble prise de tristesse.

Le début avec la nature qui éclot en marchant est magique est bien rendu: on retrouve une ambiance de conte de fée et de beauté (si ça se trouve la dernière de l'histoire -_- ) qui rend réellement très bien.

Sinon la suite est étrange et rappelle beaucoup ton poème: l'oiseau s'est regardé dans la fontaine et comme il n'était pas pur il est mort (je ne suis pas sûr de cette idée), sinon la fontaine est maudite, car il y règne une atmosphère opressante: une atmosphère de mort. A mois que ce ne soit que la mort de l'oiseau qui fasse ceci.

C'est le seul point qui me paraît étrange: comment la mort d'un oiseau puisse tant affecter l'atmosphère, à moins que ce lieu serve plus tard.

Bravo, et suite :wink:

Iliaron, se coucher sans avoir fini de lire la suite de cette histoire, un réel calvaire :D . Vivement demain.

C'est bon, j'ai pu le finir :D

PS:

J'ajoute aussi que la suite que j'écris de ce texte s'adresse assez directement à une personne qui l'a lu, et qui compte beaucoup pour moi, même si j'ai de plus en plus de mal à croire que je compte pour elle...

J'espère pour toi que ça s'arrangera.

EDIT: lecture et commentaire fini

Modifié par Iliaron
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rapidmenet escortés par une foule de lapins
plus resplandissante de verdeur et
et avant même qu’il n’incline la tête

C'est que des fautes :evilgrin: Sauf pour la dernière, c'est juste à l'oral et encore mais pas à l'ecrit :clap:

Sinon, je suis désolé, mais j'arrive pas à voir ce qui est mauvais ! Y a vraiment rien de penible ! Il faut juste que tu relises ! Car tu m'as avouer que cela n'avait pas été fait ! :clap: Alors ...

Ben le fond, on sent vraiment que c'est realiste au niveau des sentiments ... Tu maitrises totalement ce sujet en te servant, j'en suis sur, d'une partie d'une expérience personnelle !

Bon bah j'ai fais le tour ! Bonne chance pour la suite !

@+

-= Inxi =-

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Invité Elgalen

Merci pour cette suite, où j'aime beaucoup la manière dont tu décris la vie des elfes entièrement liés à la nature.

Le passage de l'oiseau te permet joliment de rapprocher tes deux personnages principaux, j'imagine que Claire doit être émerveillée devant cette "magie"... Mais vu que Aerion ne l'a fait presque qu'à contrecoeur, voyant sa tristesse, et vu qu'il lui a interdit d'en parler à quiconque, je me demande si cela ne représente pas un danger.

Je crois que tout ce passage fait aussi écho à la mort ("l'assassinat") de son oiseau quand elle était toute petite, et que c'est aussi pour cela qu'elle est tellement triste.

Et Ikha? Elle n'est plus du tout jalouse? Il faudrait qu'elle soit très forte pour regarder tranquillement l'homme qu'elle aimait (et aime peut-être encore?) séduire une autre femme... et d'autant plus qu'elles sont devenues amies.

Quelques fautes:

les marches qui menait au centre du sanctuaire
menaient
Nous sommes arrivé ici
arrivés
à réchauffer nos cœur mutuellement
coeurs

Et une remarque sur la forme:

Plus nous avancions, et plus les animaux se mirent à être nombreux.
Je dirais que tu compliques trop la phrase pour rien, et je ne trouve pas ça très joli, je crois qu'un simple "Plus nous avancions, et plus les animaux furent nombreux" suffirait.

A part ça, je n'ai qu'une chose à ajouter: moi aussi j'ai hâte que l'humain vienne et que tout dégénère à nouveau :evilgrin:

Elgalen, l'Etoile verte

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Bien... J'ai "continué" mon "oeuvre ^" :D sous le coup de l'impulsion provoquée par un événement redondant et...

Bon le plus simple reste de dire que j'ai écrit une partie de la suite avec, entre autre, une scène qui n'est pas du tout ma spécialité, et que j'espère n'avoir pas trop raté. Du reste, c'est peut-être indiscret de ma part de le demander, mais j'aimerais bien savoir si je ne me suis pas trop trompé dans les bêtises que j'ai écrites à ce moment là.

Attention, c'est assez long, et plus encore ce n'est pas retravaillé (l'impulsion s'est éteinte sous le coup d'un autre événement encore plus inattendu que le premier, et je n'en ai ni le temps, ne le courage (je fatigue à vue d'oeil)). Je coupe un peu au milieu de l'action, mais j'espère pouvoir reprendre bientôt.

Ultime détail, une partie de ce morceau correspond à un texte que je n'avais pu écrire lorsqu'on me l'avait demandé, et qui devrait répondre en partie à cette demande, dans la mesure où je ne sais si je peux faire mieux.

Voilà, et maintenant, place à Claire:

La conseil :

Les jours, depuis cet événement, se sont déroulés de manière paisible, et c’est peut-être ce qui m’a poussée, lorsque Deleth est venu me rendre visite ce matin, à me plaindre. Voilà longtemps que je souffrais de l’absence chronique d’Aerion, et je pense qu’il m’aurait été difficile de tenir un instant de plus. Ainsi, à peine était-il rentré, que je lui répétait tout un discours mûrement préparé durant la nuit, et qui, toutefois, ne ressemblait à ce dernier en aucun point. J’étais perdue, attristée, et je finis pas me taire en remarquant que mes paroles n’avaient même plus de sens ; je laissais mon silence s’exprimer pour moi. C’est alors qu’il s’est levé et, tout en me souriant malicieusement, m’a dit :

« Si tu veux voir Aerion, allons le rejoindre… »

Et avant que je n’aie vraiment pris le temps de réaliser que nous allions réellement le rejoindre, il m’avait fait entrer dans le bosquet sacré de la forêt.

Ce que j’y vois ne sera certainement jamais descriptible à l’aide de mots, et la langue humaine est bien trop pauvre pour jamais en présenter le début de sa splendeur. Le soleil ressemble à un disque d’or que l’on peut percevoir dans sa douceur et sa puissance au travers des branchages au vert scintillant des arbres millénaires… Tout ici respire la vie et la fraîcheur, le chant des oiseaux y est plus enchanteur que partout ailleurs, et les animaux aussi présents que les elfes. Au milieu de ces derniers, plus fantastique, presque divin, que jamais auparavant dans mes souvenirs, se trouve Aerion. Ses vêtements sont simples, de soie blanche, sobres mais qui laissent place à toute sa prestance. Ses cheveux sont d’or, et ses yeux pétillent dans cette lumière sublime, ses yeux miraculeusement bleus, profonds, ces yeux qui viennent de se poser sur moi…

Un léger silence s’est fait, et j’en suis gênée, mais Aerion le rompt rapidement et me demande de le rejoindre. J’obtempère et, sans oser regarder autre chose que lui, terrifiée d’être la proie de tant de regards, je lui souris. Il attrape mes mains, et en se penchant vers moi, commence à me parler :

« Claire, je suis si heureux de te voir parmi nous… »

« Tu me manquais. » lui réponds-je timidement, comme pour expliquer une attitude fautive, que je ressens d’ailleurs pleinement, un peu contre mon gré.

Il me souris à nouveau et me demande doucement :

« Vas-tu rester ? »

Je ne sais quoi répondre, et ne réponds donc rien. Le silence pourtant léger m’oppresse, et j’ai la terrible impression d’importuner tout le monde…

« Claire… Si moi je te demandais de rester ? »

Je relève la tête et bien que je n’arrive pas à prononcer le moindre son cohérent, mon regard doit, j’en suis sûr, être la marque suffisante de mon approbation. Il se retourne alors doucement, et fais quelques pas vers un petit coffret d’or et d’ivoire posé non loin, l’ouvre et reviens vers moi avec, dans ses mains, un magnifique objet aux reflets argentés, un objet que j’ai déjà aperçu il y a bien longtemps, dans l’ancienne salle du trône, un objet que je reconnais tout de suite : le diadème de la reine… Je reste pétrifiée, incapable de comprendre, incapable ou tout simplement ne voulant pas. Il me le tend en déclarant :

« Claire, s’il te plaît, j’aimerais que, juste aujourd’hui, tu le portes et reste à mes côtés au moins un instant… »

Le silence est devenu à mes oreilles un puissant orage de doutes et d’incertitudes… Je vois le diadème, je sais que je n’ai qu’à étendre la main, accepter ce qui m’est offert, mais sa vue implique trop de choses à mon esprit, trop de conséquences… Je ressens au travers de ce diadème plus de tristesse, de grandeur, d’importance que je n’en ai jamais ressenti dans tout autre chose. Je sais que si je le mets, ce ne sera pas qu’un simple jeu, ou un quelconque honneur de passage, mais bien autre chose dont la portée, encore à présent, ne peut que m’échapper. Ma réaction ne peut donc n’être que celle pour laquelle j’opte, et délicatement je tend mes mains et avec celle d’Aerion je guide la couronne jusqu’à ma tête.

Lorsque je me retourne, tous, elfes animaux et, mais cela me semble si étrange, plantes confondues, sont à genoux, la tête vers le sol, devant moi et Aerion, seuls encore debout. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais lorsque je retourne mon visage pour chercher l’explication dans le regard d’Aerion, un petit sourire illumine ma face, et je me sens rougir de haut en bas, plus écarlate qu’une baie de la forêt…

La première nuit :

Le reste de la journée ne fut qu’une suite de joies et de découvertes pour moi. Je ne sais comment je fis pour rester debout du début à la fin, mais je devais aller d’étonnement en étonnement. Nous discutions de tout, depuis la découverte d’un nouveau sanctuaire jusqu’à l’éclosion, dans la journée, d’une fleur plus belle que les autres. Toutefois, les nouvelles de la lisière étaient les plus fréquentes, et j’entendis nombre d’histoire de chevaliers ou paysans arrêté par une flèche alors qu’ils cherchaient à pénétrer dans le royaume de la Loren. Je m’en amusais presque, à l’idée de l’habileté des archers et de la peur que devaient ressentir ces pauvres gens, jusqu’à ce qu’entre dans le bosquet un elfe au regard plus triste que celui des autres. Il fit son salut, puis déclara que la forêt avait été violée par une compagnie d’humain menée par un chevalier qui avait ignoré l’avertissement. Naïvement, je demandais, toujours en souriant, ce qu’il en était sur le moment, et il me répondit qu’il n’y avait rien à craindre, et que tout les humains étaient morts avant d’avoir pu franchir le second cercle de guetteurs. J’aurais voulu en rester là, mais voyant mon ignorance, il crut bon d’ajouter que lui et ses compagnons avaient pris bien soin de pendre les cadavres en signe d’avertissement aux branches des arbres de lisière, et que les chevaux avaient été libérés dans la nature. Je ne pus m’empêcher de le traiter, lui et ses acolytes, de monstre, ajoutant qu’il était inconcevable qu’ils donnent plus de crédit à la vie de chevaux qu’à celles d’humains. Il n’en fut heureusement pas offusqué, et son regard n’en fut juste que plus triste lorsqu’il me répondit que les chevaux, eux, ne pouvaient pas les tuer.

L’incident fut clos, et je retrouvais d’ailleurs bien vite ma bonne humeur. Je n’avais que trop connu les hommes pour ne pas me dire que de telles méthodes se justifiaient peut-être… Du reste, je finis par ne plus y penser, absorbée par la contemplation minutieuse que je faisais d’Aerion lorsqu’il ne pouvait, lui, me voir.

Enfin, lorsque le soleil décida, le premier, de se retirer, chacun voulut se retirer, mais Aerion se mit à chanter dans une langue étrange, et tous revinrent pour chanter avec lui. La forêt se mit à mugir, et le rythme lancinant devint trépidant, puis retomba joyeusement. Enfin, le sujet de cette soudaine oraison me fut communiqué, à moi comme aux autres, et la grande fête fut annoncée.

Un grand ballet se mit alors en route, et avant qu’il ne me fut permis de réagir, nous étions ressorti, par je ne sais quelle magie, du bosquet et nous retrouvions dans la grande clairière où des rangées de tables avaient été montées, et un grand foyer allumé. Divers chants s’élevèrent alors pour ne plus retomber, et de partout surgirent des elfes venus prendre part au festin, et des animaux venus les observer. Les rires commencèrent et, comme les chants, ne devaient plus s’arrêter. Lorsque le repas nous fut amené, à moi et à Aerion, je me rendis compte qu’il était réellement digne d’un festin comme tout ceux jamais fait auparavant, et je vis aussi le vin dans nos coupes. Je me retournais vers Aerion, et le questionnais sur cette étrange résistance de l’ultime coutume humaine en Loren, mais il me répondit en riant que le festin n’était pas d’origine humaine, mais naine, et que ces derniers l’avaient transmis aux elfes. Il me servit une autre coupe, et les questions s’estompèrent d’elles-mêmes.

Nous avons beaucoup rit cette nuit, mais je peux avouer que je suis heureuse d’être rentrée, à plus forte raison parce qu’Aerion m’a accompagnée, et que nous sommes seuls lui et moi. Il veut me parler de quelque chose d’important, un voyage qu’il devrait effectuer dès le lendemain, mais je ne pense pas au lendemain, et sans l’écouter je l’amène au pied de l’escalier. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je ne veux pas le laisser partir, je voudrais qu’il reste, je le veux à côté de moi, je ne veux plus qu’il me quitte. Ou plutôt si, je sais ce qui se passe…

Il y a longtemps que j’ai prise cette décision, et plus longtemps encore que j’en rêve, et ce soir, j’en suis sûre, c’est enfin arrivé. Comment expliquer cette envie avec des mots ? Comment retranscrire ce péché, comment donc l’imaginer même ?J’ai une peur terrible, je la sens qui se propage en moi, insidieuse, puissante, mais nous montons tout de même, Aerion et moi, dans ma chambre.

Là, je m’arrête, ne sachant plus que faire, par où commencer… Je ne suis même plus très sûre de mon but. Lui me regarde, n’osant ni avancer, ni reculer, comme pétrifié, véritable statue d’Apollon, si belle statue. Une idée me vient, une idée que j’avais déjà imaginée il y a longtemps, lors d’une nuit, lors d’un rêve délicieux. Instantanément, je décide de la mettre en exécution, et je dis à Aerion :

« S’il te plaît, je vais te demander quelque chose, j’aimerais que tu le fasse… »

et sans attendre sa réponse, je l’entraîne vers le lit et le fais s’allonger sans qu’il n’émette d’opposition, malgré son embarras évident, et j’ajoute :

« Maintenant, ferme les yeux, et promets-moi de ne les rouvrir que lorsque je t’y autoriserai… »

Il me regarde, et je vois une étincelle de peur dans son regard, mais aussitôt il ferme les yeux, se détend en un souffle et me donne sa parole qu’il ne les rouvrira pas. Sa voix est tremblante, la mienne l’est tant que je ne lui répond pas.

Le voilà devant moi, étendu, sans plus de barrière, à à peine un mètre et déjà je recule. Des images confuses m’encombrent l’esprit, mais je les chasse d’une main, et, de l’autre, je me défais du haut de mon vêtements, mettant à jour ma poitrine. Le vent vient alors la caresser de son souffle froid, et les images reviennent, plus précises, des images de mains, de bouche, je vois une petite fille apeurée, je me vois, je ne veux plus voir… je m’effondre, pas longtemps.

Il est toujours là, étendu sur le lit, immobile à tel point qu’on le croirait mort si son torse ne se soulevait pas à intervalle régulière, puissant, magnifique, irréel et d’un calme qui m’apporte une paix soudaine. Je fais un pas vers lui en défaisant le bas de mon habit, dévoilant ainsi mes jambes, ne me laissant pour seule parure que le diadème de la reine qui ne m’a pas quitté, mais je voile de mes deux mains le centre de tout, j’ai trop peur…Les images reviennent, violentes, agressives, virulentes…

Je vois la petite fille courbée en deux, nue comme moi, tentant vainement de se protéger de ses deux mains tandis que les mains sombres la prennent d’assaut, je vois ses yeux qui pleurent, je vois sa peau qui tressaille à chaque contact, froid, glacial, mortel, et je vois sa bouche qui s’ouvre, et j’entends ses cris, ses pleurs, ses supplications et les rires de son tortionnaire.

Les images se mettent à tourner dans une ronde infernale, et je manque de m’évanouir lorsque, entre toutes, j’aperçois Aerion qui m’attend, sage, calme. J’aperçois les parois de roche, et la lune au travers des rideaux.

Je lève alors ma main droite et l’avance vers Aerion, doucement, aussi lentement que possible, et plus j’avance plus j’éprouve de la difficulté à avancer… Il n’est plus qu’à quelques centimètres maintenant, je peux presque le toucher, mais je sens mon corps se couvrir de meurtrissures, je sens une violence que j’avais enfermé dans mes cauchemars, je sens le contact charnel, je sens la douleur et les larmes qui coulent sur ma joue, je sens ma main emprisonnée, incapable de venir me porter secours, mais qui avance toujours.

Tout se confond, réalité, rêve, je ne sais plus où je suis, ce que je fais… J’avance vers Aerion, mais je ne le vois pas, je ne sais plus pourquoi je suis ici, je ne sais plus comment, je ne sais plus quand, mais j’avance, et je pleure… Je veux fuir, partir loin, oublier tout, mais au fond de moi j’entends une voix qui me pousse à continuer, à avancer toujours plus vers ce corps offert à moi dont la poitrine s’élève et retombe comme s’écoule les heures de mon calvaire. Enfin, épuisée, j’abandonne la lutte et ma main rencontre un obstacle réel : le ventre d’Aerion.

Alors seulement je m’aperçois qu’il s’agit vraiment de lui, et toute ma lucidité me reviens, entière, intacte, et je lis dans ses yeux fermés un amour sans borne, et je dévore ce corps des yeux sans oser bouger autre chose que mes doigts qui descendent, suivant la chaleur, toujours plus bas sur ce corps, si bas, vers un objectif auquel je n’ose penser, puis je les sens faire demi-tour, et se déposer tranquillement sur sa main, la saisir et la soulever.

Il tressaille, je lui fait comprendre qu’il n’a rien à craindre. Je me mets à sourire : il est encore plus terrifié que moi. Sa main décrit une large courbe et, finalement, vient trouver refuge sur ma poitrine. Je me penche, et lui souffle un petit : « ça y est. »

Ses yeux s’ouvre, ces yeux si profonds, si calmes, et je m’y plonge et lui susurre : « Je suis prête maintenant… »

Il ne réagit pas tout de suite, puis répond tout doucement : « Je ne crois pas que… »

Je ne le laisse pas continuer, et sa seconde main, guidée par la mienne, vient se déposer sur moi, et je commence déjà à le défaire de l’inutile qui le recouvre encore, mais il me repousse, se relève, me laissant sur le lit, accroupie. Je lève les yeux vers lui, et je ne saurais dire si c’est de colère ou de tristesse que je le fusille du regard.

« Je suis désolé, Claire, me dit-il, mais je ne peux pas, pas ce soir, pas maintenant… C’est trop tôt. »

Je veux la retenir, mais une larme sort de mon œil droite et descend le long de ma joue tandis que je reste droite, haletante, tentant vainement de la faire disparaître pour ne pas laisser paraître mon trouble pourtant impossible à ne pas voir… Il se penche sur moi et, de sa main droite, stoppe la larme dans sa chute, et son contact chaud sur ma joue me calme. Je lui prend sa main et me repose dessus, espérant, je ne sais pourquoi, que je pourrais la garder s’il venait à s’en aller, et je murmure :

« Tu ne m’aimes pas ? »

« Si je t’aime, à la folie… »

J’approche ma bouche de la sienne, et lui, terminant le mouvement, vient m’embrasser comme le vent du printemps vient embrasser les jeunes pousses, avec légèreté, dans un mouvement fait de mille caresses.

Je crois un moment qu’il va me donner ce que j’attends, mais il se relève et me déclare qu’il ne peut rester, qu’il va partir et ne sait s’il va revenir, qu’il ne veut pas me laisser ce genre de souvenir de lui, et tout une foule de chose que je n’écoute même plus. Je regarde la lune, y recherchant un peu de réconfort, et goûtant encore sur mes lèvres la douceur de son baiser, et lorsqu’enfin je me retourne, il est déjà parti…

J'ai vite réédité pour mettre la nouvelle version 1.3 bien plus réaliste... encore qu'imparfaite.

Impe.

Modifié par Imperator
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Ah oui, ça se voit que ce n'est pas retravaillée :D , mais au moins on connaît la suite. Par contre, la faute au premier mot, c'est pas mal (à moins que ce soit dait exprès comme elle devient un peu elfique, et auquel cas excuse moi)

la conseil

le

je finis pas

par

Je ne relève pas plus, comme je suis (en partie) pressé, et je suis sûr que tu recorrigeras bientôt.

Pour la première partie, c'est bien écrit, le seul problème vient du fait que tu n'expliques pas pourquoi elle n'arrive pas à bien parler à Deleth: précise son appréhension face à cette demande, dis qu'elle a peur d'importuner le roi....

Sinon c'est du tout bon, vraiment un très beau jeu des pensées avec la couronne, et des perceptions avec les plantes qui s'agenouillent :D .

Et bravo pour la toute dernière comparaison de la partie, il fallait la trouver, et ça correspond parfaitement à l'univers

Deuxième:

les chevaux, eux, ne pouvaient pas les tuer.

Il manque quelque chose: "ils"

Sinon rien à redire pour ce passage; si c'est celui-là que tu craignais avoir loupé, tu as loupé ton "loupage", et le texte est réellement bien fait, tu fais plus part aux sentiments qu'aux actes, et ça rend bien. Du festin jusqu'à la fin c'est bien construit (ce que je suis constructif :P )

Troisième:

Pareil, il est très bien construit. Il introduit en une phrase sûrement la fin de l'histoire: qu'Aerion parte.

Sinon on a un peu plus de sentiments, et d'actions, mais tu n'es pas tombé dans un trop plein de détails, et c'est bien.

Que dire de plus?? Je crois bien que je ne peux rien dire de plus, car je ne vois pas de problèmes au niveau du style: tu as une facilité à nous mettre dans les pensées de ton héros assez incroyable, et on s'y sent vraiment lié.

Pour l'histoire, je me demande quand même si Ikha n'a pas trompé Claire (tu me comprendras), car Aerion était peut-être triste de ne pas s'être entièrement donné, et seul une fois parti de chez Claire (je suis presque sûr que c'est ça, vicieux que je suis <_< )

Iliaron, bravo, vivement une suite (faut que je rerererevérifie que ton histoire est super bien :D

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